However Ict us love slill, l intreat
Tliat, nclKliour-lioixl and breodiiig ^vill allô» ; So mui'li tlie lawcs divine and liumainc botli, Twixt lirotlier and a sister wlll approve; Hcaven forbid, tliat they sliould limit us Wish wcU to (lue another.
Tlie Enghsh Traveller; Works, t. IV, p. 31.
5. .1 Womau killed irit/i kiudnets, joue 1603. De lui eiicon-. |iërini Iumu-
drames liistoriques le rattachent fort étroitement à l'école des romantiques insoucieux de règles pour qui tous les moyens sont bons, pourvu que ce soient des moyens de plaire. Il les choisit si bien que ses pires tragédies se trouvèrent les plus profitables. Quand on met en scène Elisabeth, sir Thomas Gresham, les apprentis de Londres, un ambassadeur russe qui parle par interprète (en fait, il parle latin), Drake et Frobisher tenant en main les drapeaux conquis sur FArmada espagnole, il n'importe que la pièce soit bonne ou mauvaise; elle réussira. Celle de Heywood était mauvaise; elle alla aux nues, fut reprise, eut cinq éditions, bien que le texte de la première partie, volé à la représentation par un « sténographe », fût exécrable ^ Heywood demande aux chroniqueurs nationaux et aux rimeurs de ballades populaires les éléments de son Edouard IV-. Une fois de plus les Londoniens s'entendent dire leurs gloires; les
coup d'aulres pièces (dont une série, d'incroyable indécence, est consacrée aux légendes antiques, depuis Saturne jusqu'à la prise de Troie), des comédies romantiques visant aux grands effets, mélange d'impossibles aventures et de tableaux ultra réalistes : The Royal King and the loyal Suhject, joué vers 1600 : sentiments surhumains et scènes naturalistes à l'ordinaire, dans une maison mal famée, etc.; T/ie fair Maid of llie Wesl, joué aussi vers 1600 : victoires sur terre et sur mer de la belle Bess Bridges, fille d'auberge, qui maintient le prestige anglais en tous lieux, bat les Espagnols, et éblouit par ses mérites le sultan du Maroc et les ducs de Florence, Ferrare et ailleurs (chœur indiquant au public les changements de lieu).
1. If you /mow mot me (etc., titre « à longue queue »), publié en 1605; 2" partie, 1606, le tout consacré à l'histoire d'Elisabeth, princesse, puis reine. Éd. moderne : Shakespeare Soc. 1851, et Works. Heywood publia un essai historique sur le même sujet : England's Elizabelh, 1631.
2. The jlrst and second partes of king Edward the j'ourth... (autre titre à très « longue queue »), publ. 1600; éd. Fleld, Shakesp. Soc. 1842. Chœur indiquant (II-l) comme dans l'Henry Y de Shakespeare, le lieu de la scèno, Jane Shore y meurt quelque trente ans avant la vraie date. La pièce fut reprise et remaniée par Rowe, au dix-huitième siècle, et empruntée à Rovve par Népomucène Lemercier au dix-neuvième : Richard III et Jane Shore... imité de Shakespeare et de Rowe (surtout de Rowe), 1824; l'auteur se llatte d'avoir « sans cesse inventé en imitant » et s'excuse de quelques petites entorses données à la règle des trois unités.
