‹ Histoire littéraire du MaineChapitre 1 sur 30 · JULIEN, LANIEH ET C'. ÉDITEURS · texte numérisé non relu

JULIEN, LANIEH ET C'. ÉDITEURS

4, HUE DE BUSST

Imprimeurs-Libraires au Mans

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THE NtAf YO:,K

PUBLIC LI3RARY

ASrOh.LENOX AND TLLDJLJN * OU N DATIONS

6ARNIBR (Robert).

Il ne 8*agit pas ici d'un émvain obacur, inoannu, dont il faut péniblement rechercher la Irace d^na les vieilles annales de la province, et dont les ouvrages, depuis long^temps oubliés, ne se retrouvent plus sur les rayons des bibliothèques : Robbrt GÀRNIBR est une des gloires de la France. Ce n*est pas à dire que ses contemporains nous aient laissé sur sa vie, sur ses mœurs, tous les renseignements que nous voudrions posséder. Ils ont admiré son génie poétique, et Tout célébré sur tous les modes, mais ils ont négligé le rQste. Nous ne pourrons donc, à notre grand regret, que retracer sommairement les phases principales de la vie de Robert Gamier.

La date de sa naissance est incertaine. Le P. Niceron (4} et M. Desportes (t) le font nattre en 4 53i; Yabb^

(1) Bommet illuttrtt, tom. zxi.

(S) Bibliographie du Maine.

^^^.^/C^/*^/.4--yi7 /♦

i , moftBftt OAftNlBà.

Ltidru , dans ua arlicle de la Biographie universelle^ eo 4515. Ces dates, oopme oo le voit, 8*éloigDeiit beau* ooap l'une de Tautre. Scévole de Sainte-Hanhe nous apprend que Robert Gamier mourut à Tâge de cinquantesix ans (4). Ce renseignement doit dissiper toutes les ineertiludes, si la date de oette mort est connue. Suivant Jean Vauquelin de la Fresnaye, Robert Gamier serait mort quarante-cinq ans après Jean de la Péruse : or, oeiai"Ci ayant cessé d'être compté parmi les vivants vers rannée 4555, il foudraU porter à Tannée 4600 la date de la mort de Gamier (2). Mais M. Desportea, qui sans doute a pris oo renseignement sur les registres officiels de la municipalité, tait mourir Robert Gamier le 4 5 août de l'année 4590, et confirme en cela l'assertion de Col* Mat (3), de Baillet (i) et de Niceron. A ce compte, il aérait né en 4534. C*est ce qui nous parait, pour beau-

^ coup d'autres motifs, le plus vraisemblable. Dés sa première jeunesse, Robert Gamier fol destiné par ses pareols à la profMsion d'avocat. Quand l'accès des hauts emplois était si difficile aux gens nés dans la foule, ils n'avaient guères d'autre moyen de se produire, que de prendre la rol)e, et d*aller faire valoir les qualités plus ou moins brillantes de leur esprit, d'abord près d'un

' ftiège présidial, ensuite pris d'un parlement. Le jeune Gamier se rendit à l'école de Toulouse, qui possédait alors quelques professeurs de gcand renom. Il y a lieu de oroire qu'il suivit assiduomenl leurs leçons : oepen-

(I) Sccvobe Sêiiiiiiartlitiuir/o^0, pag. 177.

(S) lAllooaote,daiit Mi notes sur rédicîoo âe U GroU do Ifaitio, dooDée par Rifoley de Juvlgny.

(»> MSS. de U BébHoUi. do Louvre.

(4) AigemfiUdet SavcnUf tH. 1S40.

ilaDt, it en foi qoelqnefoiB dislrait par une autre Mude. < Toulouse était fière de ses jurîsoonsulftes» mais elle l'itait plus encore de ses poêles el leur réser?ai( ses plus vils applaudissemeots. Elle enoDurageaii ainsi la jeunesse à négliger un peu le droit roumain pour la poésie, ou, oomme on dit, Thémiâ pour les Muses. Gareier né . résista pas à œl encooragenient : à un sentiment très délioat de la mesure poétique il joignait un goût très prononcé pour la déclamation; il n*en fallait pas tant ponr briguer des sucoés dans le genre qu'on nommait dès lors le genre sublime. En 1 5e5, il se présenta comme compétiteur de la palme lyrique devant le tribunal des Jeux-Floraux, et remporta le prix. Sa voeatiOD fut décidée.

