‹ Histoire littéraire du Maine. Tome deuxièmeChapitre 2 sur 62 · SR D · texte numérisé non relu

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compesil. + La légende de Léthald, comme l'ont fait observer Dom Ceillicr et les auteurs de l'Histoire Littéraire, est fort intéressante en ce qu'il raconte sommairement les principaux faits accomplis, même au dehors du monastère où se trouvait le tombeau de saint Maximin, depuis la fondation de ce monastère, par Clovis L°", jusqu'à la mort de l'abbé Anuon, qui cut lieu en 973. On y trouve sur l'histoire des évèques d'Orléans des renseignements précieux , que l'on chercherait vainement ailleurs. Nous y lisons cet éloge d'Odon de Cluny : « Floruit eo tempore Odo, omnino venerabilis abbas, per quem ordo monasticus rediviva vice resurgere cæptus est. Fuit enim vir moribus egregius et omni sapientia adornatus, qui et plurimos edidit libros, in quibus studiosis et boui cupidis viventem sui dereliquit imaginem; quia vir sanclus nequaquam aliter potuit docere quam vixit. » Rien ne parait motiver, dans le récit de Lé- Uhald , cette digression en l'houncur de Fabbé de Cluny; mais Odon est, on le sait, une des gloires du Maine, et s’il est parlé de lui dans ces termes et ca cet endroit, avec celte pothpe et sans opportunité , cela ne coufirme-t-il pas l'opinion des bistoriens qui fout naître Léthald dans la même province? Nous remarquons encore, dans Île récit des miracles de saint Maximin, quelques phrases incidentes sur l'invasion du Maine par les Normands, sur saint Carilef ou Ssuint Calais, sur Bertchan ou Bertrand , évêque du Mans. Il y a peut-être lieu de croire qu'un moine de Mici se fut moins occupé de raconter des faits relatifs à l'histoire du Maiuc, s'il n'avait été originaire de celle province.

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Les reliques des saints personnages étaient forts honorées au X° siècle. Un concile ayant été convoqué . à Charroux, vers l'année 998 , les moines de Noaillé s'empressèrent d'y transporter , selon la coutume , la châsse qui contenait les restes vénérés de saint Junien, premier abbé de leur monastère. Quelques miracles eurent lieu à cette occasion. Les moines de Noaillé prièrent Léthald d'en faire le récit , et lui envoyèrent des notes à ce sujet. Il s’acquitta de cette tâche dans une lettre adressée à Constantin, leur abbé , qui a été publiée , du moins en partie, par Mabillon , dans le IV° siècle des Æeta (1), sous le titre de : Delatio corporis sancti Juntani in synodum Karrofensem. Les continuateurs de Bollandus ont inséré ce fragment dans leur vaste recueil, à la date du 13 août. On doit supposer, en effet, que nous ne possédons pas intégralement la lettre de Léthald à l'abbé Constantin : ce qui nous en reste a fort peu d'intérêt.

La prière faite à Léthald par les moines de Noaillé, suflirait à défaut d'autres preuves, pour nous témoigner qu'il jouissait d'un grand crédit. Un acte public d’Arnoul [°° , évêque d'Orléans, rédigé par Léthald, suivant Mabillon , et que l'on croit être de l'année 973, sert à établir qu’il exerçait en cette année les fonctions de chancelier dans l’abbaye de Mici. Arnoul IT eut avec Léthald quelque contesta- #lon dont ignore l'origine ; Abbon , de Fleury, qui porta plainte contre le même évêque aux rois de France, Hugues et Robert, nous apprend que l'é-

