LA RENAISSANCE
Ils parlaient encore et l'on n'écoutait plus. Tous étaient là, dans la pose habituelle, sur leurs tréteaux anciens : le bouffon, le clerc, le moine, le chevalier, l'ange et le diable, l'insiiiuateur d'indulgences, Lancelot et sire Thopas. La pièce était vieille et le dénouement prévu; le décor était usé, l'auditoire sommeillait. Fleurs fanées, jour gris, paroles grises.
Mais voici que, tout à coup, l'atmosphère s'éclaircit; une lumière brille et grandit, pure comme une lueur d'aurore. Les yeux s'ouvrent. Les spectacles se succèdent, et c'est un enchantement; les voix les plus augustes, les paroles les plus tendres, les chants les plus doux qui aient jamais ému le monde se font entendre de nouveau, s'harmonisant aux chants et aux paroles du temps présent. Les visions se multiplient; au gré d'un invisible magicien s'ouvrent des perspectives lointaines ; le temps d^autrefois est ramené sous les yeux des hommes ; l'Olympe parait avec ses dieux baignés
d'azur; sur les collines sacrées s'étagent les palais et les théâtres de la Rome impériale; les Césars portent au Capitule les trophées de leurs victoires; les poètes prononcent des paroles immortelles, pleines d'une vertu cachée. Le spectacle change et l'avenir se révèle : on voit un laboratoire silencieux; parmi des tables noircies, entouré d'apprentis qui ont juré le secret, le maître aligne, d'une main patiente, de menus carrés de métal. On dirait l'alchimiste composant la formule d'où sortira le secret de Tor. Cet homme est encore seul de son espèce, sa main hésite et sa trouvaille est incertaine; mais il agira plus fortement sur les destinées humaines que l'inventeur de la poudre ou de la vapeur; il pratique un art qui n'a pas encore de nom et qu'il appelle « l'art d'écrire artiliciellcment »>. Puis c'est la solitude du ciel, et la muse LJranie révèle aux hommes le secret du mouvement des astres, ignoré des sages d'autrefois. Puis c'est la solitude de la mer; une caravelle, dépassant les colonnes d'Hercule, disparait sur l'horizon; quand elle reviendra ses marins conteront les merveilles d'une terre iDconnue, immense et splendide, riche en trésors, féconde en fruits, où jamais ne cesse la mélodie des oiseaux et qui ne connaît pas les tristesses de l'automne.
Tels furent, avec beaucoup d'autres, les spectacles dont le théâtre du Monde oiFrit la surprise et l'enchantement aux habitants de la vieille Europe, à l'époque de la Renaissance. Des merveilles sans nombre sont contemplées et des rêves sans nombre réalisés à la fois. Les anciennes prédictions s'accomplissent; Thulé n'est plus la borne des terres; les dieux descendent de l'Olympe et vivent de nouveau parmi les hommes, le culte de la beauté se répand, c'est un épanouissement universel.
L'inquiète curiosité qui s'était manifestée dès le moyen Age, ces aspirations désordonnées vers l'inconnaissable et
l'impossible, à qui on devait les merveilles d'une architecture sans modèles anciens, le peuple d'étudiants fréquentant les universités, les Sommes théologiques au champ immense, les traités de omni re scibili, ces aspirations qui étaient un des traits caractéristiques du monde moderne succédant au monde antique, renaissent assagies dans le temps même où on les pouvait croire mourantes. Craintes légitimes : car les solutions n'avaient pas manqué aux grands problèmes qui inquiètent l'esprit des hommes; les clercs du moyen âge avaient eu réponse à tout. Une science qui a réponse à tout est une science finie, une science morte; morte surtout, et obstacle au progrès si ses interprètes sont parvenus à faire accepter des solutions arbitraires, fruits de leur imagination et imposées par l'autorité. Tel avait été le cas. Partis pour découvrir l'infini, des penseurs, qui n'en étaient pas moins devenus illustres, avaient été arrêtés par le mur de leur jardin et, s'étant endormis sous la lune, avaient seulement révèle voyage qu'ils s'étaient proposé d'entreprendre. Il y paraissait à leurs gros livres, œgri somnia. Mais on ne s'en aperçut pas d'abord. Leurs successeurs avaient respectueusement accepté leurs dires, y ajoutant seulement d'interminables commentaires. Une coque énorme s'était formée peu à peu autour du fruit et il était devenu de plus en plus difficile de savoir si la noix était pleine ou si elle était vide. C'était comme une relique, beaucoup ne la regardaient que de loin.
