‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototyoe de RabelaisChapitre 156 sur 228 · LIVRE XVi. 2â · texte numérisé non relu

LIVRE XVi. 2â

tar, poitrine d'une belle et tendre Nymphe. Veux-tu en ta jeunesse perdre ta fleur, sans en recevoir aucun fruict? Veux-tu te laisser tomber en une melancholiefascheuse, sans joye? Mesprises-tu à aimer, mon fils? Sois certain que tu aimeras, estant devenu vieil. Mesprises-tu, ma fille, à aimer? Tu deviendras la mule du diable. Veux-tu te rendre moine Frater, ou du nombre de ceux qui ne sont que gros bufles, et gens de peu, lesquels, ou par desespoir, ou pour ne recevoir aucune pitié, se laissent ainsi rendre moines ethermites? Tu te lasseras, pauvret, d'estre ainsi enfermé entre de grosses murailles, et eslevées fort haut, pourrissant sur la paille comme une neffle. Il n'y a personne de sainct au monde? Les saincls sont en paradis. Nature nous a fait chair, afin que joiiyssions de la chair, et que remplissions nostre ventre de voluptez charnelles. Dieu et Nature ensemble n'ont rien créé pour néant. Les oiseaux, les poissons, les bestes sauvages ont esté faictes, afin qu'il y eut des chasseurs et pescheurs, et afin de repaistre nostre appétit de diverses viandes. On a planté des bois et forests, il y a des roches de marbre et autres pierres, et c'est pour faire navires, batteaux, maisons, et couvertures. La laine a esté baillée aux brebis, la plume aux poulies et aux oyes, afin que nous eussions des licts plus mois, et des vestemens plus chauds. Ainsi, aussi, ils ont fait de belles et délicates filles, lesquelles vous autres jeunes garçons vous devez aimer. » Voilà les enchantemens que font ces gouges mal-heureuses, par les coings secrets et autres lieux à elles commodes pour gaigner, et afin de prendre à la pipée ces jeunes garçons et fillettes, leur faisans par ce moyen tomber souvent leur blanche rose avec leur haleine puante. Et si elles ne peuvent abbattre leur jugement ferme et so-: lide, et qu*elles rencontrent estre fer, ce qu'elles pensoient estre plomb ; elles se retirent lors vers les arts magiques, et invoquent les diables. Elles apprennent de Satan et do Bellial mille façons et mille voyes, pour parvenir à leur but, ou pour gaster ces misérables par leurs ensorcelemens, courant çà et là, cherchant secrettement de la cervelle d'un chat, le cœur d'une taupe, la fiante d'un renard, de la terre de la sepulture d'un mort, deux jambes de grenoiUlle, de la toilette d'un enfant naissant. Mais je laisse pour briefveté plusieurs autres telles fadeseries, ayant autres perles à enfiler : seulement reste ceey à dire, qu'elle» ont si grand'-

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envie de nuire, qu'elles cherchent du laict de poulies, de la semence de champignon, du son de cloche ^ du hannissement d'un asne, du talon d'une tanche, des costes d'un moucheron, de l'urine d'oye, de l'oreille d'une grue, du miel de taon.

Or, ma Togne, il faut que tu retournes à la maison, et que reprennes le chemin que tu as laissé ; nous af ons

1 Des plaisanteries semblables se lisent dans d'autres auteurs italiens. Dans les Le^^ere facete de Cesar Rao (Venise, 1619, p. 48) on rencontre une recette contre la stérilité : Becipere in prima del polmone de pulci et délie code di ranocchi, il suon délia campana d'un convento, latte di cappone, etc. Un auteur facétieux, dans un recueil d'écrits plus piquants et plus singuliers qu'édifiants, Vincenzo Belando ILettere facete e chiribizzose, Paris, 1588), indique (feuillet 78) un remède analogue contre le même mal: Recipe quattro uove de Finisse, quattro pié d'una anguilla, un brazzo de silentio de donne, etc., Bruscambille a imité ces passages dans ses Fantaisies (édit. de Lyon, 163'j, p. 418): « Prenez à jeun la quintessence d'un poumon de puce, demi-aune de queue de grenouille, le son d'une cloche de couvent, broyez le tout dans une pantoufle. » Le Nouveau Panurge, attribué à Reboul, 1616, p. 284, indique de son côté une recette pour faire un hérétique : « Prenez les os d'un ciron, la cervelle d'une enclume, les plumes d'une chauve-souris, une douzaine de langues de limaç^ons, les pieds de l'oiseau dit manusque et le poil d'un œuf. » Avant l'impression du poëme de Folengo, on trouve des exemples de facéties de ce genre; une pièce de vers, intitulée Médecine pour les dents, publiée au commencement du seizième siècle à la suite du Débat de l'homme et de la femme, s'exprime ainsi :

Prenez...

Le cinquiesme pied dung mouton Avec de Ihuylle de coton, Le cry d'une corneille, Puis me prenez dun caillou bis Le «ang, et le seing d'un vieulx huys, Et les mettez ensemble , Détremper en un seul pertuis

Oil le soleil raye de nuict.

Odde de Triors, dans ses Joyeuses recherches de la langue toulousaine (Toulouse, 1578), a dit de son côté :

« Le mot hestre se peut prendre pour le cerveau d'une mouche, pour les dents d'une puce, pour le laict d'une pucelle, pour la virginité d'une nourrice, >»

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