ÉTIENNE BRÉARD
entendu parler, et l'on découvrit enfin, sur un grabat humide et obscur de la cité, un vieillard paralytique, qui, dans le plus triste abandon, employait à lire les grands poëtes et à les imiter tous les instants de relâche que lui laissait la douleur. C'était bien l'homme qu'avait désigné le chancelier, et voici dans quels termes il répondit à l'interrogatoire qu’on lui fit subir sur son origine, sa famille et sa vie passée.
Il était né, en 1680, dans la paroisse de Gourdaine. Son père, fabricant d'étamines, avait été curieux d'élever au-dessus de sa condition un enfant auquel tout le monde reconnaissait une imagination ardente, une intelligence prompte à tout saisir. Il l’avait envoyé, dans ce dessein, au collége du Mans, administré par les religieux de l'Oratoire. Là, Bréard avait fait de fortes études ; mais, à l'âge où il s’agit de commencer une carrière, il n'avait su quelle voic suivre, quel engagement contracter avec la vie. C'est alors que, pour se soustraire aux embarras d’un tel choix, il avait été chercher un refuge chez les moines de La Trappe. Que d'ennuis il avait éprouvés dans leur silencieuse prison! Faisant alors un retour sur lui-même et se persuadant qu'il n'était pas fait pour le repos, mais pour l’action, il n'avait pas même achevé son noviciat chez les frères trappistes. Les ayant donc quittés, il était revenu sous le toit paternel et avait formé le projet d'entrer dans le clergé séculier. Mais, pour obtenir la plus misérable cure, il fallait montrer un
titre de cinquante livres de rente, ou, du moins, être investi d'un modeste bénéfice : or, il était dépourvu de tout patrimoine et de tout protecteur. Dans cette situation, il avait cru devoir demeurer chez son père, et apprendre de lui sa profession. La nature l'avait fait poûte : la société le condamnait à tisser de l'étamine. Mais, comme il n'avait pu complétement se résigner à subir cet arrêt, il avait fait pour l'étude quelque réserve de son temps, consacrant à lire les auteurs anciens ou modernes les heures qu'il ne devait pas au travail de l'atelier. C’est ainsi qu'il avait vécu jusqu'à l'âge de 64 ans. Atteint alors d'une affreuse maladie qui ne lui permettait pas l'usage de ses bras, il avait repris ses livres avec plus d'ardeur, et traduit en vers latins un assez grand nombre de poésies modernes. Voilà ce qu'apprit au chancelier d'Aguesseau l'enquête faite par le lieutenant général du Mans : voilà ce que nous lisons aujourd'hui dans une intéressante notice sur Etienne Bréard, qui a été publiée par l'abbé Renouard dans l’Almanach du département de la Sarthe (1).
Presque toutes les traductions de Bréard sont perdues. IT avait traduit : Ode sur le retour de Louis XV à Paris, par Charles Roy; Ode sur la convalescence de Louis XV : l'abbé Renouard nous en a conservé les deux premiers vers ; Le Dieu de la Seine, idylle à
(1) Année 1810.
” PIERRE BRÉDOR. 259
la louange du Dauphin de France; La bataille de Fontenoy; Ode à la louange de Louis XIV; La Gràce, par l'abbé Asselin ; Ode sur la simplicité de la foi; La Religion, de Louis Racine : quelques fragments de cette traduction se lisent dans le Mer. cure de France de décembre 1748, et dans l’Almanach de la Sarthe de 1810; l'Epitre de Jean-Baptiste Rousseau à L. Racine; la moitié de l'Epitre de L. Racine à J.-B. Rousseau. On ne connaît d'Etienne Bréard qu'un seul poëme original : c’est une Épitre latine au chancelier d'Agucsseau, qui est imprimée dans le Mercure de France de février 1749. Une lettre du mème à Louis Racine est insérée dans les Anecdotes de Dagues de Clairfontaine, t. I, p. 644.
Etienne Bréard mourut au Mans, le 24 avril 4749, et fut enterré dans le cimetière de Saint-Ouen-des- Fossés. Autant qu'il nous est permis d'en juger par les fragments que nous avons sous les yeux, Etienne Bréard était fort habile dans les vers latins.
BRÉDOR (PIERRE).
Pierre Brépor, né à Avoise, le 49 décembre 1724, fut professeur d'anatomie à Paris, et mourut en 1798.
Outre trois mémoires publiés dans le Recueil de l'Academie de chirurgie, M. Desportes luiattribueun Traite d'Ostéologie et un Cours de Thérapeutique. Nous ne trouvons pas ces ouvrages, et M. Quérard ne les mentionne pas dans la France littéraire. Est-on certain qu'ils aient été publiés ?