Tout est remis en question maintenant. La sagesse antique, proche du scepticisme, vulgarisée de nouveau, enseigne à distinguer les rêves des réalités. Le jour n'est pas loin où l'on verra des penseurs se risquer à contrôler l'antiquité même. Audace et sagesse : c'est le mot qui résume la période en ce qu'elle eut de plus beau ; c'est aussi la
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réuQÎon (le qualités qui a formé, dans tous les temps, les maîtres esprits : Bacon comme Aristote et Pasteur comme Itacon.
Les anciennes solutions des grands problèmes ne suflisent plus. Il faut tout regarder; vérifier tous les dires. Aristote Ta dit? Ptolémée Ta dit? Saint Paul l'a dit? Les Décrétales l'affirment? n'importe; nous vérifierons, nousmêmes, sur place, par des études indépendantes, et des voyages personnels. Le mot « fin » à la dernière page du livre de science n'a pas de sens; rien n'est fini; il faut arracher ces fermoire d'argent, ils sont trop courts ; les pages vont s'ajouter aux pages; l'humanité s'est remise en mouvement : c'est un réveil, une renaissance. Les hypothèses les plus audacieuses sont conçues et en même temps des voyages de vérification sont entrepris, avec la passion, la certitude de réussir. Colomb quitte Palos, le .'{ aoi\t 1492. pour découvrir la route des Indes, bien que cela parût, dit-il, chose impossible. Il revient et conte comment il a, en effet, <( passé aux Indes » et trouvé des lies « très belles, de mille formes, toutes accessibles, et couvertes d'arbres de mille espèces, hauts et semblant atteindre le ciel... Il faut avoir vu les ports de mer ainsi que les nombreuses et grandes rivières aux eaux salubres, dont la plupart charrient de l'or, pour y croire! ' » Les Cabot touchent au nouveau continent et se figurent être en Chine ; Vespuce, le premier, s'aperçoit qu'il s'agit vraiment d'un nouveau monde, « novus mundus », un monde qui, à son insu, allait porter son nom. Magellan quitte San Lucar, le -2.') septembre l.'>10, découvre des océans ignorés, meurt dans son expédition;
1. 15 féTrw 1493. Harritse, Christophe Colomb, Paris, I88i, 2 vol. 8 , 1. 1, p. 422. Le nom d'Indes occidentales rcsiillanl di* Terreur de Colomb est rntté à c«s Ile» et celui d'Indiens A leurs habitants et à c«ux du nouveau
rnntin<-nt
mais un de ses navires pousse de l'avant et rentre à San Lucar le 6 septembre 1522, ayant accompli en trois ans et pour la première fois, le tour du monde.
Les surprises se succèdent. Pendant qu'à de telles découvertes s'enfle l'orgueil humain, un pauvre astronome, muni d'instruments grossiers fabriqués par lui-même, installé sur sa tour dans les lagunes de la Baltique, observe les étoiles et trouve que cette Terre immense, centre du monde, et objet principal des préoccupations de Dieu, n'est même pas le centre du système solaire et n'est que le médiocre satellite d'une étoile ^ Un esprit tout pareil à celui de Colomb a inspiré Copernic et lui a fait entreprendre son voyage à travers les astres. L'astronome rend compte de ses découvertes presque dans les mêmes termes ; il a trouvé la preuve de la mobilité de la terre qui n'est plus qu'un point infime dans l'espace infini ; il avait formé d'avance son hypothèse : « quamvis absnrda opinio videbatur ». Il s'agissait pour lui, comme pour Colomb, de « conquérir des choses qui, disait-il, paraissaient impossibles ».
