‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 273 sur 290 · Discours de 1605, Workes, I6l<>, p. .w · texte numérisé non relu

Discours de 1605, Workes, I6l<>, p. .w

2. « It is sédition in subjects to dispute wlial a iving inay do in the heiglit ofhis pQwer : but just Itings wil ever be willing to déclare wbat they wil do, if Ibey wil not incurre tlu- curse of God. 1 wil nol l»e content that \n\ jkj- \>er be disputed upon : but I shali ever be willing toinalve tbc reason appeare of ail iny doings m. Discours de 1609, Workes, p. 531.

terre, siégeant sur le trône de Dieu; mais Dieu lui-même les a appelés des dieux » . Orateur et auditeurs étaient loin de compte ^. Par réaction contre les théories ultra-libérales de son précepteur Buchanan 2, et par ressentiment des mésaventures et des dangers que lui avaient fait courir, en sa jeunesse, les complots écossais, il était devenu de plus en plus hostile à tout ce qui eût pu limiter son pouvoir : Parlement, clergé, ministres dissidents et surtout ces puritains qui, eux aussi, se réclamaient de Dieu et invoquaient, avec une inquiétante persistance, un droit divin rival de celui du prince. Sans avoir la moindre idée de leur force réelle, Jacques se flattait de les tenir en bride et de pouvoir anéantir leurs arguties par la puissance de ses raisonnements.— « Je les ai salés de la belle manière », écrivait-il à un ami, après les fameuses conférences de 160i; leurs arguments étaient pitoyables; un élève qui n'aurait pas mieux répondu en classe, aurait reçu le fouet, « et je n'ai pas pu m'empêcher de le leur dire ^ ».

Il avait trop de confiance en lui pour profiter des aver-

1. « God... made you a liltle God to sil on his Throne, and rule over other men ». Basilicon Doron, adressé à son (ils aîné, le prince Henri, très bien doué, mais qu'une fièvre typhoïde emporta prématurément; Worhes, p. 148 Il développe la même théorie dans son traité : 7'/ie trew Law of free Monarchies; ibid, p. 194, et dans son discours de 1()[10] au Parlement, p. 529.

2. « B[uchananus] : In Rege creando quid potissimum spectarunt homines? — J)t/[a?<ei/anw«] : Populi, ut opinor, utilitatem. — B : Quod si nullus borainum cœtus esset, regibus non foret opus? — M : Nihil prorsus. — B .-Populus igitur rege praestantior. — M : Necesseest. — ^ .-Si praestantior est, etiam et major. Rex igitur cum ad populi judicium vocatur minor ad majorera in jus vocatur ». Tout le procès de Charles 1 ■■ était en essence dans ce traité, dédié à son père : De jure regni apud Scotos, Dialogus, authore Georgio Buchanano, 1579; réédité, Édimb. 1582, fol. Les fameuses Vindictss contra Tyrannos, souvent attribuées à Languet, et qui reconnaissaient au peuple ou à ses représentants un pouvoir supérieur à celui du roi, avaient paru à Edimbourg, aussi en 1579.

3. A « Blake », s. d. mais 1604; Ellis, Original Letters, 3" série, t. IV, p. 161. M. Gardiner a montré que cette lettre est adressée, non à un prétendu Blake, mais à Northampton, Hist. ofEngland, 1603-42, Londres, 1893,1, p. 159.

928 LAKRIERE SAISON.

tissements : qu'ils vinssent des faits ou des gens. Il continuait à se croire assis sur les nuages; il insistait sur sa condescendance à fournir des explications dont il perdait ainsi tout l'avantage; il recourait au système honni maintenant des beiievolences ; il gourmandait les Communes, les exaspérait, les congédiait. L'erreur était parfois si forte que de simples spectateurs la remarquaient et en étaient remplis d'appréhension^

Aucune de ses fautes n'est réparée par son fils. Élégant, autoritaire et vacillant, Charles laisse l'archovècjuo de Cantorbéry régler à sa guise la question religieuse, et William Laud était encore un personnage dont les qualités et les défauts ne cadraient pas avec les besoins du temps 2. Partisan déterminé du juste milieu, se tenant à égale distance de Home et de Genève, instruit, sincère, vertueux, le prélat était persuadé qu'il suffisait d'agir suivant sa conscience pour bien faire. Il tranchait, réglait, n'ex|)liquait rien, insoucieux des apparences sur lesquelles on le jugeait, dédaigneux de mettre en lumière les services qu'il rendait-, au péril de sa vie, à la morale, au bon ordre et surtout à la cause de l'Église d'Angleterre. Il rétablit la discipline à Oxford ; il mit fin aux scandales dont la cathé-

