‹ Histoire littéraire du Maine. Tome deuxièmeChapitre 44 sur 62 · JI · texte numérisé non relu

JI

Cenomanus.» Ansart, venantaprès Luc Wadding, place J. Boucher dans sa Bibliothèque littéraire du Maine, et nous apprend qu'il fit profession de la règle de St.- François, au couvent du Mans, en l'année 1578. Ce ne sont pas là des hypothèses, mais des indications précises , qu'il faut tenir pour exactes.

Voici ce que nous savons encore de la vie de J. Boucher. Il fit plusieurs yoyages, l’un en Italie, l'autre en Palestine (1610) , et comme il avait obtenu, dès ses débuts oratoires, le renom d’un habile prédicateur, il fut prié de se faire entendre, à Venise, devant l'ambassadeur de France , M. de Champigny, et, sur le Calvaire, devant le R. P. Gaudence Saybant, supérieur des Franciscains de Jérusalem. Il revint ensuite au Mans, et fut élu gardien de la maison couventuelle où il avait pris l'habit. Il remplissait cette charge, en 1618, quand il eut quelque différend avec les officiers de la maison de ville. Cette querelle eut nous ne savons quel objet : toujours est-il que J. Boucher publia, dans l'intérêt de sa cause, plusieurs pamphlets ou factums, et notamment une Lettre anonyme , qui fut contredite dans une Réponse faite en forme de correction fraternelle, mentionnée par Ansart. En 1619, J. Boucher fit plusieurs sermons dans l'église des Cordeliers de Paris ; en 1622, il précba le carême à St.-Etienne-du-Mont, et la Dominicale de la même année à St.-Eustache. Il était, en 1628, prédicateur ordinaire de la reine. Suivant Ansart, il mourut au Mans en 1631.

Parlons maintenant des ouvrages de J. Boucher. Pour connaître sa manière, qui est incontestablement fort étrange , il faut lire d'abord celles de ses OŒucres

Spirituelles qu’il a rassemblées dans un petit volume in-8, et qu'il a publiées chez Moreau, à Paris, en 1621. Ce n’est pas le premier de ses manuscrits qui aient vu ke jour, mais nous commettons à dessein une infraction à l'ordre chronologique, pour donner un specimen du savoir-faire de l'auteur. Nous avons eu le courage d'entreprendre la lecture des Œuvres Spirituelles du P. Boucher, et, faut-il l'avouer ? après avoir rapidement parcouru les premières pages du volume , nous avons pris quelque goût à ce mysticisme raffiné, à ces caprices d’un esprit égaré dans le domaine de l'idéal. On se laisse toujours entraîner par les mystiques : si bien muni que l'on soit contre leurs séductions, on ne peut se défendre de les écouter avec intérêt, et de suivre les élans, même les écarts, de leur imagination intempérante. D'où vient cela ? nous pourrions le dire ; mais ce n’est pas à l'occasion du P. Boucher qu’il convient d'agiter des questions aussi graves. Le P. Boucher n'appartient pas, en effet, à la grande école des Bonaventure, des Tauler , des Gerson ; ses OEuvres Spirituelles rappellent moins souvent l'Imitation de Jésus-Christ, que le célèbre Voyage de Cyrano de Bergerac ; sonstyle est moins celui de Ste.-Catherine de Sienne, que celui de Balzac et de Voiture. Comme ce jugement peut sembler sévère, nous éprouvons le besoin de le motiver. Les OEuvres Spirituelles du P. Boucher se composent de neuf Traitez, a très utiles, dit l’auteur , pour l'entretien des âmes en l'amour de Dieu. » Le premier des traités est l’Orphée Chrestien : cet Orphée se présente devant l'assemblée des fidèles avec une lyre, et cette lyÿre a dix cordes qu'il fait vibrer tour à tour. Les sons de la première expriment