Dans tous les temps, Tart de Caire des vers a été le plus honoré des arts» mais, dans aueiin temps (il faut, appeler les choses par leur nom], les poètes n*o«t refu du public un salaire convenable. Garnier résolut de partager sa vie entre la recherche de la gloire et celle do bien-Atre, et demanda le bien-être au mélier qu1l avait appris à Toolouse, sous la discipline de Gujas ou de ses rivaux. Il vint à Paris, et se fit recevoir avocat au par* lement. Il eut dessuceès comme jurisconsulte et comme orateur (4 ); îl en eol de plus grands oomme poète tragiqne : le poète fiit salué par les applaudissements de la ville; le juriscensolte fut en faveur à la cour, et, quand la ville du Mans eut à se faire représenter auprès du roi pour le règlement de quelque affaire contenlieuse, elle ne put choisir un mandataire qui lui fût plus agréable. Ayant laissé le palais pour acheter une charge de con-

(I) BiblioiJiéiiue Prançois9 de La Croix da Maine.

4 Mint %A«iii

leHkr au présidto) da Mamt GaraUf fevint chargé de gloiraaw lieux qai\ «vaii quittéa anlfdbis. partant . poor. l'UDhrarsUé deTouioM». Quelques aoDéag aprèa^ il éUil lieaieDant-ortmfnel a«i même prieidlal. OMi rhomme le plus ooneidérable de la praviooe. Une af« . freuaa eatattropha OMiaça d*ililerrompre eeUe aiiceea^ aioii de proapMKe. Bu Vumée 45aa» durant due {pi-demie qui fit de aonbreueee ▼icUmea, lea domeaHquee de Biobert Garnler leutèrent de rempoiaonoer, aTeo tonte sa funiliè, eepérant qu'il eerait feeile de r^eler ffir le mel régnant la reaponsabilHé de leur erfane. La tmuM de Garoier prit seule le foneete breuvage; maie des aoiba empf^aséa la tappeléml à la vie(«). Elle l'appelait Françoise Hubeit, et, née dane la ville de Noge&t« au Perche, elle était utw du baîili de cette ville. CéCaii Me femme d'un eaprit dMingné» c bien veraée dans la peésie feuaçoiee, » eC qui faiaait poor eas amis» ainon pour le pobrie, dea vora très estimablee {%). Garoier eAt été ioeooaehbie de aa perle. Appelé, qoetqoea anoéea après, à aiéger dans le grand-oooaeB, Garoier déclioa eet hoooeor^ VoM dans quels formée Guillaume CoHetet raconte les decniéfes aonéeadesa vie ? « Geo diagricea dooMBiiqoee et perticoHères estent suivies des diagrieee publiques, où, comme un bbo et fidèle dteyun, il pro« Mit tant de pari, le préoipitàren t daM OM métaochoUe ai profoode et si noire, qu'il téasoigna déa lors à aas in* times que la vie oommeoçoit k hiy estre eonuyeuse. Néantrooios, dana les sensibies desplaiairs de voir tout la royMme M confusion, et sa province loute pleiMde

(1) Biog^ 9emo\m Stiiiiirtunt, pa; . 170.

W La GroUdolUioe, JEtt/io(A^yàe#Wu(o/fe;uaM»tsi%ua-

10USÉT Oimsit ^

pmébfgmtte.qAvm resptràîtDt qpe te sang èi le feo, il «rut qv'M ûlloît en qii«lqiw sQrfo iéd» an taQifK si .Meo que^'sosiedBal panayles fiictlaax, j>liil«Btpar h»zaM que par disseiii formé, et songeant phitoat à lÉ oonaervatiào de sa triste famille qo^a foirtîSer leur injosta party, ilae vbtresprîttaMaiDeDt partagé, et me am adaiis OB a gfapd embarras de mortelles travéïaest ^ des maax préeenta, et d'appréheii3i4D d^aolrea iiitarea ea^ lamltex, que, ne poavanl da^anfage résisttr à tant de aaooiiase8»ilmdistPa5pri8teD8aviMe...,raBtSfO(ij«a Ce récit vondrait être acootiipagp& d*nn oomiDentttre. . Hais tool noua loanqna poar dégager le taxte de Golfelet des périphrases qui le rendant bbsonr. Durant lea-tonmiles civils qui suivirent la jouioée 4es Barricadas, 'Garoier» naos dît-00, se mêla parmi les laaiiaiix. Noua n*an appreora^ pas davaotdse. Or, poor lea Seize et Jenra oomplîcea, il n*y avait d*«Qtres bctien qua les Tdontairea enrôlés sous les enseipes du Béarnais: pour ceux-ci, les.factieus marchaient tous sous la aooduile du Balafré. Nous saupçonnona, maîâ sans rien affirmer i aet égard, qua Ganier .donna 4es gagea è la CaMalion eattoKqoe, at qu'il en eut un mortel repentir ausahAt qo'dle eut défoilé aes crimineb projets*

