Sweet poesy Will net be clad in her supremacy
With those strange garments (Rome's liexameters), As she is English , but in riglit prefers Our native robes (put on with skilful liands, ICnglish heroics) to lliose antic garlands, Accounting it no meed, but mockery.
Chapman, The Shadow ofthe night, 1594; Works, 1875, Poems, p. il.
4. Arte of English Poésie, par Puttenham (?) 1589; éd. Arber, p. 26. L'auteur admet cependant la possibilité de transactions.
ces plaidoyers, et qui cite les Turcs. Son petit traité est un modèle de bonne grâce et de l)on goût ; on y trouve des arguments plus probants que celui du consentement commun, bien des pensées ingénieuses ou profondes, et un tel amour de la rime qu'il lui arrive de la défendre en termes que reproduiront sans le savoir, ne pouvant mieux dire, ces passionnés de rimes, Banville et Sainte-Beuve. « La rime n est pas une entrave, elle donne au poète des ailes qui Tentralnent, non pas hors de sa course, mais plus haut qu'il n'eût monté sans leur aide ' >>. Surtout la rime eut pour elle le bon sens et, du côté du bon sens, se rangèrent tout naturellement et sans discuter, les hommes de génie, comme Spenser guéri de son hérésie, ou comme Shakespeare : leurs chefs-d'œuvre mirent fin à la querelle. On en retrouve seulement de loin en loin, au cours des âges, une trace affaiblie. Milton ne peut pas adopter le vers blanc, qui cependant n'est pas un vers métrique, sans ajouter des remarques méprisantes à l'adresse de la rime, « reste des temps barbares n ; et tout récemment paraissaient encore de nouvelles traductions en hexamètres des Églogues et de VÉiu'ndc de Virgile* : simples curiosités; la querelle est véritablement éteinte.
Outre le problème de la rime, tous ceux qui font d'ordinaire l'objet des Arts Poétiques, et, avec eux, l'histoire de l'ancienne littérature anglaise, ses progrès récents, son avenir, sont exposés dans de nombreux traités, rédigés dès lors en anglais, souvent en une prose coulante, vive et spirituelle. L'intérêt pour ces questions est si grand qu'elles
1. A Defence nf Byiiie [1602], en réponse à Campion ; nv>/7..v. t. IV. Daniel est remarquable aussi par son imparlialité ; il constate la monotonie des rimes plates; il approuve l'usage du vers blanc dans les tragédies.
2. T/ip Ectogucs of Viryil, translah'd iulo Hnglisli liexnmeter versr, by sir C. Osbornc Morgan, M. P., Londres, t897; The Xnrid of Virgil translated by Harlan Iloye Ballard (aussi en hcxamMres\ Koston, 1903.
fournissent même des sujets de pièces et sont, ainsi qu'on verra, discutées sur la scène.
Comme pour les chroniques, le latin n'est plus ici de mise; et maintenant commencent l'histoire et la critique littéraires tels que l'entendent les modernes. C'est un début, mais remarquable; beaucoup de ces premiers essais sont charmants; et c'est naturel, car ils viennent à leur heure; il s'agit d'un art et de questions auxquels tout le monde s'intéresse, discutés à la Cour, dans les tavernes, dans les maisons bourgeoises, le soir au coin du feu, et sur lesquels un maître maçon comme le « capitaine » Cox a ses idées tout comme Drayton. « Cher ami bien-aimé », dit ce dernier en un gracieux poème autobiographique, une de ses plus aimables œuvres, « combien souvent n'avons-nous pas, les soirs d'hiver, voulant passer le temps entre nous, choisi un lieu commode, avec du feu, un modeste repas, un peu de vin, et laissé couler tranquillement les heures en causant. Nous parlions de ceci, ou de cela; nous récitions l'un à l'autre nos propres vers, ou ceux d'autrui que nous nous trouvions posséder. Parfois nous causions de quelques pièces de théâtre, fameuses autrefois, et dont votre heureuse mémoire avait gardé d'abondants souvenirs. Je me rappelle combien vous aimiez à entendre parler des auteurs qui vécurent au temps jadis et non moins de ceux qui, depuis, ont enrichi de leurs vers la langue anglaise ». Le poète trace là-dessus un bref tableau de la littérature nationale depuis Chaucer jusqu'à Shakespeare et à cette foule de dramaturges qui ont réussi sur la scène, mais dont il ne dira rien « parce qu'ils sont par trop nombreux^ ».
