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Lettre à son (ils, Poetical Works, éd. Aldine, p. lvi

7. Sur ce sujet, voir W. E. Simonds, Sir Thomas Wyatt and his poems, Boston, 1889, 8», M. Simonds, écrivant une thèse, a par trop interprété les vers de Wyatt; il identifie la moindre allusion, et fait singulièrement grand le rôle d'Anne Boleyn. Souvent, en réalité, la pensée de l'auteur n'était pas dictée par des incidents vrais, mais par les modèles qu'il suivait, quelquefois même, par la rime. Le sonnet considéré comme le plus caractéristique de ces

trahison ; mais Wyatt rédigea pour sa défense un mémoire éloquent et, malgré l'imminence du danger, si plein de verve sarcastique et d'humour, que la bassesse et la perfidie de l'accusateur éclatèrent au jour, et le prisonnier gagna sa cause*. Il mourut prématurément en 1542, à trentehuit ans*.

La vie de Henry Howard, comte de Surrey, est tout aussi agitée. Fils du duc de Norfolk, beau-frère du duc de Richmond (fils naturel d'Henri VIII), il est courtisan, diplomate et soldat; il sait le latin, le français, l'espagnol, l'italien; il passe un an à Paris, rentre en Angleterre, s'éprend de la belle Géraldine célébrée dans ses vers^, se distingue dans les joutes, remplit des charges de cour et se fait quantité

imprudentes galanteries, celui où 1 amie du iH>»'ti' lui dil en terme» t|ui eussent convenu très bien à Anne Bolej n :

Noli me tangere, Tor CtcMr's I am.

(éd. Aldtoe, p. 19) est traduit de Romanello :

Tocar non lice la mia carne iniera :

Cii'saris enim sum.

Rhylhmorum vulgarium clarissimi... riri... cui Romanello cognomen est [liher], Vérone, 1470 {'!) sonnet 3. Et Romanello copiait Pétrarque, qui décrit « una candida cerva » :

NesBun mi toccbi al bel collo dintorno, Scritti) havea di diamant! et di topati; Libéra Tarmi al mio Cesarc parvo.

Cose Volgari, éd. Bembo, Venise, 1501, fol. 76.

1. Texte dans les Poetical Works, p. i.xix; voir nolaninicnt larsunient a<l hominem par lequel Wyatl démontre que lion ner n'est pas en droit déjuger les mœurs d'autrui, p. xc.ii. Sur son procî>s consulter la Correspondance de Castillon et Marillac; Harillac, 18 janvier 1541.

3. Il fut pleuré en vers anglais par Surrey et en vers latins par Leiand : Naeniae in morUm Thomx Viati, Londres, I&42, 4"; portrait sur bols, avec une inscription qui nous apprend que Holbein

ElTifticm cxpressit gradée, sed nullus Apellcs F.xprimet ingenium felix animumque viall.

Son fils, quelques années plus tard, prit parti pour Jeanne Grey et fut décapité. 3. Poetns, éd. Aldine, pp. 13 et 18; Memoir, pp. xxi et s.

d'ennemis par sa hauteur et son ambition. Il scandalise les gens de bien en mangeant gras les jours maigres ; il se promène la nuit par les rues, cassant les vitres des églises et des maisons^. Il donne des preuves de vaillance, mais non de capacité militaire, devant Landrecies et Montreuil. Présomptueux et imprudent, surveillé par des adversaires implacables, il fut accusé de propos en l'air contre le roi, et convaincu d'avoir adopté les armes d'Edouard le Confesseur, qui n'en portait pas^. Il fut, en conséquence, pour haute trahison et lèse-majesté, condamné à mort et exécuté le 21 janvier 154-7.

Dix ans après ces événements, la dernière année du règne de Marie, l'imprimeur Richard Tottel eut l'idée de réunir les « sonnets et poèmes » de ces jeunes seigneurs. Le recueil parut en 1557 3. Rien qu'aie feuilleter on reconnaît sa provenance et on voit à qui il s'adresse ; il est élégant, imprimé avec soin et fait pour l'élite de la société. Mais l'éducation s'était répandue; les beaux esprits n'étaient plus rares, et tout le monde en outre désirait savoir ce que les beaux esprits pensaient ; la première édition est de juin, la deuxième de juillet, la huitième de 1587. L'in>mense majorité des pièces est relative à l'amour; on en

1. « London! hast thou accused me w? A Satire against the citizens of London. Cet exploit nocturne eut lieu en 1543; Wyatt le jeune, qui avait perdu son père, le poète, cinq mois avant et que son deuil n'empêchait pas de se distraire, y prit part et fut emprisonné ainsi que Surrey,