C'est Vi tout ca qu'on nous a transmis ter la vie de Habart Gamier. Il faut maintenant parler de ses aanvrea poétîquea. Il publia d*abord : Plainkt oniamtwet^ oonr ÊmoMt élégiéit sotmeii, ipUreg^ cft^rnsom, etc.» etc.; llioloa^t IS66, in*4*; Paris, 45d5« atLyoa, 16«2, inMS (3).

(1) Fieg dei Poètes frtmçoië. MSS. de la B&Hotlk do Lovm.

(t) tiogi^ 8cs8Vokc Stanaiftrfbini.

(Q BihUolhèfQetdeUQrQixdnlftiaeetdeDaTeniier.

• ' wûvm BàMKtm.

Oa recueil, qee noos n'amos pu reoQDftlrer, «ni quelque «icflée. ViDi epaaîte : Hifnmê è la monarchie; Péris, G. BuDD, 4667, Mi-4*. Panai ces petits pedoaes, nous nenUemieroDs eooefe : Elégie iut le Unspae de P. Aoneord, qui se tromw dans quelques édilions des tregi* dieséeOetoier; deus piAces de vers adressées au même ESDsard, qu'on peut lira dans le reeueU des QBwmdt Ronsard, édition de 4633 (4); Le Tmbeau âe memrt des fortes, abbé de Tyrm, idipriné avec rélégio sur la nori de Bonsard; euBo, deux sonnets sur la mort de Charles IX. Mais oe a*est pas è ces préludes, à ces vers légers, que Gamier doit sa grande renommée : M ne pril rang parmi les poêles qu'avec ses tragédies.

Sans vouloir reinoer ici rhistoirs des origines de Aotre théétrov nous rappellerons quelques Mts, dans 11- ^norance desquels il ne serait pas possible d'apprécier Finluence que les composllions dramatiques de Robert Gamier eurent sur le progrès des lettres tonçaises. On sait que, vers la 6o du xiv* siècle, quslques tréteaux fu* rent dressés aux portes de Paris par des bourgeois de celle vllle^ et qae,sor ces4 réleaux» furent représentés les premiers mystères. Cediverlissementhitd'aborcI bMmé comme probne, et interdit ; mais phis tard, en 4 iOS, Tinlardietion fut levée, et e*est alors que fut ouvert, dans l'bdpilal de h Trinité, prés la porte Seiot-Denis, le IbéÉtre des eonfirèras delà Passion. Ceux-ci ne firent paraître sur la scène que de saints personnages, et ne leur attribuèrent que les rôles les plus pieux; mais bientAI, è oAté de leur théâtre, s*élevârentdes entreprises rivales, dont les directeurs placèrent les choses plaisanlea

(1) ToB« I, pis. it% ett0BB. n, m. isas.

lOBBIT «AftHm. y

avant les choses graves; el par eax fut etéé le genre borlesqae, qtri devint ensuite, après avoir subi plus d'une épuration, la comédie de Molière et de Beaumarcbats. A quelque temps de le, d'atfires essais Turent tentés. On coonaissait les tragiques grecs, on prétendit les imiter; imitations é'aberd très groasières^ puis un peu moins imparfaiteftw pes diverses tentatives, qui toutes eurent pour résultat un nouveau progrés, nous mènent jusqu'au milieu du xvi« siècle : alors Bonaventure des Périers et CSairles Estienae traduisent Tilndrtenfie deTérence, Lazare de Baïf Y Electre et rJTéctite, Sebilet Vlf^ygénie; en même temps, Ronsard (4 ) vient donner à la langue des formes inusitées, un ton, un accent jusqu'alors inoonaus, et, dégagée de son vêtement gothique, la poésie