la bassesse de l'homme ; ceux de la deuxième, les horreurs du péché; ceux dela troisième, les tristes sanglots de la mort ; ceux de la quatrième et de celles qui suivent expriment les horreurs du jugement, le bienfan de la création, les joies de la rédemption, de la vocation, de la justification et de la glorification. Ces cantates ne sont pas d'un style toujours élevé ; on peut d'aillears y signaler plus d’un contre-sens lyrique : mais il faut aussi reconnaître que, sous les doigts de l'Orphée chrétien, la {yre aux dix cordes rend quelquefois des sons heureux. Le deuxième traité que contiennent les OEuvres Spirituelles a pour titre : Les six Ailes mystiques de Séraphin Porte-Feu : ces aïles sont la pauvreté, la chasteté, l’obédience, le respect et la crainte, l’oraison et la contemplation. !l est difficile de concevoir rien de plus singulier que le fond et que la forme de ce traité ; ou, pour mieux dire, après avoir lu le traité du P. Boucher, on se demande encore quel en est le sens : c'est le récit d'un rêve, d'une extase , et l’auteur fait ce récit dans un idiôme qui n'a rien de terrestre ; c'est une œuvre conçue et enfantée dans le délire. Viennent ensuite le Triomphe de l'Amour et de la Mort sur la Vie et le Triomphe de la Vie sur la Mort. Le premier de ces triomphes est une narration fantastique do la mort de Jésus, s’offrant en victime sur le Calvaire pour expier les péchés des hommes ; le second est la résurrection de Jésus soulevant la pierre de sa tombe, et venant interrompre les chants d'allégresse dans lesquels la Mort célébrait sa victoire. Ces deux traités sont de véritables poèmes ; après avoir fait une largo part au mauvais goût de l'auteur , il faut reconnaitre que son audace n'est pas toujours malheureuse : ke

principal mérite de ces compositions étranges est l'invention , et le P. Boucher est quelquefois bien inspiré. Remarquons à ce propos que la création d’une mythologie chrétienne n’est pas aussi nouvelle qu'on le suppose. Nous retrouvons dans les compositions mystiques du P. Boucher et de quelques autres théologiens de son école, la plupart des personnages fabuleux que M. Edgar Quinet a mis en scène dans son Ahasverus, et le P. Boucher connaissait sans doute quelquesuns de ces drames du XVI: siècle, dans lesquels les Séraphins , les Gloires célestes, les Vertus et les Vices remplissent toujours les rôles principaux. Nous n'avons pas le dessein d'analyser tous les traités qui composent les OEuvres Spirituelles du P. Boucher : il nous importait seulement d’en définir le genre ; voici les titres des traités auxquels nous négligeons de nous arrêter : Les Pleurs sacréz de l'Ame repentante, Les Soupirs languissants d'un Esprit affligé, Les Sainctes flammes de l'Espoux, Les Sainctes flammes del’Espouse, Le Mariage sacré de l'Espoux et de l'Espouse, et enfin Le Divin portrait du Phænix Eternel. Ces titres ne sont pas plus précieux, plus bizarres , que ne le sont les traités eux-mêmes. Il nous faut maintenant faire connaître le style du P. Boucher. Le fragment que nous allons emprunter à l'Orphée Chrestien nous épargnera tout commentaire. — Que l’on soit attentif. Le poète touche la huitième corde de sa lyre, celle qui exprime les joies de la vocation, et voici ce qu'elle fait entendre :

Vous m’appellastes de vray, 6 Bonté Éternelle ! non pas pourtant que vous eussiez affaire de moy, mais par ce que vous scaviez bien que j'aurois besoin de vous.

Vous m'appellastes comme un bon père son enfant, pour luv départir mille baisers et embrassements paternels.

Vous m'appellastes comme un prudent seigneur son vassal ct serviteur, pour luy faire entendre sa volonté.

Vous m'appellastes premièrement par vos serviteurs, héraux du ciel. Mais je ne fis pas semblant de les entendre ; de quoy vous fustes fort offencé : néantmoins vous ne laissa-tes pas de m'envoyer par d'autres messagers destinez à cette fin plusieurs belles lettres , dont les unes estoient escrites de votre propre doigt, comme estoit la loy, et les autres en stylle et de la plume de votre Sainct-Esprit, par la main de vos secrétaires d'estat, comme estoient mille beaux et religieux escrits des saincts docteurs.

Mais hélas! je ne fus pas moins aveuglé à leurs escrits que sourd à leurs discours, car je ne pris pas la peine seulement d'ouvrir les lettres pour les lire; tellement que j'avois des yeux et ne voyois goutte, je portois des oreilles et n'entendois point.

Que fistes-vous à cette heure là , cher Seigneur, voyant que vous n'aviez sceu avoir raison de moy par les harangucs de vos légats et par les lettres portées par vos courriers? vous pristes la peine de me venir appeller vous-mesme { 6 quelle charité! }; mais de malheur trouvant la porte fermée { las! aussi estoit-1l nuict : nurct de péché et d'ignorance}, vous commencastes à heurter brusquement et à crier hautement, pour monstrer que vous estiez presse du désir d'entrer dans mou cœur. Lors mon âme demv endnrmie, demy éveillée, mais tout entièrement troublée, haussa 00 peu la teste, mist l'oreille aux escoutes, et, eomme toute esperdue ct tremblante, n’osant seulement respirer de peur de faire du bruit, en peine de sçavoir qui l'estoit ainsi venue importunor de nuxt.