faiblesses et les malheurs de Jane Shore sujets d'innombrables complaintes nous sont contés, et non sans émotion; et aussi la mort des enfants d'Edouard et les crimes de Richard III. Armées en marche, potence et exécution sur la scène, facéties du tanneur de Taniworth, assaut donné à Londres, canonnade et soldats qui tombent morts, spectre, dumb shoic, lin de Jane et de son mari qui lui pardonne : tous ces moyens d'intéresser avaient servi nombre de fois, et ces personnages aussi, mais le public à cette date, n'en était pas lassé; en jouant ce jeu-là, on jouait à coup sûr. Plus experts, plus maîtres deux-mômes, plus féconds, mieux doués, moins scrupuleux qu'aucun autre ; par lA, plus représentatifs des transformations qui se préparaient, deux amis brillèrent à la scène, dans le même temps, d'un tel éclat que leur réputation balança celle de Shakespeare du vivant du grand homme, et longtemps après. Beaumont et Fletcher avaient une forte dose de talent et une faible dose de génie ^ Du jour où ils se connurent, ils collaborèrent; très féconds, laissant après eux cinquante à soixante pièces, puisant aux sources les plus variées et demandant, en par-
1. Tous deux appartciiaienl à un milieu social bien plus élevé que la masse des dramaturges leurs confrères. John Flclchcr, l'aine des deux (1579-1625), survécut de longues années à Francis Beaumont (1584-1616). Tous deux avaiciit étudié à l'Université; ils se fixèrent à :Soulh\vark, près du Globe, ayant même logis. Des travaux considérables ont été faits pour retrouver, dans chaque pièce, leur part de collaboration. On s'est guidé par ce qu'on croit savoir du talent de chacun, du goût mieux éprouvé de Beaumont, des particularités de style de Fletcher qui, très souvent, « rompt la monotonie » de son vers blanc (et s'en facilite la composition), par des syllabes supplémentaires. Les plus savants, les plus consciencieux, les plus habiles ne sont malheureusement pas d'accord. La difficulté est accrue par le fait que, pour beaucoup de pièces, on a la date de la publication et non de la représentation, de .sorte qu'on ne peut pas, aussi souvent qu'on croirait, arguer de la date de la mort de Beaumont pour exclure l'idée de sa collaboration à tel ou tel drame, publié depuis, mais peut-être composé avant. Works, éd. Dyce, I8i3 et s., 11 vol. Cf. Koeppcl. QuellenStudien, zu den Dramen... Beauinont's und Flelcher's, Leipxig, 1895.
ticulier, beaucoup à l'Espagne, ils prirent tous les styles et s'essayèrent dans tous les genres. Une main amie, triant avec soin, et mettant à part des scènes de choix , pourrait faire admirer tantôt leur vigueur tragique, tantôt leur éloquence et leur poésie, tantôt leur gaité de bon aloi, et un dialogue si spirituel que les meilleurs comiques ne le désavoueraient pas : et le lecteur prendrait ainsi l'idée la plus fausse de leur œuvre dramatique, ce qui est souvent arrivé. Il serait charmé par les scènes familières où l'épicier de Londres et sa digne épouse, assis sur le théâtre, interrompent la pièce, la commentent, la font modifier à leur goût, demandent d'incessantes explications parce qu'ils ont beaucoup de peine à comprendre : satire vivante du gros public des théâtres Londoniens^. Le lecteur prendrait le plus vif plaisir à la scène où le pauvre curé de Cordoue échange avec son bedeau de mélancoliques réflexions sur leur commune misère et cette célèbre famine espagnole, sujet de tant de pièces et de nouvelles, supportée gaiment, jamais prise au tragique et qui fait rire encore dans les zarzitelas d'aujourd'hui. Arrive Léandre, jeune seigneur en mal d'amour qui se donne pour un étudiant fraîchement débarqué de la Nouvelle Espagne et porteur d'une lettre de don Tivéria son père pour le curé. Le prêtre lit, hausse les épaules, et dit, avec raison, ne pas connaître. Le bedeau l'encourage dans sa méfiance : cet inconnu a l'air d'un escroc. Léandre insiste : c'est bien vous cependant ; mon père parlait souvent de vous. Rien n'y fait. Je me serai donc trompé, dit le faux
1. The hnùjld of t/ie liurnint/ Pestle, ioaé vers 16tl-, inspiré de Don Quichotte, aventures d'un garçon épicier, parcourant les environs de Londres en chevalier errant. Une autre histoire (amours de l'apprenti Jasper qui se déguise un moment en son propre cadavre), est accolée à la première et la surpasse en invraisemblance. Une troisième, et, en réalité, la principale source d'intérêt, vient des rôles de l'épicier et de sa femme, soi-disant spectateurs du parterre, qui ont grimpé sur la scène et se sont assis parmi les gentilshommes pour regarder la pièce.