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vêque fit éprouver au moine les plus durs traitements, au mépris des lois ecclésiastiques (1). Vers l’année 996, l'esprit de révolte pénétra dans le monastère de Mici. I se trouvait alors sous la discipline d'un certain abbé Robert, qui précédemment avait, au même litre , gouverné l'abbaye de Saint-Florent , près Saumur. Cet abbé affectionnait un de ses reli- . gieux, lequel n'était pas bien vu des autres moines: ceux-ci l'ayant accusé de divers crimes, l'abbé prit sa défense. Cette querelle fut bientôt si passionnée, que les moines jetérent hors du cloitre Robert et son favori, et remirent la crosse abbatiale entre les mains de Léthald. Ce fut l'occasion d'un grand scandale. Féthald, qui avait usurpé la place de Robert, ne fut pas ménagé par les proscrits ; ils le denoncérent comme les ayant calomniés, comme ayant provoqué l'insurrection par de coupables manœuvres. Les récriminations se firent entendre de part el d'autre. Pris pour arbitres dans cette querelle, les moines de Fleuri se prononccrent en faveur de Robert, et Abbon, leur abbé, écrivit à ce sujet une lettre fort vive aux moines révoltés (2). Robert fut enfin rétabli dans sa charge. Léthald préféra l'exil à la soumission, Il se retira chez les moines de la Coûture , au Mans. Vers l'année 595, Bertrand, onziéme évêque du Maus, avait fondé aux portes de cette ville, sous l'invocation de saint Pierre et de saint Paul, une basilique considérable, qui avait été ruinée au NI siecle par les Normands. En 990 , sil faut en croire

(ti Apologctiens Abbonis, apud Pithoæum, ut supra, p. 400. (2 Fpisolæ Abbonis, ibid., p. 414.

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la tradition, il n'existait plus rican des bâtiments primitifs ; le sac de la charrue en avait effacé les derniers vestiges, C’est alors que le comte du Maine, Hugues ou Hugo, conçut le pieux dessein d'établir en ce lieu même un monastère de l'ordre de Saint-Benoît. L'abbaye de Marmoutiers avait pour abbé un saint homme nommé Gauzbert, fondateur des monastères de Bourgueil et de Maillezais, qui s'était acquis par ses mœurs et par son zèle un grand renom dans toute la province : Hugues l'appela près de lui, le charges de présider à l'érection du nouveau monastère, qui porta le nom de /a Coulture, de Culfura , et lui en confia le gouvernement (1). Gauzbert ayant exercé celle charge jusqu'à sa mort, qui eut lieu en l'année 1007, c'est lui qui doit avair accueilli Léthald , fuyant le ressentiment de l'abbé de Mici. L'église du Mans avait alors pour pasteur le dacte Avesgaud , qui s’efforçait de rétablir l'autorité de son siége , récemment compromise par les débauches publiques de l’évêque Sigenfrid, mort, en invoquant le pardon du ciel, sur le sein d'une courtisanne. Après avoir reçu Léthald avec faveur, Avesgaud la pria d'écrire la vie de saint Julien, premier évêque du Mans. Il existait d'anciennes légendes, rédigées sans méthode et dans un mauvais style : après les avoir parcourues, Léthald se persuada qu'il ne devait en faire usage qu'avec beaucoup de réserve , et il n'hésita pas même à les contredire, lorsque la tradition ne lui sembla pas conforme à la vérité. Nous possédons

(4) Compendium Hist. Abbat. reg. $S. Petri de Cultura. M. 8. de la Biblioth. du Mans.

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encore une de ces légendes dans lesquelles Léthald a signalé de nombreux mensonges , « quasi sanctorum gloria mendacio erigi valeat. » On peut la lire, soit dans le manuscrit de la Bibliothèque du Mans qui a pour titre : Liber Pontificalis Episc. Cœnom., soit le troisième volume des Ænalecta de Mabillon ; il sera facile d'apprécier , par comparaison, combien Léthald s'est écarté des textes primitifs. Un seul fait va prouver quelle fut la liberté de sa critique. Suivant la tradition, saint Julien, envoyé dans les Gaules par saint Clément de Rome, au [L° siècle, converlit à la foi nouvelle une peuplade gallo-romaine, qui habitait sur les rives de la Sarthe les murs de l'antique Suindinum, et le gouverneur de cette ville qui nous est connu sous le nom problématique de Defensor. Suivant Léthald, la mission de saint Julien n'eut pas lieu avant le IV° siècle, et il s'appuie pour justifier cette date sur un passage de Grégoire de Tours. Cette question a été l'objet d'une controverse fort vive entre Le Corvaisier (1), qui a défendu la chronologie de Léthald , et Bondonnet (2), qui l'a combaltue : nous trouvons encore un témoin considérable en faveur de Léthald , dans le docte de Launoy (3); si Dom Liron doit être compté au nombre de ses contradicteurs, le dernier historien des évéques du Mans, Dom Colomb, place la mission de saint Julien à la fin du ITT°, et ne s'éloigne pas beau-

(9) Histoire des Evéques du Mans, — Drfense anticipée de l'Hist. des Er. du Mans.

