CHAPITRE VII
A l'automne de l'année liOO, le fils du marchand de Tliames street, universellement reconnu pour le plus grand poète d'Angleterre, GeofTrey Ghaucer, a été porté dans sa tombe sous les voûtes du transsept de Westminster. Couchés dans leurs robes d'or, les derniers Plantagenets, Edouard III et Richard II, dorment non loin de lui. Avec eux, une époque a pris fin ; un nouveau siècle commence et ce siècle est, pour la pensée anglaise, un siècle de décadence, de repos et de préparation.
La décadence est si notoire que les contemporains eux-mêmes s'en aperçoivent; pendant cent ans, sans se lasser, les poètes pleurent la mort de Ghaucer. Ils ne savent plus trouver de nouvelles voies; au lieu de regarder en avant, comme leur maître, ils regardent vers lui, tournés en arrière, les mains tendues vers son tombeau. Les âges qui cherchent leur idéal dans l'époque qui les a immédiatement précédés sont des âges de décadence ; l'adoration que Stace professa pour Yir-
gile était sa condamnation; pour monter haut, il faut prendre son élan de loin.
Pendant un siècle, les poètes d'Anerleterre demeurent ainsi, les regards fixés sur l'image du dernier qui s'est tu, et leur voix, à chaque génération, devient plus laible, comme un écho qui répète un autre écho. Lydgate imite Chaucer et Stephen Hawes imite Lydgate '.
Autour et au-dessous d'eux, des rimeurs innombrables s'obstinent à suivre les anciens chemins, sans savoir que ces chemins ne mènent plus nulle part , et que l'heure serait venue de chercher de nouvelles routes. Les plus habiles complètent la série des fabliaux anglais empruntés à la France, les autres riment, en les défigurant des romans de chevalerie, ou des vies de saints, ou des chroniques d'Angleterre et d'Ecosse. Très nombreux, presque tous sans talent, ces patients aligneurs de vers font dans la réalité, de la prose sans le savoir ~.
1 Je m'efforce, dit à maintes reprises Stephen Hawes : To foUowe the trace and ail the perfitnes Of niy maister Lydgate.
The liislorieof Graiind Amoure and La bel Pucle, called the Pastime of Plesure, contaijning the Knoicledge of the seven Sciences and the course of Man' s life in this ^yorlde, Londres. I55i, 4», curieux bois (reimpr. par la Percy Society, 1845, 8°). Cest une allégorie, d'un ennui morne, où Grand .\mour amour de s'instruire ce semble visite Scienci^ dans la Tour de Doctrine, puis Grammaire, etc. Hawes vivait sous Henri VII.
- Sur les fabliaux importés en .Angleterre , voir supra, p. 226 ; la plupart se trouvent dans HazHtt : Remnins of the earlij popular Poetry ofEnrjland, Londres, 1864, 4 vol. Un des meilleurs, The Wright' s chaste itifc, rédigé en anglais, vers 1462 par Adam de Cobsam, a été publié par l'Early English Text Society, éd. Furnivall, 1865. supplément p. M. Clouston, 1886; c'est l'ancienne histoire de l'honnête femme qui renvoie ses amoureux bernés; histoire qui figure dans les Gesta Romanorum. dans les Mille et une nuits, dans le recueil français de Barbazan ^Histoire de Constant du Ilamel , qui fournit à Massinger le sujet de sa pièce The Pic-