‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 268 sur 290 · LeUre du 2 avril 16ô · texte numérisé non relu

LeUre du 2 avril 16ô

3. Conclusion de aon traité The Sceptic : « I inay then report how lli«s«

mouvement philosophique dont nous aurons plus tard à nous occuper et qui se développera sans cesse, avec lord Herbert de Cherbury, Hobbes et Locke i, pour aboutir aux déistes et aux sceptiques du dix-huitième siècle.

L'expérience est tellement une nécessité de la vie humaine que, presque toujours, contrairement à ce qu'on imaginerait, l'exposé théorique succède à la pratique ; on agit d'abord, puis on établit des règles de conduite ; /?nmum vivere, deinde philosophari. Quand Boileau, quand Pope écri\irent leurs arts poétiques, ils crurent donner des lois aux écrivains futurs , et ne firent rien que. résumer les usages suivis avant eux ; ils se croyaient prophètes et n'étaient qu'historiens.

La Renaissance avait mis fin à l'inconcevable malentendu qui, de ce merveilleux instrument de progrès, l'œuvre d'Aristote, avait fait une œuvre de mort. Ce qui, sur la grand'route du savoir, aurait dû être poteau indicateur, était devenu borne infranchissable. Aristote avait montré la voie à parcourir et donné les moyens de dépasser sa science en y ajoutant. Ses commentateurs et adorateurs avaient déclaré que tout était dans Aristote, que c'était sacrilège de chercher ailleurs. Ils avaient consacré des vies entières et une prodigieuse ingéniosité à prouver leur dire

tbings appear, but wbelber tbey are so indeed, I know not »; I. VIII, p. 556. On voit, du reste, dans ce traité même, combien la méthode expérimentale était loin d'avoir accompli son œuvre-, beaucoup de faits d'histoire naturelle rapportés parRaleigh comme vérités semblent empruntés à la mythologie animale de Lyly.

1. Le De Veritate de Herbert of Cherbury parut en 1624; le Leviathan de Hobbes, en 1651; l'Essay concerning humane Under standing de Locke, en

et, pour mieux honorer l'objet de leur idolâtrie, à rendre sa doctrine stérile.

Ils y avaient à peu près réussi : non pas tout à fait. Dès le moyeu Age, quelques rares esprits s'étaient révoltés; l'expérience, d'autre part, est si nécessaire aux hommes qu'on avait continué, dans la pratique et ne pouvant faire autrement, à expérimenter, à observer, à trouver : mais on allait à l'aventure, avec moins de confiance et de succès, qu'on n'aurait dû. La plupart faisaient de l'expérimentation sans le savoir, comme M. Jourdain do la prose, et comme la laitière de Raleigh, ses fromages; ils découvraient par hasard et malgré eux. Trop de faits étaient tonus pour certains, indiscutables et sacrés, et devaient le demeurer longtemps encore; on n'osait ni les contester, ni les vérifier : le mattre l'avait dit ; un maître l'avait dit ; quelqu'un l'avait dit... Des « on dit » étaient devenus articles de foi scientifique. I^a masse des penseure et, à leur suite, la masse des hommes, les acceptaient; ils déduisaient de prémisses erronnées et tenues pour indiscutables, des conséquences logiques, plus fausses encore et grossissaient, de siècle en siècle, le patrimoine d'erreurs passées en axiomes dont s'enorgueillissait l'humanité.

Ce fut, on l'a vu, un des plus mémorables effets de la Renaissance de rompre ces anciens moules hiératiques, aux formes raides, et de reprendre la marche en avant; les grands hommes d'alors montreront que la inoilleure uianière d'honorer le maître antique n'était pas do l'adorer, mais de l'imiter*.

