‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 217 sur 238 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

(le vipère, du fiel d'une puppu et du lait d'une céraste. Davantage, ils mesleutles choses sacrées avec les prophanes, et se servent de chandelles faites de la cire du cierge Paschal, du cresme, du sel dubapléme, autres telles choses que de mauvais Prestres donnent à ces poltrons. Je puurrois bien d'adventure desorire comme ils font telles compositions ; mais je me défie que, pensant reprendre les fautes d'autruy, je deviendrois précepteur et insiructeur d icelles, tellement qu'on m'estimeroit digne de la mitre d'un Thomiste, et me doimeroit-on en main la queue d'un asne en guise d'une bride, recevant telles choses pour un si grand labeur. Car, pour dire vérité, tous les jeudis on y voit courir des Orateurs, des Advocats, des Médecins, des Asti'ologues, des Poètes, des Moines, des Prestres et des Juges. Mais, parce que la raison cède au respect et que les gros poissons ont aicoustumé de m;inger les petits, il n'y a seulement que quelques malheureuses vieilles qui servent de spectacle au monde, quand on les promeine sur des asnes*. Icelles servent de voile aux fautes des nobles, et espargnentaux Dames le feu qu'elles mentent.

Balde se fourre partout, estant ainsi incongneu, regarde à tout, lit les inscri[)tions des boëtes et des pots. Il ouvre les livres, et lit en iceux : il n'y trouve rien que des receptes mortelles, à sçavoir : comme les enfants sont ensorcelezpar la seule haleine d'un niarouffle ; comme ilfautcauser un dormir pour cependant jouir d'une fille ; comme un mari cognoislra quelles cornes sa femme luy fait, et pour trouver le ribaut sur le faict; comme il faut contraindre les belles filles à aimer, et y attirer de force leurs volontez encore saines et entières; comme une femme n'engrossira point, quelque coup de corne qu'on luy donne ; comme elle vuidera son enfant si elle se sent grosse; comme, à grand' peine estant nay, on luy peut corrompre tous les membres; comme une femme pourra faire desecher son mari quelle Waïra : comrne une villaine sorcière ostera l'entendement à

» Des femmes accusées de sorcellerie, des entremetteuses, étaient, au moyen âge, promenées sur un âne, au milieu des huées ■ le 1b populace, et fouettées par le bourreau. Lo dix-huitième -iècle a offert encore à Paris le spectacle d© promenades de ce genre.

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un enfant, ou la vie du corps ^ Il y a là, dis-je, des Béguines, vieilles puantes, qui vont et reviennent, portent etiapportent telles drogues en de petits pots, en des boëtes, et autres vaisseaux. Balde les suit, pour l'envie qu'ilade veoir tout. 11 s'y voit un autre lieu, long de trois cens brasses, large de deux cens, autant spatieux qu'aucun autre, qui se puisse trouver. Là, les uns sont enseignez, les autres enseignent autant de sorciers qu'il y a de graine au sable de la mer, autant que la forest de Bacane jette de feuilles, et autant que la sèche et stérile Fouille engendre des meuches noires. Là sont de vieilles édentées, vieilles gueuippes, vieilles chassieuses, lesquelles Gelfore a instituées pourestre maistresses d'escole, et des premières du Sénat. Icelles, à la façon des Pédagogues, sça vent fort bien dispenser leur science, donnans les préceptes de sorcellerie, et pouroperer avec onguens, et faire de telles bonnes œuvres, comme d'esmouvoir les tonnerres du ciel, faire tomber la tempeste sur les bleds et sur les vignes, attirer la Lune çà bas, et faire rétrograder les estoilles, remonter les fleuves contremont, et de la mer faire retourner les fontaines à leur première source; comme il faut changer les corps en diverses formes, muer les hommes en loups, en ours, en chiens, et se tourner soy-mesme en chat, en chouette, en hibou, cliantans la nuict sur les couvertures pour tristes augures; et comme les Prestres peuvent abuserparfascinations leurs commères, et les meschans Moines chevaucher sur les diablesses de mules. Balde oit d'un costé et d'autre plusieurs préceptes de sorcelerie, et, regardant de près pour veoir s'il en recognoistroit quelqu'une, i) advise la femme de Cingar, et Berthe servir de maistresses d'escoles à des petites filles : dont, tout estonné, ne se peut quasi tenir de tirer son espée. Mais, considérant qu'il y voyoit aussi plusieurs Madames, femmes de nobles personnes, et autres, sortans de dessous de grands chappiers, vrayes montures de Satan, se prostituer aux diables, il appaisa sa colère, se teut et se tint encore ainsi invisible, se confortant en soymesme; et se résout de prendre un jour telles bonnes pièces

« Tous ces secrets et bien d'autres du même genre étaient regardés, à l'époque oîi écrivait F'olengo, comme chose facile à accomplir lorsqu'on avait des relations avec les puissances infernales.

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