1. John Chamberlain, qui n'était pas un grand esprit, écrit à Winwood en 1610 : «The 21st of Ihis présent, he inadc anothcr speech to l>oth tlie houses, but so littlc to their satisfaction thaï I hear it bred generally mura discom- Tort to see our nionarrhical |H)wer and royal prérogative strained so high, and inade so transcendent in every way, that if tbe practice should follow Ihe positions, >ve are not like to leave our successors that irecdoiii which \%c received froin our forefalhers ». Spedding, Lellers... of Bacon, t. IV. p. 182. La correspondance; de Chamberlain, né en 1553, m. eo 16'27, incomplètement publiée (Caindeti Soc. 1861, et Birch, Court and limes of James I. tSi\), 2 vol.), a une grande valeur documentaire, mais non littéraire.

2. Whole Works, Oxford, 1847 et s., 7 vol. 8". Au t. III, de remarquables prières, surtout celles qu'il avait composées pour lui-même, afin de s exciter au bien, et son Journal, simple mémento de faits rarement accompagnés d'appréciations-, nul document néanmoins ne fait aussi bien connaître ce caractère, un des mieux trempés de l'époque.

drale de Saint-Paul était le théâtre; nul ne lui en tint compte que ceux qui en soufiTrirent et le compte n'était pas à son avantage. Mais il s'inclinait en entrant dans une église et il sïnclinait aussi au nom de Jésus : sacrilège, paganisme, papisme ! criaient les puritains. Il encourage le roi dans ses dispositions autoritaires, lui confirme l'axiome de son « droit divin », fait de ce droit un. des canons de l'Église. Dur pour les puritains , il ne l'est pas moins pour les cavaliers frivoles, les « pécheurs splendides » (mot de Clarendon), qui le détestent à l'envi ; il le sait et persévère : « Dieu veuille faire, écrivait-il, que je sois de son bon grain, car je suis pris entre deux grandes factions, comme le grain entre deux meules^». Ce n'était que trop bien prévoir sa destinée.

L'opposition grandit et devient menaçante ; Charles persiste ; il règne « par la grâce de Dieu », et ne doit de comptes qu'à Dieu. Pendant onze ans de suite, les Chambres ne sont pas réunies; il lève des impôts qui n'ont pas été votés; rien que pour avoir refusé une taxe illégale de vingt shillings, Hampden devient, aux yeux du peuple, un héros et un martyr : son acte est un signe. Les puritains, plus puissants que jamais dans le pays, sont de plus en plus raillés, baffoués, ridiculisés sur la scène, mis au pilori. Aux attaques grossières dont ils sont l'objet, Prynne répond en style plus grossier encore; il a les oreilles coupées^. Charles a

1. Lettre à Lord Wentworth (futur Strafford), 1" novembre 1637, Works, VII, 379.

2. Principal traité : Histrio-mastix, the players Scourge, or Aclors tragcedie... Wherein it is largely evidenced... by the authorities of... 55 Synodes and councels, oflifathers and Christian writers... of iO heathen philosopher s... that popidar stage playes... are sinfull, heathenish, lewde ungodly spectacles, Londres, 1633, 4». Violente diatribe, étrangement divisée en actes et en scènes, farcie de citations; de la lecture la plus fatigante, mais utile à consulter à cause des croyances et faits contemporains relatés par l'auteur. Sur sesdémélés avec la justice, voir: Documents relaling to...

30 L'ARRIÈ RE SAISON.

épousé Henriette de France qui installe dans son palais le culte catholique, et il devient élégant d'en suivre les cérémonies; les jeunes cavaliers, leur jolie figure encadrée de ces boucles contre lesquelles le même Prynne écrit un traité en règle 1, se pressent dans la chapelle de la reine. Selon les puritains, la moindre mondanité est un crime contre Dieu, et selon ces cavaliers qui mourront à Naseby ou reparaîtront plus impertinents que jamais dans les Mémoires de Grammont, tout est pardonnable, sauf l'inélégance, sauf de déplaire au prince artiste et lettré qui est leur maître, qui a fait Van Dyck chevalier, collectionne les tableaux et lit Shakespeare.

