‹ Histoire littéraire du MaineChapitre 10 sur 30 · BIGOT · texte numérisé non relu

BIGOT

Nous ne connaissons cet écrivain que par le titre du seul ouvrage qu'il nous ait laissé. Il était curé de Montfort vers Tannée 1745, et il a écrit un Mémoire Utlori-

(1) 1880, ÎD-I*. Voici le titre flamand du livre de Gltpioa : Ken 9%tver Traeiaetken oemaetni Tyl-rortinghe tUr Pelgrimayien det Mensrhen lèvent ^ aat men broetier Jau G i api on toe tcryft,

(t) Epiftole Eranni, in editione Operum ; Lufniuni-BataTonin, •D. m, col. 740. On n*a conicrvé qu* uoc lettre d'Ërasme i (Uapioo. Ibid. col. 74t.

(8) ibid, Tom. III, col. 740, 741, 76t.

(4j ibid. Col. 789. On trouvera quelques épigramnies sur la mort de Glapion dans le tome »ecund dot Dehciœ puetomm Germann^ rum. ¥X\m foet d'un franc lotliénen, Euriciut Gordut.

èABAIEL TAMOT. 281

^ue sûr MùfUforl'U'Bolrou, les seigneurs, les curés et rhôpital. Ce Mémoire, encore ioédil, occupe un volume in- 4* de 400 pages. Il est conservé dëns les archives de la mairie de Montforl (4 ).

TAMOT (Gabriel.)

Voici la notice de La Croix du Maine sur cet écrivain : c Gabbibl TAMOT, advocat au Mans, l'an 4540, on environ. Il a escril quelques Poésies françoisesi desquelles il s*en voit quelques unes imprimées avecques celles de Charles Fonleine, Parisien. Il a escril quelques Recherches des Aniiquilez de la ville et cité du Mans; mais ses œuvres ne sont imprimées (S). » Les manuscrits laissés par Gabriel Tamot sont perdus ; ce qu'on a conservé de ses poésies se trouve dans Les RuisseaiLX de Fontaine^ recueil publié en 1565. L*abbé Goujet en a reproduit quelques vers dans la Bibliothèque Française (3); on y voit que Tamot n'était pas riche, et que, d ailleurs, il ne se plaçait pas au nombre des grands esprits. Le car« dinal de Luxembourg léguait en mourant à la fille de Gabriel Tamot c pour ayder à la marier, » la somme de dix livres tournois (4).

(I) M. Deiporles, Bibiiogr. du Maine.

(i) Bibliothèque Françoise.

(8) Tom. XI, ptg. iS4.

(4) Le Gonraisier, Hist. du Evéq. du Mans, pag. SIO.

ftoLA» àmmvà.

ORRT (J£AN.)

Il faut rapprocher de la notice qui précède ce que La Croix du Maine dit au sujet de Jban ORRY : c Jean Ory, advocat au Mans, natif de la paroisse de Ck>urcilé, au pays do Maine. Il estoit poêle françois, coœme il se voit par aucunes de ses poésies imprimées avecques celles de Charles Ponleine, Parisien. Il a escrit quelques Hémoires et Recherches des Antiquilez du Maine, selon que j'ay entendu d'aucuns siens parents et amis, mais je ne les ai pdlnt veux et n'ont esté mis en lumière. Il a escrit quelques vers François sur la mort de M. de Langey, messire Guillaume du Bellay, non encores impri* met. Il a escrit un Art Poëtiq François non encores imprimé, il (lorissait au Mans, exerceant son estai d*advocal, l'an 1 5ii, soubs le règne du roy François I*'. • Il n'est pas douteux que Jean Orry ait écrit des vers, puisqu'on en voit de sa façon dans Lu Ruiiscaux de Fontaine ; mais on ne retrouve pas plus les Recherches historiques de Jean Orry, que celles de son contemporain et ami Gabriel Tamot.

SEIGNEUR (Roland.)

