GUILLAUME PLANÇON
Médicale , ont fait mention du même auteur sous le nom de Gutllaume Planche. Il est désigné sous celui de Guillaume de la Plançonniére dans le manuscrit de l'abbé de La Crochardière que nous avons déjà cité plus d'une fois ; enfin nous lisons dans la Galliade de Lefebvre de la Boderie :
Ci ° 0] e e e , e (2 e e e. e e. . e . . ° e
Toi docte Laforest, qui la forest obscure
De l’art de médecine et de l'art de nature
As nremier esclaircie , et rendu singuliers
En praticque et scauoir mille et mille escoliers , Burgensis et Houlier , Goupil et de Fiesselles Plançon , le Grand , Duret , et Fernel, qui décèles Les causes et secrels en nature cachez.…..
C'est évidemment notre Gulielnus Plantius qui est désigné dans ces vers. Lefebvre de la Boderie a pu le connaître, car ils étaient contemporains. Nous croyons donc devoir adopter le nom qu'il lui donne, bien que ce nom ne semble pas être traduit exactement par celui de Plauntius. Mais on sait qu'il y avait beaucoup de caprice dans ces sortes de traductions.
GUILLAUME PLANÇON, né à Javron, chef-lieu de doyenné, dans l'archidiaconé de Passais , étudia tour à tour la médecine, les mathématiques et la théologie. Il eut pour maîtres Jacques Pelletier et Fernel. Lefebvre de la Boderie le place, comme nous l'avons dit, au nombre des plus doctes médecins de son lemps ; mais il ne nous est pas permis d'apprécier quelle fut l’éten: due de ses connaissances, car aucun traité spécial de
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Plancon n'est parvenu jusqu'à nous. Les auteurs de la Biographie Médicale nous le recommandent surtout comme helléniste.
On lui doit une des meilleures traductions du commentaire de Galien sur les Æphorismes d'Hippocrate. Suivant Van-der-Linden , cité dans le Dictionnaire de Moreri, cette traduction parut pour la première fois à Lyon, en 1536. La première édition que cite Lipenius est celle de Lyon, de 1561, in-12 ; Le Paige et les auteurs de la Biographie Medicale ont connu celle de 1555, Paris, Martin Lejeune, in-16. Van-der- Lioden a évidemment commis une erreur ; aucune édition du Commentaire des Aphorismes, traduit par Plançon , ne porte la date de l'année 1536 : mais celle de Paris n'est pas la plus ancienne, car nous en avons sous les yeux une de l’année 1551, Lyon, Guillaume Rouille, in-8° (1). Elle a pour titre : Galeni in Aphorismos Hippocratis Commentaris septem, recens per Gulielmum Plantium, Cœnomanum , latinitate donati, etc., etc. Plançon n'a pas seulement traduit le Commentaire de Galien ; il a de plus annoté les endroits obscurs du texte grec.
Le Paige et La Crochardière ont, après Le Corvaisier, attribué à Guillaume Plançcon une traduction de Philon, une autre des Iomélies de Synesius et de quelques traités de saint Chrysostôme. Nous ne les connaissons pas.
Il obtint de Guillaume Budée la communication du
(1) Voici la date de quelques autres éditions de la traduction des Aphorirmes, par Plancon, 4573 ,in-16; Genève, 150, in-4 2 ibid. , 4595, in-42 ; Paris, 4621, in-16 ; ibid. 4637, in: 24.
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manuscrit de ses Lettres grecçues, et en publia , en 1540, une édition plus correcte que les précédentes, à Paris, chez Chrétien Wechel, in-4°. Nous trouvons ce renseignement bibliographique dans la préface de cette édition des Zetfres grecques de Guillaume Budée. Elle.est signée par Guillaume Plançon, et est elle-même en grec.
Guillaume Plançon vécut dix ans auprès de Fernel , dont il épousa la nièce. C'est lui qui publia la première édition des œuvres de cet illustre médecin, en 1602, Lyon, Veyrat, in-8°. Plançon est l’auteur des notes de celte édition et de la vie de Fernel, qui précède les traités.
On trouve un mémoire de Guillaume Plançon , inséré dans les œuvres de Jacques Dubois, édition de Genève, 1635, in-folio , page 881. La question qui est l'objet de ce mémoire , fut posée aux plus doctes médecins , en l’année 1554 (1). Plançon exerçait alors Ja médecine à Paris. Il vint finir ses jours au Mans. Le cardinal de Rambouillet le pourvut d'une prébende en l'église cathédrale du Mans, et il fut enterré dans cette église , en 1611. C’est, du moins , ce que nous apprenons de Le Corvaisier. Les auteurs de la Biographie Médicale commettent donc une grave erreur , lorsqu'ils font mourir Guillaume Plançon en l’année
(1) Disputatio de partu cujusdam infantulxæ Agennensis : — « an sit septimestris an novem mensium ? »
Nous raconterons d'abord avec quelques détails la biographie de GERVAIS, qui fut tour à tour évèque du Mans et archevêque de Reims; pous parlerons ensuile de ses écrits,
Gervais est né le 2 février de l’année 1007, à Coémont , près La Chartre. La terre de Coëémont était un domaine de sa famille, et son père, Aimon ou Ijamelig, était seigneur de Chäteau-du-Loir. C'est, en effet, une question (question, il est vrai, fort peu grave) de savoir si son père portait le vom d'Hamelin ou celui d'Aimon. Dans une charte publiée par Dom Mabillon , au tome 1x des Acta SS. Ordinis Sancti Benedioti , page 359, un certain Gervais, petitpeveu de poire preélat, nomme son aïeul Hamelin, e avus meus {melinus ; » mais dans un opuscule sur les miracles de saint Mélaine, publié par les Bullaudistes, l'évêque Gervais, auteur de cet opuscule, dupne à son père le nom d’Aimon. Ce nom se retrouve daus un acte de duuation, édité par Mabillon, à la suile de la vie de Gervais, dans le troisième volume des Æ#nalecta ; enfin comme , dans les anciennes chartes , le manoir de Coëmont est appelé cour ou palais d'Aimon , Curia Aimonis, voila encore un motif pour préférer au nom d'Hamelin celui d'Aimon. Mais cela, disons-nous, importe peu. La mère de Gervais, désignée sous les noms divers d'Hildeburge et d'Hildegarde, etait fille d'Yves 1°, comte de Belléine et d'Alençon. Ce qui n'est pas contesté, c'est que
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Gervais appartenait par sa naissance à yne des f& milles les plus considérables de Ja province (1). Son oncle maternel, Avesgaud, évêque du Mans, l'ayant appelé près de lui, le fit élever à l’école de la cathédrale. À sa mort, qui eut lieu Je 27 octobre 4036, Gervais fut appelé sur le siége épiscopal par les clercs et par le peuple du Mans, et sacré le 18 décembre, On bhéritait d'un évêché, comme d'un gouvernement civil. Ï1 n'existait alors qu'un simulacre d'élection, qui témoignait, de la part des diocésains , un assentiment moins volontaire qu'obligatoire à la transmission du titre et des droits épiscopaux. Avesgaud ne doutait pas, en mourant, d'avoir Gervais, son peveu, pour successeur ; il avait succédé lui-même à son oncle Ségenfrid , d'impure mémoire.