Le conflit est d'autant plus redoutable qu'il est religieux et politique à la fois ; la masse <le la nation est sincère, elle s'indigne à l'idée d'une hiérarchie épiscopale cpii n'est que le complément de Tadministration civile, et d'une religion c{ui ne serait qu'un expédient, un pis aller sortable, une organisation semi-mondaine, fruit d'une entente intervenue, après marchandage, entre l'autorité royale et des prélats nommés par elle — religion créée au nom du libre examen et qui le proscrit; dotée d'articles arbitraires, plusieui*s fois modifiés par le roi ou par la reine, devenus des règles de foi hors desquelles point de salut; et point de bénéfices non plus, point d'évôcbés, point de places; mais bien la suspicion, la prison, le pilori, le fer rouge, parfois l'échafaud. L'immixtion du pouvoir civil dans les choses religieuses révolte les croyants; c'est la religion, au contraire, qui devrait dominer dans l'État, dans les familles et partout. Quels intérêts sont comparables à ceux du Bien

William Prynne, éd. Gardincr, Camden Soc. 1877. Il mourut fonctionnaire royal en 1669.

1. Tlie unlovelinesse of Lovc'lockes... prooring the trearing and nourishing of a lockeor love-locke, to be altogether unseemely and unlawfult unto Chrislians... Londres, 1628, 4'.

éternel, à ceux de Dieu? « Nul Gouvernement », dit sir John Eliot, dans une harangue prononcée devant les Communes en juin 1625, «ne saurait trouver son point d'appui ailleurs que dans la religion » .

Des trésors de haine et de mépris s'amassent des deux parts; les animosités deviennent irréductibles ; l'explosion sera d'autant plus formidable que la compression aura duré plus longtemps. Aux traités recommandant les compromis, les transactions, l'organisation intermédiaire d'où était sortie l'Église anglicane, Richard Sibbes répond : « Que faut-il penser de gens qui voudraient mettre ensemble la lumière et les ténèbres, le Christ et l'Antéchrist, l'arche et Dagon; qui voudraient nous faire accepter le mélange, comme s'il s'agissait d'une ])agatelle sans importance M » C'est le plus accommodant, le plus doux, le plus « céleste » des puritains qui parle ainsi. Non certes, aucune transaction n'est plus possible. Chacun est sûr de son droit; chacun se considère comme le représentant de Dieu, comme agissant pour le compte de Dieu. A la guerre de pamphlets va succéder la vraie guerre ; le canon , le billot seront les suprêmes arguments, les dernières raisons.

Charles recule ; il laisse mettre Laud en accusation, exécuter Straflbrd, passer une loi qui lui rend impossible de dissoudre les Communes sans le consentement de celles-ci ; bientôt Londres ne lui appartiendra plus et quand il y reviendra, sept ans après, ce sera pour passer, de cette salle de banquet où il avait fait peindre par Rubens le triomphe de Jacques V% à l'échafaud de Whitehall.

1. Sermon sur « the ungodly's misery »; Complète IVorks, éd. Grosart, Edimbourg, 1862, 7 vol. 8°; 1. 1, p. 388. Il dit ailleurs : « They, oui ofthe pride of their heart, think they may do well enough witiiout the helps of the word and sacraments, and think Christ took not state tmough upon him; and therefore they will mend the matter witli their own devices, whereby they

En 1642, la g-uerre civile éclate; les théâtres sont fermés i; un jeune poète qui devait être le erand poète du siècle, Milton, oublie les muses, se lance dans la tourmente et ne s'occupe plus que des querelles entre peuples et rois. A l'armée du Parlement, on commence à parler d'un officier taciturne et autoritaire , aux principes arrêtés et de mœurs rigides, ancien élève de Cambridge et orateur écouté à la chambre des Communes, OliWer Cromwell.

L'Angleterre allait traverser une crise tragique, et la plus extraordinaire peut-être qu'aucun peuple d'Europe eût connue depuis la chute de l'Empire romain.

may give betler content to churth and blood as in popcry ». The brviied Reede and smonking Flajc. 1629-30. Il mourut en 1635.

1. Et peu après abattus : le Globe fut rasé en 1641, le Hiackrriars en 1655; le Phénix, la Fortune et le théâtre de Salisbury Court furent jetés bas « par une compagnie de soldats » en 16i9; l'Espérance qui donnait des combats d'ours les mardis et jeudis, et des pièces le.s autres jours, fut abattu aussi par les soldats, et sept ours « furent rusillês », leu février 1655. Notes contemporaines, publiées par M. FurnivatI, Academy, 28 cet. 1S82.

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