Un des génies les plus complets de la période, et des

1. Le mouTement de réaclioii roatre Aristole fut, d'ailleurs, comme d'ordinaire en pareil cas, poussé à l'excès par quelques-uns i^t principalement par le fameux La Ramée (Ramus), dans ses Aniniadrertiones in dialecUcom Arixtutelis. Libri XX, Paris, 1543.

plus « représentatifs » de la Renaissance, Léonard de Vinci, s'était déclaré de bonne heure et publiquement pour les méttiodes expérimentales et contre l'abus du Magister dixit, du principe de l'autorité. (( Si je ne puis », disait-il, à propos des sectateurs aveugles de l'antiquité, « alléguer les auteurs, j'invoquerai une chose l)ien plus haute, bien plus digne, en invoquant l'expérience, maîtresse de leurs maîtres 1 ». Copernic avait osé contrôler le système du monde universellement admis jusqu'à lui et le déclarer faux. Rien qu'en suivant le courant, et sans être médecin de son état, sir Thomas Eliot, l'auteur du Gouverneur, avait écrit son Château de Sante'^^, pour montrer la nécessité de mieux tenir compte, dans la préparation des remèdes, « des vraies indications données par le malade luimême sur ce qu'il ressent »..Réaldo Colombo, successeur de Vésale à Padoue, avait découvert la circulation pulmonaire 3, préparant la voie à l'illustre professeur de Londres, William Harvey, qui élargit le problème et le résolut, en découvrant la circulation générale du sang dans le corps humain. Harvey fit sa grande trouvaille vers 1616, l'enseigna dans ses cours, enfin la publia dans son traité Du mouvement du cœur et du sang chez les animaux, en 1628*. De multiples expériences l'avaient conduit à ses

1. Léonard de Vinci... Essai de biographie psychologique, par Gabriel Séailles, 1892, pp. 189 et s.

2. The Castel of Helth, 1" éd. 1534; cf. supra, pp. 48, 60, 96.

3. Colombo ne publia qu'en 1559 le traité d'anatoinie où il consigna sa découverte; mais son enseignement oral l'avait déjà fait connaître, et c'est de lui que Michel Servet tira probablement l'exposé de cette théorie qu'il fait incidemment de son Christianismi Restitutio, 1559. Voir Dastre : Les trois époques d'une Découverte scientifique; Revue des Deux Mondes, \" aoiil

k. Exercitatio anaiomica de molu cordis el sanguinis in animalibus Guilielmi Harvei Angli, medici régit, et professoris analomix in Collegio medicorum Londinensi, Francfort, 1628, 4», quelques flgures. Il mentionne, dans sa préface, son enseignement antérieur : « Meam de motu et usu cordis

conclusions : « J'ai mis le plus grand soin à vérifier fréquenmient comment les choses se passaient en des animaux variés et nombreux; j'ai comparé entre elles quantité d'observations* »,

Le temps de formuler la théorie de ces pratiques fécondes était venu ; la tâche fut accomplie magistralement, avec cette dignité qui impose le respect, par Kran«;ois Bacon.

Le philosophe était né le 22 janvier 1561, dans York house, à Londres. Il était tils cadet de sir Nicolas Bacon, \ingi ans de suite Lord gardien du Grand sceau sous Elisabeth, célèbre par son savoir et par une éloquence conforme aux modèles antiquesS. Sa mère était fille de sir Anthony Cooke (qui avait été précepteur d'Edouard VI) et sœur de lady Cecil; Bacon était donc neveu du grand ministre.

Il étudia à Trinity Collège, Cambridge, puis fit son droit à l^ondres; il partit pour la France en 1576, comme attaché d'ambassade et revint trois ans plus tard, à la nouvelle du décès de son père qui le laissait dans une situation de fortune embarrassée. Haliitué déjà à une vie large, préoccupé de pn)})lèmes plus intéressants que celui d'équilibrer son budget et, d'ailleurs, incapable de restrein- <he sa dépense, il l'ut, dès ce moment, endetté et le resta, sans interruption, jusqu'à sa mort, quarante-sept ans plus tard. Pensions, cadeaux, gros salaires, rien n'y fit; il demeura au-dessous de ses affaires et connut même, à un moment, la prison pour dettes.

A son retour de France, il se voue à la carrière de la po-

et cîrcuilu sanguinis... sentenliara... anlea sœpius in pnelecUonibus m«is Analomicis aperui novani... »

1. «... Et di8<|uisilione fl diligentia usus, multa fréquenter cl varia aniinalia viva inlrospicicndo. inullis obscTTationibus collalis... •> pp. v.O, 21.