Noos ne connaissons cet écrivain que par la notice suivante de La Croix da Maine : « Rolako SEIGNEUR, nalif de la ville du Mans, sieur de Buissay et de la Pourrerie, au Maine, jeune homme autant parfait et excellent

PATaiGB VBAU. J23

pour plusieurs rares verUiz et honestes exercices (auxquels il preot plaisir) qu*aulre en sa qualité; car pour le jeu de TespiDette et pour la cogBoissaoce de la musique, il y est lellemenl versé que quand je le voudrois mettre par escrit, on jugeroit que ce seroit chose impossible d'en scavoir tant comme il sait, en si bas âge^ et veu le rang ou qualité qu'il tient, estant homme faisant profession des lettres et surtout de la jurisprudence. Or, pour parler de ses compositions, voicy ce qu'il a délibéré do faire bien tost mettre en lumière : un Discours touchant les Vices des hommes, ensemble leur nature et qualité, avec les remèdes pour les scavoir fuir et éviteri Ce subject n'a encores esté traicté d*aucun de la façon qu'il le veult poursuyvre, et tant pour Tamour de son honneur et gloire, que pour le désir que j*ay que cela fust communiqué à tous, je désire bien for quil le face imprimer. Il a escril plusieurs Poëmes francois, et entreautres quelques-uns à la louange du sieur du Bartaz, imprimez avec sa Sepmaine. Il florist cette année 4 58i. » Ici finit la notice de La Croix du Maine, et nous ne savons rien y ajouter.

VEAU (Patrice.)

Patrick VBAU, né au Mans, prêtre séculier, composa un recueil de Noëls : Cantiques ou Noèlz fwuwauxpour chanter à la louange de Dieu; Le Mans, 1641, in*8*. Nous* ne connaissons que le titre de ce recueil.

1S4 «AmU-CATHnllOI-ftoiTBISI DI8JARDÎNA.

LEVATER DE MARGILLY.

M. Desportes ooiopte au nombre des écrivains nés dans le Maine un LEVAYBR . sieur de Marcilly, sur lequel nous avons peu des renseignements. On lui attribue Lt Roman Espagnol, ou Nouvelle traduction de la biane de Montemayor ; Paris, Briasson , 1736 , in- 4 2. Celte traduction est beaucoup trop libre. Estimant que ia littérature espagnole n*a pas la gravité prescrite par les régies du bon goût, qu'elle recherche des images pour dire les choses les plus simples, et se montre trop prodigue de descriptions, Levayer de Marcilly a re* tranché de la Diane tout ce qu'il ne trouvait pas à sa convenance, et en a fait, en propres termes, un abrégé. On soupçonne ce que peut être Tabrégé d'une pasto* raie : rien de plus disgracieux et de plus maussade. Ce Levayer de Marcilly était un des amis de dom Rivet. Il lui a écrit plusieurs lettres qui ont été conservées. On les trouve à la Bibliothèque Nationale (t).

DESJARDINS (MAni£-CATIlLniNE-HoRT£NSE).

MAsia-CATHiaiite-HoaTiitst DBSJARDINS, plus connue sous le nom de M** db VILLBDIEU , est née en 1634 ,k Saint- Remi-du*Plain , de Catherine Ferrand ,

(1) Eétklade Sfliat^^enDtin, cartMi ttS.

lÉAAIS-GATHPJIUIB DBSJAEDINS. 335

ancienne femme de chambre de la duchesse de Rohan (4 ), e( de Guillaume Desjardins , prévôt de la maréchaussée d'Alençaii. Elle manifesta de bonne heure de TincUnation pour les lettres ; mais comme elle avait Thtimeur vive, enjouée, et rimagination assez mal réglée, elle rechercha de préférence les romans , les poésies galantes. Son éducation achevée, elle connaissait mieux que personne la géographie de Gylhére, et Ton ne pouvait craindre qu'elle s'égarât jamais sur les rives du Tendre» si ce n'est avec préméditation : ce qui ne tarda pas trop. Elle habitait avec son père la ville d*Alençon , ville triste , mais environnée de vertes prairies et de frais ombrages qui charment les sens et invitent à rêver. Catherine Desjardins, qui venait souvent chercher des distractions en ces lieux solitaires, y vit bientôt apparaître l'image d*un jeune homme, qui ne lui parut pas indigne d*ètre son interlocuteur dans un dialogue amoureux. C*était un de ses cousins et des plus proches, car il portait son nom , et le degré de leur parenté semblait apporter quelque obstacle à une union légitime. Mais cela ne pouvait arrêter Catherine. Avaitelle donc besoin de convier son père et son confesseur à venir Tentendre prononcer les doux serments de Thymçn ? C'est un usage que n'avaient pas plus observé la Diane de Montemaior que la Galathée de Virgile. Les deux amants, d'un commun accord , s'affranchirent de cette obligation. Cependant,

Il n^est pas de secret quo le temps ne révèle :

Catherine reconnut bientôt qu'elle ne pouvait prolonger

(1) Et de madame de Montbaxon. Historiettes de Tallemantdes-Réauz, tom. z, pag. ^1 deTéditioo de 1848.

nd MAMB-CATHUINB DBSiAIIDIN0.

