‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 38 sur 238 · XLII NOTICE SUR THÉOPHILE FOLENGO · texte numérisé non relu

XLII NOTICE SUR THÉOPHILE FOLENGO

La seconde cilafion, et oUe ne sera pas longue, Sera puisée dans le poëme de Lustitudiûe studenlica.

Ha, viva fratres, viva, precor esse corassi,

Nam vos ex animo Uetor adosse meo, Esse Corasse liodie mihi inissa pecimia praesens

Tristitiamque tulit, lœtitianique dédit.

Vos fainuli Kannis bacchtim demcrgitc tieffis,

Et date Rhenano pocula plena mero.

Nous ne croyons pas devoir nous arrêter à quelques écrivains anglais tels que Drummond, Ruggle, William King, Geddes, qui se sont essayés dans le genre macaroniquc et à l'égard desquels on peut consulter l'ouvrage de M. Delepierre; nous y renvoyons de même pour un bien petit nombre de tentatives semblables faites en Espagne ou en Portugal.

La rareté do la plupart des ouvrages macaroniques, le peu d'exactitude des connaissances que l'on a en général au sujet des productions de ce genre, tels sont les motifs qui nous ont engagé à entrer à cet égard dans des détails qu'on trouvera trop développés peut-être ; mais, nous aimons à le croire, l'appel que nous faisons à l'indulgence de nos lecteurs sera entendu.

Ce n'est point aux cerveaux esventez que ceste Histoire est voilée, elle est de trop long-temps promise à ceux qui, non moins doctes que curieux, ont peu cognoistre par effect ce que je monstre par apparence. Je sçay que c'est de se précipiter aujourd'huy devant ces esprits bigeares, qui se faschent autant de vous relever, comme ils sont joyeux de vostre cheute : et ne fais difficulté de croire qu'ils iront plustost après une umbre imaginaire, que de courir au-devant du corps. Telles gens mesprisent seulement ce qu'ils ne peuvent comprendre ; et n'approuvent que ce que leur jugement puéril peut pe netrer. Je sçay bien qu'un langage pointu et affecté les pourroit peut-estre arrester à la superficie; mais j'aurois peur qu'après ils en gastassent le fonds, et fissent accroire à ce Livre autre chose qu'il ne dit. On a fait dire plusieurs fois à Homère ce qu'il n'a pas voulu, à Platon ce qu'il n'a pas sçeu, et à Aristote ce qu'il n'a pas entendu. Car, entre ce qui est attaché à la suitte de chasque sens, nous tirons une infinité d'argumens, de

conséquences et de conclusions, à une explication fausse, par la comparaison d'un point à l'autre, pour nous esloigner de l'intention d'un Autlieur: et bien que nostre jugement nous trompe, nous soustenons plustost ces fantastiques interprétations que d'avouer nostre ignorance. Je dis cela, pour ce que le subject que je traicte semble autant esloigné de la vérité, qu'il est difficile de croire; et n'estoit que je me fie à l'aage de ce Livre, je craindrois qu'il fust souvent desmenty. Aussi, pour ceste considération, sera-t-il tousjours espargné, et en excusera-t-on le discours, qui n'a voulu changer le ramage de son temps ; d'ailleurs que l'antique réputation de ce grand cavalier Balde, vivant encore en la bouche de ce Livre, estonnera ces Correcteurs nouvellement érigez. Je ne veux pas dire qu'il n'y ait quelque chose de fabuleux en la suitte de ceste Histoire; mais aussi ne veux-je pas nier qu'il n'y ayt de la vérité, et que ce ne soit une chose approuvéedela représenter sous la Fable, de laquelle nos Anciens se sont servis si à propos. J'en demanderois volontiers quelque chose à ce grand docleur M^ François, et ce qu'il a voulu C\ce, et qu'il a voulu traicter sous le couvert d'une infinité de plats maccaronesques. Il me respondra : « Ceux que vous traictcz sous les ruses et siihtilitez de Cingar; sous les tours facétieux de Boccal; sous les révélations de Seraphe; sous la conversion de Guy; sous les adventures de Léonard ; sous la force de Fracasse; sous les enchantements de Pandrague et de Gel fore; sous les rencontres et galantises dei1alde;ei bref, sous tant de pays de fourmage, montagnes de soupes grasses, que ces guerriers inimitables ont passez.... » Car il ne peut estre que, par le moyen de leurs voyages, ils ne l'ayent rencontré dans le ciel, sur la terre, dans la mer, et aux enfers, et ne luy ayent faict cognoistre une partie de leurs adventures. Mais c'est tout

un, je m'en rapporte à ce qui en est, et me persuade n'estre pas tant obscur, qu'il faille faire de cest Ouvrage, comme fîst S. Hierosme des Escripts de Perse ;

Intellecluris ignibus ille dédit;

attendu que les histoires nous font foy (et peu de personnes l'ignorent) que ce grand personnage, dont il est traicté, est descendu de Guy, et du Paladin Renaud, jadis tant renommé. Que si on ne veut prendre pied à la .suitte, j'advertis les Lecteurs d'en considérer les despenses, et s'arrester sur ce qu'ils cognoistront digne d'explication; ce pendant que la trompette fera sortir en champ de bataille les Mousches et les Fourmis, qui sont sur les termes de s'assaillir. Adieu.

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