‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 80 sur 290 · You brave hcroyque minds · texte numérisé non relu

You brave hcroyque minds

Wortliy your couiilries namc.

Thaï lioiior slill pursuc;

(;oe aiui suIhIuc!

Wliilsl loytcring hynds

Lurck hccrc at home ^iih shame

iirllans, you stay too long; Quickly aboard bostow you!

And ^»itll a nierry ^ale

swell your stretch'd sayle!...

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pour les poètes, tout comme les marchands, c'est une gloire que de s'enrichir. « Honneur à vous, dit Chapman, qui renoncez aux chemins de la terre et, levant les yeux au ciel, prenez pour guides les étoiles^ ». Tracez votre sillon « par les mers avec vos navires et à travers les terres avec vos épées » , crie George Peele à Drake partant pour le <( voyage de Portugal » en 1589; le canon tonne, le tambour roule, le fifre fait entendre ses sifflements aigus; « dites adieu aux belles dames anglaises, adieu aux théâtres et aux fiers tragédiens « ; ces théâtres qui étaient déjà une des gloires et un des attraits de Londres^. De leur côté, les rimailleurs de bas étage, les Thomas Deloney, des anonymes innombrables impriment sur papier grossier des ballades célébrant TArmada détruite et l'Espagne vaincue ; le populaire les fredonne, dans les rues et les tavernes et sur le pont des navires^. Par un autre moyen, plus efficace encore, le théâtre, le passé était vivifié et rendu présent; les péripéties de la guerre de Cent ans se déroulaient sous les yeux des marins de Drake et de Raleigh; le brave Talbot, comme nous

And cheerefully at sea, Success you still enlise

To get the pearle and gold.

Drayton, Ode XI, to Ihe Virginian voyage, dans Poèmes lyrick and pastorall {1606'^).

1. You that herein renounce the course of earth And lift your eyes for guidance to the stars.

De Guiana Carmen epicum, 1596. Poems and minor translations, Londres, 1875, p. 50.

2. Farewell... la... Drake, ^ar George Peele, 1589. Works, éd. BuUen, 1888, t. 11, pp. 238-9.

3. Three ballads on the Armada figjit, dans Arber, English Garner, VII, p. 39, par Deloney; ballade anonyme sur la circumnavigation de Drake, « and the Queenes meeting hitn », dans Ballads from mss., éd. Furnivall, Ballad Society, 1868-72, 8», p. 100; ballade par un Ellis inconnu, sur Frobisher dont la gloire dépasse celle d'Hercule ou de Jason : « car la brillante toison qu'il rapporte vaut plus que celle de Jason et que les fruits d'Alcide », assertion que malheureusement les chimistes démentirent. Ibid, p. 282.

verrons, « triomphait de nouveau sur la scène, » et « dix mille spectateurs » pleuraient d attendrissement à la vue de ses blessures.

Au même degré que les vieux héros, les vieux monuments et les vieilles pierres, on chérit les œuvres littéraires des ancêtres. On imprime et réimprime les classiques de lancienne Angleterre, ceux qui illustrèrent le premier grand siècle de la littérature nationale : Chaucer d'abord, puis Gower, et, ce qui est plus remarquable que tout le reste, I.angland et son Piers PhwmanK La crainte est vive de laisser perdre aucune parcelle des gloires nationales; Pits va recommencer l'œuvre de Lcland et de Baie, écrire comme eux en latin pour que l'Europe n'en ignore, et donner un soin particulier aux anciens auteurs dont on ne sait rien, dont on n'a rien, qui peut-être n'ont jamais écrit ni même existé 2.

On regarde par delà l'époque de l'invasion française; des efforts sont même faits pour tirer les Anglo-Saxons, leur langue et leur littérature, de leurs longues ténèbres. Des caractères, dessinés avec le plus grand soin, sont fondus

1 . Les oeuvres de Chaucer furent imprimées, au seizième siècle, en 1500. 152G, 1532 (éd. Tliynne), 1542, lôfil (éd. Slow), 1598 (éd. Speglit, réimprimée en 1602). Beaucoup de |)oèmes apot-ryphes : Flouer nnd Leaf, Drenm, etc. furent compris dauK plusieurs de ces éditions, notamment dans celle de Slow qui se vante d'aroir donné un texte « twise increased through mine owne paynefuU labors u. Les œuvres de Chaucer n'ont été débarrassées que de notre temps de ces malenrontreuses additions. La Coufe.ssio Amnnds de Gower, déjà publiée par Caxlon. fut réimprimée en 1532 et t55i. La Vision of Piers Plowman eut deux éditions en 1550 et une en 1561 ; le poème est souvent cité, Dotaminent par Selden dans ses notes sur Drayton.

2. Joatniis Pilsei Aiigli... nelalionum llislnricurum île Rébus Anglicis, tounis /)rt/»u.<i, Paris, 1619, i". Pits, catholique, passa la seconde partie de sa vie sur le continent ^l mourut en 1616. Louvrage (inachevé) ne vaut plus aujourd'hui que par quelques biographies *le contemporains; Pits semble lavoir prévu: « Adjunxi récentes auctores... muKos mihi familiariter olim, imo nunc eliam nolos » (p. 52). Mais ces contemporains sont surtout des catholiques inililants; il donne une notice sur lui-même, n de me ipso »; mats pan un mot sur Spenser ou Shakespeare.

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pour imprimer quelques spécimens de leurs œuvres ^ Une chaire d'anglo-saxon est instituée à Cambridge par Spelman; mais c'était trop tôt apparemment et son existence fut éphémère.