80D séjour dans la maison paternelle, sans trahir ellenaème le mystère de ses galanteries ; ello prit donc la ^uite, et courut chercher un refuge chez la duchesse de Roban. Celle-ci lui fil boa accueil, In plaignit, Texcusa peut-être , et lui procura les moyens de vivre d^ms la Extraite, jusqu'au jour où la nature devait achever le romao commencé par elle sur les rives de la Sarihe. Catherine fut alors mère d*un 61s qui ne vécut que six semaines. Elle reparut ensuite chez la duchesse do Roban et s*y fil remarquer par les charmes de son visage et de son esprit. Voici le portrait qu*elle a tracé d*elle-méme : « J*ai la physionomie heureuse et spi* rituelle , les yeux noirs et petits, mais pleins de feu ; la bouche grande , mais d'assez belles dents ; le teint aussi beau que peut l'être on reste de petite -vérole maligne ; le tour du visage ovale ; mais j'ose dire que j'aurais bien plus d'avantage à montrer mon Ame que mon corps (i). » C'est le portrait d'une femme plus gracieuse que belle (i) : mais on se prosterne avec respect devant la beauté, tandis que la grâce séduit, éveille l'ar* deur des sens et trouble le jugement. Un jeune capi* taine d'infanterie , fils d'un maître de musique de la chapelle du roi , se sentit bientôt entraîné vers Catherine par on irrésistible penchant. Il s'appelait Boissel

(I) Galerie dei Peinturet, Paris, 1663, in-lf. Quctquei bihliographes placent celle Galène des Peintures au cataloinie Je» 0£uvre« de Catherine De»janlin*. Us *c tmiupent. C*e5t un nvueil île |K>rtreit» parmi IcsqucU elle n'a Tait que le »icn. Il existe une édition de 1659 dans laquelle ce portrait ne se tn»u>e pa« encore.

{i, Encore a-t-ellc fait de ses charmes cqui^miues une dovrip- Uon plus atantngeuso que %raic, s*il Tdut m'u rapp«»rter a Talleniant -des-Reaui. ■ La pelile vérole, dit- il, n'a pas contribue a la faire Im.*116 : hors la taille, elle n*a ricu ira^reable, et, à luut prendre, elle est laide : d'aillcun, à sa mitte, >ous oejup^nes jamais qu>Ue fût bicu sage. »

MABIb- CATHERINE DESJABDIIIS. ^^

de Yilledieu, ce qui lui donnait iair d*uQ homme de condition ; il portait galamment ses épaulelles , et, bien fait de sa personne , il se faisait encore remarquer pat* l'élégance de son esprit. On ne pouvait dédaigner de tels hommages pour observer la foi jurée au cousin d'Alençon Catherine ne résista pas longtemps aux tendres sollicitations de M. de Villedieu ; mais quand elle le pria de vouloir bien donner le sceau du mariage aux engagements de son cœur, celui-ci se trouva dans un grand embarras : cependant , pour n'éprouver aucun refus , il ne refusa rien , promit le mariage et en laissa publier les bans (4}. C'est alors que la fille d'un notaire de la rue Montmartre, H"' de Fez, se déclarant l'épouse légitime du sieur de Villedieu, vient lui rappeler quelles peines la loi civile réserve à la bigamie. Aussitôt, Villedieu prend la fuite et se rend à Cambrai où son régiment tenait garnison [ï). Catherine, impatiente de venger celte injure , prend Thabil d'un cavalier , court sur les traces du fugitif, et va lui demander raison, les armes à la main, de ses abominables procédés. Mais cette affaire eut d'autres suites. Réconciliés à la première entrevue, Catherine et son capitaine prirent le parti d'aller braver en Hollande les oppositions de la fille du notaire, et les menaces de la reine-mère qui protégeait l'épouse outragée» On croit qu'ils furent unis par un pasteur bollan* dais : il est certain qu'ils reparurent bientôt a Paris et qu'ils y vécurent comme gens mariés , ayant fait taire toutes les plaintes et calmé tous les ressentiments. Mais

(1) Tallcinant-des-Réaux raconte d^une manière anet plaÎMnte les commencements de cette aventure. Que ce récit soit ou ne soit pas exact, nous ne pouvons le reproduire.

