CHANSONS
l'amour ^ , les roses, les oiseaux, sur une douce musique, avec de douces paroles ; le printemps, saison des lys, où les fleurs sont plus odorantes, la lune plus claire, les femmes plus belles ; on récita les litanies des beautés de la femme :
Beauté de femme passe rose.
On rima pour elle des strophes toutes pailletées d'épithètes admiratives, brillantes comme une pluie d'or; on célébra leur modèle, la Reine des anges, et chacune de leurs perfections physiques, leurs yeux « vairs », leurs yeux « gris « : c'étaient alors les plus admirés ; leur peau « blanche comme le lait, douce comme la soie », ces lèvres rouges qui leur servent « pour lire des romans », car on les lisait tout haut, des lèvres, et non pas seulement des yeux ; leur voix plus mélodieuse qu'un chant d'oiseau; bref on montra, dès le temps d'Edouard I", ce mélange de mysticisme et de sensualité qui allait V être une des caractéristiques du quatorzième siècle.
Toutefois, les poètes faiseurs de chansons n'atteignirent presque jamais la légèreté d'allures de l'insouciante muse française ; à lire en grand nombre les romances des deux pays, on est frappé de la différence. Le printemps des Anglais est mêlé d'hiver et le nôtre d'été ; ils chantent mai se souvenant d'avril et nous chantons mai
dément, comme on faisait dans les joutes où les armes dites courtoises n'eml)èchaient pas les blessures. Ils emploient comme parades sans riposte les proverbes d'A'fred; ils en viennent presque aux injures. 1 Litanies de lamour :
Love is wele, love is wo, love is geddede. Love is lif, love is deth...
Wright, Anecdota Literaria, Londres, 184 i. 8», p. 96, temps d'Edouard 1; imité du Chastoienient des Dames, dans Barbazan et Méon, t. II.