OPTIMISME, IMPARTIALITE
Ridicule aussi à ses yeux la « rym dogerel » des romans populaires du type « sire Thopas ». Son vers est ( le vers rimé, aux accents fixes et aux syllabes variables. La presque totalité des Contes est écrite en <( vers héroïques », rimant deux à deux et contenant cinq syllabes accentuées.
Le même bon sens optimiste et tranquille qui lui a fait adopter la langue de son pays et la versification usuelle, qui l'a empêché de réagir avec excès contre les idées reçues, l'a empêché aussi de se faire, par patriotisme, piété ou orgueil, des illusions sur sa patrie, sa religion ou son temps. Il en fut cependant autant que personne, les aima et les honora mieux que pas un. L'impartialité de jugement de cet ancien prisonnier des Français est extraordinaire, supérieure même à celle de Froissart qui, originaire de pays mitoyen, était, par naissance, impartial, mais qui, à mesure que l'âge vint, montra, par la révision de ses Chroniques, des préférences décidées : vers la fin du siècle, Froissart était, comme le Limousin et la Saintonge, une des reprises de la France. Chaucer, d'un bout à l'autre de sa carrière, demeure le même, et le fait est d'autant plus reïnarquable que sa tournure d'esprit, son inspiration et son idéal littéraire deviennent de plus en plus anglais, à mesure qu'il prend des années. Il reste impartial, ou plutôt, en dehors de la grande querelle, à laquelle cependant il avait pris part dans la réalité; ses œuvres ne contiennent pas un vers qui soit dirigé contre la France, ni même un seul éloge de son pays où celui-ci soit loué en tant que rival heureux du nôtre.
Aussi Des Champs, grand ennemi des Anglais qui
avaient non seulement ravagé le royaume en général, mais même, en particulier, brûlé sa propre maison de campagne, faisait-il exception dans ses haines , et rendait-il hommage à la sagesse et au génie du « noble Geoffrey Cliaucer, » ornement du « royaume d'Énée, » l'Angleterre.
La rédaction des Contes de Cantorbérrj occupa les dernières années de la vie de Chaucer. Il composa encore, à ce moment, son traité de l'Astrolabe en prose, pour l'instruction de son fds Louis •. et quelques poésies détachées, pièces mélancohques où il parle de fuir le monde et la foule, où il demande au prince de le secourir dans sa misère, où on le voit se replier sur lui-même, se recueillir, se résigner-.
' The Astrolabe (1391) éd. Skeat. Chaucer Society, 1872 et Complète Wor/,s, m. Sur Thomas Chaucer, personnage considérable, peut-élre fils du poète, voir Skeat, Complète Wor/;s. I, p. XLvrii.
- Notamment : Tndh ou « Balade de bon conseyl », court poème plein d'énergie et de loi :
Fie fro Ihe press, and dwelle with sotlifastnesse, Suffyce unto thy good, thougli iiit l>e smalle-.. Forth, pilgrim, forth I Forlli, beste, out of lliy stal!. . Hold the hye wey, and Jaf thy gosl tliee Icde; And trouthe shal delivere, hit is no drede.
Complète \Vorhs, I, p. 390.
Dp la même période, entre anlres : Lak of Stedfastnesse (conseils au roi lui-même); L'Envoy de Chaucer à Scogan; L'Envoy de Chaucer à liukton fsur le mariage, allusion à la Wife of Bath); The Compleynt of Venus; The Complcint of Chaucer lo his empiy piirse :
To you my purse, and to non other wight Compleyne J, (or you he my lady dere!
Complète WorliS, I, p. 505.