‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 159 sur 239 · DERNIÈRES ANNÉES, RENOM · texte numérisé non relu

DERNIÈRES ANNÉES, RENOM

Il était alors, malgré cette mélancolie, le roi incontesté des lettres anglaises; une amitié de la vie entière l'unissait à Gower'; les jeunes poètes venaient à lui, Hoccleve, Scogan, Lydgate, et le proclamaient leur maître. Sa figure, dont les traits nous sont connus, grâce au portrait laissé par Hoccleve, avait pris une expression de douceur et de recueillement ~ ; il aimait plus à écouter qu'à parler et, dans les Contes de Cantorbéry, l'hôte le raille pour son air pensif, ses yeux baissés, « qui semblent chercher un lièvre à terre », et pour cette corpulence que l'âge lui a donnée et qui le rend comparable à Harry Bailey lui-même.

Quand Henri IV monta sur le trône, dans les quatre jours qui suivirent son avènement, il doubla la pension du poète (3 oct. 1399;, qui loua alors, pour deux livres, treize shillings et quatre pence par an, une maison et un jardin dépendant de Sainte-Marie de Westminster; le bail est encore conservé dans les archives de l'abbaye. Il s'éteignit l'année d'après, dans cette tranquille retraite, et fut enterré à Westminster, non loin des sépulcres où dormaient ses protecteurs, Edouard III et Richard II , dans le bras du transept appelé depuis le coin des poètes , où nous voyions descendre naguère le cercueil de Browning et où l'on déposait hier celui de Tennyson.

Nul poète anglais ne jouit plus vite d'une renommée plus grande et plus constamment égale à eUe-même.

1 On a prétendu, pour des raisons qui semblent insuffisantes, que celle amilié s'était relâchée sur la fin.

2 Plusieurs mss. contiennent des reproductions de ce portrait ; la meilleure est celle du ms. Harléien 4866, au British Muséum. On en trouvera un fac-similé agrandi dans lesii/e Records of Cltaucer, II, éd. Furnivall, Chaucer Society, 187G.

Au quinzième siècle , on ne fit guère que le pleurer et le copier : « Hélas, dit Hoccleve, celui qui fut l'honneur de la langue anglaise est mort. 0 maître chéri, père vénéré, Chaucer mon maître, fleur de l'éloquence, miroir d'entendement fécond, poète au savoir incomparable, que n'as-tu, sur ton lit de mort, légué à tes élèves ta merveilleuse sagesse ! ^ )^

A la Renaissance, Caxton imprima ses œuvres - et Henri VIII les excepta dans sa prohibition des livres de « fantaisie »2; sous Elisabeth, Thynne les annote^, Spenser voit dans Chaucer « la source pure du vrai anglais », et Sidney le porte aux nues^; au dix-septième siècle, Dryden rajeunit ses contes; au dix-huitième siècle, l'admiration est universelle et gagne Pope etWalpole. De notre temps, les savants de tous les pays se sont appUqués à commenter ses œuvres et à débrouiller sa biographie ; une société s'est fondée pour publier les meilleurs textes de ses écrits^, et sa Légende des Femmes exemplaires inspirait naguère un délicieux

' Hoccleve s Minor Poems, éd. Furnivall, Early English icxt Society, 1892, 8°, p. -sxxr.

2 Jl en donna deux éditions, l'une vers 1478, l'autre vers 14S4; la seconde est illustrée (Y. un fac-similé de la gravure représentant les pèlerins à la table du Tabart, dans Tke English novel in the tiine of Skakespcare, p. 45).

3 Thynne's Animadversiotis uppon... Chauccr's \Vorl,cs, Londres, Chaucer Socielij 1875, p. xiv, éd. Furnivall et Kingsley.

* Ibid.

^« Ofwhorn. truly I know not, whether to niervaile more, either that lie in that mislie time could see so clearly, or thaï wee in this cleare âge, walke so sturnblingly after him. » Apologie for Poetrie, éd. Arber, 1869, p. 62.

"La Chaucer Society, fondée par M. Furnivall, et qui a notamment publié la Six text édition of Vie Cantcrbury taies, des Life Records of Chaucer, des Essays sur divers points intéressant les œuvres du poète, le texte des Originels and analogues des Contes de Cantorbéry, etc.

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