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Winter's Taie, II- f. Parfois, mais rarement, le vers est accru de deux syllabes supplémentaires.
qu'un par dix-huit vers dans Peines d Amour perdues ; \\ y en eut un par trois vers dans la Tempke. A défaut d'autres preuves, ces nombres ont été légitimement employés pour déterminer la date des pièces de Shakespeare ou, du moins, la période de sa vie à laquelle se rapporte leur composition'.
Par une des surcharges introduites, à la dernière heure, dans son testament, Shakespeare avait légué vingt-si.\ shillings et huit pence, « pour s'acheter des anneaux », à chacun de ses trois camarades de théâtre, John Heminge, Richard Burbage et Henri Condell, tous trois acteurs de renom et des plus importants de la troupe. Sept ans après la mort de Shakespeare. Heminge et Condell justifièrent (Burbage étant mort à son tour depuis plusieurs années) le témoignage spécial d'amitié que leur avait laissé l'illustre défunt. En 1623 parut un petit in-folio, imprimé sur deux colonnes, « par Isaac Jaggard et Ed. Rlount », et intitulé : Comédies, Histoires, et Tragédies de Mr. William Shakespeare y publiées d'après les véritables originaux^. Au-dessous du titre, le portrait du poète, gravé sur cuivre
1. Furnirall, The succession vf Shakspere's Works (Introd. aux Commentaires de r.ervinus), Londres, 1877. Pour plus do détails sur la prostniie de Shakespeare, ses libertés et licences, leurs motifs probables, les déplacements d'accents reportés de la deuxième sur la première syllabo du pied, les contractions de mots. etc. voir Abbott, A shahespeaj-inn Crammar ; Prosoây.
2. « Mr. William Shakespeares Cnmfdies, llislories nnd Tragédies, l'uhlished accurding to Uie Irue original! copies; London, printed by Isaar Jaggard and Kd. Ulount », 1G23, fol. Ce Jaggard était le fils de William Jaggard. l'ancien pirate qui avait jadis publié le Passtonate Pilgrim, l'attribuant à Shakespeare, et qui, établi maintenant et homme d'imi)ortance, avait le titre d'imprimeur de la cité. 11 avait, du reste, pris part, comme l'achevé d'imprimer ou rolophon le montre, à la publication du présent volume, ainsi encore que les libraires John Apsley et William Smethwick.
et signé : « Martin Droeshout sciilpsit, London » ; au verso du faux- titre, des vers de Jonson, assurant que l'artiste avait très bien attrapé, « well hit », la ressemblance. Après le titre venait une dédicace signée des deux camarades, offrant, dans les termes du plus humble respect, « ces bagatelles », œuvres de leur « digne ami et compagnon, » Shakespeare, au comte de Pembroke et à son frère le comte de Montgomery, qui s'étaient montrés « si favorables, pendant sa vie, à l'auteur, et à ses œuvres^ ». Heminge et Gondell assuraient avoir fait leur possible pour « ces orphelins » et avoir lâché d'éviter toutes fautes, afin de montrer leur gratitude vis-à-vis du mort.
Dans une préface humouristique, adressée à la généralité des lecteurs, « depuis le plus capable jusqu'à celui qui épelle tout juste » , les deux acteurs permettaient au public de critiquer s'il voulait, pourvu que, d'abord, il achetât le livre. Ils rappelaient, toutefois, môme à ceux qui étaient des (( magistrats pour les choses de l'esprit, et siégeaient sur le théâtre », que ces pièces avaient déjà gagné leur procès « jusqu'en appel ». Us ajoutaient enfin que le défunt écrivait d'une plume si facile qu'on « ne trouvait guère aucune rature en ses papiers » ; ce qui ne veut pas dire qu'ils avaient, au moment de l'impression, des manuscrits de Shakespeare entre les mains; ils rapportaient ce qui était à leur connaissance; mais leur compilation, comme il est facile de s'en rendre compte, était faite d'après les copies que possédait la troupe ; et ces textes étant parfois, à cette date, des copies de copies, l'in-folio de 1623 donne pour certaines pièces, le Songe d'une Nuit d'été, par exemple, des rédactions moins bonnes que celles des petites éditions iso-
1. « Since your L. L. hâve beene pleas'd to think Ihese trifles something heretofore; and hâve prosequuted both them and Iheir Aulhor living with so much favour... »
HISTOIllE LITTÉRAIRE. — T. II. 48
754 Shakespeare: son œuvre dramatique.
lées, publiées antérieurement, d'après des manuscrits plus anciens.
Suivant l'usage, les éditeurs avaient demandé à leurs amis des vers liminaires à la louange de l'auteur; ils publièrent ainsi quatre éloges ; le premier et le plus important, par Ben Jonson qui vante, comme il convient, « son bien-aimé Mr. William Shakespeare et ce qu'il nous a laissé ». Le « doux cygne de l'Avon », « l'aimable Shakespeare », a surpassé Lyly, Kyd et Marlowe, et bien qu'il « sût peu de latin et moins de grec », il soutient la comparaison avec tout ce qu'ont produit « l'insolente Grèce et la hautaine Rome ». Toujours pénétre d'idées classiques, Jonson termine en faisant de son ami une constellation dans le ciel et en l'invoquant comme « l'étoile des poètes ».
