Préface, t. II, p. xlvi
« du mouvement et de la chaleur qui y sont associés », de la question de la matière éternelle ou créée, de l'arche, de Bahel, ou bien des légendes de l'histoire grecque et romaine, son attitude est la même. Après un exposé du bel enchaînement de causes qui, d'Europe à Médée et à Hésione, amena, suivant Hérodote, l'enlèvement d'Hélène et la guerre de Troie, Raleigh conclut : « Je crois, pour mon compte, que Paris ne donna pas le moindre souvenir à Europe, Médée, ou Hésione, mais que, poussé par Vénus, c'est-à-dire par sa lubricité, il fit ce qui, de son temps, était d'occurrence commune... Car Grecs et barbares étaient également accoutumés alors à voler des femmes et des bestiaux (ju'ils reven fiaient ensuite ou gardaient pour eux * ».
Hors des passages où il intervient personnellement et donne son avis, la chaleur de Raleigh s'éteint ; le récit devient incolore, la vie se retire ; s'il ajoute beaucoup à Bacon, il laisse à Gibbon beaucoup à faire , et notamment le soin d'introduire cette amélioration suprême, sans laquelle il n'y aura plus désormais d'histoire qui compte dans la littérature : l'art de donner au lecteur le sens continu de la réalité et de la vie : vie des individus et des peuples, évocation présente des événements; naissance, maladies et mort des empires. Mais par l'ampleur des sujets traités et l'importance des ({uestions d'intérêt général ({ui y étaient discutées, Raleigh méritait l'éloge du protecteur CromweU qui recommandait ainsi l'œuvre du navigateur à son fils : « C'est un corps d'histoire ; vous eu tirerez infiniment plus de profit que de n'importe quel récit fragmentaire- ». Enfin, par l'audace de ses vues^, Raleigh se rattachait à un
1. Liv. II, chap. 14, t. IV, p. 450. Sur les légendes de Romalus, liv. Il, ch. 24, section 5.