(2) Les Vies les Frtques du Mans. Avant-propos. == Response à la Défense Ancipee du S. de Courteilles.

(3, De primi Cœnom. priesulis epocha.

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coup en cela de l'opinion émise ou soutenue par Léthald, Le Corvaisier et de Launoy (1). La #5e de saint Julien, par Léthald, a été imprimée par Bosquet , à la page 73, du tome 11, de ses Ecclesiæ Gallicane Historiæ, et par Bollandus, au 27 janvier. Casimir Oudin en connaissait un manuscrit à la Bibliothèque du Roï; Vossius nous atieste qu'il en existait un autre dans un monastère d'Utrecht (2) ; Bollandus en a consulté trois. Outre la J’ie de saint Julien, Léthald a composé des Répons et des Antiennes pour l'office de cet évêque, ou, pour mieux dire, il a disposé quelques phrases de son récit sous le chant des anciens antiphonaires. Les auteurs de l'Hsstotre Litteravre ne nous paraissent pas avoir connu ces Répons et ces Antiennes, car ils n'indiquent pas où ils se trouvent, quelque soin qu'ils aient d'ordinaire de n'omettre aucun renseignement bibliographique. Dom Liron et Dom Ceillier ont aussi remarqué, dans la lettre de Léthald à Avesgaud , l'endroit où il parle de ses Antiennes, mais ils ont l'un et l'autre négligé de nous apprendre si l'office de saint Julien , par Léthald, avait été conservé : on peut croire qu'ils l’ignoraient. Or, cet office ayant été admis dans le Bréviaire du Mans, on n'a pas modifié, depuis le X° siècle, dans les diverses éditions de ce Bréviaire, les Répons et les Antiennes de Léthald : on peut , en effet, comparer certains passages de la Vie de saint Julien et l'office de cet évêque dans le Bréviaire usuel, et l’on en appréciera la conformité.

(4) Singulariés Hist. et Lüt.,t. 1., p. 468.

(2) De His. Lat. Üb. 9, cap. 48.

Nous u'apprenons rien de plus sur le moine Lédhald : on ne suit pas mème sil finit ses jours daus l'abbaye de la Coùture.

GALLERY (aa.

Nous lisons dans La Croix du Maine :

e Juin GALLERY ou GUALLERY , natif de la ville du Mans , oncle de maistre Prothais-Coulom , chirurgien des plus renommez du Maine. Cestuy Jean Gallery estoit poëte françois, philosophe, mathémalicien , et bien versé en autres sciences. Îl a composé quelques Uagédies , comédies , et autres povsies frauçuises non encores imprimées. Î1 fut accusé d'ustre magicien , et fut condamné aux galères... Î estoit principal du colieége de Justice, à Paris, auquel lieu il fist jouer et représenter plusieurs tragedies et comédies, tant en latin qu'en francois, composées par lui. Ses a'uvres ne sont en lumicre. Îl furissuit à Paris sous le régue de François premier du nom, roÿ de France. e |

Nous ne posséduns aucun autre renseignement bibiographique sur les poemes de Gallery : ils n'ont pas ct publics, et nous ne savons pas qu'il en suit fat mention ailleurs que dons la Pibliotheque Françoise de La Croix du Maine. Ce collése de Justice où Gallery everca la charge de principal, etait situé rue de la

Harpe, au-dessus de Saint-Côme. Jean de Justice, chantre en l'église de Bayeux, chanoine de Notre- Dame de Paris et conseiller du roi, mort en l’année 1353, avait, par testament, institué ce collége, qui porta le nom de son foudateur.

