XX NOTICE
Sum quoquc savono facta galanta siio.
Ei'jïo me populi roinprantcs solvite bursas ; Si quis avai'itia non emit, illc miser.
Jugé sévèrement par des critiques modernes, qui, presque toujours, n'avaient pas pris la peine de le lire, Folengo a trouvé au delà des Alpes des admirateurs zélés, des apologistes parmi lesquels il faut distinguer un prince de l'Église, le cardinal Quirini. Ce savant prélat n'a pas hésité à s'exprimer avec une indulgence des plus favorables au sujet de notre poëte i ; transcrivons ces paroles : « Opus novo discendi génère insigne animi que festivitate ac lepore jucundissimum in quo latinis ac italicis vocibus undique permixtis, servata metri harmonia, amœnissimo carmine jocose ac facete, multorum sui temporis vitia carpit. » Specimen vapîse literaturss quse in urbe Brixia ïlorebat, 1739, 4°, p. 315.
Un poëte célèbre, Tassoni, dans sa Secchia rapita (chant VIII, stance 24), mentionne fort honorablement Folengo et n'hésite pas à dire que sa gloire s'est étendue jusque dans les pays les plus lointains, et que sa sépulture recevra des hommages égaux à ceux que l'on rend à la tombe de Virgile :
Campesc la cui fama a l'occidente E a termini d'Irlanda e de! Catajo Stcude il sepolcro di Merlin Coccajo.
Un autre poëte italien, Caporali, introduit dans son poëme des Obsèques de Mécène Merlin Coccaie, disputant au célèbre poëte Berni la palme du genre facétieux. Il serait superflu d'accumuler des exemples de l'estime que les contemporains de Folengo professèrent à son égard, mais nous ne devons pas oublier l'hommage que lui rendit un prieur du couvent où il était mort depuis près d'un siècle. Jean-Marie Fantassi, appartenant à une famille noble de Vérone, fit en 1640 placer son buste avec cette inscription : Theophilo clara ex Folengorum stirpe, Monaco Cassiniensi, agnomine Merlino Publio Virgilio Maroni, sicuti Patria, sic Musa simillimo, D. Jo. Mar. Fantasti Mon, possuit A. D. MDGCXL.
Un distique achevait d'attester en termes pompeux la haute idée qu'on avait de notre poëte.
Ossa cubant intus : faciès splendescit et extra : Merlini mentcm sidcra, mundus habent.
1 Nous n'apprendrons rien à personne en disant qu'il serait bien facile de citer des ouvrages composés par des ecclésiastiques italiens et qui paraissent aujourd'hui fort peu en harmonie avec la sévérité de leur état. Sans remonter aux temps du cardinal Bembo et de l'évêque Bandello, qui composaient des nouvelles peu édifiantes, nous mentionnerons seulement le Ricciardetto, composé il y a un siècle par l'évêque Fortigucrri.
SUK ÏHEOPHILL: FOLENGO. XXI
If Le cardinal Mazarin faisait le plus grand cas des vers de Mer- ' lin Coccaie ; il en savait par cœur de longs passages et il les récitait volontiers.
Mais ce qui reste comme un des plus beaux titres de Folengo, c'est qu'il a inspiré souvent un des hommes les plus étonnants du seizième siècle. Rabelais avait lu et relu l'épopée de Merlin Coccaie, il lui a emprunté des traits nombreux, notamment l'épisode des moutons qui sautent l'un après l'autre dans la mer. A deux reprises différentes, notre immortel Homère bouffon a rendu indirectement hommage à l'écrivain dont il s'était heureusement servi. Dans la généalogie de Pantagruel, il dit que « Morgan engendra Fracassus duquel escript Merlin Coccaie » et dans le répertoire des livres que le fils de Gargantua trouva dans la fort magnifique librairie de Saint-Victor, nous voyons : Merlinus Coccaius, de patria diabolorum.
Fracassus paraît aussi avoir fourni à maître François quelques traits pour l'image de Gargantua : « pour son déjeuner il mangeait un veau ; quatre-vingts pains à grand'peine pouvaient remplir ses tripes. Son bouclier était le fond d'une chaudière en laquelle on brasse la bière, où on fait bouillir le vin ; son bâton était plus grand qu'un mât de navire. »
M. Raynouard, dans un article inséré au Journal des savants (décembre 1831) et consacré à l'analyse de VHistoire de la poésie macaronique de Genthe, a développé les rapprochements qui s'aperçoivent du premier coup d'œil entre les deux conteurs.
