P. 174, ou la fameuse ode à son luth, p
3. Tagus, Carewell, that westward wilh tliy streams... (p. 174).
4. Par ex. le passage où il décrit une statue de David, représenté dans une de ces poses d'expression que recommandait Elyot :
David seemed in the place A marble image of aingular révérence, Carved in the rock wilh eyes and hand on high Made as by craft to plain, to sob, to sigh. (P. 214.)
Même goût, caractéristique de la période, pour les rapprochements avec les
fidèle, montre mieux que tout le reste qu'il était vrai poète : car il a souhaité suivre le modèle, et n'a pu ; sa nature l'a emporté, et on la voit à nu. Le sujet est banal, c'est le charme de la retraite comparé aux soucis de la vie de cour'. Wyatt s'applique à copier Tltalien, uon seulement dans ses idées, mais presque dans ses mots; et néanmoins, sa phrase a un tour, une allure dégagée, une marche hère que n'a pas l'original. Puis l'efFort pour imiter devient trop grand; continuer serait mentir, et l'élève fausse compagnie au maître. Alamanni s'est retiré en Provence, « avec son encre et son papier » : c'est là « son domaine et son trésor ». Wyatt ne peut se résigner à traduire; il a d'autres joies; il décrit donc sa vraie vie de gentilhomme campagnard, ami des livres et de la chasse, capable de sauter les fossés et les haies, et trouvant le plus vif plaisir à sortir Tare en main par la glace et la neige : « Je rentre quand il pleut et m'assois devant mon livre- ».
arts plastiques dans llarot; on voit, dit-il, le Chriftl, « |>ar David fi};urè <», dans les psaumes :
Voire mieux peint, mille ans ains sa venue, Qu'après I.-1 chose escrilc et advenue Ne le peindroicnt (qui est cas hien ealrange) Le tien Janet ne le tien MiqucI l'Ange.
Dédicace au Roi, en lète de la traduction des psaumes.
1. Dans Alamanni, sat. XII, à Tommaso Sortini : « Perché gli sia caro il vivere soiitario ». Versi e prose, éd. KafTaelIi, Florence, 1859, 2 vol. 8», 1, p. 284. Dans Wyatt : «i Of the Courtier's life, written to John Poins », éd. Aldine, p. lUO.
i. Alamanni. -^ Queslo fa clie il mio regno c 'I mio tesoro
Son gli inchiostri c le carte, e pii'i clie altrove Oggi in Provenu volenticr dimoro.
Wyatt. — This makcth me .tt home to hunl and hawk; And in fou! wenther al my l>ook to ait; In froBt and snow, then with niy Itow to slalk; No man doth mark whereso 1 ride or go : In lusty leas at liberty 1 walk.
Wyatt a laissé deux autres satires, une « On the mean and sure esUle », avec une jolie intcrpréUlion, d'après Horace et Henry son, de la Tahle da rat do
Surrey appartient à la même école ; il a les mêmes mérites, à un degré un peu plus élevé; il profite, d'ailleurs, de l'exemple de Wyatt. Lui aussi traduit quelques psaumes, mais il consacre la majorité de ses vers à des peines d'amour, la plupart du temps fictives; son œuvre abonde en ingénieux madrigaux, pleins de flammes et de désespoirs, imités de Pétrarque. Plusieurs pièces, comme chez Wyatt, se distinguent par un accent sincère et une note personnelle; il retrace les souvenirs d'enfance que lui rappelle Windsor où il revient maintenant prisonnier, parle de ses jeux, de ses premières amours, de la paume que l'éclat de beaux yeux lui faisait souvent manquer ^; il exprime, en vers touchants, la plainte de la femme dont Faimé est en mer; il fait, comme son aine, l'éloge de la vie tranquille, des joies modérées et des bonheurs modestes pour lesquels il était si peu fait; il déplore, comme les anciens et comme Ronsard, la fragilité de la Beauté ; mais il n'a pas le sourire rasséréné avec lequel ces poètes des terres ensoleillées terminaient leurs élégies. Un chant qui, chez lui, commence par: «Beauté fragile... » ne se terminera jamais par : « Vivez, si vous m'en croyez ~... »
ville et du rat des champs; une autre adressée à Bryan : « How to use the court ».
i. The palme-play, where, despoiled for tlie game,
Witli dazzled eyes oft \ve by gleams of love Hâve miss'd the bail, and got sight of our dame.