(i) Histoirt du théâtre français, tom. ix, pagi tSO.

t28 lÏARU-CATttBaiNB DBSiABDINS.

06 Villedieu D*é(aU qu'un fat et qu*un libertin. Il avait épouse H"* de Fez pour ses écus , el Tavait quittée après les avoir dévorés au tripot : il se lassa bîeot6t d'admirer les yeux noirs el les t)elles dents de Catherine , el Rechercha d'autres maîtresses. Catherine porta plainte devant le tribunal de TAmour contre Tingral Clidamis: TAmourlui conseilla de sécher ses larmes el d offrir à de plus dignes un cœur sur lequel Clidamis n*a vail plus aucun droil. Elle suivit ce conseil j el , pour justifier la liberté de ses mœurs, elle se fit une morale particulière, dont le premier article fut celui-ci :

Si Tamour e»t un > ice, Cesl uo vice plus beau que toutes les vertus (1).

A quelque temps de là, Villedieu fut obligé de rejoindre sou régiment , qui allait guerroyer dans les Flandres, et, à la première rencontre, il reçut une blessure mortelle (2). D'autres racontent qu'il fui tué dans un duel, par un des nombreux adorateurs de Catherine (3). Quoi qu'il en soit, il eut une fin tragique, et sa mort fit répandre peu de larmes. Sans avoir désormais l'excuse d'une légitime vengeance, Catherine obéit par habitude aux penchants, c'est-à-dire aux caprices de 80D cœur.

A la cour el même & la ville, il n'était bruit que do celte galante héroïne, et chacun, en racontant ses aventures, ajoutait qu'elle était douée d'un esprit supérieur. Dès sa première jeunesse, sous le toit paternel, elle avait

(I) CBuviTS fne%i(ffi, pay. ilicle ri^ilil. «le 17iS.

(t) Histoire litt^rnirt den fftnm^i fiitnroii'%, toni. II. pég. I.

(t) Biograpfue %mivtr$tUe, au mol Villedieu.

MAIIB-GATHBBINB DESIABDIKS. S29

fait des vers; elle en avait lu chez la duchesse de Rohan, et ils avaient obtenu rapprobalion des experts. Le public était donc eurieux de recevoir ses confidences. Elle les avait fait longtemps attendre; enfin elle avait donné, en 4660, quelques mois avant le commencement de ses intrigues avec Villedieu : Le récit en prose ei en vers des Précieuses. Cet opuscule est assez rare pour qu'on Tait pu croire perdu : la Bibliothèque Nationale en a récemment acquis un exemplaire. C est un livre qui se dislingue par des qualités fort estimables : les vers de Catherine sont gais, faciles, naturels ; sa pro^e a quelquefois beaucoup d*élégance et de délicatesse : mais, il faut bien le dire, ni ses vers ni sa prose ne respectent assez la pudeur. A quelque temps de là, elle mit au jour, chez Barbin : Alcidamie, 4661 , en deux volumes in-8*. Ce n*esl pas un chef-dœuvre. Le roman d' Alcidamie appartient au genre ennuyeux. Ecrit avec correction, sans tropd*emphase, sans trop de recherche, il n'est pas tout-à-fait dépourvu d'invention ; mais on voit que Catherine, encore peu sûre d elle-même, s*est trop préoccupée de façonner ses personnages à la ressemblance des héros de la Clélie. L*année suivante, elle publia deux volumes de vers, et fit représenter une tragédie. Les gazettes enregistrèrent trois succès. Aussitôt elle vit accourir auprès d'elle non moins de gens d'esprit que de galants.