Mais, en cetie aunée 1036, en même temps que le diocèse du Mans perdait son évêque et l'accompagnait dans la tombe avec des regrets sincères, la province prenait le deuil de son chef civil, le comte Herbert I”, dit Eveille-Chien, Ævéigilans-Canem, plus vaillant capilaine que zélé serviteur de l’église. Herbert laissait en mourant (rois filles et un fls mineur, nommé Hugues, Herbert Baccon , fils de Hugues [°, grand-oncle et tuteur du jeune homme, s'empare du gouvernement de la province, et les premiers acles de son adminis- {ration nous le montrent mal porté pour Gervais et s’efforçant de Ini nuire. { enviait, dit-on , la fortune de Gervais, qui avait reçu de ses pères un riche patrimoine. Il y a lieu de croire qu'il existait, en outre, entre l’un et l’autre une de ces haînes de famille qui
(1) Marlot , Metropolis Remensis Hist. LU. p. 412.
étaient si vigoureuses au moyen-âge. Gervais était de la maison de Bellême , par sa mère : or nous voyons, durant les quarante-denx années du pontificat d’A\vesgaud, cet évêque, un des représentants de la même famille, impitoyablement persécuté par Herbert I. Hugues 1°", père d'Herbert, n'avait pas combattu avec moins d'acharnement l'évèque Ségenfrid, frere d'Yves de Bellème. Gervais n'était pas d'ailleurs, il faut le dire, un homme d'humeur facile : élevé dans l'église, il avait conservé sous l'habit sacerdotal loute la rudesse des mœurs paternelles. Voici sous quels traits nous le représente l'historien anonyme de la vie du bienheureux Thierri : « fort instruit dans les arts libéraux, noble par sa naissance, suivant les idées du siècle, intelligent et ferme dans toute sa conduite, digne assurément de l'épiscopat , mais d'un caractère plus âpre, de mœurs plus farouches qu'il ne convenait, natura et moribus plusquam oportuerit [erus (4). Dans une autre chronique anonvme, publiée par Duchesne (2) et par Dom Bouquet (3), nous lisons au sujet de Gervais: « Il est difficile de dire quelle fut l'énergie de ce prélat. » Or il y a lieu de croire que cette vigueur de caractère avait quelque chose de commun avec la brutalité, quand nous voyons Guillaume , abbé de Metz, se servir du nom de Gervais pour représenter l'idéal du tyran revêtu du pallium épiscopal {4}.— Pendant deux années, Herbert Baccon
(1) Acta SS. Ordin. S. Bened., \. 1x. p. 572. (2) Script. Hist. Franc. 1. 1V. p. KG.
(5, Recueil des His. de France, L XV. p. 161.
(4) Voici dans quels termes cet able Guillinme s'adresse à Manasse, un des successeurs de Gorvais sur le siège archiépiscopal
interdit à Gervais l'entrée de l'évêché du Mans, dans le dessein , dit un chroniqueur ecclésiastique , de s’emparer du trésor de Saint-Julien. Contraint, après ce délai , à le reconnaître comme légitime successeur d’Avesgaud , il lui permet de monter sur son siége , mais il continue ses hostilités, et une lutte sérieuse s'engage entre les représentants des deux pouvoirs. Nous rappellerons les phases diverses de cette lutte, d’après l'anoaliste inconnu dont Mabillon a publié l’opuscule, dans le troisième volume de ses Ænalecta (1). Voici
de Reims : « certe olim apud quosdam philosophos de revolutionibus animarum grandis erat opinio, quæ per te non inaniter confirmatur, dum, sicut illi Euphorbum in Pythagoram, sic in te Gervasiun putent nostri temporis homines esse transfusum. Verum non id eo tibi concesserim, ut ille in te totus transierit ; cum in illo Hyranno quædam hbonarum artium vestisia fuerint, quibus omnino tu cares, ille excelluit ; etille quideum ecclesias construebat, tu destruis ; ille templa Domini adornabat, tu spolias; ille religiosos viros non mediocriter honorabat, tu vero prosequeris. Nihil igitur in te ex bonis illius, sed sola vitia demigrarunt. » Apud Mabillonium, Ænalecta, 1.1. p. 256.