2. «... I hâve coine lo thfi lord keeper sir Nicholas Bacon, and found him siUing in bis gallery alonc wilb Iho works of Quintilian before him; indeed he was a most cloquent inan». .irte of tnglish Porsie, 158», attribué à Puttenbam, réimpr. Arber, p. 151.

litique et du droit. Il est élu, sans doute grâce à son oncle, membre du Parlement, et fait long-temps partie de l'as semblée, où il est de plus en plus écouté, admiré et respecté. « Personne, dit de lui Ben Jonson, ne parla jamais avec plus de clarté, de nerf et de poids, et n'admit moins de longueurs et d'inutilités dans ses discours. . . La crainte de quiconque l'écoutait était qu'il se tût ».

Il s'assigne dès lors deux tâches connexes : parvenir, et être utile au royaume et à l'humanité. Il consacre à l'une et à l'autre une égale activité et les ressources d'un ample génie. L'ardeur de la poursuite est si grande qu'il ne lui est pas possible de dissimuler les moyens qu'il y emploie. Ses traités, ses lettres d'avis aux grands de ce monde, des résumés de ses discours, de nombreux témoignages contemporains, sans parler de ses ouvrages fondamentaux, subsistent et permettent de juger avec certitude ce grand esprit qui n'était pas un grand caractère. De son manque de caractère vinrent ses erreurs et ses chutes, et ces côtés peu nobles qui vicient la sagesse de ses plus profondes vues politiques.

Bacon était avant tout un clairvoyant : ni les scrupules raffinés des consciences d'élite, ni les mouvements irréfléchis des natures généreuses, romanesques et passionnées ne devaient jamais l'aveugler sur l'objet à atteindre et sur la voie à suivre ou à conseiller. Sa tête et son cœur demeuraient froids; il calculait les chances, les possibilités, les utilités, sans qu'une artère chez lui battît plus vite : ni poésie, ni lieauté, ni spectacle tragique de la catastrophe de l'ami et du protecteur d'hier, ne troublèrent jamais la sérénité de son jugement. Si jamais il se trompa, c'est que, pour une fois, sa raison a pu être en défaut et non pas que l'émotion Fait aveuglé.

Mais croire que, dans les affaires humaines, tout se cal-

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culo, c'est mal calculer : sentiments, aniouis et sympathies sont des forces impondérables, mais réelles, dont les politiques comme Bacon ne tiennent pas assez de compte ; et leur carrière subit des retards ou se termine par des catastrophes qui les remplissent de stupeur. Comment une équation d'algèbre a-t-elle pu les tromper? Ils ont oublié un coefficient.

Bacon ne s'écarte jamais du tangible, de l'accessible et du calculable ; môme (piand il s'agit de plaire à un souverain, à une femme, il ne suspecte pas qu'il soit des sortilèges plus efficaces que ses ingénieux procédés; il ne voit pas que ses plus fines finesses sont de lourdes et gauches machines, en comparaison d'un sourire d'Essex. Son mérite est univei-sellement admiré; il est apparenté aux plus puissants; ses avis sont pleins «l'une sagesse reconnue ; et pourtant sa fortune progresse très lentement. Il a les meilleures théories du monde pour plaire, mais ne parvient pas à plaire; il ne plaît qu'à demi; ses idées intéressent, mais non sa pei*sonne. Vax 1595, déjà célèi)re par ses discours, son rôle au Parlement, son savoir politique et juridique, il écrit à Fulke Greville : »< Pour ce qui est de demeurer, comme un enfant, à la poursuite d'un oiseau, d'approcher tout près juscpi'à ce que l'oiseau s'envole et s'arrête un peu plus loin, d'approcher de nouveau, et ainsi de suite ad infinitum, j'en suis las, et las aussi de fatiguer mes bons amis^ ». Il connaissait mal sa force d'endurance, et sa chasse devait durer encore longtemps.