La matière est belle , l'enthousiasme général ; et surtout on ne doute pas de soi : « Si Chaucer vivait aujourd'hui,
1. To my dearly loved friend H. Reijnolds Esq.; of Poels and Poésie (de date incertaine, mais publié en 1627).
dont l'éloquence divine a surpassé celle de tous les poètes descendant de l'antique Brutus; si Homère Wvait parmi nous, gloire du peuple grec; si Virgile recommençait sa carrière, si Ovide nous était rendu : tous ici trouveraient leurs égaux, tant fleurit en Angleterre la lignée des Muses' ». Cette assertion est des premières années du règne et n'était guère justifiée alors; maintenant que grandit la prospérité du royaume, la prédiction est reprise et les historiens des lettres anglaises, s'appliquent à en démontrer la réalisation, comparant, point par point, et auteur par auteur, le passé au présent. Les rapprochements sont souvent étranges, mais toujours instructifs, parce (|u'ils montrent comment les grands écrivains du temps étaient jugés par leurs contemporains. Les vieux chroniqueurs nationaux ne sont pas tout à 'fait l'Homère et le Virgile de l'Angleterre, mais peu s'en faut; Lyly l'euphuiste est le Démosthène et le Cicéron de son pays i Webbe). Spenser est le Lucain de l'Angleterre; Shakespeare, seulement son Catulle (Carew). Francis Mores reprend toute la question et l'épuisé : entre les anciens et les modernes, le parallélisme est complet; la similitude, absolue : nombre des auteurs, nature des écrits, degré de gloire, patronage aristocratique et genre de mort. Tous les paragraphes de Mères commencent par « de même que ». De même donc que les anciens eurent Mécène, de même nous avons Jaajues VI et Elisabeth. L'antiquité a eu un Homère, et nous, deux ou trois, ou si ce n'est tout à fait trois Homères, du moins trois poètes qui sont la monnaie d'Ho-
i. ir chaucer nnwe slioulde livc, whose clo(|uenco devine
Hath pasto ye |Kx;ts al tliat came or auncient Brutus lyne.
If Hoinerc liere miglit «Iwell. whose praise llic <;rekes resoundc,
If Vcrgile miKht lus yeares rencwe, if Ovide niygtil l>e founde:
Ail thcse mlglit wcll bc sure theyr malchcs liere to fynde :
So much dothe England ilorishc now with men of Muscs kyadc.
Barnaby Googe, poème publié dans lêdilion du 1561 du Zodiake oflifr. Voir Eglogs du même, éd. Arber, 1895, p. 8.)
mère. De même que les anciens ont eu beaucoup de dramaturges illustres, de même nous en avons eu des quantités : cette fois, Shakespeare, qui n'est plus simplement un Catulle, figure dans le nombre, et le premier grand éloge public de l'illustre poète est dû à Mères : « Si les muses voulaient parler anglais, elles emploieraient la phrase finement ciselée de Shakespeare ^ » .
Une seule ombre au tableau : la crainte que la gloire littéraire nationale ne passe inaperçue au dehors. Crainte fondée, car le continent tout entier, faisait plus que de dédaigner la littérature anglaise : il l'ignorait complètement. Duret compilant son vaste Th^ésor de l'histoire des langues de cest Univers, si complet qu'il y inclut même « les langues des animaux et des oiseaux », est bien obligé de parler de l'anglaise, et il lui fait place, vers la fin. de son livre , entre la langue « Biarmienne » et la langue « Indienne Orientale ». C'est seulement pour constater qu'elle ne sert à rien et n'a pas de littérature : « Pour le général de cette langue, il se trouve fort peu de livres composés en icelle, si ce ne sont quelques livres de théologie ». L'étranger ne veut « se peiner de l'apprendre » ; il laisse cet ennui à ses domestiques, obligés de s'en servir « pour l'usage des choses utiles, lesquelles dépendent du menu peuple qui ne sait parler autre langue- ». Shakespeare avait, à ce moment, donné tous ses chefs-d'œuvre.
Ce n'était pas là un jugement isolé et on s'en doutait à
1. Palladis Tamia. Wits Treastiry, heing the second pari of Wits Common Wealtli, 1598, 12°; par Francis Mères (1565-1647), auteur de poèmes, sermons et traductions. Le présent ouvrage faisait partie d'une série, fondée par Ling (attribuée ordinairement à Bodenham), et dont la première section, Politeuphuia, Wils Common Weallli avait paru en 1597. Mères s'occupe aussi des peintres, des musiciens et de divers autres sujets; comme document son livre est de grande valeur.