Le 20 février 4662, Claude Barbin fit consigner sur les registres de la communauté des libraires qu'il venait d'être autorisé pour un RectieîZ de poésies de mademoiselle Desjardins, en un volume in-42. L'ouvrage parut peu de temps après. Il se compose d'élégies, de madrigaux et de lettres La Mtise de Loret nous assure que les élégies fu-

190 HARII-CATBBIINB DBftfABDiKS.

reot 1res goûtées. Nous le croyons volontiers. Ce ne sont pas de languissantes oomplainles. mais de vigoureuses imprécations contre les amants perfides; et elles paraîs- SADl inspirées par un si vif sentiment des devoirs et des droits de l'amour, qu'elles doivent avoir quelque rapport aux premières trahisons de Villedieu : cette véhémente susceptibilité u'apparlientpasaux veuvessouvent consolées ; elles ont plus d'indulgence pour les faibles* ses du cœur. La mèmeannée vit paraître: Le Carouset de Monseigneur leDttuphin, par mademoiselle Desjardins; Paris, G. Quinet, in-12. C'est un recueil de vers plus légers. Celle légérelé va même jusqu'au mépris des bienséances. Une femme peut composer de tels vers, et I«s réciter & des amis rassemblés dans sa ruelle ; mais elle 06 doit pas les transmettre au public. Parlons de la Iragédie.

Représentée sur l'hôtel de Bourgogne, le 4 mai 1 662, la tragédie de Manlius Torquatus eut un grand succès (4). Torqualus, consul rom<)in, aime une captive nommée Omphale. Celle-ci, que n'ont pu séduire ses tendres soins, que ses menaces n'onl pu soumettre, aime le fils du consul, le jeune Manlius. Hanlius, commandant quelques légions, a, malgré les instructions du sénat, engagé contre les Latins une iMtaille qu'il a gagnée; mais comme une Ticloire n'excuse pas seule un délit aussi grave que le mépris des ordres du sénat, il vient i Rome expliquer, justifier sa conduite. Torquatus apprend alors que son fils est aimé d'Omphale : dans la fureur que lui cause cette DOQvelle, il se promet de le perdre, et en effet, il réclame

(1) Cet! ce que boim lisons dânt nne liMoire mannurrite dn Tbéâtre Fnnçai*. Suutnt Tallciiuiiit-(Jc*-Ucau< , Mnnitut iiVu( qu*iiQ toctèf méUiociv.

KâBIE-GâTHEBIHI DBSJABD1K8. 98i

lui-même la sentence qui doit livrer le coupable aux licteurs. Vainement Junius, son ami, et Camille, veuve de son collègue Decius, adressent à ce père jaloux les plus vives remontrances; vainement Omphale le supplie et prend même en versant des larmes rengagement de se donner à lui s'il épargne les jours de Hanlius; sa colère est inflexible. Par les ordres deTorquatus, les gardes entraînent Hanlius et le conduisent au Néu du supplice. Mais Tarmée se soulève et délivre le vainqueur des Lalins. Celui-ci parait devant son père, vient lui offrir sa (è(e qu*il ne veut pas sauver à la faveur d'une révolte; et c'est alors que Torqualus, ramené par cet héroïque exemple aux sentiments de la nature et du devoir, pardonne à son fils, et lui promet la main d'Omphale.

11 y a dans celte tragi-comédie, une très grave invraisemblance; personne ne peut accepter que le farouche Torquatus ait eu la faiblesse d'aimer une femme, une captive. Le dénouement n'est pa^d'ailleurs conforme au témoignage des historiens, suivant lesquels la tète du jeune Manlius tomba sous la hache des licteurs. Mais, la fable de cette pièce étant admise, il faut la placer au premier rang parmi celles qui appartiennent au théâtre du second ordre. Le caractère de Hanlius est fort beau, celui d'Omphale ne l'est pas moins; nous ne remarquons, dans la mise en scène, rien qui ne soit conforme aux règles, et l'intérêt, excité par les deux moyens classiques, la terreur et la pitié, se soutient et va toujours croissant. Ajoutons, que si l'on rencontre plus d'une tirade précieuse dans les longs discours que tiennent les personnages de cette tragédie, ils récitent aussi fort souvent^des vers de la bonne fabrique. En voici quelquesuns. Manlius se présentepour la première fois de-

SSt HABIR CATBKBIKB MSiÂltDfHS.

vanl le consul son père, el vient s^cxcuser d*avoir Ualla rarmée latine, sans avoir tenu comple des terreurs du séoat:

TOIQUATUS.

Venet-voiis demander un ordre pour comktttrtT Ou ti TOUS tves cru que parmi les Romains, Un père et le sénat sont des fantômes ^ains f Quand vous avet risque toute la république, Aves-Tous cru monstrer un courage héroïque ?