Naguère « le temps était encore ténébreux et sentant l'infélicité et la calamité des Goths » ; l'aurore est venue ; r « absurde >> d'hier devient vérité contrôlée, les ténèbres se font lumière. Mais, si la science des anciens s'écroule, leur sagesse demeure ; il faut apprendre d'eux à ne s'étonner de rien dans ce choc des idées, et à garder son calme au milieu du tumulte des « choses fortuites ».
1. Nicolai Copernici Torinensis de Revolutionibus orbium cœlestium librl VI, Nuremberg, 1543, fol. Copernic était mourant quandi'ouvrage parut; il avait conçu son système dès le début du seizième siècle et commencé son livre en 1507. L'ouvrage est dédié au pape Paul III; l'auteur prévoyait, dans sa préface, les objections des théologiens, « matliematum ignari », lesquelles toutefois ne se manifestèrent que bien plus lard. Les points principaux de sa tliéorie se trouvent au chapitre x du livre I : « De ordine c[œllestium ordinum », fol. 9 (à la Bibliothèque Nationale, lesplendide exemplaire du roi Henri II).
L'homme de la Renaissance doit tout connaître, même « les métaux cachés au ventre des abîmes »; mais surtout il doit acquérir « parfaite connaissance de l'autre monde qui est l'homme* ». Léonard de Vinci dessine des « études anatomiques dont la plupart pourraient, encore aujourd'hui, servir à l'enseignement et qui, cependant, datent de 1510* ». André Vésale révèle publiquement les secrets du corps humain^; Montaigne, plus tard, entreprend un voyage de découverte autour de son esprit. D'autres, comme Érasme, voyagent à travers les livres pour ramener à la lumière les trésors de la pensée antique* et afin de dévoiler le sens caché des mots et des choses : la Bible est pleine de symboles qu'il faut entendre; Virgile aussi, Homère de même : « les poésies homériques et virgiliennes ne te seront pas médiocrement utiles, dit Érasme, si tu te souviens qu'elles sont entièrement allégoriques ». La science est une, la sagesse est une; l'Écriture est remplie d'allégories qu'il ne faut pas prendre à la lettre : « Dieu s'abaisse vers ta faiblesse; à toi de t'élcvcr vers sa sublimité ». L'esprit du Christ « s'est étendu plus loin que nous ne croyons, et plus d'un jouit de la société des saints, qui ne figure pas dans notre catalogue ». Il y a quelque chose de saint dans Cicéron,
1. Lettre de Gargantua à Panlagruol; Pantngniel, II, c!i. vni.
2. Cotninunicatiun de M. de Lacaze-Duthiers à l'Académie des Sciences, 6déc. 1897.
3. Andre.T Vesalii Jiruxellensis, schoix mediconnn Palnvinx professoris, de humant corporis fabrica libri septem, Hâle, fol.; achevé d'iin|irimer. juin 15 i3; mngnlliquea bois; dédié « ad divuin Caroltiin quintum inatimuin inviclitisiinuinqiie iin|M>ratorem u. Vésale 8'ocx:u[>e inômc de vivisection : a De Tivoruiii sertione nonnulla u, p. 658.
». Adagiorum Chilindet trei; publié d'abord à Pari» en 1500, puis à Venise, 1508. Celle cnormo collection, dans laquelle Krasinc a placé tout ec qui lui av^it semblé curieux, mémorable ou beau, ou dij-ne dinteiprélalion au cours de son lonj; vojaj;e |»assionne à travers les royaumes anti(|ues, fut tout de suite |>opulaire. L'ouvrage fui traduit en Iraneais par Macault : Apophteg- WM [prologue de Wi.l'ji, en anglais par Tavcrner, Proverbe», 1339, 1552, cl par Idill, Apop/tlhciimcs. i.ii» l.Wi.