Son compagnon de jeux était le jeune Henry Fitzroy, duc de Richmond, fils naturel d'Henri VHI — éd. Aldine, p. 19. 2. Début :
Briltle beauty, that nature niade so frail... Fin :
Thou farest as fruit that wiih the frost is taken : To day ready ripe, to-morrow ail to shaken. (P. 14.)
Cf. Wyatt, dans sa fameuse ode à son luth, écrite sur un sujet que Ronsard traita souvent, mais dans un esprit bien différent :
May chance thee lie withered and old In winter nights, that are so cold,
Les œuvres de ces jeunes hommes firent mieux connaître à leurs compatriotes la métrique riche et savante des poésies continentales. On se plaisait à ce moment, en Italie et en France , à pratiquer toute sorte de combinaisons charmantes ou bizarres; l'esprit de curiosité se manifestait là comme en toute chose; on cherchait, on rajeunissait, on inventait. Wyatt et Surrey, partisans des nouvelles modes, cherchèrent aussi, et l'on trouve dans leurs œuvres nombre de ces rhythmes sonores et élégants qu'on aimait c\ la Kenaissance et que Victor Hugo, chez nous, alla, depuis, redemander à Ronsard. On y trouve aussi un vers, nouveau en Angleterre, intermédiaire entre le vers des anciens et celui des modernes, vers sans rime où la cadence était marquée seulement par les accents. C'était encore un vers d'origine continentale, et même latine, car le premier à en faire usage avait été l'évoque Commodien qui rédigea, au troisième siècle de notre ère, des poèmes en hexamètres latins où il avait tenu compte de Taccent et non de la quantité'.
Les vers de cette sorte, sans rimes et avec accents, se multiplièrent à la Renaissance; les Italiens écrivirent en versi sciolti, vers dénoués, disaient-ils, vers blancs, dirent plus tard les Anglais. Trissino, Alamanni et plusieurs autres employèrent ce vers; le second chaut de Y Enéide fut traduit en versi sciolti par le cardinal Hippolyte de Médicis^. En
Plaining in vain unto Ihe moon ;
Thy \\ishcs then dare not be tnld :
Care then who list, for I liave donc. (P. .10.)
1. Sur ce poMe et sur ses vers dont la cadence vient « de la succession des temps forts et des temps faillies, des levés et des frappés », voir le travail de M. Gaston Boissier, Mélanges Renier (Bibliothègue de l'École des Hautes Études), 1887, p. 64.
2. /{ seconda di Verçilio in lingua volgnre vollo da Hippolito de Medici. Cardinale, Citta di Ca.stell(>, 1539, 8°. Déhut :
Tacquero tutli ad ascoltar' Intenti,
France, du Bellay croyait à l'avenir du vers sans rime; plutôt que de médiocrement rimer, écrivait-il, « il vaudrait beaucoup mieux ne ririier point, et faire des vers libres » ; mais alors, ajoutait-il, avec un sens très juste : « faudraitil bien que ces vers non rimes fussent bien charnus et nerveux afin de compenser, par ce moyen, le défaut de la rime », par la même raison qu'on voit les peintres et sculpteurs soigner davantage le modelé de leurs personnages lorsqu'ils sont nus.
Le premier en Angleterre, Surrey essaya du vers blanc; il traduisit ainsi les deuxième et quatrième chants de Virgile :
They whisted ail, with flxed face attent, When prince /Eneas from the royal seat Thus gau to speak.
Son vers est le vers dit « héroïque », employé jadis par Chaucer dans la plupart de ses contes; seulement, à la différence de Chaucer, Surrey exclut la rime; c'est un vers de cinq accents qui tombent sur la deuxième syllabe de chaque pied; ainsi composé d'une brève et d'une longue, le pied ressemble à l'ïambe des anciens. Ce n'était encore qu'un rude essai, mais destiné toutefois à un succès que prévirent moins que tous autres ceux qui, les premiers, y applaudirent. Surrey eut, bien entendu, tout de suite pour partisans les admirateurs du vers antique ; ils voyaient là un pas fait dans le sens de leurs doctrines; ils se réjouissaient d'être débarrassés de la rime; mais déploraient que la cadence fût marquée seulement par les accents et non , comme en latin, par la quantité, avec les innombrables combinaisons
Indi da l'alto seggio il Padre Enea Incomincio.