Le gouvernement du royaume le préoccupe au pins haut point ; il a, sur chacun des grands problèmes du tenq)s, des idées arrêtées qui toutes sont le résultat de calculs d'une

1. Date probable, mai 1595. Spodding, Lrtters and Lifr. of F. Bacon, including ait his occasional Works. Londres, 1861 et s., 7 Tol., t. I, p. 35U.

précision rare et souvent d'une justesse quasi prophétique ; mais ce ne sont que des calculs. S'il recommande la clémence, c'est par politique, non par générosité ; s'il recommande la rigueur, c'est par politique, non par haine du vice'. Le rêve de toute sa vie eût été de devenir le conseiller intime et écouté du souverain et de faire appliquer par lui ses idées sur le gouvernement de l'Angleterre ; il put souvent les faire comprendre et même admirer, presque jamais les. faire appliquer ; il put obtenir, à la longue, des récompenses, des places éminentes, jamais gagner la confiance et la faveur personnelles qui seules eussent permis la réalisation de ses desseins. Il manqua toujours à sa parole et à ses avis politiques ce degré de chaleur, cette touche d'enthousiasme qui entraîne la sympathie et fond les cœurs : mauvais calcul décidément que d'être seulement calculateur.

Longtemps influent au Parlement, il ne commit pas la faute où seraient tombés de moindres esprits, de croire que cette institution était la force centrale du royaume : elle ne l'était plus de son temps ; le centre du pouvoir était le souverain; c'était sur lui qu'il fallait agir, soit directement soit par ses favoris. Bacon prodigue, en lettres, traités et mémoires, ses conseils à Elisabeth, puis à Jacques; il espère les séduire par sa froide sagesse, pour le plus grand

1. Quantité démesures très libérales pour l'époque, furent défendues par lui : au sujet des catholiques, des Irlandais, des pauvres, de la suppression des enclosures (si violemment attaquées par More dans son Utopie). Il signale la dépopulation qui résultait de ce dernier abus : «...Jam seges est ubi Troja fuit; so in England, instead of a whole town fuU of people, none but green fields, but a shepherd and a dog ». Discours au Parlement, 1597 {Letters, 11, p. 82). Il rêve d'une cour arbitrale pour terminer les différends entre princes chrétiens; quelque chose d'analogue au tribunal de La Haye, fondé de nos jours par Nicolas II : « Also, that... there will be erected a tribunal or praetorian power to décide controversics which may arise amongst the princes and estâtes of christendom without effusion of Christian blood ». To the King, 23 mars 161[7], Letters, t. VI, p. 157.

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bien de sa personne et du royaume. Le premier dv ses écrits « ad usum reginœ » est de 158V et a pour objet de résoudre le plus difficile problème d'alors : la quçstion religieuse et les relations avec les catholiques. Clairement, posément, aussi froidement que s'il s'agissait de données algébriques, sans la moindre trace de générosité, et seulement par politique, il recommande une tolérance relative. Les catholiques sont puissants et mécontents, « et pas n'est besoin de syllogismes pour montrer ce que force et mécontentement réunis peuvent engendrer ». Il faut les affaiblir, mais non pas les réduire au désespoir : »< Bien que, par nécessité, ils doivent demeurer mécontents, cependant je ne voudrais pas qu'ils fussent poussés au désespoir; car d'une foule nond)reuse de désespérés, il sort d'ordinaire quelqu'un pour faire ce que peut inspirer le désespoir* ».

La fortune d'Essex grandit. Bacon s'attache à ses pas, lui prodigue des avis si sages que leur application à un personnage si peu maitre de lui a quelque chose de comique. Comment ce grand penseur, ce grand observateur, ce profond philosophe put-il imaginer qu'il ferait accepter à un tel ambitieux, à un si bouillant énei^umène, les grandes et les petites règles de sa sagesse raisonnée? Une fois de plus Bacon conmiettait sa môme erreur et tenait pour négligeable ce qui échappait au calcul.

