‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 102 sur 239 · COCAGNE, RENARD · texte numérisé non relu

COCAGNE, RENARD

il ne trouve pas la moindre poule ; elles se méfient et vont percher hors de portée. A moitié mort, il cherche à boire et voit un puits avec deux seaux à la chaîne ; il descend dans un des seaux et ne peut plus remonter : il pleure de rage. Passe, naturellement, le loup. Et la conversation s'engage; pressé de partir, plus affamé qu'avant, décidé à mettre le loup en pénitence à sa place, Renart n'eût pas été Renart s'il eût joué ce tour sans phrases à son compère. Il ajoute bien des phrases , et le plus pur esprit de France y brille sous la forme du vers anglais; c'est là aussi, comme dans l'original, l'esprit de Figaro et de Scapin; le loup, pour sa part, répond mot à mot par i^n vers d'Orgon. Renart ne lui permet de descendre dans le prétendu Paradis où il s'est retiré qu'après qu'il s'est bien confessé, a pardonné à tous et en particulier à Renart, et se trouve prêt pour une vie pure. Ysengrin se confesse, avoue, pardonne, se sent enfin le cœur tout à fait libre et s'écrie, en son langage :

Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme, Que je m'en soucierais autant que de cela.

Nou ich am in clene live

Ne recche ich of childe ne of wive.

Le loup descend, Renart remonte ; à la rencontre des

He nés nevere in none wise Afingret eiour half so switlie, Hene hoeld nouther wey ne strete.

For him wes lolh nien to mcte Him weie levere nieten one hen Than half an oundred wimmen.

The Vox and Wolf, époque d Edouard I ; dans Matzner, Altengli.scke Sprachproben, i'^ partie, p. 130, et dans Wright, Lalhi Sto7-ies, 1842. p. XVI. Cette aventure du puits forme la branche IV du texte français. Roman de Renart, éd. Martin, Strasbourg, 1882, t. I, p. 146.

seaux, le méchant drôle a la férocité de dire encore : w Adieu, je m'en vais ; je suis bien content de penser que tu es en état de grâce : je vais aller sonner ton gias et chanter la messe pour ton âme. » Il se contente toutefois d'avertir les moines que le diable est au fond de leur puits; à grand'peine les moines retirent le diable, et, cela fait, le rouent de coups et lancent les chiens à sa poursuite.

Quelques gracieux contes d'amour, populaires en France, furent traduits et jouirent d'une égale popularité chez les Anglais, devenus un public pour ce genre de récits : ce fut le cas pour Amis et Amile, Floire et Blanchefleur •, etc. Quant aux chansons, on imita nos chansons de mai, nos « diputoisons », nos caroles -; on chanta

' Texle français (pour Floire), dans Edelstand du Meril, Poèmes du XIW siècle, Paris, 1856, 16° -,16x16 anglais : Floris and Blauncheflur, mittelenglisches Gedic/it aus dem 13 Jahrhunderl , éd. Hausknecht, B6rlin, 1885, 8". La popularité de Floire en Angleterre est montrée par le fait qu'on en a quatre ou cinq versions différentes. Pour Amis, texte français en prose dans Moland et d'Héricault, Nouvelles du XIII" siècle, 1856, 16'': texte fiançais et anglais, en vers : Amis and Amiloun, éd. Kolbing^ Hfilbronn, 1884, 3°. Plusieurs lais de Marie de France furent aussi traduits en anglais : Sir Launfal, par Thomas Chestre, W" siècle, dans Rilson, Metrical Romances, 1802; le Lay le Freine, dans Anglia III, p. 415.

- Plusieurs exemples de chansons de printemps et de chansons d'amour dans les Spécimens of lijric poetnj composed in England in the reign of Edward I, p. p. Thomas Wright, Londres, 18i2, l'ercy Society, 8°. Ce recueil contient nombre de chansons composées en Angleterre, soit en anglais, soit en français; quelques-unes sont en vers alternés français, anglais et latins. Exemple de strophes en trois langues, p. 64.

Exemples de disputoisons : Tlie Thrush and the NiglUingale (sur le mérite des femmes, commencement du XIV« siècle) dans W. C. Hazlitt, Remains of the early popular poetry of England, Londres, 1864, 4 vol. 8°, t. I, p. 50; dans le même recueil : The Debate of the Carpenter's tools, I, p. 79. The Owl and the Nightingale, éd. J. Stevenson, Roxburghe Club, Londres, 1838, 4° ; c'est une disputoison (probablement du XIll*= siècle) entre un hibou et un rossignol sur les mérites et beautés respectives de leurs corps et de leurs chansons, ils se défendent fort ru-

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