BRISEBARRE (cHaARLEs .
Charles BRISEBARRE, né au Mans en 4650, était fils de ce Louis Brisebarre, avocat au siége présidial, qui fut procureur de la commune en 1682 (1). Charles Brischarre ayant préféré l’état ecclésiastique, reçut tous les ordres pendant son cours de théologie; mais il n'exerça pas longtemps le ministère : atteint d'un mal incurable, qu'il supporta durant vingt années avec une héroïque constance (2), il employa ses loisirs à composer un petit livre sur les conditions du bonheur : L'art de devenir heureux dans la societé ; Paris, Barbin, 1690, in-12, sans nom d'auteur. Dans la première partie de ce traité, ils’agit du désir, consi-
(1) M. Cauvin, De l'administralion municipale dans la pro-
vince du Maine, p. 55.
(2) Ansart, Biblioth. litt. du Maine.
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loi givine? Te es de prisebaïTé- qi} nous SU ft d'en faire pROSSARD (DAY 19) pavid ou Davÿ prossARD igieu sappaye de gaint-Vineent Mans, Mel onnË À pibliothè que Française e La Ci y Maine jeur du yrage SUI ja cultuf d rpres fruitie ls Jié SOUS À ce titre : La manièr de semer € faire pé nière dar bres sauvag en tes sortes d'arbres: etc.
avec Un tre T aité de manière de semer raines t jardins’ etc, ClC- paris; veuve pufiet, 1552. An i que le fait, oser VE fl esportes ( E on connaissait» du temps LÉ prossafo» 'art de greffet nee 8"
(A) pibuiographie du Mai
le rosier, comme le prouve le passage suivant de son opuscule : « En cette manière d’enter à écusson, vous
pouvez aussi facilement enter les rosiers blancs dedans les rouges et les rouges dedans les blancs, tellement que vous aurez des roses de plusieurs sortes en un même rosier. » Le traité de notre
bénédictin, qui paraît avoir été fort recherché au seizième siècle, vient d’être recommandé dans les termes les plus flatteurs à l'estime des savants par M. Aubert Dupetit-Thouars. Ainsi s'exprime ce naturaliste érudit : « Cetraité, malgré sa brièveté, est
très-remarquable ; il se distingue, non-seulement de ceux qui existaient à cette époque, mais encore de tous ceux qui ont paru longtemps après, parce que l’auteur, au lieu de chercher dans les anciens les principes de la culture, les déduisit de sa propre expérience. Par là il s'éleva fort au-dessus de son siècle, et s'affranchit de beaucoup de préjugés qui ont régné encore après lui. Brossard mérite une place distinguée parmi ceux qui ont perfectionné la culture des arbres en France. Il serait à désirer qu’on fit une nouvelle édition de son ouvrage, avec des notes qui indiqueraient les services réels qu'il a rendus, et surtout les emprunts qu'on lui a faits sans le nommer (1). » Suivant La Croix du Maine,
le traité de David Brossard avait été publié plusieurs
(1) Biographie universelle de Michaud.
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lo gscule de
mais d après cette édition;
en 45712780 e
Croix du Ma e et par cart, qui est la plus étendue :
Ç Jean Brouar"” pré du diocèse du Mans et né « à Laval, fut vive ñ ordination « de partager ja desserte à age et SON pe
cuse, et lui donnèrent le temps de travailler à se connaitre lui-même avant que de se charger de conduire les autres. L'évêque ne tarda pas à faire de nouvelles instances; alors Brouard obéit, et remplit les fonctions sacrées du ministère avec d'autant plus de facilité qu'il s'y était mieux préparé. Cependant il n'avait pas prévu tous les obstacles. La religion éprouvait alors une crise violente ; les hérétiques débitaient leurs erreurs avec une hardicsse qui ébranlait la foi des fidèles ; le danger était pressant et demandait les secours les plus prompts : notre zélé vicaire y pourvut de parole et par écrit. L'ouvrage qui parut à cette occasion est intitulé : Leçon à ceux qui disent : « Je ne sais a quelle religion je dois tenir. » C'est un abrégé des principales preuves de notre religion. La Croix du Maine n'était pas certain qu'il fût imprimé en 1584. »
Nous regrettons de ne pouvoir rien ajouter à ces détails. Que de gens, au seizième siècle, ne savaient pas, en effet, quelle religion ils devaient préférer! Et cependant tout le monde avait les armes à la main pour défendre l’une ou l'autre. Quand il parlait à ceux qui osaient dire publiquement : « Je ne sais, » Jean Brouard s'adressait à un très-petit nombre de sages.
mois de l'année 1549. C'est à celui-ci qu’il faut rapporter la fondation du collége de Coulans (1).