(4) Mabillon a publié intégralement , dans le troisième volume de ses Analecta, le manuscrit de la Bibliothèque du Mans, qui est bien counu sous les titres de Pontifical, ou de Gesta Pontificum Cœnomanensium. Mais, dans ce manuscrit, il y a une lacune importante ; on n'y trouve pas la vie des neuf prélats qui ont occupé le siége épiscopal du Mans après Aldric { dont les actes sont incomplets : jusqu'a Arnaud, c'est-à-dire depuis l'année 857, environ, jusqu'a l'année 1064. Une listoire plus ample des actes d'Aldric, qui se trouvait dans un autre manuserit de notre Bibliothèque , fut publiée par Baluze, dans le tome {roisièime de ses Miscellanea. I] restait à connaitre les actes de Robert, de Lambert, de Gonthier, de Hubert, de Maiuard, de Ségenfrid, d'Aveszaud, de Gervais et de Vulsrin, Baluze, qui avait été placé par Colbert à la tête de sa Bibliothèque, ayant découvert dans ce riche dépôt un manusecrit où se trouvait comblée la lacune du Poutifical, le Gt parvenir à Mabillon, et celui-ci iuséra dans le tome troisième des 4nalecta les renseignements que ce maouserit lui fournit au sujet des neuf évéques. Or, ilexiste à la Bibliothèque du Mans un manuscrit de la tio du XVe siècle, sur papier, coté sous le numéro 97, qui contient aussi la vie des neuf évèques, publiée par Mabillon d'apres le manuscrit de la Bibliothèque de Colbert. Notre manuscrit
comment il s'exprime : « Getvais résidant dans la métropole de son diocèse, Herbert Baccon entreprit de le tourmenter. Or, le prélat voyant bien qu'il tie pouvait se défendre lui-même contre les attaques de Baccon , et qu'il ne serait pas mieux protégé par le roi, adressa au roi Henri une requête (plût au ciel qu'il ne l'eût pas adressée!) lui demandant de faire don du divcèse à Geoffroi, comte d'Anjou, pendant sa vie seulement, afin que celui-ci le protégeât plus volontiers contre le comte du Maine. Après sa mort, ce domaine eùt été replace entre les minins du roi. + Interrompons un instant le récit de notre historien, pour rappeler que le roi Henri , un-
est antérieur de près d'un siècle à la publication des Analecta, Mais n'est-il pas une copie de celui qui fut communiqué par Baluze à Mabilion ? Il ne faut pas s'arrèter à cette supposition, car si notre manuscrit est, dans certaines parties, absolument conforme à lui que Mabillon a publié, Fauteur des Analecta nous avertit que son manuscrit commencait par les actes de saint Principe, et finissait par ceux de Guy de Laval, tandis que le nôtre contient la vie de tous les évèques, depuis saint Julien jusqu'à Claude d'Anzennes. Devons-nous supposer, au contraire, que le manuscrit de la Bibliothèque de Colbert n'était qu'uu extrait du nôtre ? Cette hye pothèse nest pas admissible , car il se rencontre, dans la partie da manuscrit de Colbert éditée par Mabillon, des pieces qui manquent dans celui qne nous avons sous les veux. Nous trouvons d'ailleurs, dans celui-ci, des renvois à un manuscrit prunitif, avee cette indication « min MS. s:or, nous retrouvons les phrases auxquelles ces renvois se rapportent dans le manuscrit de Colbert, publié par Mabillon. D'où il faut conclure il nous semble, que l'auteur de notre vie des évèques du Mans à reproduit litterale ment, d'apres un manuserit plus ancien, une grande partie de cœ qui concernait dans ce manuserit la vie des neuf évèques sur lese quels le Ponutical garde de silence, Mabillon a eu de son té entre les mains La copie d'un fragment de ce manucerit onginal: car M n'est pas probable que l'annaliste auquel ont été faits ces divers ethprunts, ait volontairement noulic de nous transmettre les 2ctes des dsèques qui ont précédée sutnt Principe, Ce qui, du reste , en cette aflaire, nous importe plus que Ra question d'orisine et d'antériorité, c'est que le texte du manuserit de la Bibliothèque du Maus est meilleur que cclui du manuscrit dout Mabiliun a La Usage
quel Gervais fait parvenir le messige diplomatique dont il est ici question, est Henri [°”, fils de Robert. Quant à Geoffroi, comte d'Anjou, c’est Geoffroi Martel , successeur de Foulques Nerra. L'annaliste ahonyme poursuit en ces termes le récit des infortunes de Gervais : « Cette démarche lui porta malheur. Ap: prenant que l'évêque avait agi de telle sorte, Herbert Baccon, poussé pat le ressentiment, l'accuse près du comte Geoffroi, suppliant celui-ci avec instance de le déposséder , si faire se peut, de l’épiscopat et de son patrimoine. À cette nouvelle, Gervais réunit ett conseil les gens et les seigneurs de son diocèse, leur conseillant de refuser obéissance à Baccon , de le chasser de la ville, et d'appeler à jouir de soft autorité {8 fils d'Herbert I‘ et son héritier direct, Hugues, jcunë homme d'un bon naturel. Ce conseil fut suivi. Huguës avant obtenu le titre de comte, Herbert Baccon se fit moine. Or, l'évêque Gervais chérit tellement Hugues, qu'il avait tenu sur les fonds baptismaux , qu'il rechercha pouf lui la main de très-noble dame Berthe, autrefois épouse d'Alain, comte de Bretaghe. » Cet Alain était mort en l'année 1040. [1 avait eu de Berthé le brave Conan, qui fut empoisonné sous les mutfs de Chàteau-Gontier. Berthe était fille d'Odon II, où Eudes, conte de Blois. « Cela déplut fort au comté Geoffroi, ajoute l'annaliste , comme l'événement le prouva. Hugues se rendit avec ses gens d’arihes auprès de Berthe, Geoffroi courut att Château - du- Loir et y mit le feu. » Dans une charte que noué avons déjà mentionnée (1), nous trouvons quelques
(1} Mabillon, Acta SS. Ordinis S. Bened., t 1x, p. 389.
