‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototyoe de RabelaisChapitre 193 sur 228 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

Nous venons enfin au port redoutable de Malamocque, lequel, au milieu de la mer, a en eoycent mille diables, et

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menace d'engloutir ma petite nacelle. C'est une grande folie de vouloir faire voguer sur mer son esquif, quand il y a du bruit entre les ondes. Queferay-je donc? Il vaux mieux abbattre la voile, et asseurer l'ancre avec plus fortes cordes. Nous n'avons pas le courage d'outrepasser ce pas ; ce pas, dis-je, qui est si rude, si horrible, et si meschant, auquel souvent plusieursbarques,plusieurs vaisseaux seperdent. Je n'ay point le cœur si hardi, que je voulusse sonder un tel peril. Mon vaisseau est au fond saiiS poix, est percé de toutes parts, perd sa bourre, et est entr'ouvert. Que feray-je donc? M'en retourneray-je tout peureux? C'est tousjours une chose difficile d'escorcher la queue ; mais, parce que je ne recevrois pas une courte honte, ayant jà vogué plus de trois cent mille mil, et n'ayant eu cy-devant peur des abbois de ceste chienne Scylle, ni craint la rage enflée de Carybde, si maintenant je n'osois essayer quels sont ces diables de Malamocque. Donne-moy courage, ma sorcière Togne, et n'ayes aucunement frayeur. Certainement ce sera, comme je le confesse, un grand travail à ton eschine, puis qu'il faut alonger les bras contre des bestes. 11 faut donc accompagner Baldc; soubs les maisons infernales, ô Muses, et assaillir les peuples des sorcières, lesquelles Gelfore seul gouverne au fond de la mer.

Balde et ses compagnons cheminoient par l'obscurité de cette grande caverne, et n'estoit de merveille, si souvent ils se congnoient la teste contre les pierres, et choppoient des pieds contre les cailloux qu'ils rencontroient : dont ils se rioient, et s'encourageoient les uns les autres, prenant en gré et en patience tout ce qui leur arrivoit. Ceux qui alloient après Fracasse n'estoient pas à deux traicts d'arbalestre, que luy, qui avoit la teste quasi rompue de coups qu'il se donnoit çà et là, ouït le bat de quelques chevaux qui le suivoient. « Qu'est-là ? dit-il, hola, demeurez unpen ; escoutez : j'oy le bat de quelques chevaux : seroit-ce point le Centaure, qui a forme de cheval derrière soy ? )^ Comme il achevoit ces mots, Cingar, approchant, crioit :« 0, ô Falcquet ! ô, ô, Fracasse, Boccal ! » Gilbert, joyeux, dit : « Voilà la voix de Cingar : attendons-le. » Tous alors s'arrestent ; et s'amassent ensemble, ne se pouvans congnoistre l'un l'autre. Fracasse voulant donner une accolade à Balde, il se feit une grosse beigne au front, contre une pierre de la voûte. Aussi, Boccal voulant toucher Balde, il luy

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