« Folengo et Rabelais furent tous deux moines, tous deux quittèrent le froc et écrivirent des plaisanteries piquantes, des satires facétieuses, d'ingénieuses moqueries. L'Italien fit des attaques plus vives et plus franches que l'auteur français, qui mit son esprit à se faire deviner. Tous deux dénoncèrent surtout les vices du clergé et des moines, les abus de la cour de Rome, etc. Rabelais, soit habileté, soit bonheur, obtint auprès des papes et des princes de l'Eglise assez de protection pour se faire absoudre du tort d'avoir déserté le cloître ; Folengo, plus sage ou moins heureux, y retourna de lui même, reprit le froc et fit pénitence de ses erreurs.
« Il avait écrit:
Est pcccarc hominis, uanquam cmcndarc diabli est.
Il ne voulut pas rester diable, il fit pénitence. Rabelais crut sans doute n'êlrc aucunement coupable, et no songea ni à s'amender ni à expier ses fautes. >»
XXII NOTlCt:
g 4. DETAILS BIBLIOGRAPHIQUES SUR LE POEME DE MERLIN COCCAIE.
Il serait superflu d'entrer ici dans des détails étendus au sujet des diverses éditions du chef-d'œuvre de Folengo ; la première fut publiée à Venise on 1517, chez Alexandre Paganini. On en vit bientôt paraître d'autres en 1520, 1521, 1522, 1530, 1552. De 1553 à 1613, on en compte une quinzaine. Celle de Naples, sous la rubrique d'Amsterdam, 1692, petit in-8, est bien exécutée, et les amateurs en recherchent surtout les beaux exemplaires, quoiqu'elle soit remplie de fautes typographiques. Une autre édition, donnée à Mantoue, en 1768 et de même avec l'indication d'Amsterdam, est enrichie de notes utiles, ainsi que d'un glossaire, mais elle n'a pas reproduit un bon texte. Elle renferme d'ailleurs quelques épigrammes qui ne sont pas dans les éditions précédentes et une dissertation de Theophili Folengi vita, rebus gestis et scrîptis.
Une version française, due à un écrivain resté anonyme, vit le jour à Paris en 1606, 2 vol. in-12. Elle a reparu en 1734. C'est elle que nous reproduisons. Son style facile nous a paru, dans sa couleur un peu surannée, propre à donner une idée d'une composition qui n'est pas faite pour étaler la correction sévère et l'élégante netteté du français moderne *. Nous avons cru devoir ajouter quelques notes pour éclaircir certains passages obscurs, mais nous avons été sobre à cet égard, car Merlin Coccaie est un de ces auteurs auxquels il serait facile de joindre un commentaire beaucoup plus étendu que le texte, chose qui n'est pas du goût de tous les lecteurs.
Landoni a donné de l'Histoire macaronique une version italienne, Milan, 1819 ; et dans la préface de l'édition de 1768, il est fait mention d'une traduction en langue turque, publiée à Andrinople, l'an de l'hégire 1125 ; assertion qu'il est très-permis de révoquer en doute, tant l'invraisemblance est flagrante.
L'abbé Gerlini avait entrepris de traduire en dialecte vénitien l'Histoire macaronique, mais il n'a donné que les deux premiers chants, Bassano, 1806, 8°.
» Nous conviendrons d'ailleurs qu'une traduction, quelque ini^énieuse qu'elle soit, de Tépopée de Merlin Coccaie, ne donnera jamais une idée parfaite de l'original ; c'est encore ce qu'a très-bien démontre Nodier : « Dans la macaronèe, le sel de l'expression résulte principalement do la nouveauté slng-ulière et hardie d'une langue pour ainsi dire individuelle, qu'aucun peuple n'a parlée, qu'aucun grammairien n'a écrite, qu'aucun lecteur n'a entendue, et qu'il comprend toutefois sans peine, parce qu'elle est faite par le même art et des mômes matériaux que sa langue naturelle. Le principal charme du style macaronique est dans le plaisir studieux de cette traduction intime qui étonne l'esprit en l'amusant, jj