étudiant; peut-être s'agit-il d'un homonyme d'avant votre temps; pardon du dérangement; je regrette de ne pouvoir faire la commission de mon père, qui m'avait chargé de vous remettre cinq cents ducats en souvenir de lui. (( Mais puisqu'il ne s'agit pas de vous.. .
Le Cw'f\ — Mon bon monsieur, laissez-moi donc voir; ne soyez pas si pressé, attendez un peu, je vous prie; laissez, que je cherche bien ; ne partez pas encore, s'il vous plaît. .. »
Et voilà que tous les détails lui reviennent à l'esprit : « Il me semble déjà retrouver dans mon souvenir limage d'un grave seigneur, à mine réfléchie ». I^e bedeau aussi se rappelle ; et c'est à qui maintenant en saura le plus. Ils se souviennent même de Léandre enfant : « Ah ! je vous ai bien souvent embrassé et amusé et fait sauter! — Le Cure : Quel gentil garçon vous étiez » ! — Léandre riche et bien payant, et jouant par dessus le marché le rôle de faux timide, dirige dès lors la pièce ù sa guise et même à ses fins tous les personnages, et en particulier la belle et fragile Amaranta^
A lire des scènes de ce genre et à ne lire qu'elles, on pourrait croire que Beaumont et Fletcher sont les précurseurs de Goldsmith et de Sheridan^. Mais ces éclairs de gaité honnête sont rares par comparaison avec ce qui fait
1. The Spanish Citrate, par Fletcher, assisté peut-être de Uassinger, joué en 1G22, tiré d'une nt)uvelle espagnole de G. de Cespcdes. Voir aussi. coimn«' ex. de gros comique très amusant, la scène entre liacurius et les trois poltrons dans A hiny and no Kiny. inaprimé en 1619 (mai* pièce d'une révoltante iininoraiilci.
2. Ex. : retour, sous un déguisement, dans Tlip Scornfiil f.ailij (joué vers 1609), de Loveloss, aine, qui vient annoncer sa propre mort à son coquin de cadet, jeune viveur sans scrupules. Le cadet se fait répéter dix fois que la mort est certaine, indubitable, incontestable; aucune réapparition n'est possible. Il dit alors :
Tliou dost n>it soe me movc«l.
Thèse Imnsilory toys ne'er troulile me; lle's in a better place, my fricnd, I know't.
le fond de leur œuvre : le genre sombre et par dessus tout le genre licencieux furent, en réalité, leur vrai domaine. Ils allèrent si loin que, même à la Restauration, on ne put, malgré une extrême bonne volonté, les dépasser : de là leur renouveau de succès à cette époque. Ils écrivirent en précurseurs de Dryden bien plus qu'en héritiers de Shakespeare, et bien plus qu'en ancêtres de Sheridan.
Shakespeare rédigeait ses scènes grossières pour faire rire un parterre peu raffiné, Beaumont et Fletcher entendent que leurs indécences plaisent par leurs propres mérites, plus parce qu'elles sont indécentes, que parce qu'elles sont comiques. Ils y parvinrent et même firent école. Shirley, publiant leurs œuvres en 1647, après la fermeture des théâtres par les puritains, déclarait que (( les mentionner seulement, c'était jeter une ombre sur tous les noms antérieurs. Leur œuvre est le plus grand monument dramatique que le temps et l'humanité aient produit » ; aucune langue, aucune nation n'offre rien de pareil. Ces pièces, pleines de passions décrites au naturel et de traits d'esprit, ont servi, en leur temps, à débrouiller et former la jeunesse, mieux que « les coûteux et dangereux voyages à l'étranger »; elles instruisent, elles captivent...
