SUR THÉOPHILE FOLENGO. VII
de la solitude du cloître, et il se remit à voyager, toutefois d'une manière conforme à la décence.
En 155y, il se trouvait à Naples, et bientôt il se rendit en Sicile, où un des princes de la maison de Mantoue, Ferrante de Gonzaga, gouvernait cette île en qualité de vice-roi et protégea notre poète. Se repentant de ses erreurs passées, il revit ses ouvrages ; il en effaça les hardiesses, et il en supprima ce qui était le plus propre à scandaliser ses lecteurs ; malheureusement ces éditions corrigées sont préc'sément celles dont le public ne veut pas.
Après avoir séjourné quelque temps auprès de Palerme, Folengo, arrivé à l'âge mûr et ayant des fautes nombreuses à déplorer, entra définitivement dans un couvent, où il voulut terminer sa vie. Il ne fit pas un long séjour à Sanla-Croce di Campese, car, l'année suivante, une fièvre maligne remporta, le 9 décembre 1544 i.
Il a trouvé un panégyriste fervent dans l'auteur d'un Elogio di T. Folengo, imprimé à Venise en 1803, lequel n'hésite pas à dire que Mantoue doit être aussi fière d'avoir produit le poëte macaronique que le chantre d'Énée, et que celui-ci, grand philosophe, grand poëte et grand homme, sera honoré tant que les lettres et le mérite recevront les hommages qui leur sont dus 2.
Folengo s'était d'abord livré à la composition d'un poëme latin, dans lequel il se proposait de surpasser Virgile; mais, reconnaissant que celle prétention était excessive, il aima mieux occuper la première place dans le genre badin qu'être réduit à un rang inférieur dans le genre sérieux, et il écrivit ses poésies macaroniques, qu'il mit au jour sous le nom.de Merlin Coccaie^. Soit conviction
• On plaça sur sa tombe une iuscription ainsi conçue : « Hic cineres Tlieophili Monachi tanti-per, dura reviviscat, asservantur, et in Domino quievit feiioissimc die noua derembrls l'iii. »
Plus tard on lui érigea un autre mausolée sur lequel on plaça des épitapiies en vers et en prose latine, en espa!,'nol, en italien. (Voir Gentlie, p. 113.) Nous nous bornerons à citer deux distiques :
Mantua me genuit : Veneti rapuere : tenet nunc
Campesiam ; cecini ludicra, sacra, sales. Hospes, siste gradum : mânes venerare sepultos Merlini. Corpus conditur hoc tumulo.
2 M. Delepicrre, qui parle avec quelques détails de cet éloge, p. 99 et suIy., n'a pas connu l'auteur ; il est appelé Angclo Dalmistro dans un catalogue imprimé à Paris. (E. P., 1850, n" 124.;
3 Le nom de Merlin a été emprunté au célèbre enchanteur anglais qui joue un si grand rôle dans ces romans de chevalerie dont Folengo était le lecteur as>idu, et qu'il imite en s'amusanl. Un autre anglais, Geddes, signa du nom de Joilocus Coccaius, Merlini Coccaii protiepos, une ode ironique pindarico' aaphico-viacaroni a in Guglielmi Pitti laudcm, qu'il publia en 1795. Ajoutons que Merlin Coccaie a été mis sur le théâtre et qu'il fait usage de sa diction macaronique dans une comédie de G. Ricci : / Poeti r.vati^ drama piac-^tole. Roma, 1632. Quant au nom de Coccaie, on croit que notre poëte le prit à un des maîtres qui avaient instruit !*on enfance, Visago Coccaie.