‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 192 sur 238 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

sans des basions des morts ou noyez, assomment ces larrons comme pourceaux. Car, se resouvenans des coups de latte et de nerfs de beuf qu'ils avoient reçeu d'eux, ils leur rendoient bien la pareille. Car Philoforne les avoit amenez en tei're, et combattoient mille Genevois contre mille autres. Cingar avoit en main le fer de sa pertuisanne, lequel n estoit garni de sa hampe. Voyant ce secours venu à son party, s'encourage plus fort, et avec son fer ouvroit le ventre à tous ceux qu'il rencontroit, et le sang, rejalissant contre luy, l'avoit rendu tout rouge, et remet en mémoire les beaux faits et vaillantises par luy commises en sa Gipade. Mais Boccal s'estoit caché en un creux, et, comme le lièvre, s'estoit couché contre terre, ayant ceste opinion que cestuy-là estoit un pauvre malotru qui s'eschappoit de )»> mort, par quelque manière que ce fut.

Hippolite avoit longuement considéré telle meslée, et s'esmerveilloit de veoir des guerriers si braves et n'avoit voulu ce Capitaine desgainer son espée, ny mettre sa rondache au bras. Car, en son cœur, il prenoit grand plaisir, voyant Balde et ses compagnons combattre contre les siens de si grand courage, et avec telle adresse, qu'ils sembloyent tous estre des Rolands, ou des Renauds, tant ils avalloyent de testes, de bras, de mains, faisans de terribles monceaux de corps moris, et sembloit toute la campagne couverte d'iceux. Chascun fait preuve merveilleuse de sa vaillantise, purgeant le monde misérable de telle ordure de larrons. Si aucun eust veu tant de cuirasses, tant de heaulmes, mo rions, et telles armeures csparses çà et là, en pièces, certainement il eut dit qu'il n'y avoit rien au monde de plus horrible, non pas mesme les tremblemens de terre, ny les foudres, ny les tonnerres. Hippolite cependant voyoit qu'il, lardoit trop : il pousse promptement son cheval Rochefort, et tenant en main son espée, et son escu au bras, il sembloit un torrent descendant de la montagne. Cingar le voyant venir : « Garde, Falcquet, s'escria-il ; voicy un lourd joueur ! Tien ferme, je ne te faudray point. »

Comme le pilote advisé, voyant la vague avec un grand bruit des vents venir vers luy, la reçoit en lui mettant au devant la proue de son vaisseau : ainsi Cingar, contre le furieux assaut d'Hippolile, se roidist pour l'attendre : mais il ne peut evitei' le coup d'Hippolite, lequel luy donna sur la teste si rudement, qu'il oublia a'il estoit jour ou nuict.

m HISTOIRE MACCARONIQUE.

l^^alcquet voyant s n amy eu tel hazard, s'enflambe decO" 1ère outre mesure, et de sa massue donne sur le heauhno d'Hippolite, et redouble derechef, donnant plus asprement qu'à la première fois, et luy fait tomber le pennache à bas, et à la tierce, luy donne en mesme endx^oit un tel coup, qu'il le contraint d'embrasser le col de son cheval. Le mont- Gibel ne paroist si en feu comme Hippolite brusloit de co^ 1ère. Il bouffe de furie, et de despit, bruiant comme une tempeste, et, prenant son espée avec les deux mains, vou-^ loit fendre Falcquet en deux ; mais iceluy feit un saut à "osté, évitant ce coup. I/autre ne cesse de redoubler ses iioups. Falcquet ne peut éviter ceste cerise, qui fut si brusque, et si gaillarde, qu'il ne se peut tenir de tomber, estant sa visière emportée. Cingar, soudain tout furieux, s'advance, et donne un grand coup sur le bras droit d'Hippolite, pour luy faire sortir du poing son espée. Falcquet incontinent se relevé, et, pendant qu'Hippolite estoit empesché avec Cingar, Falcquet d'un autre costé luy donne un coup de sa massue. Hippolite, laissant Cingar, et se revirant vers Falcquet pour le charger, Cingar le reprend, et luy fait tomber une partie de son harnois. Comme un lion se monstre terrible en combattant contre deux Ours, se jettant tantost sur l'un avec ses pattes, tantost sur l'autre avec la dent, n'ayant pas loisir de pouvoir reprendre haleine, recevant un coup de dent de l'un, pendant qu'il s'amuse à l'autre : ainsi se comportoit, entre ces deux, le vaillant Hippolite. Il estoit espris de si grand' rage, et d'une telle furie, que le feu, pour une telle colère, luy sortoit de la teste. Pendant que Cingar s'advançoit trop devant luy, il reçoit une telle taillade, non sur l'eschine, mais sur l'oreille, qu'il luy semble oûir cent mille tintouins, et tombe tout estourdi à terre, alongeant les cuisses, et s'estandant tout à plat comme une {grenouille. Le sang luy couloitdes narines, de la bouche, et des oreilles, abreuvant de sang la terre tout autour de soy. « Ha ! voleur, dit Falcquet, meschant ribaut, as-tu tué un si vaillant homme? » Et, en se disant, il prend à deux mains sa massue, fait un saut en l'air, comme feroit un Léopard, et donne sur le heaulme d'Hippolite avec telle puissance, qu'il met en pièces son escu, lequel il avoit jette sur sa teste pour se garentir d'un tel coup, et neantmoins Hijipolile ne peut si bien s'en sauver, qu'il ne donnast, à la renverse, de la teste sur la croppe de son cheval, lequel

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