détails sur le siége du Chàteau-du-Loir. Geoffroi ne s'en empara pas, mais il ravagea les dehors de la place, le bourg qui l'entourait et une même église fondée en l'honneur de saint Guingalois , où Gervais avait récemment établi des chanoines. Les soldats du comte d'Anjou les dispersèrent. + Ces faits, lisons- nous dans notre manuscrit, rendirent désormais odieux l'un à l'autre, le comte à l'évêque, et l'évêque au comte. Geoffroi voyant donc que par les couseils de Gervais, qui voulait lui nuire et le perdre, le comte Hugues avait pris une femme très-puissante , et portant Judas dans son cœur , appela près de lui l'évêque, afin de le surprendre traftreusement : s'en étant emparé , il le fit jeter en prison el le retint dans les fers pendant sept ans, espérant se rendre ainsi maître du Chäteau-du-Loir. Mais cela ne lui servit à rien, car le château fut bien défendu par la garnison. Tandis que ces choses se passaient, le comte Hugues mourut, l'évêque Gervais étant encore prisonnier. Cette mort afflisea beaucoup l'évèque et réjouit furt le comte d'Anjou. Le comte Geoffroi gouverna la province pendant dix aunées. En effet , les habitants du Mans ayaat éconduit la veuve éplorée de Hugues avec ses enfants, par une des portes de la ville, firent entrer dans leurs murs le comte Gevffroi plein d'allégresse. »
Dans son Histoire des Cumtes d''{njou et du Maine, Bordisnè ne dit qu'un mot de ces démélés entre Gervais et Geoffroi; il laisse même ignorer la longue occupation de la province du Maine par le comte d'Anjou. Mais nous avons à ce sujet d'autres témotguages que celui de notre anonyme. Guillaume de
détails sur fe siége du Château-du-Loir. Geoffroi ne s'en empara pas, mais il ravagea les dehors de la place, le bourg qui l’entourait et une même église fondée en l'honneur de saint Guingalois , où Gervais avait récemment établi des chanoines. Les soldats du comte d'Anjou les dispersèrent. « Ces faits, lisons-nous dans notre manuscrit, rendirent désormais odieux l’un à l’autre, le comte à l'évêque, et l'évêque au comte. Geoffroi voyant donc que par les couseils de Gervais, qui voulait lui nuire et le perdre, le comte Hugues avait pris une femme très-puissante , et poriant Judas dans son cœur , appela près de lui l'évêque, afin de le surprendre traîtreusement : s'en étant emparé , il le fit jeter en prison et le retint dans les fers pendant sept ans, espérant se rendre ainsi maître du Château-du-Loir. Mais cela ne lui servit à rien, car le château fut bien défendu par la garnison. Tandis que ces choses se passaient, le comic Hugues mourut, l'évèque Gervais étant encore prisonnier. Cette mort aflizea beaucoup l'évêque et réjouit fort Île comie d'Anjou. Le comte Geoffroi gouverna la province pendant dix années. En effet , les habitants du Mans ayaat éconduit la veuve éplorée de Hugues avec ses enfants, par une des portes de la ville, firent entrer dans leurs murs le comte Gevoffroi plein d'allégresse. »
Dans son ÂHistuire des Cumtes d'{njou et du Maine, Bordigné ue dit qu'un mot de ces démélés entre Gervais et Geoffroi; il laisse mème ignorer la longue occupation de la province du Maine par le comte d'Anjou. Mais nous avons à ce sujet d'autres témoiguages que celui de notre anonyme. Guillaume de
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Jumiéges nous raconte que Geoffroi tenta de nombreux assauts contre la ville du Mans , et qu'il en dévasta plus d'une fois les faubourgs. L'emprisonnement de Gervais nous est encore altesté par les actes du synode de Reims de l'année 1049 : dans la troisième séance de ce synode , on appela la cause de notre évêque contre son persécuteur ; et les prélats assemblés déclarèrent que si le comte d'Anjou ne mettait pas au plus tôt Gervais en liberté, il serait retranché par le plus prochain concile de la communion des fidèles (1). Cette menace du synode de Reims fut exécutée par le pape Léon IX, qui, l'année suivante , prononça l'excommunication contre Geoffroi Martel (2). Mais celui-ci ne fut intimidé ni par les évêques, ni par le souverain pontife, et ne s'empressa pas de leur obéir, puisqu'à la mort de Hugues, qui eut lieu en 1051, c'est à dire deux années environ après le synode de Reims , Gervais était encore prisonnier. Gervais n'obtint sa délivrance qu'à des conditions fort onéreuses. Nous lisons dans notre maouscrit : « L'évêque apprit dans son cachot ce qu'avaient fait les nobles du Mans, et, craignant dejà pour ses jours, il n'eut plus désormais aucun espoir de prolonger sa triste existence. C'est alors que, bon gré mal gré (3), il livra le Château-du-Loir. Sur ces
(t) Mabillon, Æcia SS. Ordinis S. Benedict. t. VILL. p. 724.
(2) Rerum Gallicarum et Francicar. Scriptor. t. XI. p. 219.
{3} Ce passage de notre historien est inintelligible dans les 4nalecta. Le texte de Mabillon porte en effet : « Venit Ænolit, castellum Li reddidit. » Dans notre manuscrit il y a : « Velit an nolit, castellum Lit reddidit. » C'est ainsi qu'il fout lire. Dans le frag ment que Dom Bouquet a publié, d'après Mabillon, des actes de
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entrefaites, l'Ansevin permit à Gervais de sortir de sa prison, après lui avoir fait prêter serment de ne pas entrer dans la ville du Mans tant que le comte Geoffroi serait au nombre des vivants. L’évêque voyant donc qu'il ne pouvait pénétrer ni dans la ville, ni dans son château, se retira près de Guillaume, comte de Normandie, el lui raconta avec douleur tout le mal que lui avait causé Geulffroi , ainsi que la trabison qu'il avait commise à son égard. Ayant appris ces choses, le comie Guillaume en fut touché, et remit à l'exilé de l'or, de l'argeut, des châteauxforts et des présents magnifiques (1). Tandis que l'évêque Gervais demeurait en Normandie , auprès du comte de cette province, il arriva que la mort vint frapper sur son siége Guy, archeyèque de l'église de Reims... »
Nous n'avons rien à ajouter à cette histoire de l'épiscopat de Gervais, si ce n'est qu'il assistait ,en l'année 1640 , avec un grand nombre d'autres évêques, à la dédicace du monastere de la Trinité de Vendôme (2).
Henri [*, comme nous l'apprend notre annaliste, el comme tous les documents historiques nous le témoignent, n'etait pas le maître dans son royaume ; il eùt voulu saus duute protéger l'evèque du Mans coutre les violences du comte d'Anjou, mois il n'osuit
Gervais ‘Recueil des Historiens de France , 1. xt.‘ il porte en marge cette variante : bel an nolu, L'a-t-l suppose, où connaissait-il autre manuscrit ?
(4 Nous lisons dans Orderie Vital: s Dum Cœnomanensiun episcopus eral, et curiam Wilhelmi ducis Normanorum, cui valde fanuhiuris erat, crebro expeterel, apud Uticum su'pe fuit honorifice susceplus. »
(2) Dow Bouquet , Hiccueil des Hisivricns de France , 1. 34. p. 506.
se commeltre avec un vassal aussi puissant que furouche , qui s'était lui-même proclamé l'invincible. Cependant il eut à cœur de témoigner à Gervais qu'il l’estimait et déplorait son triste sort, et, suivant Marlot, il l'appela dans son conseil. À la mort de l'archevêque Guy de Chastillon, il fit plus encore pour le protégé de Guillaume de Normandie ; il l’appela sur le siége de Reims, et cette nomination ayant été sanctionnée par les suffrages des clercs et des laïcs da diocèse, Gervais prit possession de son archevêché le 15 octobre de l’année 1055. Le Corvaisier et Marlot comparent la fortune de Gervais à celle de Joseph sortant de sa prison pour occuper le premier emploi dans la cour du roi d'Egypte.
