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CHAPITRE VIII

Du temps qu'il était sous-maitre à l'école de Westminster, le savant Camden s'intéressa à un jeune garçon intelligent et laborieux, dont le père, ministre protestant ruiné sous Marie, était mort, et dont la mère était remariée à un maçon. L'élève, né, croit-on, en 1573, se rattachait par ses origines aux Johnstons d'Annandalc, ancienne famille du border écossaise Sans ressources, il essaya, au sortir de l'école, du métier de son beau-père — « Maçon » ! lui •disaient plus tard ses ennemis — puis du métier militaire. Il alla guerroyer en Flandre ; revint à Londres vers 1592, épousa « une mégère, honnête toutefois », ce sont ses expressions, et débuta, vers 1595^ dans un troisième métier : celui d'acteur et auteur, surtout d'auteur, sous le nom qu'il ne tarda pas à rendre célèbre de Ben Jonson.

A partir de 1597, il figure au registre d'Henslowe, et il est cité par Mères, l'an d'après, parmi les meilleurs poètes tragiques. Il donne des pièces aux comédiens du lord Amiral, se querelle avec eux, et en donne à la troupe de

1. Une preuve de ce fait, tirée d'une similitude d'armoiries, a été découverte par M. Symonds : Ben Jonson, dans la collection English Worthies, 1888. Renseignements autobiographiques dans Conversations with Drummond; Shakespeare Society, 1842, pp. 19, 29.

Shakespeare; se querelle avec elle, et en donne aux comédiens minuscules du Blackfriars. Sa voie est tracée, son caractère formé, d'une trempe si solide, avec des bizarreries et gibbosités si accentuées, que le personnage demeurera le même d'un bout à l'autre de sa carrière, dans ses pièces, dans ses poèmes de circonstance, dans ses notes intimes retrouvées après sa mort et qui sont comme des confessions, dans ses convereations privées : mélange d'aveux et de défis ^

Uobustc, grand, gros, et même vers la fin de sa vie énorme, se comparant lui-même à la tonne de Hcidelberg2, les cheveux crépus, le visage marqué de cicatrices, tranchant dans ses discours, grand buveur, grand mangeur, il se fait craindre, détester, aimer, suivant l'occasion. Il trace dans la vie un sillon profond et très visible et s'en va, au hasard des événements, escorté d'une séquelle d'adorateurs et d'aboyeurs, dont les uns le mettent au pinacle, les autres au pilori et dont plusieurs passent, h diverses reprises, d'un camp à l'autre. Sincère, il dit toujours ce qu'il pense; vaillant, il ne craint les consé-. quences, ni de ses paroles, ni de ses écrits, ni de ses actes.

1. Voir, en particulier : Nofes of Ben Jonson's eonrersatiuns with William Drunimond of llairthornden,Jamtary, iGlO: Shakespeare soc, 1842; Timber or Discoveries, made upon men and maller : as t/iey fiare floir'd ont ofhis daihj readings, posthume, 16it ; éJ. moderne par Gollamz. Trmpir Clastics; enfin la reniarquable série de ses Epigrains et poèmes détachés. Les préfaces de ses pièces contiennent aussi quantité d'aveux ]>récieux au point de vue biographique et qui montrent son caractère et révèlent ses idées. Il n'existe pas d'édition satisfaisante de ses œuvres; c'est une des plu* grandes et des plus inexplicables lacunes de la littérature anulaise. Se servir, en attendant mieux, des Works, éd. Gifford et F. Cunniiigham, Londres, 187.'>, 9 vols, 8". Sur la question des sources, consulter Koep|)el, Qut-llen- Studien zu den Dramvn Ben Jonson's, John Marslon's und Beaumont's und Fletcfier's. Leipzig, 1895.

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