2. Sa famille avait, de plus, obtenu, au quatorzième siècle, le droit de se servir des prétendues armes du Confesseur.

3. Songes and sonetles wrilten by the right honorable Lorde Henry Hawarde late Earle of Surrey and other. Apud Ricardura Tottel, 1557,4»; usuellement appelé Tottel' s Miscellany ; réimpr. par Arber, Westminster, 1895. Le recueil, en tenant compte des pièces supplémentaires ajoutées dans la 2° édition, renferme 40 poèmes de Surrey, 96 de Wyatt, 40 de Grimald (traducteur du De Officiis de Cicéron, 1556, d'une paraphr. des Géoryiqiies, 1591, supra, p. 47) et 134 poèmes anonymes qui paraissent être l'œuvre, notamment, de Churchyard (page de Surrey), Thomas lord Vaux, et Sir Francis Bryan.

parle avec noblesse; point de fougtie désordonnée, point ou presque point de mauvais goût; dans les sonnets, on iiuite Pétrarque; dans les épltres et satires, le vieil Horace ou ce contemporain dont les vers faisaient l'admiration de tous à Florence et à Taris, l'Italien Alamanni. Ces auteurs ne cèdent pas, pour écrire, à l'impulsion de leur caractère; ils écrivent au contraire pour reposer la turbulence de leurs esprits; ils composent ainsi des poèmes qui ne leur ressemblent pas, par ce même genre délégance qui faisait déposer aux chefs d'années la lourde cuirasse pour paraître à la cour, vêtus de satin blanc.

Dans ce recueil, qu'il faut compléter par d'autres pièces publiées à part et également posthumes', la place la plus importante est occupée par Wyatt qui ouvrit la voie et par Surrey. A Wyatt appartiennent quantité de plaintes, chansons, madrigaux amoureux, d'un genre familier à tous sur le continent, mais à bien peu encore en Angleterre; il enserre dans la forme difficile du sonnet, une idée, une description, un rien. Il raisonne, disserte, moralise, se donne des thèmes à développer, et des modèles à imiter; il n'a presque pas une pièce pour laquelle, en cherchant, on ne trouverait un original dans Pétrarque, Alamanni, Politien, Marot, Melin de Saint-Gelais^. Ces imitations donnent à la masse de ses poèmes un air irréel ; il chante « Phyllis », et quand il parle d'Anne il semble que ce soit encore

1. Nolaminenl : Certayne Psaltnes... tahereunto is added a prologe of the auctore before every P.tfl/me .• par Wyalt, Londres, 1549, 4*, et Certain bokes of Virgiles Aeneis lunied into English tneter, par Surrey, Londres, 1557, 4° (les deux publias aussi par ToUel).

2. Il traduit (comme l'a montré M. S. Waddington, Athenxutn, mai 1891), éd. Aldrnc, p. 15, le « Sonnet de la montagne » de Melin de Sainl-Gelais; Œuvres de Saint-Gelais, éd. Blancbemain, I, p. 78. Cf. Koep|>el, Sir Thomas Wyatt und Melin de Saint-Gelais; Anglia, t. XIII, p. 77. Sur les modèles italiens que suit Wyatt, voir L. de Marchi, L'influenza delta lirica italiana $%Ula lirica inglete nel strolo XVI; Nuova Àntologia, 1" juillet 1895.

« Phyllis^ ». Il se donne Je plaisir et nous cause la peine de démontrer « que l'espoir non satisfait est, pour un cœur amoureux, comme une mort prolongée » ; lointaine esquisse du sonnet d'Oronte; Alceste, que n'étes-vous là!

Wyatt avait pourtant le don de poésie. On en peut douter quand on lit les vers qu'il consacre à ses feux, flammes et mille morts; mais non quand on arrive aux pièces plus rares où perce, à travers les imitations, une note personnelle, fière parfois, douce la plupart du temps, méditative et recueillie : ses vers à Bryan datés de la Tour ' ; ceux où il exprime sa joie de quitter l'Espagne et de revoir la patrie aimée ^ ; ceux où il décrit sa vie à la campagne, loin de la cour, quelques passages de -sa traduction des psaumes et des méditations qui les accompagnent '^

Une imitation d'Alamanni, que Wyatt a voulu faire très

1. Si bien que les plus savants éditeurs s'y trompent. Le Dr. Nott croit qu'Anne Boleyn est le sujet du sonnet qui démontre : « That hope unsatisfied )),etc. (éd. Aldine, p. 20); mais il s'agit d'une Philis imaginaire, car ce sonnet est imité d'une chanson de Marot :

I abidc. and abide, and botter abtde, After tlie old proverb the happy day, And ever my Lady to me dolh say, « Let nie alone and I will provide •, etc. Dans Marot :

J'atten secours de ma seule pensée,

J'atten le jour que l'on m'escondira

Ou que du tout la Belle me dira :

« Ami t'amour sera récompensée •. (Chanson V.)

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