Faire voir qu*un vainqueur est au-dessus des loic, El qu*on peut tout braver quand on soumet des rois? Ces sentiments sont beaui, et cette noble audace Vous fera prendre ic; pour le dieu de la Tbrace ; Après un tel eiploict il vous faut un autel ; Quand on méprise Rome, on dnit être immortel.

MAHLICi.

Tai trop de eonfiance en la faleor romaine Pour avoir cru, Seiinwur, la victoire incertaine ; Mon cœur anroit tremblé pour te peuple latin. Mais Pardenr des Romains m^assoroit du destin : Les mener au combat, c'est courir i ta irloire ; On diroit qu*ils ont Tart dVuchaîuer la victoire ; Ils la traînent partout, cUe suit tous leurs pas Et doit nne conqucste i leurs moindres combats. Poavois-Je donc, Seigneur, avoir Tàme alarmée f

TOBOFATVt.

On tçavoit mieui que vous la valeur de Tarmée, Quand on vous deffendit de donner le coml»at. Avei-vous meilleur sens que n'a tout le sénat ? Depuis quand a%es- vou« smci d'eipérience Pour être dispensé de son ubci«<ance T Dites-nous vostre r^nir, vos vertus, va« exploits, EnSn ce qui vous met an-dessus de nos lois.

«AlIB-GATliBllirB DBSJARDIKS. 285

■A1ILIU8.

Le nom de Manlius, mon sAng et ma naissance Sont, Seigneur, mes exploits et mon expérience ; C'est pour m^antoriser un droiet asses paissant. Les Romains de mon nom triomphent en naissant.

TOIQUATDS.

Les Romains de ce nom craignent sur toute chose De ne pas observer la loj qu*on leur impose; A ee premier devoir ils fcroient tout céder, Et sçavent obéir, s'ils sçavent commander.

Cette règle est pour vous difficile à comprendre, Mais, avant qu*il soit peu, je sçauraj vous rapprendre ; Ne qnittei pas le camp sous peine du trépas.

■ARUUS.

Ordonnex donc, Seigneur» qu*on ne Tattaque pas : Si Ton vous obéit, j^observerai sans peine Le respect nécessaire à la vertu romaine ; Faites qu'on soit en paix, et je serai soumis, je crains tout de moi s*il vient des ennemis.

T0BQUATU8.

Ne me répliquex plus; sortex.

Ce sont là de beaux vers. De Visé, dans le Mercure galant , censura quelques endroits de Manlius. Il fit remarquer, et à bon droit, que le principal personnage de cette tragédie est souvent bavard et toujours irrésolu ; en outre, il accusa Tauteur d*avoir trop peu respecté les témoignages de Thistoire : mais on lui répondit qu'un juge des piqs compétents, Tabbé d*Aubignac, avait lui-

S34 lUmUGATHCUlfB MMAions.

mèine ordonné la mise en scène de Manliui, el que, d'ailleurs, dans un ouvrage Iragique, rinlérèl doit lou* jours avoir le pas sur la vérité. Loret sHnscrivil sans hésiter parmi les apologistes de Alanlius («]. Enfin les nombreux amis de Catherine fornicrent une telle cabale» que Mardius parui un instant disputer les suffrages du public au Sertarius de Pierre Corneille. Il y eut, dans Tannée 1 662, deux édilionade cette tragédie, chez Claude Barbin (i). Chacun voulait la voir, ou, du moins, la lire. Quand cette fureur fui apaisée, elle jouit encore de quelque estime, puisqu'elle fut réimprimée à Amsterdam, par Schelle, en «718, è Paris, par de G. de Luyne, en 174 8, el, do nouveau, è Amsterdam, par Witwert, en

(1) Bien des geni loot «iaVcord

Ou*on y f oit du tendre el du fort,

tJne judicieuse luite,

Dn (T^nie et de U conduite ;

Et le tout ti beiu, si louchant,

Qtt*i moins d*4\oir Tespril méchant,

Énvieui, jatoui et saunage,

11 faut admirer cet ouvraire

Que plusieurs nomment meneilleus,

D*atttret disent miraculeui

M t*etprime ensuite en ces termes sur Catherine Desjardins :

Dëji plusieurs be4Ui écrits d'elle G>uraient de ruelle en ruelle ; On trouf oit fort doui et fort nets Ses quatrains, sitatns cl sonnets .

Elle aYoit fait nininli» elétne Pleine d*esprtl et dVnervie, Ses impromptus et ma(iri((au\ Aui pltts rares etoicnt éyaui.