Mais incontincnt elle vous recogueut à la parolle, car 1 me souvient que vous l'appellastes ainsi :

« Ouvre-moy, ma sœur, mon espouse et ma bien-avmee, car la terre cest pleine de rnsée, et mes cheveux couverts du serain de la auict. » O Dicu! quels agréables discours, quels doux artifices d'amour pour la dompter, si elle n'eust point este 10domptable.

Premièrement vous l’appellastes vostre sœur, comme si vous eussiez voulu dire : « Ne t'excuse point de m'ouvrir à cette heure de nuict, car tu es ma sœur et je suis ton frère. Quelle liberté n'est pas donnée au frère et à la sœur ?... mais y a-t-il point quelque contension et débat entre toy et moy, qui t'empesche de m'octroyer cette faveur! cela arrive souvent entre le frère et la sœur. Eh bien donc , si tu ne me veux ouvrir comme sœur, ouvre moy en qualité d'espouse, car tu es ma femme. {1 y a plus de cinq mille ans que je te fais l'amour, que je brusle d'affection de t'avoir pour mon espouse légitime. Tu scais bien ( si tu n'es trop ingrate et légère ) les beaux présents que je t'ay fais par nom de mariage : tu les a receus ; que si tu les as perdus , tu ne laisses pas pourtant d’estre tousjours engagée ; tu ne t'en sçaurois dédire , car le caractère incffable que tu portes en fera foy à tout Jamais.

€ Ouvre-moy donc, chère espouse. Qui est-ce qui te restient ainsi paresseuse. Est-ce la crainte du blasme”? cela ne peut, car n'est-il pas permis à un mary d'entrer au logis de sa fidelle compagne à toute heure? mais seroit-ce point quelque divorce entre toy et moy, qui me contraigne maintenant me séparer de toy et faire deux mesnages? cela arrive aucune fois entre deux espoux. Sus doncques ouvre-moy maintenant, sinon en qualité de sœur ou d'espouse, au moins comme amante et aymée , car tu es ma bien aymée, que j’ayme si fort que toutes les oppositions de la mort ot de l’enfer n’ont jamais peu rompre ce lien amoureux... Mais si tu n'es infidelle et trompeuse, tu m'aymes bien aussi ; car je (’y ay trop étroitement obligée. Aussi me l’as-tu promis en présence de tes soupirs languissants , et au conspect de tes larmes ondoyantes que tu versois si largement, durant je ne sçay quelle nuict d'ennui, en laquelle me cherchant, lu ne rencontrois que des fantosmes , et que tes bras, au licu de m'estraindre, n'embrassoient que des ombres. » |

Voylà, doux Sauveur, les beaux discours que vous tenicz à cette paresseuse, criant à ses oreilles et frapant à sa porte. Mais voyant qu'elle ne se hastoit point de vous ouvrir, vous la pres-

sastes de si vives raisons, qu'elle fust contrainte en fin de 5e rendre. Car, redoublant vos requestes, vous y adjoustastes encore : « Ouvre-moy, je te prie, chère sœur, sainte espouse , douce amie , car ma teste est pleine de rosée et mes cheveux tous mouillez du serain de la nuict. >» Comme si vous eussiez voulu dire : « Si l'amour ne peut vaincre ton cœur, au moins que ls pitié touche ton âme. Hé cruelle! ne vois-tu pas l'incommodhté que je recoy ? He, ingratc! ne vois-tu point l'extrémité où Je suis? sors , sors un peu du lict de ton péché et regarde seulement l'estat où je suis réduict.

« Ah! si tu scavois, si tu pouvois et voulois considérer un peu, je m'asseure bien que tu m'ouvrirois ton cœur, fusses-tu cruelle comme un tygre, farouche comme un lion, dure comme un rocher et froide comme un marbre ; je m'asseure que tu m'aymerois de toute ton affection, tu aurois quelque ressenument de moy plus que tu n'as, si ta vanité ne l'aveugloit point, si le monde ne t'offusquoit point et si tu pouvois voir comme ma teste est mouillée et mes cheveux tous moittes du serain. Mais hélas ! quelle rosée ? ce n'es! que du sang : mais, mon Dieu ! quel serain ? ce ne sont que crachats. Et si, en cette triste nécessite, je n'ay rieu pour me couvrir la teste, qu'un triste faisceau d'espines que j'ai trouvé à l'aventure. Mais triste chapeau qui. pour me garantir d'eau, me noye tout de sang. Ouvre-moy donc s'il te reste quelque bumauite.... »

Voylà, cher Seigneur, comme vous nous appellez tous en votre lumière adorable.

