V»sl, le Cnrtlinal Bexsnrion, 1878, p
colas Y, laisse à sa mort 1160 volumes dont 353 sont en grec; les Médicis possèdent 310 manuscrits grecs en 1495. A la mort du même Nicolas V, en 1V55, on trouve, dans sa chambre et son cabinet de travail, les œuvres des historiens, poètes et philosophes antiques, et pas un seul livre de théologie. Bessarion enfin, plus zélé que tous pour une littérature qui lui rappelait les origines de sa race, en réunit six cents et réalise le projet vainement caressé jadis par Pétrarque ^ .
Après avoir hésité longtemps sur le choix de la ville à laquelle il donnerait ses livres, Bessarion se décida pour Venise, « ce port commun de l'humanité », avait dit Pétrarque; hospitalière aux émigrés hellènes, protectrice des lettres et des arts, défendue par la mer et par ses navires : à l'ombre de Saint-Marc, les précieux manuscrits seraient en sûreté. Le cardinal écrivit donc, en 1468, une lettre au doge Cristoforo Moro pour faire connaître ses motifs et annoncer sa décision; lettre mémorable et qui est comme le manifeste de la Renaissance. Après avoir indiqué l'amour pour les livres qu'il eut dès son enfance, il justifie sa passion ainsi : «Pleins de maximes, remplis de l'exemple des anciens, enseignant les mœurs, les lois, la religion, ils vivent, ils discourent, ils causent avec nous. Ils nous instruisent, ils nous forment, ils nous consolent; le passé, grâce à eux, redevient le présent et surgit à nos yeux. Si grand est leur pouvoir, si grande leur dignité, leur majesté, leur sainteté, que, sans eux, nous demeurerions tous ignorants et barbares; nulle mémoire ne subsisterait des choses du temps passé, aucun exemple ne survivrait, rien d'humain ni de divin ne fixerait plus nos pensées; dans la cendre humaine qu'enferment les urnes s'effaceraient les noms aussi. Long-
1. IVltinlz, la Bibliothèque du Vatican sons les papes Nicolas V et Calixte III (Revue Critique, du 18 oct. 1886).
tomps préoccupé de ces pensées, surtout depuis la chute de la Grèce et la déplorable captivité de Byzance, j'ai consacré toutes mes forces, tous mes soins, 'toutes mes ressources à réunir des livres grecs* ». Il a collectionné les manuscrits les plus précieux et les plus rares; puis il a voulu que, « lui morl, on ne pût ni aliéner ni dissiper » ce trésor, et il a cherché « un lieu sûr et commode où ses livres seraient conservés pour le bien commun de tous les hommes tant grecs que latins ». Il a choisi Venise, « centre des nations de la terre entière, où affluent, en particulier, les Grecs qui, venus par mer de leui'S provinces, y débarquent d'abord ». Il leur semble entrer « dans une autre Byzance ». C'est pourquoi, « songeant à la mort fatale, sentant s'aggraver le poids de l'Age, pensant aux maladies dont je soutire et à tout ce qui peut arriver, j'ai donné et consacré ce que je possède do livres dans les deux langues au bienheureuxsaint Marc, pour être conservés dans la demeure sainte qu'il possède en votre illustre cité ».
Bientôt les livres partirent, en quantité prodigieuse, pour le lieu de leur destination dernière, formant quarante-huit ballots que portaient quinze mulets-. Installés d'abord dans les combles de la cathédrale, derrière les chevaux, ils furent plus d'une fois déplacés, mais n'ont jamais quitté l'ombre de Saint-.Marc. Des vols et l'action du temps en ont beaucoup réduit le nombre; la collection comprend encore, toutefois, le fameux Homère 3, l'inventaire original dressé sous les yeux de Bessarion et envoyé par lui au doge*, la Jihétoriçue de Guillaume Fichet avec une miniature représentant
t. Migne. l'adolngie Grecque, l. CL.\I, col. 700; cf. jupro, t. 1, pp. 171 et».