D'importantes collections de livres, de manuscrits et de chartes, sont formées par des particuliers, non pour le vain plaisir d'amasser en avares , mais en vue du bien public ; ils admettent libéralement les hommes de bonne volonté dans leur sanctuaire. Sir Robert Cotton installe en sa maison de Westminster, cette fameuse bibliothèque, remise à l'État par ses descendants, et qui constitue aujourd'hui un des fonds les plus précieux du British Muséum. Accueillant à tous ceux qui partageaient ses goûts, Cotton ouvrait sa demeure et ses beaux jardins à des historiens comme Camden et Speed'^, des philosophes comme Bacon, des poètes comme Ben Jonson, et les mêmes problèmes qu'aux jardins d'Académus étaient discutés sur les terrasses le long de la Tamise.

Sir Thomas Bodley, diplomate pendant la première partie de sa vie, chargé de missions en Danemark, en France et en Hollande, renonce à sa carrière en 1596, et se voue à la tâche de restaurer l'ancienne fondation dilapidée de

1. Laureoce Nowell, le cartographe, mort en 1576, laissa en ms. un Vocabularium Saxonicum dont ses successeurs se servirent; W. Lambarde donna, en 1568, son 'Apyaiovoixîa sivc de priscis A»glorum legibus libri; travaux et publications de Parker, de Richard Rovvlands, alias Verstegen, qui savait l'anglo-saxon [liestitution of decayed inlelligence, Anvers, 1604), Selden, etc.

2. Remerciements de Camden, pour des prêts de documents originaux, dans l'épître « Lectori » en tête des Annales, 1615; lettres de Speed montrant que Cotton relut en épreuves ÏHistorij of Greal Brilaine, prêta des médailles à reproduire, aida l'auteur de tout son pouvoir; Speed s'excuse de tant demander, mais il s'agit de la gloire du royaume : « Thus you see how bold I am, but it is in love of that kingdome which your self seeks still to adorne ». Leliers of eminent Weranj men; Camden Socielij, 1843, p. 110. Né en 1571, Cotton fut membre du Parlement , joua un rôle politique assez louche et mourut en disgrâce, en 1631.

Humphrey duc de Gloucester. Il dote Oxford de la bibliothèque fameuse, à laquelle Jacques I" eut le bon goût d'attribuer, par lettres patentes, le nom de Bodléienne, « arche, écrivait Bacon au fondateur, destinée à protéger le savoir contre le déluge ». La bibliothèque fut ouverte en 1603, dotée d'immeubles dont l'un au moins lui appartient encore, visitée par le roi en 1605, et enrichie sans cesse grâce à la décision de la Stationers Company qui s'engagea, en 1610, à remettre à la Bodléienne un exemplaire de tout livre publié avec son estampille.

Quant à la littérature du temps présent, à la langue anglaise de maintenant et aux auteurs qui la « raffinent », leur gloire est si certaine qu'elle fait l'objet d'études étendues; l'histoire et la critique littéraires sont véritablement fondées; un genre à part, représenté justju'ici par des ouvrages latins, se développe et excite en Angleterre, à cette date, un intérêt universel.

Plus, en effet, que l'Ile natale, ses rivières et ses trésors; plus que ses habitants, égaux ou supérieurs à ceux d'aucun pays; plus que leurs ancêtres glorieux ou tragiques; plus que les découvertes et conquêtes des navigateurs, la langue et la littérature nationales sont maintenant étudiées et célébrées. Cet enthousiasme est une des marques de la forte influence qu'eut, dans le pays, l'esprit nouveau, et nul trait n'aide mieux à fixer la date du suprême épanouissement en Angleterre de la Renaissance, ce mouvement commencé en Italie, continué en France, et qui atteignait, chez nos voisins du nord, son apogée sous Elisabeth. Car ce fut bien là le moment de l'apogée. Dans la première partie du siècle, on s'était occupé déjà de raffiner la lan-

gue, mais avec moins d'ardeur; après Elisabeth on s'en occupa encore, mais avec moins de passion. En France, au contraire, où la Renaissance se continuait, où Malherbe « était venu », en attendant que Boileau le dise, le perfectionnement de la langue nationale passionnait de plus en plus les esprits ; les divergences entre les deux pays allaient s'accentuant; elles frappèrent, à la fin, l'observateur le plus distrait, et les voyageurs en firent mention dans leurs récits comme d'une curiosité mémorable. « Rarement, note avec surprise G. L. Lesage, visitant l'Angleterre en 1710, la conversation roule-t-elle sur la propriété d'un mot ou sur la pureté d'une expression* ».

Ce qui était rare sous la reine Anne était fréquent sous la reine Elisabeth. Les Anglais de ce temps s'intéressaient au sort des mots, des syllabes, des lettres et des sons de leur langue nationale. Nul pays n'est plus fécond, se disaient-ils, nulle race n'est plus forte, nulle langue n'est plus digne de soins, et, d'année en année, se succédaient les livres qui en fournissaient la preuve. Sir Thomas Smith, l'ambassadeur- alchimiste, auteur du De Repiiblica Anglorum, se plaisait à « pourlécher » pendant vingt ans, « relambere more ursarum », un traité sur l'orthographe et la prononciation anglaises. Il s'appliquait à simplifier; il demandait la suppression des lettres inutiles et des syllabes muettes, comme dans denne^ henne^ fenne^ qui, selon son vœu, ont disparu depuis : on dit den, hen, fen, antre, poule, marais; « car l'écriture doit représenter la parole, comme la peinture représente les corps ». Nous pouvons, pensaitil, égaler ce qu'il y eut jamais de plus parfait au monde, savoir les anciens : il faut, pour cela, imiter leur habile usage des longues et des brèves, copier leurs méthodes,

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