Quelle instruction, et quels moyens de charmer! Beaumont et Fletcher écrivent réellement d'avance pour les contemporains de Charles II, et préparent au joyeux monarque son cortège de roués. Dryden les en félicite expressément ou peu s'en faut ; il est tout indulgence pour leurs procédés, et c'est naturel : vanter leur système, c'était faire l'éloge du sien. Ces enseignements que, selon Shirley, ils donnaient à la jeunesse consistaient surtout dans le
Sorae fellows woulil liave cried now, and hâve cursed tliee, And fallen out willi llieir méat, aud kept a potlier; But ail tiiis lielps not : He was too good for us, And let God keep liim. (II-2.)
mépris des scrupules et des pudeurs d'autrefois. Que d'importance attachée pensaient-ils à des actes tout à fait naturels! pourquoi se priver de plaisirs accessibles? ils allaient même jusqu'à dire : pourquoi risquer sa vie quand on peut aventurer, à la place, celle des autres. Philîister, héros d'une de leurs principales pièces, jeune prince dépossédé par un oncle féroce, variante de plus du caractère d'Hamlet, blesse son fidèle page, parce que, d'après certaines circonstances, cette blessure révélatrice fera croire que le page a commis un lâche assassinat dont Philaster est l'auteur. Philaster est-il déshonoré par une toile action? Vain préjugé d'autrefois! il resle le héros du drame; il épouse à la fin la belle princesse et reçoit la couronne du riche duché'.
Le page Bellario est là pour le contraste : dans Shakespeare, les contrastes nous semblaient parfois trop accusés; que penser de ceux-ci? C'est Bellario tout douceur, toute vertu (en réalité, jeune fille déguisée en pagei, opposé A une série de monstres lubriques et féroces; c'est Ordella toute blanche et quasi diaphane opposée à Brune haut en qui se réunissent toutes les hontes; c'est la chaste Aspatia opposée à l'impure Evadné -.
Mais le grand moyen d'exciter l'intérêt, auquel ces auteurs recourent le plus constamment, est Tindécence. Le fait est d'autant plus remarquable qu'ils sont très maîtres d'eux-mêmes; ils ne sont pas emportés par un génie fou-
1. Philaster... ncled al the Globe (rers 1608), 1'* éd., 1620; repris à la Restauration. Dion, autre héros, ment .sans scrupule, dans la noble intention, se dit-il À lui-mùme, de faire éclater la vérilc. Persuadé qu'Aréthusa s'est donnée ù Itellario (qui est une femme), il jure le» avoir surpris en flagrant délit.
2. T/iP Tragedy of Thierry... and... Theodoret... acled at the Blacke Friers, 1° éd., 1621; The Mnides Tragedy (aussi au Blackrriars], publié en 1619, joué une dizaine d'années plus tôt; belle scène tragique, mais très risquéc : mariage d'É?adné et d'Aminlor.
gueux; ils font et disent ce qu'ils veulent; ils ont une grande habileté de langage et de main; leur style est châtié; ils sont poétiques lorsqu'il leur plait, et non pas malgré eux, n'importe quand et même tout le temps, comme Shakespeare. Ils peuvent, s'il leur convient, plaider pour la vertu 1, tout aussi bien que pour la débauche, mais le cas est moins fréquent et ils y mettent moins d'ardeur. Le mauvais goût est très rare dans leur style. Fletcher écrit sa Bergère Fidèle 2, et les accords de sa musique ont une suavité délicieuse; ses paysages sont nobles, tranquilles et doux; sa pastorale est un enchantement pour les oreilles et pour les yeux. Mais quant au cœur et à l'esprit, rien ne leur est offert que les condiments favoris de ce poète : l'indécence éhontée, et l'opposition usuelle du blanc et du noir; de la belle Clorine si vertueuse qu'elle reste fidèle même à un mort et de la précoce Ghloé, l'amoureuse d'amour, vicieuse à faire honte aux satyres des bois.