Les six premiers livres, traduits en « versi sciolti », par divers auteurs, parurent peu après : I sei primi libri del Enéide, Venise, 1544, 8°.
de longues et de brèves qu'elle permet. Encore un effort, s'écriaient-ils, et on atteindrait la perfection classique ! Il ne fallait pas que la poésie anglaise en demeurât là et marchât avec M des pieds de bois* », Mais cet effort ne devait jamais être fait ou du moins jamais réussir, et ce vers, tel quel, perfectionné seulement par les maîtres, allait, dès Tàge suivant, servir à la composition de chefs-d'œuvre, Marlowc, des premiers, améliora le rhythme, l'assouplit, le varia en déplaçant la pause (qui tombe usuellement après la quatrième ou la sixième syllabe), en ajoutant parfois une syllabe muette; bref, par un usage savant de ces libertés, il donna au vers blanc une cadence subtile qui, pour n'être pas martelée avec une régularité de métronome, n'en devait que mieux enchanter les oreilles délicates.
Surrey ne montre pas encore, dans l'emploi de cette forme nouvelle, le tact raffiné des artistes du temps d'Elisabeth ; mais il indique la voie et se préoccupe de l'harmonie du vers. Pour la cadence et l'entente des sons, il est, dans l'ensemble de son œuvre poétique, très supérieur k Wyatt; jamais il ne se permettrait de ces vere cahotés qu'on trouve chez ce dernier, tellement rudes qu'on peut à peine les prononcer. Il n'oserait pas déchirer l'oreille par un vers tel que celui-ci :
or which sorae part wheo lie up supped had.
Comme Wyatt, il rend service à la poésie anglaise par le ton de dignité qu'il cherche à y introduire, par l'air noble de sa démarche, par ses rapprochements et ses apos^ophes grandioses^. Tous deux tombent rarement dans le mauvais
1. Telle est l'opinion d'Ascbam (|ui sait beaurnap de gré à Surrey pour sa tentative, nuis estime que ce serait une honte de s'arn^ter à ce point. Scholemaxter, Arber, pp. 14t), rw, 148.
S. The grcat Macodon tbat oui or Persia cliascd Darius, of wliuse iiuge |»ower aU Asia ruiig,
goût ^ et ils ont du mérite à l'éviter, étant donné les sujets qu'ils traitent et l'époque où ils écrivent. Ils frappent par leur réserve; ils agissent plutôt comme frein que comme aiguillon; ils soignent les fleurs de leur parterre ; quelquesunes sont d'une agréable couleur et d'une belle venue; ils donnent d'honorables exemples ; mais leur jardin est étroit ; les belles fleurs se peuvent compter; elles ne sortent pas du sol innombrables, en nappes diaprées, bleuissant ou rougissant la terre à perte de vue jusqu'à l'horizon. Ils ne sont pas de ces poètes, comme Arioste ou Ronsard, poètes en toute chose, qui ne peuvent rien écrire où l'on ne sente le poète.
L'Angleterre s'est instruite ; elle a perfectionné son outillage, amélioré ses méthodes; mais cette Angleterre du renouveau n'a encore rien produit, rien qu'un mince bouquet bien arrangé, fort petit, un seul bouquet qu'on se passe de main en main.
Sa poésie est engagée dans une voie étroite, et l'on pourrait, à juger par ces débuts et l'approbation qu'ils rencontrent, croire qu'elle va continuer de marcher, avec décence, dans des allées sablées, bordées de buis, à l'ombre des gentilhommières. Elle se reposera dans des cabinets de rocailles, elle écoutera le chant des rossignols, pour redire ensuite (c la plainte de Philomèle ». Peut-être a-t-elle laissé passer l'heure; le grand embrasement qui avait illuminé tout le ciel en Italie commence à s'éteindre : Arioste, Vinci,
In tlie rich ark Dan Homer's rhymes he placed
Wlio feigned gests of heathen princes sung.
Wliat holy grave, what worthy sépulture
To Wyati's Psalms should christians Ihen purchase?... (éd. Aldine, p. 58.)