(1) Puisque le nom de Ronsard se présente de nouveau sous notre BiomcL répondons ici et par avance à une critique (fui pourrait noua être adressée. Nous avons pris rengagement de faire connaître tous lis écriTains nés dans la circonscription territoriale dont la viUe eu llans fut, à diverses époques, le chef-lieu temporel ou spirituel. Pour remplir cette promesse, nous avons déjà parlé d*un nombre anei considérable d'écrivains nés dans la portion de Tarrondissement de Vendôme, qui, faisant autrefois partie du diocèse du Mans, en fût distraiée en 1791. Or, voici le témoignage de La Croix dû Maine sur le lieu natal de Ronsard : « Pierre de Eonsard. gentilhomme vendômois, fils de messire Loys de Ronsard, sieur ae la Poasonerie, près Montoire au Maine, en laquelle terre ledit Pierre de Roniârd nasquit. » Montoire relevait, pour le temporel, de Blois, et du Mans, pour le spirituel; neos devrions donc, pour obaenrer strietement les termes de notre programme, consacrer dans ces volumes une notice à Pierre de Ronsard« Cependant, qui viendrait rechercher des rcnsaignements sur cet écrivain dans un ouvrage qui a pour objet et pour titre : Histoire Littéraire dn Maine? Personne, assurément. La gloire de Ronsard n'appartient pas au chAteau de la Pdssonerie, mais A la France. HAtons-nons d'igouter que, lorsqu*on parle du ipajt de Ronsard, on ne s'inquiète guère de savoir en quelle dr^ conscriptioa ecclésiuliqQe ce lieu se trouvait jadis et se trouve au- Jourd*!!». Ronsard n^est pas plus Mancean que Chartrain; il est, pour tout le monde, Vendômois. Par ces motilk, noos. avons cm devoir nous abstenir de publier ici une notice spéciale sur la vie et les œuvres de ^rre de Ronsard. Le catalogue de ses œuvres ae troavcL d^aiUaurs, daas tous les recueibbibliograpfatques, et sa vie % » été écrite par BiAet.

8 KOBBIT «ABHIlii*

noavelle affeele déjà des altures très hautaines. CW à ce momeDi qu'Biieooe Jodelle fait représenter aux coHéges d*Haroourt, de Beauvais et à l'hdtel de Reims, devant Henri 11, ses premiers essais tragiques. « Nulle invention dans les caractères, les situations et la conduilade la pièce; une reproduction scrupuleuse, une con* trebfon parfaite des formes grecques; ractionsimple, les personnaigas peu nombreux, des actes fort courts, composés d*une ou de deux scènes et entremêlés de diœurs; la poésie lyrique de ces chœurs bien supérieure à celle du dialogue; les unités de temps et de lieu observées, moins en vue de Tart que par un effet de rîmilation; un style qui vise à la noblesse, à la gravité et qui ne la manque guères que parce que la langœ lui fait faute: » telle est, au jugement de M. Sainte-Beuve, la tragédie de Jodelle et de ses premiers imitateurs, Jean de la Péruse, Charles Toutain, Jean et Jacques de la Taille, MelHn de Saint-Gelais et Rémi Belleau (4). Celle critique ne sera pas suspecte d'une excessive sévérité. Nous la trouvons, pour notre part, scrupuleusement équitable. Mais avant que Jodelle eût achevé sa carrière, sa Huse, trop souvent avinée, était Mmbée dans le mépris, et Robert Gamier, tirant des sons pluç graves, plus solennels, de la lyre tragique, recueillait tous les applaudissements (t).

(1) Tableau hisL et criL de la Poésie /hmçaiee au xn* siècle^ pag. tlO de redit, de i84S.

(S) Noos devons donner ici qaeli|oes détaib sur les éditions de ses mtres trafiques.

