LIVRE XXI
îuy qui va à pied. » Le Paysan s'escrie, et ne veut descendre, et, feignant n'entendre rien, dit à ses asnes : « Euz, peut, chiz, hai, ira-t-il. » Cingar, enfin, l'attrappe et le pousse si rudement, qu'il le jette avec sonasne en un fossé, et saute sur 1 autre, l'enjambant gaillardement, et le faisant marcher si doucement, qu'il n'eust pas voulu avoir une hacquenée françoise, ni une mule de Home; car c'est asne embloit si légèrement, qu'avec les pieds il deschicquettoit menu les feuilles qui estoient par le chemin, ticque ticque, ticque ticque, ticquetoc, resonnoient les pierres sous ses pieds : jamais ne bronchoit, et ne Iuy falloit donner aucun coup d'esperon ; car lors, il ne failloit de ruer d'un pied et se fascher, car c'est un grand miracle, si un asne, en Iuy donnant de l'esperon, ne tire deux ou trois coups de pied. Ce ne fut pas un petit plaisir entre ces Messieurs, voyant ceste petite beste ne faillir, quand Cingar le talonnoit et Iuy bailloit de l'esperon, de se reserrer le ventre, et mettre la teste enlre les jambes en levant le derrière, en sorte que Cingar, en faisant rire la compagnie, estoit contraint mettre main à terre, et tomber plus rudement que s'il futcheut de dessus un cheval.
Avec ce passe temps, tous ces compagnons arrivent au pied d'une haute montagne : montagne, dis-je, si extrêmement haute, qu'elle sembloit servir d'une colonne au pôle, estant sa cime en la plus haute région de l'air. Icelle est surnommée de la Lune; et au pied d'icelle, ils rencontrent une grande caverne, laquelle, par plusieurs destours, s'estend partout. Le Centaure y remarque les pas de Fracasse, dont un chascun se'resjoûit, et tous se délibèrent de suivre ce train. Balde met pied à terre : aussi, tout Lyron et Hippolyte. Cingar, qui venoit après, dit : Qui demeurera derrière, ferme la porte, comme dit le proverbe. »