Jonson, en écrivant ainsi, croyait exagérer' conformément à la poétique spéciale des éloges liminaires; il a dit autre part quoi était, au vrai, son jugement sur son ami. Il ne se douta jamais qu'il n'avait rien fait ici qu'exprimer, et même assez modestement, ce que la postérité devait penser du poète à qui, disait-il, « toutes les scènes tle l'Europe doivent hommage ».
Après ces éloges, venait la table des pièces, puis la liste des principaux actcure qui les avaient jouées, et, en tête, Shakespeare lui-même et Burbage. Tous les noms sont, bien
1. Il dut le penaer surtout en rendant hommage ici à l'art de Shakespeare :
Yet must I not give Nature ail : Tliy art, My Kt'ntle Shakespeare, niusl onjoy a part. Fi>r tliough the poet'ii maltcr Nature l>c, His art <lolh give thc fashion...
... A good poel's niade, as «oll as horn. And sucli wert thon.
On sait que, sur cette question d'art, Jonson, quand il s'agissait non plus d'éloge officiel, mais d'exprimer simplement sa j)en8ée disait : n thaï Shakespeer wanted àr\ti>. Conversatinns iriUi Drummoml. Shakespeare lui-même se reconnaissait ce défaut et y fait allusion dans un de ses sonnets, (s. xxix.)
entendu, des noms d'hommes, le poète étant mort sans avoir jamais vu une femme dans les rôles de Cléopâtre Desdémone ou Juliette. Enfin venaient les œuvres dramatiques au complet, sauf Périclès qui fut inséré seulement dans la troisième édition. Troïlus parait avoir été ajouté après coup dans la première ; il forme, en tête des « tragédies », un cahier non paginé.
L'ouvrage était cher : une livre sterling, et comme le succès n'était pas assuré, on en avait tiré un nombre peu élevé d'exemplaires : deux cent cinquante, croit-on. La correction des épreuves, quoi qu'en dise la dédicace, avait été faite avec beaucoup de négligence, et les fautes typographiques sont nombreuses. Grande est, toutefois, la reconnaissance due aux éditeurs pour la compilation de ce fameux livre, le plus convoité qui soit aujourd'hui, et qui a sauvé du danger de disparaître mainte pièce demeurée en manuscrit. 11 en subsiste une vingtaine d'exemplaires complets^.
Ces lecteurs, à qui Shakespeare n'avait jamais pensé, firent au livre assez bon accueil; assez bon, pas davantage 2. Une deuxième édition, également in-folio, fut donnée au bout de neuf ans, en 1632; une troisième, trente et un ans plus tard, en 1663 {republiée avec sept pièces de plus, dont six apocryphes, en 1664) ; une quatrième en 1685. Parmiles nouveaux poèmes liminaires insérés, dans le- deuxième tirage,
1. L'un d'eux, que possède la Bibliothèque Nationale, contient, en marge de la table, les opinions d'un de ses anciens propriétaires, Anglais du temps de Dryden, et selon qui beaucoup de ces pièces sont « indiffèrent » ; Midsummer et Taming sont « pretty good »; Merry [Vives est « good »; Tempest est « better in Dryden ».
2. Prynne, dans son indignation contre les théâtres, les acteurs et les auteurs, dit que, malgré le prix, la vente fut bonne, «ce qu'il ne peut relater sans chagrin », mais il soutient une thèse et ses tendances le portent à exagérer. Histrio-Mastix, 1633; Centurie of Praijse,2'> éd., p. 193. John Johnson, en 1641, attribue à Shakespeare un public surtout féminin et dit tenir de Cupidon lui-môme que ses œuvres sont la lecture favorite des « young sparkish girls ». IbicL, p. 238.
figuraient des vers non signés, dont on connut l'auteur, alors tout jeune, quand il les inséra dans son premier recueil, publié en 1645 sous le titre de Poèmes, par Mr. John Milton, tant latins qu'anglais.
La renommée du poète, qui remplit aujourd'hui le monde, passa tardivement la mer et, d'ailleurs, grandit lentement dans sa propre patrie. Peacham trace, en 1622, dans son Compleat Gentleman, un tableau de la littérature anglaise et omet Shakespeare. Samuel Shephard constate, en 1651, que, devant Beaumont et Fletcher, « le soleil de Shakespeare s'est caché derrière un nuage* ». Pendant longtemps, ses admirateurs les plus décidés jugèrent facile d'améliorer ses pièces, et la nature de leurs remaniements montre combien ils étaient loin de le comprendre. Dryden, un des promoteurs de sa gloire à la Restauration, le met au-dessus de Jonson, mais tout juste, et non sans hésiter'-; il le loue par moments en termes magnifiques, mais transforme la Tempête en une ridicule fantasmagorie, observant en outre qu'il n'a « jamais rien écrit avec plus de plaisir' ».
Laissées ainsi un peu à l'abandon, les u'uvres du grand homme servent de carrière ; on y puise librement ; les dramaturges moindres viennent à qui mieux mieu.K lui emprunter ses données ou ses pei*sonnages, défaire ses drames et les refaire, à leur avis, meilleurs. L'une après l'autre, ses pièces reparaissent à la scène ainsi transformées; et si les