La première tragédie de Gamier, Porcie, parut à Paris, en IMS. in^, chas Robert Estienne : Poreie, iragéaie finamçam, avec des tkceure, repréeentant les guerres civiles de Rome, P^'^V^ P^ y voir déjpeifUe la calamité de ce temps, dédiée à Estienae Pote tiers, sieur de la Terrasse. En 1573, le iiiéiiie imprimeur publiait Bip» polyie, in-S*. En IS7i, parurent séparément, rliei le même. Car* isélte, Hippolyie (Aonai. des EsUeane), et Porcia (Aibk SoUaiaae),

IL Sainte-Beuve suppose que la première tragédie de- Gamier fut représenlée vers Tannée 4573, date de la monde Jodelle. Geite supposition ne doil pas être foadée : la première édition de Porcie est de Tonnée 4 56S, el il est assez yraisemUable qae cette pièce fut jouée avant d*èlre imprimée. La détermination de celte datie n'est pas superflue : reculer de quelques années l'ap* parition des essais de Gamier, c'est mieux établir Teriginaliléde'sa manière. Les nouveaux tragiques s'étaient inspirés des Grecs, et leur avaient tout emprunté, Inise en scène, sujets, fictions et méthode : Garnier prit pour maître, pour patron, un tragique moins sobre qu'Eschyle, moins noble que Sophocle, moins tendre qu'Eu-

in-S. En 1578, Mérc-Antoiney tragédie par Rob. Gamier, chei Mamert-PaUsson, petit in-S»; La Troade^ chez le même, même fnini £d 1579, Antigone, ou la Piété , in-S* (Annal. îles ÉstioBiie), et la Troade, in-4*. (Maittafre, Àrm. m, 778), chez le même «iiteur. En 1580, les Tragédies de Rob. Garnier, conseiller du Roj el de Mon-^ seigneor, lieutenant-général crimisel au sîége présidia) et dénes-' chaussée du Maine; Paria, Mamert-Pati»on, in-12. GStst la première édition des Œuvres de Gamier; elle ne contient que Porcie, Hippoiyt^ Coméiiet Antoine^ la troade et Aniigone, La même année, panvent, pour la première fois et s^Murément, chez le même libraire, Séd^iey ou les hàfoes, in-S°, et Braêamante^ tragi-comédie sans chœurs, in-S". A dater de eette époque, les éditions des œuirres complètes de Gamier se succèdent avec une étonnante rapidité : Les Tragédies de^ Robert Garnier, moins les Juifl*ex, Pans, Patlison, I58i. in-it; Paris, Pâtisson, 1585, in-il fptemjàre édition eom-> MUk Tholose, Jagourt, 1588, in-IS; Lyon, Frenon, 1591; Anvers, Ruaiilt, 159S, in4Jk Lyon, Frellon, 15SK(, in-lS; Rouen, D«. Petit* Val, 1596, in-19; Bouen, Maltais, 1596, in-lS; Lyon, Pillehotte, 1507; Niort, Porteau, 1586; Paris, V« Buon, 1599; Paris, Bertault, 1599; Rouen, Du Petit- Val, 1599; Lyon, Her. Rinud, 1600; Lyoïl, Glocquemin, 1602, in-12; Saûmur, Porteau, 16a2« in-12; Rouen, Reinssart, 1604; Reuen, Du Petit- Val, 1664, in-12; Rouen, le même, 1605, in-12; Lyon, Ancelin, 1606; Paris, Lefebvre, 1607; Paris, Fusr, 1607; Parii, Lecnyer, 1608; ^ouen. Doré. 1609; Bouen, Du Petit- Val^ 1600; Rouen, Ovya, 1611; Rouen, de Boutes, 1612; Rouen, Du Petit- Val, 1616; Lyon, CI. Morillon, 1617; Bouen. sous divers noms de libraires, 1618; Rouen, Piterscm, 1619; Paria, Vialiet, s. d.; Paris, V. Guillemot, s. d. (1675), in-12.

