ELVIHI
Hé ! TeDei , Léobor.
LÉOIIOK.
Mais où donc allez- vous?
Apprenez-moy, du moins, la belle matineuse, Si c^est pour ménager une iolrigue amoureuse, Ou bien {lour consulter le mouvement des cieux. Que tous me conduisez à cette heure en ces lieux : Qu*est-ce donc?
D. BLVIKE.
Son chagrin me fait pâmer de rire ; C*est pour m*accompagner jnsques chez Lindamire. Elle me doit donner pour prix un brasseleti Si Je la trouire au lit en portant ce bouquet.
LÉOKOR.
Sans mentir sur ce point nulle ne tous égale : A quoy bon tous ces soins envers une rivale ? Avec empressement vous suivez tous ses pas.
D. BLVIBC.
Ce sont ruses d*amour que vous n*entendet pàé.
LKONOK.
Non, j*en tombe d*accord ; mais teuiliez nie les dire.. .
D. KLVIRXt
C*est aussi pour servir la haine qui mUdspire Que Ton me voit sans cesse auprès de Lindamirtf ( Par là je luy ravis le doux contentement D^oscr entretenir Moncade librement.
t38 ■AftIB-€ATlIBBIlll DESiABDINS
Sous le prétexte adroit de rot fausse tcodresso Je trouble ses plaisirs avec tant de fiacsse. Que, sans qu*on s'en deffie, à peine eu tout uo jour TrouTe-t-il un instant pour lui parler d*amour. Est -il pour une amante une peine plus rude f Je la.conteniple alors dans son inquiétude ; Elle devient chagrine et presque en un moment Son visage et ses yeux changent visiblement ; Son humeur dévient sombre, et sa mélancholic Fait que lloncade mesme auprès d*ellc s^cAnuie : h croit rimportuner, il en devient jaloux, Et moy dans ces momens je luy darde mes coups, Je fats tous mes efforts pour en estrc louée, J*anime mon esprit, je deviens eiyouéc, Et, dans ma belle humeur, j*eslalle des appas Que, sans trop me flatter, Lindamire n*a pas. Est-ce Tentendre?
LiONOI.
Ouy, mais aussi, noetre chère.
Si cW Tenlendrc bien, c*est estre peu sincère; Et si Moncade vient à s*en apercevoir, Croyes-moy, bannisses pour jamais % astre espoir, Si ramour est fondé sur une haute cslimc.
D. ELTllK.
Hé ! la ruse en amour ne passe point pour crime :
Ce sont vieilles erreurs et soucis superflus :
Tant d*estime ne sert que quand on ne plaist pln«.
Quand on n*a plus d*appas pour paroistre agréable.
Il est bon de tâcher à si rendre estimable ;
11 faut charmer Tespril, ne pouvant faire mieux ;
Mais quand un jeune amant se n^iid à de beau\ }eux,
11 borne à ce qu*il «oit son estime et sa Uànle,
Et ne s'avîae pas d^aller jusques i Tàme.
Le secret est de plaire, et Ton «oit, en eKci^
Que chacun croit tou^oun ce qu*il a%me parfait;
^llABIE-CATHERINE DBSMBDllfS. 239
t^laisons donc dans le temps d*unc belle jeunesse, £t laissons sans regret rcstime à la vieillesse...
Au momenl oâ a lieu cet enlrelieh entre Elvire et LéoDor, HoDcade jouit encore de son crédit. Nous allons voir reparaître en scène les mêmes personnages, après la disgrâce de Honcade :
LËOIfOB.
Deussay-je estrë pour vous une amie incommode, Non, je ne puis soufTrir cette étrange méthode. Dans une heure Moncade est par vous oublié; Cet homme si parfait I
D. BLVIEE.
Il est disgracié t
LÉOlfOll.
Et pour cette disgrâce en est-il moios le mesme?
Quoy vostre cœur ressent une tendrcase eitréme;
Et puis, sans autre peine, il u*a qu'à le vouloir.
Vous changez d'un amant comme on fait d'un mouchoir.