Gervais signala son avénement sur le siége métropolitain de Reims par divers actes qui prouvent à la fois la fermeté et la générosité toute féodale de son caractère. Îl restaura de ses deniers des églises qui tombaient eu ruines ; il fit restituer aux monastères des reliques , des objets de prix, dont la possession leur était contestée par de puissants ravisseurs : zélé pour l'étude des lettres, il entreprit de restaurer l'école de Reims, avec l’aide de Bruno de Cologne, qu'il établit chancelier de cette école, charge que remplit ce saint homme jusqu'au jour où il se retrancha du monde (1). S’il faut en croire les histo-
(1) Nous lisons dans l'Histoire Littéraire de la France, dans le discours historique sur le XIe siècle , p. 87 : « Brunon enseigna avec tant d'éclat et de succès , il fornia tant d'excellents disciples, qu'il a mérité d'être regardé comme la gloire et le maitre des docteurs. Les plus célèbres de ses élèves furent Odon, successivement prieur de Cluny, évèque d'Ostie, etc., pape sous le nom d’Urbain II ; Ro-
riens , la gestion des affaires diocésaines , si graves qu'elles fussent, ne l'absorbait pas tellement qu'on ne le vit plus d'uno fois regretter les distractions actives qu'il trouvait , au temps de sa jeunesse , dans les forêts de son pays du Maine ; « patriam venationi aptissimam, » dit Marlot. « L'affection qu'il auoit pour la chasse, ainsi s'exprime Bondonnet , l’emporta un peu trop et luy déroba de ses meilleures heures qu'il donna à cet exercice de soy innocent ; d'où vient qu'il fut bien estonné quand il se vit dans les les beausses et les plaines de la Champagne, qui, estant dépoüillées de bois et de forests, nc nourrissent point de bestes rousses (1). » Voulant du moins avoir sans cesse devant ses yeux l'image du noble animal dont il avait tant de fois suivi les pas rapides , il ft mouler en bronze et placer devant les portes de son palais archiépiscopal un cerf d'une immense stature. Sur le socle, on lisait ces vers qui sont attribuës à notre prélat :
Dum Cœnomanorum saltus lustrare solebat Gervasius , cervos tunc suflicienter habebat : Hunc, memor ut patriæ sit semper, condidit ære.
Ua des actes les plus importants de l'épiscopat de Gervais , est le sacre de Philippe L‘". Heuri se voyant
bert, frere d'Eudes ler, duc de Bourgogne, puis évèque de Lanures....; Lambert, abbé de Pouthiire; Mainard de Cormeri, et Pierre , qui le fut des Chanoines réguliers de Saint-Jean-des- Vignes, à Soissons.
(1} Les Vies des évéques du Mans, p. 411,
près du terme de sa vie, et voulant prévenir l'éventualité d'nne guerre de succession , résolut, à l’exemple de Robert et de Hugues Capet, d'assister au couronnement de son fils aîné. Cette cérémonie eut lien à Reims, le 23 mai 1059. Il s'y trouva vingt-quatre évêques , au nombre desquels étaient les légats du pape, vingt-neuf abbés, la plupart des vassaux de la couronne : « Après avoir expliqué au jeune prince fa foi catholique et reçu son serment, Gervais prit le bâton pastoral de saint Remi, et fit un discours où il représenta comment l'élection et la consécration du roi lai appartenoient , depuis que saint Remi bap!iza et sacra Clovis. Il n’y oublia pas que par ce bâton le pape Hormisdas conféra ce pouvoir à saint Remi avec la primauté de toute la Gaule ; et faisant allusion au palliom qu'il avoit reçu du pape Victor IT, il ajouta que ce pontife lui avoit donné le même pouvoir à luimême et à son église. Après quoi, par la permission du roi Henri , il élut pour roi le prince son fils; ce qui fat confirmé par les suffrages respectifs des prélats, des abbés, des seigneurs, des chevaliers, et par les acclamations de tout le peuple. » Ainsi s'expriment les auteurs de l'Histoire Littéraire (1), et ce récit est emprunté à la relation officielle du sacre qui, comme nous le dirons, est attribuée à Gervais (2).
(1) T. vi. p. 576.
(2) On a peu de renseignements sur le sacre de Philippe Ier autres à ceux que nous lisons dans cette pièce souvent publiée. Cepen-
nt beaucoup d'historiens ont sommairement énoncé le fait du couronnement de Philippe Ier par Gervais. On peut consulter le tome x1 du Recueil des Hisioriens de France , aux pages 197 , 213 283, 291, 294, 348, 374, 385, 481.
Gervais traita magnifiquement, aux frais de son épargne, tous les assistants ; l'usage ne l'obligeait à faire aucune dépense , si ce n'est à l'égard de la per soune du roi. Pour lui exprimer toule sa gratitude au sujet de cette splendide réception , Philippe [°° lui conféra la dignité d'archi-chancelier. Gervais , ayant accompagné le roi à Paris, souscrivit, l'année suivante, 1060, à la charte de fondation du monastère de Saint-Martin-des-Champs. C'est dans ce pieux asile que se retira le vieux roi, et c'est là que finirent ses jours,
Gervais reçut des preuves nombreuses de l'estime et de la confiance des papes Etienne IX, Nicolas II et Alexandre IL : dans plusieurs lettres de ces nontifes qui ont été conservées, nous trouvons l'éloge de la prudence et du courage de notre prélat. Il eut quelques démélés avec Godefroid , duc de Lorraine, avec le comte Manassé, et avec deux de $es chanoines : on n’en sait pas bien l'occasion, Ce fut, il paraî, un vigoureux adversaire des prêtres simonia= ques. Les historiens ecclésiastiques , fort sobres de détails en ce qui concerne les actes civils de son épiscopat, nous apprennent qu'il se montra fort libéral à l'égard des établissements religieux de son diocèse. Après avoir relevé de ses ruines l'abbaye de Saint-Nicaise, il restaura l'abbaye de Saint-Denys, à Reims, et y plaça des chanoines réguliers sous la règle de saint Augustin. C'est lui qui a introduit cet ordre en France. 11 faut lui attribuer encore un grand nombre d'autres fondations, au sujet desquelles on trouvera dans Marlot d'amples renseignements. Îl assistait, en 1065, aux comices ou états de Corbie,
où Philippe 1°" confirma les antiques immunités du couvent de Hasnon (1).