On est sans doute curieux d'apprendre à quelle occasion et dans quelles circonstances , Jean Gallery fut condamné comme magicien. Tous les détails de celte affaire ont été recueillis par Marguerite de Navarre , et ce n'est pas une des aventures les moins tragiques de celles qu'elle a pris soin de nous raconter. Il y avait à Alencon un procureur nommé Saint-Aignan, dont la femme avait pour galanis un abbé et un gentilhomme, le fils du lieutenant-général de la province. Elle les trompa quelque temps l'un et l'autre, mais enfin la candeur du gentilhomme fut prise en pitié par une servante qui lui révéla Lout. Celui-ci, fort confus d’avoir été pris pour dupe, ne dissimula pas à la dame son violent dépit, en prenant congé d'elle. Cette rupture pouvait avoir pour suite des confidences indiscrètes , et c'était là ce que redoutait beaucoup la femme du procureur. Elle raconta donc à son mari qu'elle était vivement blessée de ceraines démarches faites auprès d'elle par le fils du lieutenant-général , puis elle lui conseilla de prévenir par un meurtre secret les tentatives d’un amour inseusé , et l'éventualité de quelque grand scandale. Saint-Aignan se laissa persuader; le gentilhomme fut appelé par un message dans une maison d'Argentan, et là, surpris sans défense , il fut massacré. Mais ce crime avait eu des témoins, et les deux complices furent contraints de fuir en Aogleterre. Ils revinrent

en France après un court exil, ayant obtenu leur pardon par l'intercession de quelques seigneurs de la cour , et, s’il faut en croire Marguerite, du roi d’Angleterre lui-même.

Mais en leur faisant grâce de la peine capitale , à laquelle ils avaient été condamnés par contumace , le roi ne leur accordait pas la remise de quinze cents écus qu'ils devaient verser entre les mains du lieutenant-général d'Alençon, pour frais du procès. Saint Aignan avait fort à cœur cetile amende de quinze cents écus, et ne pouvait se résoudre à payer. C'est alors que notre magicien Gallery commence à jouer un rôle dans ce terrible drame. Saint-Aignan vient à Paris pour le consulter, espérant bien s'affranchir, sans bourse délier , de cette obligation judiciaire, si toutefois les puissances mystérieuses lui venaient en aide. À sa prière, Gallery fait une foule d'évocations, et interroge tous les truchements de l'enfer. Un matin qu'ils étaient rassemblés pour quelque expérience solennelle , Gallery lui montre cinq figures de bois, dont trois avaient: les mains pendantes et les deux autres les mains levées. — [Il y a deux personnes, lui dit alors l'enchanteur , dont vous devrez rechercher l'amitié; il y en a trois que vous aurez pour ennemies et dont il faut vous délivrer. Votre choix est libre. — Je veux être aimé, répondit Saint- Aignan , du roi et de M. le chancelier d'Alençon. — Vous placerez donc ces figures , reprit Gallery, sous l'autel où ils cntendront la messe , et je vous apprendrai les paroles qu'il faudra prononcer, pour que le charme ait son effet. Maintenant dites-moi de quels ennemis vous souhaitez la fin prochaine?

— Du lieutenant-général d'Alençon , poursuivit le procureur , Car il ne me pardonnera jamais la mort de son fils; puis de la duchesse d'Alençon, car le lieutetenant-général est dans ses bonnes grâces, et ils ont travaillé tous deux à ma perte ; en dernier lieu, de ma femme, dont les galantes entreprises ont été Ia première cause de tous mes malheurs... Or, bien qu'il fut doué, comme il paraît, de la seconde vue, maître Jean Gallery ne soupçonnait pas qu'un tiers personnage assistait à cette conférence cabalistique. La femme de Saint-Aignan avait voulu connaître le motif qui appelait si fréquemment son mari chez le magicien de la rue de la Harpe; elle l'avait donc suivi, et s'étant introduite dans le collége, elle avait appliqué son oreille contre la porte de l'appartement où se tramait le complot, et elle avait tout entendu. Ayant donc été trouver un de ses oncles, qui était maître des requêtes du duc d'Alençon , elle Mai confia l'horrible mystère : celui-ci communiqua cette confidence au chancelier d'Alençon, qui s’empressa d'avertir [a reine règente et la duchesse, et, par leurs ordres , le prévôt Labarre fit arrêter le procureur avec son conseiller Gallery. Leur procès fut bientôt achevé, car ils firent, dit-on, les aveux les plus sincères, et on Îles envoya expérimenter la puissance de leurs sortiléges dans les galères du roi.

Tel est le récit de Marguerite de Navarre (1) : nous ne prétendons pas en garantir l'exactitude , mais nous n'avons aucun moyen de le contrôler; les pièces du

(1) Contes et Nouvelles, t, 1. page 4 et suivantes,

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