CHAPITRE I
Sous les deux derniers Planta srenets, Edouard III et nichard II, une double fusion, lentement préparée pendant les règnes précédents, reçoit sa consécration définitive, fusion des races et fusion des langues. La super- 1 ^ position des Français aux indigènes cesse ; il n'y a plus désormais dans lile que des Anglais .
Jusqu'à la quatorzième année du règne d'Edouard III, toutes les fois qu'un meurtre était commis en Angleterre et que les auteurs demeuraient inconnus, le mort était à priori réputé Français, Francigena, et le comté entier était frappé d'amende. Mais le comté était admis à faire, s'il pouvait, la preuve que le défunt était seulement un Anglais; il n'avait alors rien à payer. Bracton, au treizième siècle, est très précis; il fallait une enquête « ut sciri possit utrum interfectus Anglicus fuerit, vel Francigena » ^ V Anglicus et le Francigena subsistaient donc
1 De Legibus et Consuetudinibus Anglix, livre III, traité II, ciiap. xv
et n'étaient pas entièrement égaux devant la loi. La règle n'était pas tombée en désuétude puisqu'il fallut un statut formel pour l'abroger; c'est le statut de 13i0 qui abolit le « présentement d'Englcscherie ^ » , effaçant une des traces les plus visibles que la Conquête avait laissées derrière elle.
Dans le même temps eut lieu la fusion des idiomes, et la langue anglaise reçut sa constitution définitive. Au commencement du quatorzième siècle (1311), on trouvait encore, parmi les statuts du royaume, le texte latin du serment des rois, et une note indiquait que « si le roi n'était pas lettré » il devait jurer en français^. C'est dans cette langue qu'Edouard II fit son serment en 1307; l'idée que le serment put être prononcé en anglais ne venait pas à l'esprit. Or, à l'autre bout du siècle, ^ en 1399, nous voyons un phénomène exactement contraire se produire : Henri de Lancastre usurpe le trône et, dans le Parlement assemblé à Westminster, prononce en anglais les paroles solennelles par lesquelles il réclame la couronne : « In the name of Fadir, Son and Holy Gost, I, Henry of Lancastre, chalenge yis Rewme of Yngland^! »
L'union des deux langues s'était faite dans l'intervalle. On la voit se former peu à peu et presque d'année en année; dans la première partie du siècle, les « gens de rien », les « ruraux », rurales homines, s'acharnent
{Rolls, t. II, p. 385). Pas d'amende si le mort est anglais : « Pro Anglico vero et de quo constari possit quod Anglicus sit, non dabitur raurdrum. »
1 Statutes of the Realm, 14 Éd. III, chap. 4.
2 « Si rex fuerit Illteratus, talis est... — Forma juramenli si Rc.\ non fueril litteratus : Sire, voilez vous graunter et garder. . . les leys et les eustûmes... » etc. Statutes of the Realm, sub anno 1311, 1. 1, p. 168.
3 Rotuli Parliamentorum, t. III, p. 422.