Etant tombé dangereusement malade, le jour de la fête de Saint Pierre et de Saint Paul , en l’année 1067, il appela près de lui les chanoines et les clercs de son église. Il fit devant eux sa profession de foi et requt le dernier sacrement, les invitant à prendre acte de l'orthodoxie de son opinion au sujet de la présence réelle, et leur promettant de réparer les dévastations qu'il avait commises ou laissé commettre dans plusieurs églises de son diocèse (2). Gervais mourut le 14 juillet suivant , âgé de soixante-un ans. Il avait occupé pendant douze années le siége archiépiscopal de Reims. Il fut enseveli dans la cathédrale de cette ville.
La plupart des écrivains de son temps ont loué son savoir et les brillantes qualités de son esprit. Nous citerons parmi ses apologistes, l'auteur de la vie de saint Mélaine , Guibert de Nogent et le poète Foulques, ou Foulcoie, qui a parlé de lui en ces termes :
Quæ sit non proprio fructu cognoscitur arbor Quis sit Gervasius testificatur opus ;
Cui Deus et Cæsar, cui serpens , cuique columba Convenere pari pondere disparia.
Ad portam Martis conspirant Cæsar et anguis, Actor avis simplex ad decus ecclesiæ.
Nulli dum vixit per tela, per aspera cepit Rebus , honore , modo glorificatus homo (3).
(1) D. Bouquet, {. xt. p. 111.
(2) Archives administratives de la ville de Reims, 1. 1. première partie, p. 223.
(3) Dom Bouquet, t. x1. p. 445.
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ÉTIENNE DOUDIEUX, 409 DOUDIEUX (ÉTIENNE).
Dans le catalogue manuscrit de la Bibliothèque de Saint-Vincent, Dom de Gennes compte au nombre des écrivains du Maine ÉTIENNE DOUDIEUX , avocat, auteur d'un poème latin dont tel est le titre : /{/ustriss. Eccl. principis, domini Emmanuelis Philiberti de Beaumanoir, dignissimi Episcopi, felix Adventus in Xenium; Cenomanis, Hier. Olivier , 1650, in-4°. Ce poème, qui a près de six cents vers, contient un éloge très-pompeux de la maison de Beaumanoir et des familles auxquelles elle s'est alliée. L'auteur ne :connaissait pas bien les règles de la prosodie latine. Il promet , dans les vers qu’il adresse à Emmanuel-Pbilbert de Beaumanoir , d'en composer d’autres en l’honpeur d’un seigneur de Vassé :
Vassæus item dux Cui mea legitimum promittit Musa volumen.
Nous ignorons s’il a tenu cette promesse. Dans les Lettres de Costar (1), nous en lisons une qui est à l’adresse du R. P. Doudieux , prédicateur et prieur des Augustins du couvent d'Amiens. Costar nous apprend que ce prieur avait habité le Maine : «’ vous avez laissé, lui dit-il, en cette province une si bonne odeur de vostre nom, qu’en mon particulier, si je pouvois courre, 27
(1) T. ll. P. 93.
104 GERYAIS.
C2 qui nous est parvenu des écrits de Gervais est pen considérable. Nous parlerons d'abord de ses Lettres.
Nous n'en possédons qu'un très petit nombre, bien qu'il ait entretenu un commerce épistolaire très suivi avec tous les papes de son temps. On a quelques-unes de celles qui lui ont été adressées, lorsqu'il occupait le siége archiépiscopal de Reims, par Etienne IX, par Nicolas IT et par Alexandre IT. Ces lettres ont été publiées par Papire Masson , dans son recueil des Lettres de Gerbert, de Jean Salisbury et d'Etienne de Tournai ; par Marlot, Afetropolis Remensis Historia, 1 11; par Duchesne, au tome iv de ses Jistoricns de France; dans les Conciles du P. Labbe, etc., etc. Elles sont au nombre de vingt, et ont été, pour la plupart, mentionnées, avec des renvois aux collections où elles se trouvent, dans la publication qui vient d'être faite, par M. P. Varin, des Archives administratires de la ville de Reims (À).
Des lettres de Gervais, deux seulement nous ont été conservées. La première est adressée à Nicolas IT. Elle a été publiée pour la première fuis par Papire Masson , dans le recucil que nous avons précèdemment cité et ensuite par le P. Labbe, dans son édition des Conciles, 1. 1x, p. 1097; par Duchesne, Jlist. Fr. Soript., \. 1, p. 206, et dans le Recueil des Hist. de France, 1. x1, p. 498. « Elle fut écrite r cu après le quatrième d'août 1060 , qui est la date de la mort du roi de France Menri FT, que Gervais annonce au pape. Un des principaux objets de cette
(1) Documents inédits sur l'Hist. de France, (. 1. p. 209 ct suiv.
lettre est de remercier Nicolas de la charité et des bons offices qu'il avoit exercés envers un de ses députés qui étoit mort à Rome, et que ce pontife avoit visité dans sa maladie, et pris soin de faire enterrer avec l'honneur convenable (1). » — La seconde lettre de Gervais est adressée au pape Alexandre IT; mais Papire Masson , qui le premier a fait connaître cette letire, n'en possédait qu'une partie , et, comme il semble, la moins intéressante. C'est ce fragment qui depuis a élé publié par Duchesne, Hist. Franc. Seript., t. 1V, p. 207; par D. Bouquet , t. xr, p. 499, et par Marlot, Metropolis Remensis Historiæ , 1. 11, p. 120.
Dans le catalogue de Bernard de Montfaucon, qui est bien connu sous le titre de Bibliotheca Bibliothecarum manuscriptorum nova, nous trouvons, au nombre des manuscrits du Vatican, deux recueils de Leitres de Gervais. Le premier, qui a appartenu à la reine Christine , est ainsi désigné : Fragmenta Epistolarum aliquot Gervasii Remensis. L'autre manuscrit, provenant de la bibliothèque d'Alexandre Pétau, conseiller au Parlement de Paris, a pour inscription : Gervasii Remensis aliquot Epistolæ que falso tribuuntur sancto Anselmo. Un troisième manuscrit de la même bibliothèque a pour titre : Gcroassi Remensis archiep. Fragmentum Epistolæ ad Diensem episcopum.
Bollandus a publié, dans son vaste recueil, à la date du 6 janvier, une relation de quelques miracles opérés par une portion des reliques de saint Mélaine, évêque de Rennes, qui est incontestablement l'ou-
(1) Histoire Littéraire de la France , t. VII, p. 582.
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vrage de notre prélat. Cette relation, dont la fin nous manque, commence en effet par ces mots : « Ger- * vastus, Dei grati4 Remorum archiepiscopus, Eveno Sancti Melanii venerando abbhati etc. , etc. + Comme nous l'avons dit, Gervais parle dans ce fragment d'Haimon son père et d'Ilildeburge sa mère. Il composa ce récit à l'occasion du présent qu'il fit des reliques du saint à Even, abbé du monastère de Saint-Mélaine (1).
