LIVRE XIV
de Venus, venons au cercle du Soleil, lequel gouverne son Royaume au milieu des autres cercles, et a fondé etestabli son Palais au quatriesme siège, tenant tousjours Cour ouverte, n'ayant aucune crainte d'y entrer. Là demeure un vieil barbasse, qu'on appelle le Temps, outre lequel ne se passe chose plus prompte, tant il se dérobbe viste en peu d'heure, lequel tousjours fait des actions diverses, et ne demeure jamais arresté en une pensée; tantost veut cecy, tantost veut cela; tantost fait une chose, tantost l'autre, comme un joueur de tours de passe-passe, et est plus legier qu'une paille, ou une feuille poussée par le vent. Iceluy tient sa boutique à part, et fabrique des horloges de sable, et autres pleines de petites roues. Il a poui- sa femme une belle dame appelée Nature, laquelle engendre plus de cent mille enfans, et ne tend à autre chose le plus qu'à exciter son homme au lict pour procréer et faire sortir de son ventre fécond des hommes, des moutons, des chevaux et autres choses. Entre autres elle a eu deux filz et deux filles du Soleil, en faisant des cornes à son mari, pensant toutesfois ce bon-homme tels enfans estre à luy, desquels les nom=; sont tels: Primevère, l'Esté, l'Automne et l'Hyver. La Primevère fut mariée au filz de Venus, lequel porte des aisles à ses espaules, et se tient nud, ne couvrant aucunement ses parties honteuses. Il porte tousjours un arc bandé et une trousse pleine de flesches, et si subtiles et déliées, que des vers à soye ne filent pas plus délié. Ses flesches sont diverses en effect, lesquelles ce pippeur lance sur nous, espandant divers ennuis, et rompt par chascun an plus de cent mille cordes, et le fer de ses flesches n'est tiré en vain. L'une d'icelles a la pointe de plomb, qui est sujette à reboucher, et ne peut percer le cœur, ny pénétrer l'estomach, ne le voulant Gupidon : de là vient que ceux qui sont nais soubs un astre pénible se pendent ou se tuent de quelque glaive. Car qui est l'homme, qui, désespéré, ne se pende ou se rompe le col en se précipitant du haut en bas, s'il est si misérable, si mal'heureux, que d'estre méprisé de celle, laquelle il désire, il loue, il honore, à laquelle il ne fait que penser, et pour laquelle il brûle? Ceste disgrâce vient de la flesche, qui est ainsi garnie de plomb, estant, toy, pauvret, hRï de celle mesme que tu aimes, d'où par nécessité il te faut pendre toy-mesme. L'autre sorte de flesche reluist, pour estre garnie d'or, laquelle, estant descochée, entre dans les
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yeux, pénètre les remparts de l'esprit, rompt et abbat les murailles de raison. Par le coup d'icelle, le courage d'uae bonne volonté se laisse tomber; par son coup, incontinent on lasche la bride à l'entendement: par son coup, on jette derrière le dos les bons conseils: par son coup, on refuit les bonnes compagnies : par son coup, Paris lut la ruine de son pays : par son coup, Scylla couppa le poil à son père: par son coup, Hercules, laissant sa massue, se meit à filer avec la quenouille: par son coup, Europe chevaucha sur Jupiter cornu, et lo, vache feinte, devint vache tout à l'ait. De là viennent les courroux, les choleres, les indignations, les deadaings, et tous les maux du diable. La Piimevere, estant une vraye bouillie féminine, ne regarde pas plus loing que le bout de sonnez, et est bien aise (l'avoir Gupidon pour mari, pour auquel plaire elle peigne tous les jours ses cheveux, et frise ceux de devant, et se met sur la teste un beau chappeau de roses, et de belles violettes avec lesquelles elle embellit ses tresses. Elle se vest d'une robbe changeant, et d'un cotillon de soye, sur lesquels sont attachées plusieurs fleurs et herbes odoriférantes. Elle porte tousjours sur soy du musc, de la civette, et autres parfums et odeurs, par lesquelles le bastard de Venus est alléché : et, en telles voluptez, ce paillard s'afoil)lit moins. Et, par ce qu'elle est belle, et plus belle que toutes les autres, elle ne se soucie de tirer avec le fuseau la fillace d'une quenouille ny d'en dévider le fd au roiiet; mais se délecte seulement soubs verdes ramées, ou se promené pour passer le temps parmi les champs tleuris, estant suivie tousjours par une infinité de plaisuns oiseaux, lesquels ne font que chanter avec toute sorte de mélodie. Le rossignol n'y manque aucunement, lequel joyeux, avec son c .ant, loue les meurs et la beauté de son amoureux, et gringuenotte cent façons de chants. Le chardonneret y est aussi, lequel fait son nid dedans l'arbre d'un bois, et est doux à l'ouye, mais plus doux et plaisant à la veuë, et lequel, retrouvant ses petits enfermez en cage, les nourrit. On y voit aussi des linottes, des gorges rouges, des alouettes, des perrocquets, lesquels sublent merveilleusement haut, e' s'efforcent d imiter la voix humame; là, les pies et les geaii y ch;intent. La Primevère est fort contente, se voyant ains) joyeusement accompagnée, et nourrit ce poltron, ce faitneant et ce personnage de peu, nommé Soûlas, et le paisl