‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 224 sur 238 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

Boccal ne perd pas temps: il les suit, et, criant après elles, leur dit : » Demeurez, ribauldes, demeurez, puîanelles ! U est besoing de vous estriller: et bien, où allez-vous? Demeurez, dis-je, holà, attendez ! Où fuïez-vous? Où pensezvous eschapper? J'auray maintenant ma vengeance : M'avezvous pas nagueres ainsi fait, estant devenu l'asne de votre vache, de vostre louve? M'avez-vous pas ainsi estrillé l'esc-hine avec une estrillé de bois? » Il avoit trouvé en chemin une longue courroie, pareille à celle que j'ay veuë autrefois à Venise, quand le bourreau fouette par le marché les putains, les faisant courir devant soy en les fouettant. Il frappe ainsi outrageusement sur ces pauvres misérables. Toutesfois il se feint, et donne plus légèrement, quand il se rencontre sur les plus jeunes, les plus blanches et les plus belles. Mais, sur les vieilles riddées, lippues, et coupeuses d'esguillettes, ne se feint de leur donner de rudes estafilades, leur faisant devenir leurs cuisses et les fesses pareilles aux jambons de la Bresse. Elles ne gagnent rien de crier miséricorde, ny de demander pardon ; car Boccal avait lors l'oreille île marchand.

Balde, d'autre costé. emportoit la Royne entre ses bras, et tous les siens taschoyent à la ravoir : qui fut un travail bien grand à ces Barons, pour le nombre infini de personnes, qui y venoyent à la file. Le campagne retentissoit de toutes parts pour les grands cris et clameurs de ces gens icy: tellement que les poissons de la mer venoyent sur terre tous estourdis. Car icelle est au-dessus de ce Royaume, située comme un plancher. Les. hommes et personnes de ce monde (je ne voudrois pas dire une menterie) entendirent de dessous la mer ce grand tintamarre. Balde avoit, non sans en suer, enfin lié cesto sorcière, et sur ses espaules Tavoit portée en un certain trou d'une caverne. Ct'S gens icy ne le suivent plus, estant une partie d'iceux demeurez sur la place, une partie estropiez, et le reste fuiant et cherchant à se cacher. Gelfore, menée à un mauvais port, invocquoit les Diables pour venir emporter la vie qu'elle leur avoit promise. Se tourmentant ainsi, elle est incontinent saisie entre les griphes des Diables, qui vinrent à elle avec grands hurlemens, et l'emportèrent en corps et en aine au fond d'enfer.

Fracasse, cependant, fracassoit et brisoit tout ce villaiq palais, pour en descharger le monde. Il donna un coup

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contre un gros pillastre de marbre si rudement, qu'il )e meit en cent pièces, et par sa cheute se feit un merveilleux bruit des poutres, soliveaux, et autres bois de charpente des chambres, salles et retraites de ces sorcières, tombans toutes par terre, et le poussier, se levant contremont, ren« doit une grande obscurité : et redoublant ses coups, il brise toutes les colonnes; et les murailles, qui estoient basties sur icelles, tombèrent toutes par terre, et voyait-on les planchers dorez en pièces, et meslez parmy les pierres.

Pendant que ce géant estoit eschauffé à faire si beau mesnage, et voulant assaillir une tour, Seraphe soudain s'en vient à luy, l'appelle et crie : oc Pardonne, Fracasse, à ceste tour, pardonne! La peine est assez bien payée. Laisse, pour le présent, ceste tour en son entier, laquelle, quand elle tomberoit en ruine, incontinent tout le fondement de ceste mer suspendue là haut tomberoit aussi quant et quant, et vous seriez tous noyez, et serviriez de pasture aux poissons. Si tu ne le sçais, je te veux bien advertir qu'en icelle sont encloses sept statues fées, six de cire et une de plomb, lesquelles ont esté, soubs le mont Tonale en la cinquiesme Lune, composées par sept sorcières à sçavoir Madoge, Ladoge, Stane, sa sœur, Birle, Sberliffe, Cantare et Dine, Aussi-tost que tu aurois rompu ceste tour et brisé ces figures, tout ce lieu s'en iroit en fumée, et vous beuveriez de l'eau plus que vous ne voudriez. » Balde, après avoir fait si grand massacre, s'en estoit venu en ce lieu avec tous ses compagnons. Là prennent advis ensemble de ce qu'il falloit faire. Cingar est d'advis qu'il fault aller et descendre en ces manoirs infernaux, lesquels Seraphe leur avoit dit n'estre loing de ce lieu, et que seroit bien fait de laisser à Seraphe ce qui resteroit encor' à faire pour ruiner le Royaume de sorcelerie, pour abbatre ceste tour et pour ester ces images fées. Chacun presta consentement à ladvis de Cingar et louèrent tous son courage, l'estimant tel qu'ils ne pensoyent point y en avoir de plus généreux au monde- Gilbert demeura seul, par le commandement de Halde, avec Seraphe. La délibération donc, et la resolution est de descendre es basses cavernes de Phlegeton; et une petite heure sembloit desjà en durer à Balde cent, s'estimant ass*^/ puissant pour assaillir derechef les forces des Diables Plus hardis donc et courageux qu'ils n'avoyent encor' esté ils entrent dedans les obscurs cachots, et descendent ari

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