Ce n'est pas là de la poésie : ce n'est pas même, à proprement parler, de la théologie mystique; c'est plutôt de la théologie romantique. Ce genre a été spécialement cultivé par les Franciscains ; les sermonaires sortis de leur école, dans les dernières années du XVI® siècle, ont tous ou presque tous cette allure désordonnée ; mais il nous semble qu'aucun d'entr'eux ne sc laissa mener aussi loin que le P. Boucher par le démon de la fantaisie.

Co fut, avons-nous dit, vers l'année 1610 qu'il entreprit d'aller visiter les lieux saints. Son voyage fut long et pénible : il ne revint en Europe qu’en 1612, après avoir séjourné six mois à Jérusalem, où il prêcha l'Avant et le Carême, et avoir parcouru la Phénicie, la Syrie, la Grèce, la Sicile et l'Italie. Il a raconté les diverses circonstances de ce pélerinage , dans un vo- Jume dont voici le titre : Boucquet Sacré, composé des Roses du Calvaire, des Lis de Bethlehem, des Jacintes d'Olivet et de plusieurs autres belles pensées de la Terre Saincte : au Mans, François Olivier, 1614, in-8 (1). Le livre contient bien tout ce que le titre annonce. Il n’y faut pas chercher des renseignements géographiques : « le P. Boucher, dit Le Gouz, décrit hardiment ce qu’il n’a vu que de loin. Ce qu'il dit de la ville du Caire , des pyramides d'Egypte, du puits de Joseph et d'Alexandrie, fait assez voir qu'il n’y a jamais été. » Mais si l'on a du goût pour les descriptions allégoriques, pour les caprices d'un esprit quelque peu déréglé, on trouvera dans ce livre de quoi se satisfaire. Quelle impression ne devait pas causer la vue de Jérusalem, du Calvaire, de Bethléem, du Jourdain, à un enthousiaste comme l'était notre Franciscain! et avec quelle emphase ne doit-il pas raconter les choses qu'il a vues dans ces lieux pleins de souvenirs ! Que l’on se représente l’'Orphée Chrétien accordant sa lyre devant chacune des stations de la montagne sainte et célébrant, par le mode le plus fantastique , le sa-

(1) Autres éditions. Le Mans , 1616, in-8 ; Paris, 1620, 1623, 1626, in-8; Rouen, 1644, 1679, 1698 et 1738, in-12 ; Lyon, sans date.

crifice, les mérites et les douleurs de Jésus ; ou bien encore, assis sur quelque débris du temple de Salomon, ct conversant avec Jérusalem sur son antique gloire et sur sa désolation présente. Or ce colloque et ces chants occupent les doux tiers du volume que nous avons entre les. mains.

Les éditions nombreuses qui ont été faites du Boucquet Sacré nous témoignent qu'il obtint un grand succès. Ce succès fut sans doute un encouragement pour le P. Boucher, car nous le voyons, dans les dernières années de sa vie, à l’âge où l'on n'est guère jaloux que du repos, livrer à l'impression une série de volumes dont quelques-uns nous paraissent avoir été l'œuvre de sa jeunesse. Nous mentionnerons d'abord : Les Magnificences divines chantées par la Vierge sur les montagnes de Judée et preschées dans l'Eglise des PP. Cordeliers de Paris par le P. Boucher. Paris, Moreau, 1620, in-8. Ce volume est plein de facéties : il ressemble beaucoup aux OEuvres Spirituelles qui furent publiées l'année suivante. En cette année 1621, son éditeur habituel, Moreau, imprimait : l'Olympe francois à monseigneur messire Nicolas de Verdun conseiller du roy en ses conseils, etc., etc., par Île R. P. Boucher, mineur observantin ; Paris, in-$°. Les titres que Boucher donne à ses livres sont toujours des énismes : nous n'aurions jamais deviné celle que contiennent ces mots Olympe francois, si l'auteur n'avait pris soin de nous l'expliquer lui-même, dans un curieux passage de son volume. Plutarque nous raconte que les beaux esprits d'Athènes, pleins d'enthousiasme pour les mérites de Périclès, se plurent à l'élever au-dessus de tous ses contemporains en l'appelant