Nous aivont dressé ee catalogua sur ceu de la Bibliothèqae K*tiO'>

10 KOilBT nAlHIBft.

fipid», le rhélear Sénèque (4 ). On oonnaM les défauli de Séoéque; ih ont été bien souvent signalés : c'est l'em* portement du faux goAl, c'est l'exaspération du style déclamatoire. Ces déCauls se retrouvent chez Cartier. M. Sainte-Beuve a fait une brève analyse de Poma. Rien ne saurait être plussimple que le plan de Celte pièce. Quelquefois, il est vrai, Gamier donne un peu plus de mouvement à ses personnages, mais cela parait leur eaude la gène et leur faire perdre contenance : ils n'ont été créés pour agir, mais pour se poser à la manière des statues antiques. Que leur front pAle et contracté exprime les émotions les plus vives» que les plus lugubres accents sortent avec fracas de leur robuste poitrine, mais qu'ils soient Isojours vus de face par le spectateur, et qu'ils sortent de la scène comme ils y soat entrés, d'un pas grave, sans déranger un seul des plis de leur tunique. Telles sont les prescriptions de Sénèque. Gamier s'y conforme scrupuieusemeot. Les sentiments et les dis* coers de ses héros tragiques répondent à leurs allures. Dès qu'ils ont récité quelques vers, on connatt leur pa« . tris : Cêrduba megenu^; ils viennent tous d'Espagne, et s*exprimenl tous sur le ton hautain qui est le propre des §BBS de cette nation. Le maître et le disciple tombent daas les mêmes excès. Mais souvent on appelle

mie cl de la bibUoibèose de Soloiime, st sur le Hanuel de M. Bnh Dct. U (^ut T ^uter deux tnduciiow en aiigtaû, Tanc iTAntotmê^ Tautre de Ccrnélie : ^ Amtoniuê a tragédie writien m french by A. Gamier^ wiih a distoune oflife amd death^ vcriiten m firtnch tePAi/. JiDÎrfMy.boUidone la «iglish bj Mary Herbert, couiitr« oT Itabioke; Und. IISS, iii-4*.— Corri//i<i, trami^Êd ày T.Kidd. tond , 1594, in.4*.

(1) (Tfflt ane obeemtios déji faila par Scéivie de SaiaMAAe : « Smers quidcin tlle f^iis qiia»i Oncorwm «mulator. » 9MBval«

ROsniT OAurm.

escâs, vioe, TexagératioD d'une qualité très recommandable. Or, ce qui manquait surtout à Jodelle, c*é(ait la vigueur: la vigueur emphatique de Gamier anoblit les caractères, tes passions, le style, éleva Tart Ihéâfralr 0*eslle principal mérite de cet écrivain : il suffit de oompafer la première en date de ses tragédies à celles de Jo* délie et de La Péruse, pour apprécier aussitôt eombien diRèrenl le ton des unes et celui des autres :

Le Tieil Gotlmnia d'Euripide Est en procei entre Gernier Et Jodelle, qui, le premier, Se vante d*en estre le guide.

Il faut 91e ce proc^ on ndje Et qu*on e^juge le launer A qui mieu;^ d*un docte gosier, A beu de Tonde aganippide.

S*il fout espelueher de près

Le vieil artifice des Grecs,

Les vertus d'une œuvre et léfc vices,

Le subject et le parler haut Et les mots bien cltoisis, il fout Que Garnier payt les espices (1).

' En d*autre9 termes, c*est pour Garnier que se prononcent les juges, présidés par Ronsard-, et Pasquier, rapporteur de la sentenee, s'exprime ainsi : « Jamais nul des nAtres ii*obtiefldra requesie civile contre oet arrest [%). » Le parler hmU^ àiifion^t!^; le parler haut^

(I) Vers de Ronsard, en t4le de Comélie» Les épices étaient p^ées par les plaideurs quir gagnaient le proato.

(i) Ricfùrches di la Trgnee^ tom. f , liv. vu, eh. V|«

13 BOÈUT GAAKin.

grave tl tragi^, dH BrantAme (1); oe que Soévote dé Sajqte -Marthe traduit libfemetl par verborum uberiai : voilà oe qui distingue Gamier de tous les tragiques poilempoNiins; voitè oe qui, dès Tabord^iélonBa le pu* blict ^^ bientAt le passionna. Roirou fut, dans oe genre* bien supérieur à Gamier : nous ne le contestons pas, mais nous . réclamons pouf celui-ci l'honneur d*avoir inventé eatle langue solennelle, que Rotron Vint ensuite parler avee plus d'éléganoe et de correction.

Bien q«e cette aasertioB ne soit contredite par aucua desluBloriens de la littérature, on en désire sans 4oole k preuve. Nous allons donc citer quelques vers dont le tour» l'éclat, la majesté ont dû SMnbler aux contemporains de Jodelle quelque chase de tout-à-fait nouveau.

Non ehoisirons pour premier exemple une scène de CamUie. Brjitus, Gassius et Dectmus, gémissent sur les misères de Rome et s'encouragent à frapper le ^in de César. Q*est m sujet devenu banal sur la soéne française. U ne l'était pas du temps de Gamier, et voici comment le poète fait parler see personni^at :

cASfn.

