SUR THEOPHILE FOLENGO. XIH
ble, il retrouve ^n père qui s'était fait ermite et qui meurt après lui avoir prédit de liautes destinées; il va en Afrique, il arrive aux sources du Nil, il pénètre enfin dans les enfers avec ses amis. Arrivé dans les contrées du mensonge et du charlatanisme, où sont les astrologues, les nécromanciens et les poêles, Merlin Goccaie, jugeant que c'est sa place, y laisse Balde en lui souhaitant bonne chance, et l'ouvrage finit.
Celte composition est parfois confuse; trop d'aventures y sont accumulées, et Folengo -n'a pas su réussir à donner à sa fable le tissu serré qu'Arioste a si bien déroulé; mais les traits parfois excellents qu'on y rencontre, la verve, la vivacité des tableaux, justifient très-bien le plaisir que, depuis près de trois siècles et demi, il cause à ses nombreux lecteurs.
Il n'est pas hors de propos de signaler quelques-uns des passages mordants où Folengo donna carrière à son humeur belliqueuse et qui contribuèrent beaucoup à la fortune de son livre. Un des héros secondaires du poëme, Cingar, détrousse des cordeliers, prend leurs habits et s*€n revêt, et l'ex-ci-devant moine Folengo s'écrie :
Jani non is Cingar, sed sanctus uempè videtur ; Sub tunicis latitant sacris quàm saepè ribaldl I
Dans la septième macaronnée, le poète s'élève contre la multiplicité des moines et des ordres monastiques. Nous ne rapporterons que l'un des traits de sa longue satire:
Postquam gioccarunt nummos, tascasque vodarunt
Postquani pane caret coptiinum, cœlaria vino,
In fratres properant, datur his extemplo capuzzus.
« Lorsqu'ils ont joué leurs écus et vidé leurs escarcelles, quand le panier manque de pain et le cellier de vin, ils se précipitent dans le cloître, on leur donne aussitôt le froc, »
Il rencontre et trouve partout des moines de toutes les couleurs, de tous les ordres, soit qu'il voyage sur terre, soit qu'il aille sur mer, el il craint que la chrétienté ne reste sans soldats, sans laboureurs, sans artisans.
N'est-ce pas commenter l'Evangile d'une manière bouffonne et irrespectueuse que d'expliquer, comme le fait Merlin Coccaie, le passage de saint Mathieu (ch. iv, v. 4) : Non in solo pane vivit bomo, sed in onini verbo quod procedit ex ore Dei ?
Non homo, Cingar ait, solo de pane cibatur, Sed bovis et pingui vervecis carne ; probatiir Istud evangelio, quod nos vuit pascere verbo ; Divide VER a BO, poter cognoscere sensum.