Dan Chaucer well of English underyled
On Famés cternall beadroll \vorthic to be Tyled.
Une IV, chant ii (t. VII, p. 70), à proies de l'histoire de Canacé.
peut-être lui, le dernier venu, qui a eu sur Spenser l'influence la plus marquée; son souvenir reparait à chaque pas : le beau chant d'amour que Renaud entend aux jardins d'Armide est traduit presque mot à mot et si bien traduit que, dans mainte anthologie, il est cité comme le chef-d'œuvre de la langue de Spenser'. Le bosquet d'Acrasie, les arbres enchantés dont les feuilles coupées pleurent des gouttes de sang, les doubles des grands personnages créés par l'enchantement des magiciens, l'introduction dans le poème de la généalogie du souverain, le tableau de la vie bergère coupant un moment les récits chevaleresques-, les chastes et invincibles guerrières qui enferment sous le casque leurs boucles blondes, la première rencontre de Britomart avec Arthégall, la lance au poing, et l'émoi religieux du chevalier quand le casque enlevé lui laisse voir l'héroïne, tout cela, et bien d'autres choses,
1 . Deuxième strophe de chacun des deux chants, ce qui montrera, en même temps, la différence des mètres italien et anglais :
Cosi trapassa al trapassar d'un giorno De la vita mortale il flore e '1 verde; Né jterché faccia in dietro april ritorno, Si rinfiora ella mai, né si rinverde.
Cogliam la rosa in su '1 mattino adorno Di questo di, che tosto il seren perde; Cogliam d'amor la rosa : amiamo or quando Esser si puote riamato amando.
[Gerusalemme, cliant xvi, str. 15.)
So passeth in tlie passing of a day Of mortal life the leafe, tiie bud, tlie flowre, Ne more doth llourish after first decay That earst was sought to decke botli bed and bowre, Of many a Ladie and many a paramowre.
Gather tlierefore the rose, whilest yet is prime, For soone comes âge, that will her pride deflowre : Gather llie rose of love, whilesl yet is lime, Whilest loving tliou mayst loved be with equall crime. (Liv, H, chant xii.) « Crime » est un non-sens mis pour la rime.
2. Séjour du Calidore de Spenser et de IHerminie du Tasse chez des bergers également philosophes et contents de leur sort.
est emprunté par Spenser au Tassée Que ne put-il lui emprunter aussi l'émotion communicative qui fait de la mort de Clorinde un des spectacles les plus touchants de toutes les littératures? — « Ami, tu as vaincu... » — On chercherait en vain dans les forêts de Spenser, dans ses maisons abstraites et ses châteaux enchantés, dans ses scènes de bataille et d'amour, rien qui supporte avec ce déchirant épisode aucune comparaison. Le rire et Témotion sont également rares dans son poème ; l'esprit en admire les spectacles, la raison en discute les enseignements; le cœur n'est pas saisi, et ses battements demeurent aussi réguliers que le mouvement de la strophe.
Spenser n'en avait pas moins réalisé son projet et rempli l'attente de l'Angleterre instruite, enrichie, puissante, prête pour un grand poème et à qui ce poème manquait. Nulle œuvre, en aucun autre genre, n'eût causé, dans ce milieu, une satisfaction égale : c'était ici le grand art. Une tragédie, fût-ce la plus belle de Shakespeare; une comédie, eût-elle été la plus vigoureuse de Jonson, eussent charmé beaucoup moins les esprits supérieurs. Le théâtre, avec l'immense popularité dont il jouissait, était, aux yeux des raffinés, un genre moins élevé et moins noble. Il importait plus à une nation éveillée aux lumières de la Uenaissance d'avoir un poème héroïque qu'une tragédie; Virgile n'avait pas écrit de tragédie.
Du jour où Colin eût quitté les pipeaux pour la trompette, le jugement des habiles fut catégorique : l'Angleterre n'avait plus rien ù envier aux pays du dehore. Spenser qui, à l'inverse du vieux Gower, n'avait pas voulu
1. La Uk'se de M. R. K. Neil Dodge, qui voit cher. Spenser une incessante préoccupation d'Arioste semble fort exagérée : Speuser'x imitatio)is f'rom Ariotto. dans Publication» of (he modem language Association of Amerien. 1897, l. XII.
s'adresser à <( l'universalité de tout le monde » , eut pour lui exactement le public qu'il souhaitait : les gens de Cour, les élégants, les esprits distingués, les poètes. La multitude, « the raskall many », dont l'avis n'était pas sollicité, accepta l'opinion toute faite des habiles et n'eut garde de s'aventurer dans les forêts dévoyables du pays de féerie. C'est pourquoi, au milieu des applaudissements des connaisseurs, Spenser n'eut une seconde édition de ses trois premiers livres que six ans après leur publication, et les six livres réunis n'obtinrent le même honneur qu'au bout de quatorze ans.
Mais l'admiration des lettrés fut des plus vives ; et sans la protestation de Jonson qui ne voulut jamais admettre ni le sujet ni la strophe de Spenser i, on pourrait la qualifier d'unanime : il nous a donné notre Iliade, pensaient un critique comme Mères ~ et un poète comme Drayton^, « Les cendres de notre Homère, disait un troisième, reposent en paix non loin du noble tomlieau du joyeux Chaucer'^». Hall le satiriste s'écriait : « Cédez votre couronne, vous l'avez perdue, vous du Bartas de France, vous Arioste d'Italie ^ » . Dekker représentait Spenser couronné de lauriers, aux Champs Élysées, par les poètes fameux
1. « Spenser's stanzaes pleased him not, nor his matter ». Conversations with Drunwiond, éd. Laing, 1842, p. 1.
2. « As Sextus Properlius said : Xescio quid majus nascitur Iliade, so I say of Spenser's Fairy Queen, I know not what more excellent or exquisite poem may be written ». Paladis Tamia, 1598 (Arber's Garner, II, p. 96).
3. Grave moral Spenser after thèse came on Than whom 1 am persuaded there was none, Since tlie blind Dard his Iliads up did make, Fitter a task like that to undertake.
Épitre à Reynolds, of Poets and Poésie.
4. Returne from Pernassus, 2° partie, acte I, se. 2, 1606, anonyme, éd. Macray, Oxford, 1886, p. 84.