Miiénble cité, ta armes contre toi La fureur d*an tyran pour le faire too tcfi Tu armes tes enfaats, i^vuneuse Roon^ Encontre tes enHnts, pour le plaisir d*un homme !

(i) OMmdt CapiMnes, vie de Henri II.— Tous les eontempo* rams da Gamier se sont areordés pou9 eiprimer dans tes mêmes larmes ce ({ni constitue rorÎKinaUlé de sa manière poétique. Noos dlarons encore ces ^ers de Jacques Gourtin de Gisi>é, d^à refnn dnits par TaMé 601^ {BibihUu /r., tom. iii« pag. SOI) :

Docte Gamier qui, d^une docte audac^ As aàkmà le françoit écbaikut, Et qui premier d*nn style grtva-liant Fais veifongaar rathénJanna frioa.

I^BBIT GAlHIlft» IS

Il ne te aontieni pivs d*aToir fait autrefois Tant ruisseler de sanf peurn^aToir point de rois, Pour n*estre point esclave et ne portet^ fléchie^. Au service d*un seul, le Joug de monarchie.

Ores dessus nos corps Tun sur Fautre estendu, Gomme espis en Juillet, quand les champs sont tondu% Tu bastjs du Mf aume, et, pour estre assenrie,

Libérale de sang, employés nostre vie

Pub il 7 a des Dieux ! Puis le ciel et la terre, Vont craindre un Jupiter terrible de tonnerre l Non, non^ il n*en est poi|^t : ou, s'il y à des Dieux, Las afflûres humafiies n« vont devant leurs yeux; Qi n*ont souci 4^ ndus, des hommes fis n*ont cure,

- Et tout ce qpi se^fait, se fijt à Taventure

Qaoy Brute? et nous liuit-il, trop craignant la danger. Laisser si laschemcnt sous un prince ranger ? Faut-it quft tant de gens, morts pour nostre franchise. Se pteig[nent aux tombeaux de nostre couardise? Et que les père^ifeux voisent disans de nmk : Ceux-là ont mieux aimé, tant ils ont le cœur mous, Honteusement servir, en démentant leur race, QnVuonei pour le pays movir dessus la place !

Tel est le début do leur entretien. Il se termine par «es mots adressés par Gassius à Brutus :

firute est vivant; il scftit, il voit, il est présent.

Que sa chère patrie on va tyrannisant;

Et comme s*il n'estoit quHuie vaine semblance

De Brute son ayeul, non sa vraye semence.

S'il n*avoit bras, ny mains, sen^ ny cœur pour oser,

Simulacre inutile, aux tyrans s'oppeser,

Il ne fait rien dâ Brute,-et d*henre ^ heure augmente

P A* trop de Iftcheté la ,(oree violente !

Cest trop long-temps souffert, c^est par trop ettdurél

L*on deust avoir déjà mille fois coiguré;

Mille foif pris le fer, mille fois mis en pièces '

Ce tyraft, pour venger nos publiques détresses I

14 «oiCMT «lAMRUni.

Assurerait, on IroQvera beaucoup i reprendre dans œe vers; on reconnaîtra toutefois, qu'ils aonl d'une belle tenue, él, comparée à ceux de Jodelle, ils seront jugés iNonpIos tragiques. Mais, qu*on le remarque, le ton, la cadebce des périodes, l'expression même, si peu qu'elle ait de vigueur, tout ce qui constitue Tarti 1^ manière du poète, est d'origine et de forme latines. Noua n'avons pas dté tout le passafi, et c'est principalement dans se^ écarts déclamatoires que Garnier tmite les Latins de la décadence jusqu'à les traduire en les paraphrasant. Or, l'on soupçonne jusqo'où peut aller une parephraae de Sénèque eu de Lucain.

Nous ne voulons pas trop citer : cependant aucmie^ monstration n'ayant la valeur d'un exemple, nous allons reproduire encore quelques-uns de ces vers, fermes, pleins, sonores qui firent, par leur oauveauté^ le grand succès des tragédies de Garnier.

La fragment qui va suivre appartient au deuxième acte des JuiftM. Nabucbodouosor venant châtier Sédécias, roî de Jérusalem, parait sur la scène et s'exprime an ces termes :

MABUCHODOltMOa.