Malgré le charme du vers et la fréquence des spectacles et discours lubriques, la pièce tomba ; reprise sous Charles II, elle réussit très bien, et cette différence de fortunes est caractéristique des deux époques. Fletcher avait écrit ici tellement en précurseur de la Restauration qu'il n'était presque plus de son propre temps. L'immoralité qui plaisait le mieux au théâtre, vers 1610, était encore celle qui faisait rire, mais l'immoralité élégante des beaux parleurs et belles parleuses, avec tous leurs calculs et raisonnements, cette immoralité réfléchie et sans gaité qui a fait lire, depuis, tant de romans, n'intéressait pas encore à la scène : son jour n'était pas venu.
1. Ex. beau plaidoyer de Célia convertissant, un peu brusquement toutefois, le vieux débauché Aaligonus. Humorons Lieutenant, acte IV.
2. The faWifall Shepheardesse, s. d., mais antérieur à 1610; par Fletcher seul.
IIISTOinE LITTÉRAIRE. — T. II. 52
Le plus possil)le, « ce qu'on ne doit pas voir », Beaumont et Fletcher, et leurs émules tout comme eux, Texposent au regard. Drames sombres ou farces bouffonnes sont, d'habitude, également salis par leur imagination pervei'se. Pour en relever l'intérêt, ils donnent à leurs monstres des noms historiques. Dans le Lieutenant fantaisiste , pièce gaie, des escouades d'entremetteurs parcourent le royaume pour approvisionner de bétail féminin un des successeurs d'Alexandre ; le prix du bétail est discuté sur la scène, et tout le comique de cette pièce, très vantée des critiques, consiste en plaisanteries sur les maladies d'un lieutenant « avarié* ».
Si l'on veut avoir une idée du degré d'indécence, de noirceur et d'invraisemblance jusqu'où ce système pouvait être poussé, il faut lire Thierry et Tliéodoret ; pénible tAche*'! On ne saurait imaginer une diablerie plus répugnante. Astrologues, trappes secrètes, poisons merveilleux qui empêchent les yeux de se fermer et causent à la fin la mort, autres potions d'un efi'et tragi-comique (un usage immodéré des potions mirifiques est fait dans le théâtre de ce temps) , souterrains mystérieux '•\ assassinats et débauches pires qu'à la Tour de Nesle : tout l'attirail romantique est là. Mais, en plus, une représentation incessante des vices
1. Dès qu'il va mieux, il perd sa vaillance; celle idée ridicule fournil le sujet des principales scènes risibles et vaut à la pièce son litre. Quasi î-uèri à un moment, il s'évanouit »le peur au bruit d'un coup de pistolet : au quatrième siècle avant noire ère! T/ie humoi ous Lieutenant, joué en 1619. Celle comédie n'est pas une de leurs pires-, ils en ont, dont il est impossible d'indiquer même le sujet.
?.. Date incerlaine; iinpr. 1621. Massinger y aurait |>cul-êlre collaboré.
3. Souterrain et trappe secrète ouvrant derrière le Irùne de Théodorot. dans la salle do bal de sim palais. Prolaldy, amanl do la reine-mère, sur lordr« de celle-ci, sort de cette trappe, poignarde Théodorel au milieu de la fêle, et disparait sans que personne le remarque. lirunebaut calme lindignalion de Thierry en l'assurant que son frère était, en réalité, le fils d'un jardinier.
les plus bas, montrés au microscope, longuement, et encore, et toujours de nouveau. La vieille Brunehaut joint les mœurs de Messaline à celles de Néron; elle assassine, retourne à son alcôve, revient assassiner, et se meut dans la pièce, incessamment escortée des immondes serviteurs de ses plaisirs : un amant, un entremetteur et un médecin ; tous trois également indispensables. Par le supplice et la mort de tous les personnages se termine ce nauséabond conte noir.
