‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 128 sur 238 · LIVRE XI. m · texte numérisé non relu

LIVRE XI. m

sant ces blessez, et eu faisant mourir beaucoup d'eux avec leurs appareils. Et en mémoire de ce, ces trois personnages que je viens de nommer, parles beaux livres, remplirent le monde des louanges do Balde; car la considération de gaigner donne occasion de chanter. La bouche de Virgile n'eust eslevé jusques aux estoilles la renommée d'Auguste, s'il n'eust tiré de sa bourse de bon argent.

Or, Balde, Gingar et le jeune Léonard parveinrent enfin en treize mil, au trot et au gallop, jusques en la plaine de Veronne, en laquelle autrefois par trois jours il pleut des pierres. Ils descendent de leurs chevaux, qui estoient bien las et harassez : et là lient Monsieur le Podestat, et avec des osiers l'estrillerent cruellemeut. Gingar en v ulut prendre seul cette charge, pendant que Balde devisant avec Léonard s'allèrent promener ; car, encore que ce fut sans raison, ils eussent peu estre esmeus de pitié, voyans chastier devant leurs yeux un homme, bien qu'il fust meschant. Mais Gingar estoit composé d'autre humour. Il lie ce pauvre misérable, lui couppe les coûillons, et le membre ribaut, lequel tant de fois avoit fait ouverture es trous défendus, et les luy fait manger et avaller en guise de foye. Ce malheureux mange ses coûilles, comme faict le chat, quand en grondant il masche des choux cuits; puis, avec des ciseaux, il luy couppe le tour du nez; avec des tenailles, il luy arrache les dents, les yeux, et luy couppe les oreilles. Ei le laissant ainsi mal accoustré et maltraité, demeura enfin pour pasture aux taons et mouches, rendant ainsi, ce misérable, son ame et son esprit au diable.

Ils estoient remontez à cheval, et tiroyent par plusieurs et divers chemins, quand Gingar se ressouvint de la bourse de Thoste, laquelle il tira de sa brayette, et la monstiant à ses compagnons: « Voilà, dit-il les gentils petits mille ducats de nos^re vénérable hoste, qui a eu et receu bon prix de sa marchandise. 0 ! combien sont vrais les préceptes de Gaton ' ! Qui mal semé, mal recueille. Ge nouveau Gannelon2,

* Nous avons déjà eu l'occasion (livre IX, v. 164) se parler des distiques moraux de Caton.

8 C'est le traître Mayençais qui amène par sa perfidie le désastre de Roncevaux oli Roland trouve la mort. Il joue un grand rôle dans les épopées chevaleresques consacrées au récit des haute faits de Charlemagne et de ses paladins. Du reste, il reçoit le juste

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pour ne se rendre différent des autres hosteliers, ayant ouy le cri publié pour nostre mort, et que pour icelle y avoit prix de mille ducats, il nous a descouverts, et pour son salaire, a tiré ce malheureux or, fraudant le droit d'hospitalité, comme est l'usance de tels larrons. Entre tous les fols, celuy doit estre estimé très-fol, lequel se veut fier ou bailler en garde son bien à des hosteliers. Ne verray-je pas plustost des asnes estre bons Geometriens, des chevaux estre Astrologues et mesurer le ciel, et nombrer les estoilles, que de penser pouvoir trouver par tout le monde un seul hoste qui soit homme de bien? Les hosteliers à leurs hostes ne gardent aucune loyauté ; mais plustost monstrent mieux les enseignements comme il faut tuer et assommer, qui ceux qui sont cachez et retirez aux forets, et volent les gens de bien. Comme quoy? Je vous bailleray par exemple cecy. Un passager, soit de pied, soit de cheval, estant las et affamé, désire de loger. Il void une hostelerie devant luy : hors la fenestre sort une perche, laquelle on voit de loing attachée avec un peu de corde; à icelle pend une escrevisse ou une espée de bois. Quand 1 hoste oyt un bat de chevaux, et bruit sur les pierres ou pavé du chemin ; ou, par le remuement des pieds des ch -vaux, quand il oyt la fange et le limon gras de Lombardie rejaillir un tel patroûillage en faisant bruit, ou que le cheval sentant l'avoine hennisse de loing, incontinent Monsieur l'hoste, ceint d'une serviette en double, accourt avec une face joyeuse, et vous oste son bonnet; et, combien que vous n'ayez volonté de arrester en ceste hostelerie, toutesfois vous laissant aller à cent mille caresses qu'il vous faict, il vient promptement prendre vostre estrier, et vous prie de mettre pied à terre. 11 fait prières icy, prières là. Il vous conjure par des poullets,des chappons, qu'il dit qu'il a, avec de bons hachis de veau, qu'il vient de faire tout présentement, pour la bonté et la délicatesse desquels il vous asseure que les morts en ressusciteroient s'ils en avoyent mangé. Il dit n'avoir faute de tous bons morceaux et autres friandises de rosti, de bouilli; qu'il vous présentera tout à l'heure trois sortes de gentil vin, que vous choisirez le meilleur pour vostre eslomach,

châtiment de ses forfaits. Après avoir été exposé sur un chariot aux insultes et à la fureur du peuple et des soldats, il est tenaillé et écarlelé.

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