Virgile, Socrate : « J'ai peine souvent à m'empêcher de dire : Saint Socrate, priez pour nous^ ». Voyageur intellectuel, Érasme s'applique, lui aussi, à mettre en rapports deux mondes. Pour lui, toute sainteté mérite les récompenses divines, et toute beauté est sainte; il va jusqu'à prêter au voluptueux Horace « une âme sainte » .
La terre n'avait pas encore produit des hommes aussi complets. L'un d'eux a écrit des sonnets d'une émotion attendrie : « Ainsi ton admirable beauté, y lit-on, reflet de ce bien qui fait l'ornement du ciel, montrée aux hommes sur la terre par l'Artiste éternel, en se fanant avec le temps et avec l'âge, ne se gravera que plus profondément dans mon âme, car je la reverrai à travers cette Beauté que Fâge n'efface, ni l'hiver' ».
Pensée d'hier et pensée d'aujourd'hui — « Tout l'or de vos cheveux est resté dans mon cœur », disait naguère le poète des Tendresses — pensée éternelle de l'amant qui arrête par ses vers et fixe dans son souvenir le soleil d'amour à son zénith. Or, la main qui écrivit ce sonnet a élevé aussi le dôme de Saint-Pierre, peuplé de prophètes les voûtes de la Sixtine et assis Moïse au tombeau de Jules IL
1. « Non pariim utilis est Horneiica Virgilianaque poesis si itiemineris eam lolam esse allegoricam. .. Demittit [divina sapientia] sese ad tuaiii humililalem; at lu contra ad illius subliinitatein adsurge ». Enchiridion militis ChrisHani. « r"ortasse latins se l'undit spiritus Christi quam nos interpretainur. Et multi sunt in consortio sanclorum qui non sunt apud nos in catalogo... Vix rnihi teinpero quin dicain : Sancte Socrates, ora pro nobis... Sffipenumero non lempero quin bene oininer sanclae animœ Maronis et Fiacci ». Convivium Religiosum.
± Similemeiite la tua gran bcltade
Cil' esempio è di (juel lien che '1 ciel fa adorno, Mostroci in terra dall' arlisla eterno,
Veneudo men col tempo e con 1' ctade Tanto avrà più nel mio désir sogsiorno, Pensando al bel cii' età non cangia o verno. iMichel-Ange, Sonnet V.
C'est une époque sans pareille par son charme et par ses terreurs. Comme tout se renouvelle, tout meurt aussi, la terre enfante dans les larmes. Les spectacles tragiques abondent; la frrande église, où, depuis quinze siècles, venait prier tout le peuple de Dieu, est ébranlée, une aile s'abat avec bruit et une église rivale, de moindre grandeur, s'élève sur la ruine; les uns pleurent à cette vue, d'autres rient. Les haines deviennent furieuses, les guerres sont féroces, les échafauds s'élèvent, les bûchers s'allument , au nom du Dieu de charité. Les anciennes limites entre les classes s'eiFacant, les suprêmes grandeurs deviennent plus accessibles, les chutes sont plus soudaines. Des reines montent sur l'échafaud, des prélats sont brûlés en foule; un commis de boutique devient premier ministre du roi d'Angleterre; un jour il est plus que le roi; le lendemain il est à genoux et crie : « (iràce, mon gracieux prince', grâce! giAce! » Le jour d'après, c'est un cadavre.
Jamais la roue de Fortune n'a tourné si vite ; le sang est i\ peine séché que déjà nul ne pense plus à la catastrophe; on se déguise en soldat romain ou en dieu de l'Olympe pour une fête; ou bien on rentre chez soi étudier; on apprend les nouvelles grammaires, on suit en esprit Socrate sons les platanes de l'Ilissus, on écoute le poète aveugle chanter la ruine de Troie; le co'ur bat d'admiration devant un toi*se de Venus nouvellement découvert. Le vent d'est môle en une seule spirale les parfums de Cythère à la fumée des bûchers.