Pireil am Dieni je marche, el, depuis le réreil

Du aoleil blondissant juaquot à son sommeil,

Iful ne se parangonns à ma grandir «yale;

En puissanct et en biens Jupiter seul m^égale :

Et encore n*eftoit 91*1! conunande immortel.

Qu'il tient on fondre en main dont la coup ett BMirtelf

Qae son trône est plus haut, et qn*on ne le peut joindre,

Qiielqna grand Dieu qn*il lott, je ne serois pas moti^ie.

11 commande aux éclairs, aux tonnerres; «nx vents,

Aux gredci, aux IHoMta et aux astres mouianla.

Imoriblci JuistilMoy, Je commande achosBunet,

ie suis Timique Diea de I9 terre où nous sommet I

$*il est| alors qu*U marche» armé. de tourbilloDS,

Je suK environné de mille bataillons,

De soldats indomtez, dont les armes luisantes

GoDUM tondains édaîrs briUent estincelantes....

L^AqoiloDt le Midy» TOneni je possède;

Le P&Hhe iti*obéist, le Persan et le ||ède, •

Les Bactres, les Indois; et cet %bricu cuidoit,

Rebelle, s^aflhinchir du tribut qu^il me doit.

MaisUl a tout soudain esprouTé ma puissance.

Et rëçea le guerdi» de son outrecnidance.....

Ge braye me pensolt si fûUi de coorag»

De sou&ir ni*estre fait on si Tilain outrage ....

S^esle^er contre moy! se distraire de moy!

Contre ma Tolontéie penser faire roy !

Cest bire proprement aux estoiles la guerre,

C«Bt tobloir airaÉher de lopin le toonerre !

■IBUZAlDAlf (1).

11 est asses puni de son ambitfon.

HABUCHQDOHOeOK.

Je lui faux bien dooner antre puniliftu*

RABUZAIBAH.

A UB roy T que peut-il endurer dorantage, Que de se lovt séduit en si bontewz serrage, Que de aa Voir privé de son sceptre ancien, Que dSsToIr tout perdu, que de roi n*estre Aen f

MABucaonoROsoK:.

Pour cela n*est encor ma Yengeaoce assouvie.

Et que toiile»-TOu« plus ?

' VABUGHODOltOSOa.

Je veux aToir sa Tie.

(1) Lieuteiialft de NibadUKlonosor.

16 lOBUT. AAMIIR .

Moins d'enflare, et ce^ vers sont de Roiroa : moins encore, et ils sont de ComelDe. Ce n*e8( donc f>as 1e ien« timentde la grandeur tragique qui manque à noire poêle; c'est le goût, c'est la règle. Formé èjune mauvaise école, il n*a pas appris dans quelltmesnre il est pernrts d*élever les personnages de la scène au-dessus de la nature humaine, et, pour leur donner un visage, un port héroïques, il exagère tout, il viele toutes les proportions naturellement établies entre les choses. Ainsi Nabu<!hodonosor te comparant à Jupiter, pour se placer au-dessus de lui, parait au moins un o«trecui|Jant. Or, Toutrecuidance n'est pas une vertu, mais un début; elle ne provoque pas l'admiration, mais le sourire. D où il résulte que, pour trop se faire valmr, Ntbuchodonoior devient ridicule. C*est ce qui arrive au plus grand nombre des héros de Gamier*

Il y a donc, pour les personnages tragiques, une sorte de niveau surhomain qu'il est interdit de franchir. Mais s'il ne /aut pas qu'ils prétendent trop s'élever, il ne Ihut pas non plus, d'autre part, qu'ils commettent certains actes, ou tiennent certains propos qui les abaissent audessous de cette nature conventionnelle dont le goôt détermine toutes les formes. C'est une autre précaution qui n'a pas été plus que la première observée par le disciple de Sénèque. En veut-on la preuve ? Ce Nabuchodônosor que nous avons vu, tout k l'heure, si hautain, si glorieux • déclarant qu'il est Tunique Dieu de la teite, nous le verrons, au début du troisième acte des /ut/vit, parlant le langage des piqueurs de mente et se démenant sur la scène de la façon la plus vulgaire. Qu'est devenu le Dieu ? Il a vaincu Sédéciat, il le tient captif, et veut l'envoyer à la mort. Voici comment il exprime celle résolution :

kobuT garkibr; 17

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