XVIII NOTICE
autre, le psaume Tu solus sanctus Dominus, etc., le tout pour que Dieu et la Vierge viennent en aide au poêle lorsqu'il raconte les combats et les faits d'armes de ses chevaliers et parfois des anecdotes fort peu décentes. Dans le vingt-huitième chant, par exemple (et il débute par l'Ave Maria en toutes lettres), l'intrigue amoureuse de la reine Ancroia avec l'enchanteur Maugis est narrée de la façon la plus libre.
Le Pulci, ayant trouvé établi l'usage de ces pieuses invocations et le mélange bizarre du sacré au profane, le suivit dans l'idée d'amuser ses lecteurs. Le premier chant du Morgante commence par In princîpio erat Verbum ; le quatrième par le Gloria in excelsis DeOf le septième par Hosanna, le dixième parle Te Deum laudamus, le dix-huitième par le Magnificat, le vingt-troisième par Deus in adjutorium meum intende, ce qui fait tout juste un vers endécasyllabe. Si l'on ne connaissait pas tout ce que l'usage autorisait alors, on s'étonnerait de voir Pulci, un chanoine âgé d'environ cinquante ans, invoquer à vingt-huit reprises différentes ce qu'il y a de plus sacré pour écrire des folies, des indécences et parfois des impiétés.
Dans le Mambriano du Cieco d'Ascoli, un seul et même chant renferme une prière fervente, une vision sainte, un miracle, deux conversions et des récits d'une licence éhontée. Ce poëme est d'ailleurs le premier où chaque chant commence, soit par une invocation poétique, soit par une digression relative à l'action du poëme, et parfois aux circonstances qui touchaient personnellement l'auteur ou dont il était environné. C'est le premier modèle de ces agréables débuts de chant que l'Arioste porta depuis à une haute perfection. Voltaire l'a imité, on sait avec quelle verve spirituelle. Saint-Just, dans son poëme d'Organt, s'est montré moins heureux. Bien d'autres poètes ont marché dans cette voie, mais tous n'ont pas réussi.
Afin de donner une idée du style de Folengo et de la diction macaronique, dont il est resté le modèle, nous devons placer ici un passage de quelque étendue emprunté à son livre, et nous choisirons celui dans lequel après avoir exposé quel a été son projet, il invoque les Muses.
Phantasia mihi quaedam fantastica venit, Ilistoriam Baldi grossis cantare camœnis Altisonam cujus famam nomenque gaiardum Terra tremit, baratrumque metu se cagat ad ossum. At prius altorium vestrum chiamare bisognat, 0 Macaroneam, Musse, qua; funditis artem. Num passare maris poterat mea gundola scoios. Ni recommend atam vester soccorsus habebit ? Jam nec Melpomene, Clio, nee magna Thalia, Nee Phœbus grattando lyram mihi carmina dictent, Qui tantos olim doctos facere poetas.