Nul ne monira jamais plus de dédain pour Fhisloire que ces anciens élèves des universités, écrivant leurs drames sur des sujets historiques. Dans Thierry et Théodoret qui se passe au septième siècle de notre ère, les rois craignent Jupiter, prient au temple de Diane, envoient leur mère au couvent et tirent le canon. Dans Bonduca, tragicomédie fantaisiste de Fletcher seul sur la reine Boadicée, et qui offre le plus singulier mélange de comédie d'intrigu-e, de bouffonnerie et de drame romanesque (avec de rares passages d'une vraie éloquence^), Romains et Bretons se nourrissent de « French beans », apprécient les bons puddings et citent un vers de Marlowe. Ce théâtre vit d'exagérations : Garatach, héros de cette dernière pièce, est aussi invraisemblable en sa générosité que Brunehaut en ses vices; un capitaine romain, pour avoir vu périr avec courage une fille de Bonduca, s'éprend de la morte, « bien qu'elle sente déjà horriblement mauvais ^ ».
1 . Ex. (entre autres) : Poenius prévoit la défaite des Romains — See lliat liuge battle moving from tlie moun tains! Tlieir gilt coats sliinc like dragons scales, tlieir mardi Like a rough tumbling storm; see tliem and view 'em, And then see Rome no more.
Bonduca fut jouée avant mars 1619, date de la mort de Burbage qui y tenait un rôle.
■2. Wlial do 1 ail in Ihc nanie of Heaven? I did but see lier
And see lier die; slie stinks by Uns time strongly,
Le succès encourageant les auteurs, le genre effronté et le genre sanguinaire furent de plus en plus cultivés, d'aucuns forcèrent raèmc leur talent pour arriver au succès par cette voie, alors la plus courte. Les pièces entières ou les scènes détachées relevant de cette poétique sont nombreuses chez la plupart des successeurs de Shakespeare. « Il me faut une pièce paillarde >», dit un spectateur mis en scène par John Day, suivant le procédé de Jonson et de plusieurs autres. « Mais, réplique l'acteur chargé du Prologue, les oreilles chastes ne pourront l'entendre. — Les oreilles chastes?... Que viennent faire les oreilles chastes au théâtre?... tâchez que votre pièce soit paillarde ou pardieu, moi et mes amis nous sifflons' ».
L'abaissement du goût, l'avilissement des procédés sont visibles. C'était assurément tenter le ciel et provoquer la réaction puritaine que détaler tant de hontes, et la vengeance du ciel n'allait pas tarder à éclater. Ce théâtre aujourd'hui soulève le cœur et laisse une impression de tristesse profonde. Ni le talent de dire, ni l'élégance du style, ni les scènes habilement présentées et que les faiseurs d'e.xtrails ont tirées de ce noir chaos, ne compensent l'horreur de tout le reste. Quand on a lu quelques douzaines de ces pièces fangeuses, macabres, caricaturales, mélange de dons littéraires trop vantés et de grossièretés inouïes, tout pesé, commémoré et jugé, un souvenir donné au.x indulgentes appréciations de Charles Lamb et aux chaleu-
Abominably slinks...
I liare tlie bots... ihe pUin bots.
A plaguc upon tlie bots, llic love-buts.
Note : « Bols, worins which trouble rallie in tlie intestines ». V-2.
I. Prologue de The lie nf Culs, lfi06; tiré de X'Arcadie de Sidney. Pour se conformer aux goAls du jour, Day abaisse le ton du langage de ses Jeunes princesses et leur prôte des grossièretés que Sidney eut rougi de leur attribuer. Works, hA. Hullen, 1881.
reux plaidoyers de Swinburne, une invincible envie vous prend de monter à Saint-Étienne du Mont et de porter une branche de laurier à la chapelle où dort Racine.
