‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 145 sur 238 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

faut abattre du Ijois; autrement, il y vient souvent des vers, qui se concreent soubs l'escorce. Les Médecins y ont aussi csgard, quand ils veulent bailler une me lecine ù un malade: autrement, elle feroit Jetter hors trippes et boyaux. Pendant qu'elle luist, les sorciers et sorcières se resjouissent et dansent: à la lueur d'icelle, ils se dépouillent tout nuds, et puis se flottent par tous les membres de certains onguens diaboliques, et soudain toute ceste nuict chevauchent sur le balay, sur des treleaux, escabelles, et chaires. La Lune met les larrons en desespoir; car elle les fait descouvrir et recognoislre. Quand elle a le visage rouge, elle pronosticque aux mariniers la tempeste prochaine, et, quand elle l'a obscur et ténébreux, c'est signe de pluye. Elle gouverne la plus basse partie du ciel, et est enluminée la nuict par les chevaux de Phœbus. Quelques fois Plu ton 1 attire à soy en enfer, aïant esté autresfois deceuë et trompée avec des grains d'une pomme de grenade. Je te voy aussi, ô Mercure! quelques fois, toy, qui es voleur et larron, et le premier d'entre tous les larrons. Tu crains fort que, pendant que tu chemines par le ciel, la vistesse du chariot de Apollo t'attrape, et qu'il ne te face rompre le col. Tu as dresse ton logis au dessus de celuy de la Lune entre plus de six cens brebis beslant bai bai, et plus de mille chèvres, autant de beufs et d'asnes sommiers, mille porcs et chameaux bossus. Tu aguetes le monde deçà delà et en tires de bon butin que tu amasses en ta caverne. Tu as sur ta teste tousjours un chapeau aislé; tu as aussi tes brodequins aislez, et en ta main as tousjoors ta verge fée, quand tu vas faire les ambassades (le ton père en plusieurs lieux. Tu trafiquas en marchandise allant et venant. Tu chantes les choses à venir. La musicque te plaist grandement. Tu mets la guerre, si tu veux, entre deux peuples associez. Tu mets la paix, s'il te plaist, entre deux peuples ennemis. 0 mon patron! je qui suis petit larronneau me recommande à toy, et je te prie qu'un las ne me retienne en un gibet de trois pièces. Mais il faut maintenant parler de Venus. Je la voïois suivre les pas de Phœbus, quand iceluy se va ranger au Royaume de Neptune. 0 quantesfois ell'a planté des cornes à son mari boiteux, et luy a mis au front des fuzeaux! Vulcan est mari de Venus; mais ell' est le mari du peuple. Cependant que Vulcan forgeoit son fer en sa caverne, Mars secretlement venoit bêcher en son jardin. 0 combien il y a de Vulçansl

Combien de Mars ! Combien de mules hennissantes à l'avoine d'autruy! Icelle a son séjour au troisiesme ciel, par lequel elle se promené accompagnée de plusieurs Nymphes cueillans des roses et violettes fresches, de la menthe, de la giroflée, du marrochenin, du basilic, et en font des ghirlandes, des chappeaux, des courronnes, des bouquets, et chantent ensemble des chansons et sonnets, jouent de divers mstrumens, harpes, manicordions, espineltes, luths; sautent, baient, dansent, et se baignent toutes nues dedans de belles fontaines. Là se voyent les plaisans feuillages des myrthes, qui avec leur ombrage entretiennent en frescheur les fleurs et la verdure des herbes, et donnent un grand contentement à la lassitude de ces Nymphes. Il y a aussi grand' abondance de Fouteaux, de Pins, de Cèdres, de Citronniers, de Neffliers, estendans leurs ombres pour servir de pausade aux Nymphes. Elles vont quelques fois à la chasse, portans arcs et flesches, et renversans souvent des daims, cerfs, chevreulx. Il n'y a point faute de bois et beaux buissons pour la chasse, qui sont de Cèdres et d'Orengiers, de Myrthes, de Lauriers, de Lentisques et de Genièvres. En ce lieu, les païsans ne marrent la terre, et n'y void-on les vieilles filer. On n'y plante point de raves, de porreaux, ny ciboules, ny de l'ail ennemy rie la teste, et qui neantmoii^s sert de theriaque aux païsans. Il n'y a point, soubs des orties, espines et ronces, des serpens, couleuvres et villains crapaux. Icy est tousjours le repos gratieux ; icy est la paix ; icy se void la volupté entière. On n'y void que gentils esprits et cœurs gaillards. Et, pendant que la belle Venus se resjouit avec tel maintien, ell'attend que le soleil veuille s'acheminer par le monde, laquelle désirant précéder son chariot, commande aux plus belles de sa compagnie de la suyvre. Icelles portans en teste belles ghirlandes, et tenans en main de frais rameaux et des roses fraisches, accompagnent leur dame en dansant et chantant. Icelle va la première, recrée les pôles, et, pleine de roses, s'en va veoir le Royaume de rOcean, de l'escume duquel elle est née, son chariot estant tiré par des blanches colombes; et, quand elle apperçoit Phœbus estre fort proche d'elle, soudain couvre sa face de l'eau tremblante de la mer, et oste son beau visage de la veuë des hommes, et chasse quant et quant toutes les autres estoilles du ciel, et engendre une petite ombre soubs une lueur médiocre. C'est assez parlé

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