l'Olympe de la Grèce. C'est ainsi qu'il faut comprendre le premier mot de l'énigme : l'Olympe du P. Boucher n'est pas, en effet, une montagne, mais un homme ; un homme qui, dans la France du XVII°siècle, est supérieur à tous les autres par ses vertus, par son éloquence, par sa sagesse, autant quo Périclès, au témoignage de Plutarque, l'était aux plus grands capitaines, aux plus habiles législateurs , aux plus illustres philosophes de son temps. Et cet homme prééminent, cet Olympe Francois, où le chercher ? où le trouver ? quel est son nom dans la langue des mortels ? Il siège quotidiennement dans les conseils du prince , et s'appelle M. Nicolas de Verdun : tel est l'autre Périclès , et tel est le dernier mot de l'énigme. Que contient donc le volume du P. Boucher ? rien de plus que le panégvyrique de ce Nicolas de Verdun, et quel panégyrique ! On lisait, on admirait ces bouffonneries en l'année 1621 : mais hélas ! la renommée du Plutarque français n'a pas été plus solide, plus durable que celle de son héros !

Nous avons encore du P. Boucher : Sermons ou Thrésors de la piété Chrestienne, cachez dans les Evangiles des dimanches de l'année ; Paris, 1623, in-8 (1). Ces sermons sont au nombre de trente-sept : ce sont, pour la plupart, ceux que l'auteur avait récités, durant l’année 1622, aux paroissiens de St.-Etienne-du-Mont et de St.-Eustache. Voici le titre d'un autre ouvrage du P. Boucher que nous n'avons pu découvrir : Pensées Angéliques ou Méditations pieuses sur la salutation Angélique ; Paris , in-12. Le

(1) Autre édition; Paris, 1629, in-8.

plus grave de tous ses écrits est: Les Triomphes de la religion Chrestienne contenant les résolutions de trois cens soixante et six questions, etc., etc., proposées par Typhon, maistre des impies et libertins de ce temps et respondues par Dulithée ; Paris, Sonnius, 1628, in-fol. Ces trois cent soixante-six questions, suivies de réponses en nombre égal, sont divisées en six livres, lesquels ont pour objet la foi, l'écriture-sainte, la création, la rédemption, la providence et l'âme humaine. C'est à l'occasion de ce livre que le poéte Boisrobert adressa le sonnet suivant à notre Jean Boucher :

Incredules esprits à la voix des prophètes,

Dont la langue infectée et le discours maudit

Au fils du Dieu vivant tout pouvoir interdit,

Sans qu'un foudre vengeur tombe dessus vos têtes :

Monstres d'impiété, si tant d'âmes parfsictes Qui du Verbe incarné la merveille ont prédit ; Si tant de saincts escrits n’ont point eu le crédit De vous tirer encor de l'erreur ou vous estes,

Jetez icy les yeux et lisez à genous Ce volume sacré, qui, triomphant de vous, Surmonte la malice et brave l'ignorance.

11 fout qu'on le traduise en langages divers, Et que , passent bien loin les bornes de la France. ll fasse triompher la croix par l'univers!

CLAUDE REGNAULDIN. 397 REGNAULDIN (cLAUDE).

CLAUDE REGNAULDIN, né à Vallon, fils aîné de Jacques Regnauldin , maréchal des logis des armées du roi, est compté parmi les plus doctes jurisconsultes du XVII: siècle. Il fut d’abord conseiller au grand conseil, et l'on nous atteste qu’il porta la robe de satin noir avec une rare distinction : nommé procureur général en 1634 , il exerca cette charge pendant près de quarante ans. Ce fut une époque difficile pour les courtisans et les gens du roi que celle de la minorité de Louis XIV : entre les partis qui se disputaient alors la suprême influence, on vit les plus habiles gens faire un mauvais choix, et compromettre Jeur fortune : Regnauldin se prononca pour le parti de la reinemère. Celle-ci lui témoigna la plus grande confiance. Il fut aussi très bien vu de Louis XIV. On conserva longtemps dans sa famille un volume de lettres autographes qui lui avaient été adressées par la reine ou par son fils. Il mourut le 13 juillet 1675, et ordonna par son testament qu’on l’ensevelit sans aucun faste, dans le lieu réservé pour les pauvres.

Bien qu’il eût été marié deux fois, Claude Regnauldin n'avait pas eu d'enfants : aussi avait-il porté toute son affection sur son pupille, Chevalot de la Magdeleine, avocat au parlement. En l’année 1672, il Jui avait fait don d’une partie de sa bibliothèque et d’un traité sur la matière de l’indult, que, dans sa modestie, il ne jugeait pas digne de l'impression. La veille même de sa mort, il jeta dans les flammes un recueil manuscrit d'arrêts du grand conseil, qui contenait toutes les dé-

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