Nous avons quelques Chartes de Gervais. « Quoiqu'elles soient particulierement, disent les auteurs de l'Histoire Littéraire de lu France, des monuments de sa piété et de sa généreuse libéralité envers les églises et les monastères, elles ne sont pas indisnes de tenir place entre ses écrits. Ce ne sont point de ces actes communs, qui ne contiennent que des formalités triviales et usées, exprimées en des termes grossiers et barbares. On y découvre, au contraire, une habile plume etun bon goût qui n'étoit pas ordinaire.» Mabillon a publié une de ces chartes dans le tome 111 de ses Zxalecta, p. 307. Elle a pour objet diverses donations faites par Gervais au chapitre et au clergé du Mans. I leur octroie d'abord la moitié du trésor de Saint-Julien, c'est à dire de toutes les offrandes faites aux autels de l'église cathédrale. Ces offrandes étaient un des revenus de l'évêéché. H leur attribue ensuite toutes les dfmes, toutes les redevances perçues au nom de l'église de Saint- Julien. Il ajoute à ces libéralités le don de plusieurs propriétés qu'il distrait de son patrimoine , et l'exemption de divers droits qui étaient à la charge du chapitre.
(4) On attribue à Gervais une Vie de saint Donation, évèqme
de Reims. Mais cette attribution est une erreur, suivant Dom Kivel ( Hust. Lit. 1, VAL. p. 555. ).
CERVAIS. 407
—Le P. Martène, au tome 1 de son Thesaurus Anecdotorum, page 158 , publie une charte de Gervais qui porte la date de l’année 1038. Cette charte concerne une donation faite par l’évêque du Mans au monastère de la Trinité de Vendôme, récemment fondé par le comte Geoffroi, — Nous connaissons encore deux chartes de Gervais. L'une a pour objet la fondation , ou plutôt le rétablissement de douze chanoines dans l’église de Saint-Timothée de Reims (1). Elle est du mois de juin de l’année 1064. Marlot est le premier éditeur de cette charte ; elle a depuis été publiée par les frères Sainte- Marthe, au tome x de la Gallia Christiana (2). On lit dans Marlot une autre charte de Gervais, de l'année 1067, concernant la restauration du monastère de Saint- Denis de Reims. Mais il y a des inexactitudes dans le texte de cette charte éditée par Marlot. Les auteurs de la Gallia Christiana l'ont publiee avec quelques corrections (3), et M. Varin vient de nous en donner une édition nouvelle dans ses Archives Administratives de la ville de Reims (h).
Duchesne (5) et Dom Bouquet (6) ont publié une Relation du Couronnement de Philippe °°, qui paraît être l'ouvrage de Gervais. Voici comment s'expriment à ce sujet les auteurs de l'Histoire Littéraire de la France : « Divers traits de la relation du sacre de
(4) Mesropolis Remensis Hist. &. 11, p. 425.
(2) Instrumenta , p. 24.
(3) Ibid. p. 26.
(4) T. 1. première partie , p. 216.
{5) Script. Franc. t. 1v. p. 161.
(6) Recueil des Hist. de France ,t. XI. p. 32.
Philippe [°°, roi de France, montrent qu'elle appartient à Gervais, qui y fit le principal personnage. On voit d'ailleurs, par l'exemple du célèbre Hincmar, qui nous a conservé plusieurs couronnements de rois et de reines , que c'étoit la coutume que les archevêques de Reims dirigeassent eux-mêmes ces sortes de relations. Celle dont il est ici question est surtout intéressante, en ce qu'on y a le premier acte authentique du sacre de nos rois de la troisième race. Quoique fort succincte, elle contient néanmoins, avec beaucoup d'ordre, toutes les principales circonstances de cette auguste cérémonie. L'auteur y rapporte en entier la formule du serment que prêéta le jeune roi, et y a conservé les noms et les dignités de toutes les personnes de marque qui y assistèrent : des archevèques, des évêques, abbés et premiers scigneurs du royaume. En parlant de l'ordre des suffrages, il a la précaution d'observer qu'on permit, par honneur et par amitié aux légats du saintsiége de donner le leur, mais après avoir expressément remontré que le consentement du pape n'y étoit point nécessaire : cun id sine nutu papæ fiers licttum esse disertum thi sit (1). » Dom Bouquet s'associe à Dom Rivet pour attribuer cette Æe/ation à l'archevêque de Reims. Cette pièce, qui se trouve, comme nous l'avons dit, dans le recueil de Duchesne et de Dom Bouquet , a été encore publice par le P. Chifflet dans les Preuves de son Zlistoire de l'abbaye de Tournus, dans la Collection generale des Conciles du P. Labbe, toine 1x , page 1107, et dans Marlot, tome 11, page 117.
(8) T. vis. p. 584.
ÉTIENNE DOUDIEUX, 409 DOUDIEUX (£TIENNE).
Dans le catalogue manuscrit de la Bibliothèque de Saint-Vincent, Dom de Gennes compte au nombre des écrivains du Maine Érrense DOUDIEUX, avocat, auteur d'un poème latin dont tel est le titre : {{/ustriss. Eccl. prineipis, domini Emmanuelis Philiberti de Beaumanoir, dignissimi Episcopi, felix Adventus sn Xenium; Cenomanis, Hier. Olivier , 1650, in-4°. Ce poème, qui a près de six cents vers, contient un éloge très-pompeux de la maison de Beaumanoir et des familles auxquelles elle s'est alliée. L'auteur ne connaissait pas bien les règles de la prosodie latine. Il promet , dans les vers qu'il adresse à Emmanuel-Pbilbert de Beaumanoir , d'en composer d’autres en l’honneur d'un seigneur de Vassé :
Vassæus item dux Cui mea legitimum promiltit Musa volumen.
Nous ignorons s'il a tenu cette promesse. Dans les Lettres de Costar (1), nous en lisons une qui est à l’adresse du R. P. Doudieux , prédicateur et prieur des Augustins du couvent d'Amiens. Costar nous apprend que ce prieur avait habité le Maine : « vous avez laissé, lui dit-il, en cette province une si bonne odeur de Vostre Dom, qu’en mon particulier, si je pouvois courre, #7
(1) Tu. p. 98,
odorem unguentorum tuorum currerem. » Or, bien que celte lettre ait été écrite quelques années après l'avènement d'Emmanuel-Philbert de Beaumanoir sur le siége épiscopal du Mans, nous ne pouvons supposer que l'avocat et le prieur , le poète et le prédicateur soient une même personne ; mais ils appartenaient sans doute l'un et l’auure à la même famille.
