‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototyoe de RabelaisChapitre 206 sur 228 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

Ils avoyent dcsjà cheminé en ces ombres obscures et ténébreuses, par r«^simco do cinq journées, quand ils se veirent au bout et à l'extrémité de la caverne, et ne [»eurent passer plus avant, obstant une pierre do domcsurée grandeur

et qui traversoit le chemin, tellement qu'ils furent contraints retourner sur leurs pas, et refaire le chemin qu'ils avoyent jà fait avec grand travail. Ils se trouvent, par ce moyen, aussi estonnez que sont les fourmis, quand, cheminans par leur route l'un après l'autre, avec une longue suitte, sur une muraille, oucontremont unvieil noyer, se baisans l'un l'autre, à la rencontre qu'ils font montant et descendant, ils trouvent une ligne noire qu'on aura faicte de charbon à travers leur chemin : lors ils s'arrestent tout court et s'amassent en une trouppe reculans en arrière, et retournans sur leurs pas. Balde advise sous ses pieds une pierre, laquelle il fait lever par Fracasse. Iceluy, affermissant la plante de ses pieds contre terre et roidissant les reins, l'enlevé et trouve dessous un puits profond. Ils prestent l'oreille pour sçavoir s'ils oiroyent quelque bruit venant du fond d'iceluy. Ils entendent un bruit d'une eau coulant entre des pierres. Mais ils n'y peuvent rien veoir. Cingar s'offre de descendre à bas, comme de faict il y descend se tenant des mains et des pieds aux pierres d'iceluy, et estant au bas, il trouve un lac ondoyant et. entend un ruisseau s'escouler à travers les feintes et fentes de la montagne. Il appelle de là ses compagnons, tant qu'il peut crier, disant: « 0 compagnons, descendezparcesteeschelle d'enfer? » Tous détachent leurs ceintures, prennent le licol et les sangles de l'asne, et noûans tout ensemble en font une longue corde, de laquelle ils s'aident pour descendre à bas l'un après l'autre, et feirent dévaler premièrement l'asne et puis Boccal. Enfin, tous se trouvèrent à bas avec Cingar. Balde, par sa presence, rendit le lac notoire et aisé à veoir à un chascun ; car la pierre qui estoit en son heaume chassoit toutes ténèbres. Ce lac s'estend en un fort grand bassin, duquel sort un gros fleuve, et ne s'en peut trouver un plus large, quand bien vous mesureriez tous les fleuves du monde. Les compagnons commencèrent à cheminer le long du bord d'iceluy. Ils voyent au milieu de l'eau un vieillard, la longue barbe duquel luy couvroit toute la poitrine, et estoit assis sur le dos d'un long Crocodile, lequel estoit suivy de trois autres, sur lesquels estoyent aussi "assises de belles Nymphes. Quand ce vieillard apperceut de loing une clarté, et ceste compagnie s'esgaiant le long de l'eau, portant espées, rondaches et autres armes: « Qu'est-ce que cela de nouveau? dit-il: je veux sçavoir que c'est et d'où vient telle nouveauté. » Et

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