On ioolatroît ses eglofrues.

Quoique pourtant sans dialofrues ; Mtis des f^vat d^a»sei hon yn«/Mf, Disent que dans son Ton/uatut Celte àrae belle et bien sensée S'est inttniinent surpa»«^\

{La Muse Historique. )

(t) QvdqMt eteapUbrei portent k aoni de Gabriel Quioet.

MAftlB-CATHBlINB DB8JABBIH8. 9SS

Le 17 avril 4665, les comédieDs de THÔlel de Bourgogne annoQcôrenlf sous le nom de Nitetis, une autre tragédie de M** de Villedieu. Lorel n'avail pas attendu la représentation, pour célébrer le mérite do la pièce et la gloire de Fauteur (4). Il ne fut pas bon prophète: NUetis eut peu de succès. C'est une pièce où l'on ren • contre quelques vers énergiques, quelques mouvements heureux ; mais elle est bieu inférieure à Mohlitis. Tous les personnages qui se présentent sur la scène parlent un langage si peu vrai, ils font un grand étalage de sentiments si précieux, si raffinés, que, loin d'émouvoir, ils provoquent le rire. La Cable de Niietis^ qui a pour dénouement la mort de Cambyse, n'est en rien conforme, d'ailleurs, aux vraisemblances historiques; ce sont des figures de fantaisie auxquelles l'auteur a prèle des noms connus*, agissant avec cette liberté. Galberine Desjardins pouvait donc créer des situations Iragi*

(1) Nitetis, tragédie eiquise,

Depuis plus de six mois promise ^Ce m*a dit un certain mortel )»

Aujourd'hui se joue à THôtel.

On dit qu*en elle sout encloses Quantité de fort bonnes choses.

On y Toit de Tesprit galant.

Du doux, du fort et du brillant :

Et quoique cette pièce brille, Cest pourtant Tœuvre d'une flUe.

Ce n'est pas un cas fort nouveau Quand, dans le sexe appelé beau, Il se trouve de belles âmes.

Et que des filles et des femmes Fassent en des jargons fort nets Chansons, madrigaux et sonnets ; Mais pour des pièces de théâtre Dont le peuple soit idolâtre, Mademoiselle Dc^ardins, Dont les vers ne sont pas gredins, Mais cxrellcns i triple étage, A sei^e ce rare aTantage.

(Muse Bisiorique.)

S36 MAEH-CATHCftim DIMAftDOfS.

ques, et roellre è proBl les ressources de son esprit invenlif, pour exciter rinlérèt du spectateur par le cliarme de Timprévu ; c*est ce qu'elle n'a pas fait. Niletis ne resta pas longtemps sur la scène (t ] : mais oetle pièce fut aussitAl remplacée par un autre, Le Favory,

Le sq'et du Pavory est fort simple. Moncade, favori du roi de Barcelone, aime Lindamire; mais il ignore s*il est aimé par elle et cette incertitude rafOige. VoiU que le roi feint de rompre avec lui. Aussitôt tous les cour* ^isans l'abandonnent, et les premiers qui viennent Inccuser devant le prince sont ceux qui se disaient, la veille de sa di^rAoe, ses amis les plus ardents. Seule, Lindamire témoigne par sa constance qu'elle aimait, dansHoncade, rhomme vraiment digne de Tesiime, de Tamour d'une femme forte, et non pas le favori comblé de biens et tout-puissant. Cette épreuve faite, le roi lui rend toute sa confiance, toute son aflection, et, quand la toile se baisse, on va préparer le mariage de Moncadeel de Lin* damire. Celte comédie est de la l>onne école: on n'y trouve pas de ces facéties plus ou moins grossières, qui égayent sans doute le spectateur, mais ne l'intéressent pas et ne Tinstruisent pas: ce sont des caractères que Tauleur a développés. Il y a, dans le Favoi*y, quelques soèoes dignes de Molière. Voici le portrait d'une femme légère, fait par elle-même :

UOIIOI.

Voat Touf moquet de moy, donc El vire, ou Je meure, I>e me faire sortir de ma chambre à ceUe heure; Toot le monde repose, on se rira de nous.

(1) Celle tragédie fui publiée à Paris, rhci Barbia el cbei Quinet, en leSi, etcliei Barbin, 1741, in-lS.

ÉARIB-CATHBRINB bÊSJARDiifS. ^37

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