HARDY (cLaune).
Sébastien Hardy, auteur de diverses traductions et d'un mémoire économique qui paraît mériter quelque estime (1), exerçait la charge de receveur des tailles au Mans , daus les dernières années du XVI° siècle. Il était de Paris, mais le Mans est la ville natale de son fils, cLauDE HARDY , qui fut un des meilleurs amis de Descartes et un des adversaires les plus notables de Fermat. Nous ne savons rien sur les premières annees de sa vie; mais, en l'aunée 1625, nous le trouvons à Paris, avocat au Parlement , publiant une éditivn
(1) Les œuvres de Sébastien Hardv, sont : 1° Mémoires et Instructions pour le fonds des rentes de l'Lf tel-de-Ville, 4616 , in-8o : mémoire rédigé en société avee le prévôt des marchands De Grivcux ; 20 Le vrai Regime de vivre, traduit , avec la Bunnodivcre, de latin de Lessius, avec le Trarte de Cornaro sur le mime sujet : % AMouens legumes pour parventr a la Faveur, où le Revetle-Matin des Cournsans, traduit de l'espasuol d'Antonio de Guevara: Paris, Rob. Estienne, 1625, in-80, 4e L'Art de bren titre pour Heurcusement mourir , Wraduit du latin de Bellarmin ; Paris, Loyson, 1020, in-12.
grecque, avec une traduction latine, des Données d'Euclide et du Commentaire de Marin, On s'accorde à louer cette traduction : Baillet la juge « incomparablement meilleure que n’étoit celle de Barthélemy Zambert (1). » C'est aussi l'opinion de Vossius (2).
L'immense savoir de Claude Hardy a été loué par Baillet et par Colomiès. Suivant Baillet , il joignait à une « insigne probité » une grande connaissance des mathématiques et des langues. Il possédait , dit-on, trente-six langues orientales, « et l'on prétend que quelques-unes ne lui avoient coûté qu'un jour (3). » Nous avons peine à le croire ; s’il est vrai toutefois que Claude Hardy ait acquis, avec plus ou moins d'étude, l'intelligence de trente-six dialectes orientaux, cela nous suflit assurément pour avoir une baute opinion de son esprit. Le P. Jacob, Jean Morin, Gassendi s'accordent à lui attribuer une érudition fort étendue (4).
En 1626, Claude Hardy était conseiller au Châtelet. Il était lié avec le docte Mydorge , trésorier de France en la genéralité d'Amiens, issu d'une des premières familles parlementaires , qui avait alors la réputation d'être l'homme le mieux entendu du royaume dans les questions de mathématiques. Ce fut chez lui qu'il rencontra Descartes. Mydorge les présenta l'un à l’autre comme dignes de se connaître et de s'aimer. Tel fut le commencement de cette relation que vinrent entretenir et cimenter des opinions communes sur les prin-
(1) Vie de Descartes, t. 1. page 137.
(2) Apud Bibliothecam Orientalem Colomiès, page 166. (3) Baillet, Vie de Descartes , 1, 1. page 137.
(4) Bibliotheca Orientalis , page 166.
cipales matières de la controverse qui, vers le milieu du XVII° siècle , divisa les savants en deux partis également acharnés.
Vers la fin de l'année 1637, Descartes reçut, par l'intermédiaire du P. Mersenne, le traïté de Fermat, qui a pour titre De Mazximis et Minsmis et de Tangentibus. Descartes , sachant que Fermat s'occupait d'un travail sur sa Dioptrique, crut devoir exprimer son sentiment sur le traité De Maximis et Minimis, et, dans une lettre qu'il écrivit au P. Mersenne , en Île chargeant de la faire parvenir à Fermat, il combautit assez vivement ses démonstrations. Merseune ayant communiqué cette lettre à Roberval et à Etienne Pascal, amis de Fermat , ceux-ci répliquérent à Descartes, au nom du géomètre de Toulouse. Dès que cette controverse fut engagée , elle devint fort vive. Descartes, pe cédant pas aux arguments de Roberval et d'Eticnne Pascal , prit le parti de les réfuter et fit faire trois copies de sa réfutation, l'une pour Mydorge, l'autre pour Claude Hardy, la troisième pour le P. Mersenne. Il écrivait à Mydorge, le 24 février 1658 : « Je vous prie que M. Hardy ait aussi connaissance des pièces de mon procès, et je ne désire point qu'elles soient cachées à aucun autre de ceux qui auront envie de les voir. Mais deux des amis de M. de Fermat s'étant méèlés de soutenir sa cause, je me suis promis que vous n'auriez pas désagréable que je vous employasse tous deux pour la mienne (1). » La lettre de Descartes , qui contient la réfutation de la défense de
(4) T. ve. page 409 de l'édition des Œuvres de Descaries publiée par M. V. Cousiu,
Fermat par Pascal et Roberval, se termine par ces mots : « Quant à ceux qui ont écrit le papier auquel j'ai répondu en celui-ci, puisqu'ils ont voulu être les avocats de ma partie en une cause la moins soutenable de son côté qui se puisse imaginer , j'espère qu'ils ne voudront pas êlre mes juges, ni ne trouveront pas mauvais que je les récuse, aussi bien que quelques autres de ses amis; car enfin je ne connois à Paris que deux personnes au jugement desquelles je me puisse rapporter en cette matière , à savoir M. Mydorge et M. Hardy (1). » On peut apprécier sur ces témoignages l'estime singulière que Descartes professait pour notre Claude Hardy. Celui-ci s’efforça d'y répondre , en travaillant avec Mydorge à une critique de la règle de Mazximis exposée par Fermat. Ce travail a été perdu. Descartes lui exprima, dans une lettre qui nous a été conservée (2), combien il lui devait de reconnaissance pour un tel service. Après avoir défendu la cause de Descartes , Mydorge et Hardy s'employèrent à le réconcilier avec Fermat, et ils y réussirent. |
Cest là tout ce que nous apprenons sur Claude Hardy, qui mourut, suivant Baillet, le 5 avril 1678 (3).
(1) T. vir. page 23.
(2) Ibid. page 64.
(3) Baillet, Vie de Descartes, t. 11. page 365.