Les dieux descendent de l'Olympe et revivent parmi les hommes. Chas^sés de Uyzance et du sol sacré de l'ilellade,
leurs fidèles, qui comptaient déjà plus d'un compatriote en Italie, s'établissent, dans la deuxième moitié du quinzième siècle, à Venise, Rome ou Florence; ils apportent avec eux les livres des anciens et on les reçoit comme on avait reçu jadis les pèlerins rapportant la dépouille des Saints. Il semble qu'ils aient eux-mêmes une auréole au front.
Ils errent de ville en ville, enseignant, traduisant, commentant; ils n'ont plus de patrie, ils appartiennent à l'humanité. Ils ont pourtant un centre commun; c'est le palais d'un compatriote, cardinal de la sainte Ég-lise Romaine, l'illustre Ressarion de Trébizonde, qui leur trouve des emplois et les tire d'embarras, quand il peut, dans leurs mésaventures. Ressarion donne un bénéfice à Démétrius Clialcocondyle; il assiste Phrantzès échappé aux mains des Turcs; il fait copier des manuscrits par les scribes crétois les plus habiles, Jean Rhosos, George Zangaropoulos.
Toute l'Italie rêve des jardins d'Académus et, du nord au midi, dans les cours lettrées, des Académies se fondent. On s'y entretient dans l'admiration des classiques et le culte des dieux. Côme de Médicis, le premier, en avait fondé une à Florence ; puis Pierre de Calabre « Pomponius Laetus », comme on l'appelait en ces réunions où chacun se donnait un nom antique, une autre à Rome, si païenne d'esprit que le pape dut intervenir et la dissoudre. A son tour, Ressarion institue son académie; plus tard, Aide Manuce, le grand imprimeur, crée la sienne à Venise (1500), et l'article premier des statuts est ainsi conçu : « Vu les nombreux avantages qui doivent naturellement résulter, pour les amis de l'instruction, à s'entretenir en grec, il a unanimement semblé bon à nous trois, Aide le Romain, Jean le Crétois, et à moi troisième, Scipion Carte romachos, de décréter une loi défendant de converser entre soi autrement qu'en langue grecque. Que si quelqu'un s'exprime
dilTéremment parmi nous, soit à dessein, soit par inadvertance, soit mr-me par oubli de la loi, soit par quelque cas fortuit, il paiera comme amende une petite pièce dargent. Il n'est établi aucune amende pour les solécismes, à moins qu'ils ne soient commis à dessein et de propos délibéré* ».
C'était véritablement un culte qui se fondait, avec ses prêtres et sa langue sacrée. L'interprétation des textes occasionnait, entre les lettrés, des guerres aussi furieuses que s'il se fût agi des Livres Saints. Toute la Péninsule prit parti, au quinzième siècle, pour Aristote ou pour Platon; l'étoile de ce dernier grandit pendant que baissa celle du « Stagirite ». Florence se déclara pour Platon; Padoue, pour Aristote ; les anciennes rivalités recommencèrent sous une autre forme. Défendu par Bessarion, Platon triompha; cette lonirue querelle, en sapant l'aulorité d'Aristote, devait rendre plus facile l'œuvre de Bacon.
Les textes classiques sont recherchés avec une passion grandissante. 11 s'agit de vraies passions, exclusives et jalouses. Bessarion demande à Philelphe de lui céder son Iliade; Philelphe répond : « Un avare ne donne jamais- •>. Les bibliothèques s'enrichissent et, sur leurs rayons, les manuscrits grecs, si rares jusque-là, viennent en rang d'honneur. Dans la première moitié du quinzième siècle, les Visconti ne possédaient que quatre manuscrits grecs dans leur fameuse collection de Pavie, et, sur les quatre, deux avaient été inscrits au catalogue, par un bibliothécaire circonspect, sous cette rubrique : « livres en caractères grecs ou hébreux ». .V la môme opocjue, la bibliothèque des Médicis ne comptait pas un seul volume grec; la Vaticane, en 1V43, n'en renfermait que deux. Le changement est radical; Ni-
1. Telle urec il Iraduclion dans Arabruist> Firinin-Didot, Aide Mimmc il i Hellénisme à Venise, Paris, 1875, 8% p. 1.3.1.