‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 178 sur 238 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

Pendant que moy courronné de laurier en Bergamo, et en la bonne \ille de Cipade, je me prépare pour chanter au son du gril, les Diables, les prouesses de Fracasse et les horribles faicts de la Baleine, donnez secours, ô Muses, à votre Goccaye. Je ne veux pointpescher en (îes eaux froides de Parnasse, comme ce badautde Maro, qui n'eust jamais en badauderie son pareil, pendant qu'il fourre en son corps ces eaux gelées de Helicon, avec lesquelles il refroidist et giac ' son estomacli en refusant l'usage du vin : dont une douleur le prend en la teste, et se rompt les veines de la poitrine. Et pour quoy ? pou*- quatre sols seulement, pendant qu'en l'ombre il chante : Dis-moy, Damete, et sa brague tomboit. Que de la malvoisie vienne m'abreuver ! il n'y a point meilleure manne, ny meilleure Ambroisie, ny autre plus plaisant Nectar.

ApoUo avoit esveillé ses chevaux, et amenoit avec soy un jour si beau et si luisant, que de long-temps il n'en avoit présenté au monde de tel. De peur donc qu'un jour si gratieux se passast avec quelques affaires mélancoliques, Boccal ameine devant les compagnons Beltrasse comme un escolier, lequel trembloit et chyoit des estoupes devant son

266 HISTOIRE MAGGARONIQUE.

magistep. Car ce grossier d'entendement ne pouvoit jamais accorder le cas avec le nombre. Boccal le tance premièrement, et puis le fait monter à cheval. Cingar estoit le chc val, et Beltrasse le chevaucheur. Mais, afin que les coups de foiiet qu'il luy donnoit ne fussent donnez en vain, il luy avoit retroussé tout le derrière, et, le présentant en ceslo sorte devant la compagnie, ce ne fut pas sans rire à bon escient. Boccal, puis luy disoit : « 0 galant Beltrasse, Poê^ô» quœ pars? » Beltrasse respond : < Amen. — Ha ! dit Boccal, si je chantois la Messe, tu me respondrois bien. » En co disant, il donne de l'esguillon : Ce n'est pas Amen, dit-il, mais Arri l'asne^ pru, prout, chemine, vieille rosse. » (^o pauvre malotru, tremblant, disoit : « Paidonnez-moy, Ma gister ; je ne sçay pas la Grammaire, iv Boccal redouble. Balde se print à rire ; aussi feirent tou& les autres, et se couchent tous sur l'herbe, cependant qinô Buccal continuoit ses coups, et en donna plus de cent sur lo qaadran nud do ce pauvre misérable; et estant ainsi bien tscorché, on le lascha par le commandement de Balde, et s'enfuist par la forest, sans qu'on ouist plus nouvelles Je li<y.

Or, quant à Pandrague, estant sa me^-chante vie assez notoire, et vérifiée, on ne la détache p.>s a<nsi : mais est reserrée plus estroitement. Falcquet, avco à,es armes en la main, en avoit la garde, j)endant que les autres compagnons se preparoyent pour aller inhumiir les deux corps do Guy et de Léonard, pour là eux deux demeurer jusques à ce que la trompette du Jugement sonnatU. Gilbert et Cingar marchoient avec torches en la main ; Balde demeure derrière, seul, et range en la bière les osseoieus de son Père, y respandant dessus des violettes et des lis, et tout autour; et sur sa teste, luy met une couronne de laurier, et en sa main une branche de Palme, luy appartenant droitement telles marques pour les victoires qu'il avoit obtenues en plusieurs batailles et combats.

* Une pièce de vers, composée par un ardent calviniste et ini' primée en 1562, est intitulée Chanson nouvelle contenant h forme et manière de dire la messe sur le chant de Hari, Hari J'asne, Hari hourriquet ; elle a été insérée par M. Leroux de Lincy dans son Recueil de Chants historiques français, deuxième série, p. 206, et par M, de Montaiglon, dans les Anciennes poésies françaises. Paris, annet, t. VU, p. 46.

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