Moins ambitieuse, plus solide, l'école « empirique », mise en honneur par Ben Jonson, a laissé, en plus grande abondance, des monuments durables; ses enseignements furent féconds. Si le drame historique consciencieux eut la vie courte^ la comédie familière eut une existence brillante et longue; elle prépara l'avènement du roman de mœurs et par là on peut dire que ce qu'elle entreprit, il y a trois cents ans, dure encore. Elle habitua à voir l'intérêt des menus incidents de chaque jour, des passions moyennes et des mœurs de tout le monde. Il y fallut quelques précautions : des pièces entièrement sur ce ton eussent rebuté un public affamé d'extraordinaire ; il était de toute nécessité de lui faire des sacrifices. Les membres de la « tribu de Ben », corsèrent donc leurs intrigues, ajoutèrent des aventures, multiplièrent les bouffonneries et par là gagnèrent l'oreille de leurs auditeurs. Ces éléments de succès sont maintenant les parties mortes de leurs œuvres, et comme ils ne pouvaient guère s'en passer, peu de leurs drames survivent en entier.
Un signe de l'époque, montrant la diffusion de la doctrine Jonsonienne, est le nombre des auteurs qui s'essayent, à partir du changement de siècle, à écrire suivant le système « empirique ». Même les grands massacreurs de l'autre école s'y résolvent, et on est tout surpris et charmé de les voir réussir dans le vrai, après s'être tant et si péniblement débattus dans l'exagéré et le faux. Seuls ou en
collaboration, Marston, Fletcher, Beaumont, Ford, Massinger, les plus indécents, les plus sanguinaires, peignent avec justesse des tableaux de genre ou des scènes de vive comédie d'après nature. C'est, pour cet art spécial , une époque d'épanouissement, et c'est un des côtés les plus remarquables et les plus originaux des lettres anglaises sous Jacques I".
La méthode est appliquée à l'histoire. Les chroniques sont lues fivec plus de soin ; les auteurs de ce groupe , à l'exemple de leur maître Jonson, tiennent à la vérité des faits. Ils croient que les grands événements réels sont intéressants par eux-mêmes; ils augmentent, dans leurs pièces, la part de la vérité et diminuent celle de la fantaisie poétique. Ford, le faiseur de drames sombres, transpose en œuvre dramatique V Histoire d'Henri VU d'un « savant et honorable auteur», autrement dit Bacon, et suit, du mieux qu'il peut, le texte récent et déjà classique du grand penseur. Il entend renouveler par là un genre qui tombait alors en désuétude : sous forme de drame, il fera voir des événements réels'. Holinshed est passé de mode; c'est un
f . Studics hâve of tliis nature been or late
So out of rashion, so unfollowcd...
Ford va réagir :
Hc sliows a liistory couclicd in a play.
Prologue de sa Chronicle historié of Perkin ^Varbeck, n strange trutli, joué et iinpr. en 1G.34. Pas mal do passages sont (ran^rrils à peu près mol k mot de Dacon : e. y. partie du discours de Warboclv au roi d'Ecosse, ll-l ; cf. Bacon, Uo;7i.ï, t. VI, 1890, p. 163. Bacon lui-mi^mc avait ap|)elé l'histoire de Perkin «a play ». Rapprocher des pièces de celte catégorie le Gamr of Cliess, de Middleton, l(i24, moitié moralité, moitié tableau d'histoire contemporaine, chaque i>ersonna^e étant ii la fois un pion du jeu d'échec et an individu réel; dirigé contre l'Espagne et les ratholiques. L'ambassadeur Gondomar, qui figurait dans la pièce, et y était représenté par un acteur vêtu d'habits lui ajanl appartenu, fit Interrompre les représentations. Workx, Bullen, t. vu.