Il faut gagner la reine, écrit savamment le philosophe au courtisan, c'est là le point, le reste est sans importance : « Je l'ai déjà dit à Votre Seigneurie : Martha, Martha, attendis ad plurima, wium sufficit; gagnez la reine; sans

1. Letters, t. I, p. 47. L'aulhenlicito, qui a été contestée, est considérée comme certaine i)ar un non moins bon ju);c que M. Gardiner. Bacon adressa plus tard à Jacques I" des Considérations sur la question rellKieuse et on y lit cette phrase caractéristique : a Otbers speak as if tbeir scopc were only to set fortli what is good, and nol to seek Torth what is possible » ; écrit en 1603; ibid., t. III, p. 104.

cela, le reste ne sert à rien ». Et pour la gagner, comment faire? Le penseur a des recettes excellentes, et, sans suspecter qu'Essex en puisse avoir de meilleures encore, qui lui auront coûté moins de réflexions, il lui recommande de faire semblant de tenir à des choses qu'Elisabeth n'aime pas, pour avoir ensuite occasion de faire semblant d'y renoncer, afin de lui plaire ; il devra feindre des intentions de voyage, ce qui inquiétera Elisabeth, et feindre de les abandonner, ce qui la rassurera. Qu'il s'efforce de charmer plutôt comme politique que comme soldat (et si Bacon demandait ici l'impossible au favori, du moins sa clairvoyance le servait-elle et parlait-il en prophète) ; qu'au lieu de solliciter la place de Grand maître de l'artillerie, il aspire plutôt à devenir Lord gardien du Sceau privé ; qu'il laisse dormir sa gloire militaire ; la reine aime la paix et déteste la dépense ; un favori qui ne rêve qu'exploits et batailles lui donnera de l'anxiété. Méfiez- vous de votre popularité, qui finira par donner de l'ombrage ; appliquez-vous à « la garder en fait, mais à l'éteindre en paroles » ; exprimezvous devant la reine « avec véhémence contre la popularité et ceux qui la recherchent ^ ».

Autant en emporta le vent. Essex fut Grand maître de l'artillerie, renouvela ses expéditions, accrut sa bruyante popularité; et le vent d'orage emporta Essex à son tour. Aussi longtemps qu'il y eut la moindre possibiHté de le sauver, Bacon lui demeura fidèle et lui prodigua ses conseils de juriste et de politique. Quand il fut évident qu'Essex était perdu. Bacon, sans le moindre battement de cœur, fit son calcul et se dit que ce serait de la dernière puérilité

1. « The only way is to quench it verbis, not rébus. And Iherefore to take ail occasions to Ihe queen to speak against popularily and popular courses vehemenlly and to tax it in ail olhers : but nevertheless to go on in your honourable coramonwealth courses as you do ». 4 oct. 1596 ; Lelters, t. II, pp.. 40 et s.

et de l'esprit le nioins philosophe, non pas nn^nie de risquer une chute commune, mais de ne pas tirer parti de ce quasicadavre presque insensible déjà. En politique, pensait-il, on ne saurait trop se garder de rien gaspiller. Il intervint donc au procès, répara les maladresses de Coke son rival, et pronon^-a deux discours remarquables qui convainquirent tout le monde de la culpabilité d'Esse.x * : la culpabilité était certaine, mais la démonstration boiteuse; Bacon, qui «ivait été chargé, avec d'autres, de l'enquête, mit i\o l'ordre, de la logique et de la lumière dans l'airaire de son protecteur, qui fut aussitôt condamné et exécuté. Le public s'indigna contre Bacon et celui-ci fut stupéfait de cette indignation. Que vient faire le sentiment, pensait-il, dans les affaires humaines? elles ne doivent être con<iuites que par calcul 2.

Jacques monte sur le trône, et Bacon reprend son jeu, plus persuadé que jamais du succès final de son infaillible martingale : avances au médecin écossais du roi, (fue tout justement il se rappelle avoir connu ja<bs^, traités, lettres, manuels poHtiques h l'usage du prince, avec Taccomgnement hal)ituel et indispensable de flatteries énormes, le tout dans l'espoir de devenir son conseiller intime et de lui faire appliquer sa politique ; adulation des favoris successifs de Jacques : Somerset, puis Buckingham; rien n'est omis. Bacon offrit au premier Stuart des avis pratiques,

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