conteur d'histoires, pensait-on, et non pas un historien', Chapman, traducteur d'Homère, consciencieux, érudit, vrai poète, avait pris de grandes libertés dans un César et Pompée, œuvre de jeunesse; il avait traité, à la manière romantique, dans son Bussy d'Amboise, avec fantômes, passages secrets, folles amours, déguisements et copieux massacres, un sujet qui convenait bien à ce style, comme le prouva Dumas père en le traitant de nouveau dans sa Dame de Montsoreau^. Mais, dans sa Conspiration et Tragédie de Charles, duc de Biron, sa préoccupation de l'exactitude historique et de la vraisemblance des sentiments humains est admirable. Jonson ne se conforme pas aux indications de Tacite avec plus de soin que Chapman à celles de Pierre Mathieu et autres contemporains^ : car il s'agit d'événements d'hier; l'exécution de Biron était toute récente, et Henri IV, l'autre héros de la pièce, régnait encore
l.Dans la comédie de Shirley, fl^//rfe Parh, 1632, la dédaigneuse Carol dit à son amoureux :
... I liad rallier liear the tedious laies Of Hollinslicd, tlian aiiy tliing llial Irenches Of love. (1-2.)
2. George Chapman, né vers 1559, auteur d'œuvres lyriques (plus haut, pp. 333, 351), figure pour la première fois au registre d'Henslovve en février 159[6], à l'occasion de son Blind Beggar of Alexandria, une des plus décousues et des plus populaires de ses pièces. Il vécut jusqu'en 1634, très considéré parmi les lettrés, mais comme la plupart des auteurs qui n'étaient qu'auteurs, dans une grande misère. Woj-hs, éd. Shepherd, 1874, 3 vol. Principales œuvres tragiques : Cxsar and Pompey, publ. 1631 , mais œuvre de jeunesse; Bussij d'Ambois, p. 1607; The Revenge of Bussy d'Ambois,p. 1613; The Conspiracie and Tragédie of Charles Duke of Byron... in tivo plages, p. 1608. The Tragédie of Chabot admirait of France, p. 1639, est l'œuvre de Chapman et Shirley; la vérité historique y est beaucoup moins bien observée que dans les deux pièces sur Biron.
3. Cayel et Jean de Serres. M. F. S. Boas a montré, d'ailleurs, que Chapman les connut tons par la compilation, publiée d'après ces auteurs, par Edward Grimeston : .1 General Inventorie of the Historié of France... continued unto ikese times... translated ont of French, 1607. Athenxum, 10 janvier 1903.
quand elle fut jouée. Ayant l'instinct de l'historien, Cliapman est capable de se transporter dans le milieu qu'il décrit; son point de vue est le point de vue loyaliste des sujets du roi de France. Contrairement à Shakespeare, il croit possible d'intéresser à des Français de la vie réelle et de l'histoire qui ne seraient ni poltrons, ni vantards, mais bien honnêtes, nobles et courageux, et il pense que leur vue ne sera pas jugée insupportable par son public'. L'Henri IV de sa pièce est déjà le roi populaire que nous connaissons, vaillant, spirituel, prompt à. la repartie, pardonnant volontiers, bon, mais non bonasse, clairvoyant, devinant d'avance les trahisons qu'il aura la générosité de pardonner, inébranlable enfin quand l'événement aura prouvé l'indignité incurable du conspirateur. Les détails matériels vrais, la barbe grise du roi, le plaisir qu'il prend à la paume, ne sont pas oubliés. Le poète s'est tellement pénétré de la réalité des choses, que l'événement justifla plus tard une de ses assertions, la transformant en pro phétie '-.
La vérité humaine est aussi remarquable que la vérité historique. Le caractère de Biron est, au point de vue purement humain, et sans parler de sa réalité historique, aussi vrai que celui de Macbeth. Un immense orgueil, souillé de vanité, emplit l'Ame du maréchal, égale sa bravoure, surpasse ses services. Homme de guerre, maintenant sans guerre, déjà mal disposé parce que le roi veut la pai.\, il hume l'encens, ravi des honneurs et des attentions qu'il re-
1. Quolquos passades furent modifiés à la demande de l'Ambassadour de France, mais il s'agi»^sait de |)oints isolés et l'esprit général de la pièce était, avant les retoucher, tel que nous le connaissons.