‹ Histoire maccaronique de Merlin Coccaie, prototype de RabelaisChapitre 6 sur 238 · VIII NOTICE · texte numérisé non relu

VIII NOTICE

4e son propre mérite, soit par une de ces plaisanteries qui fourmillent chez lui, Folengo se décerne à lui-même des éloges éclatants :

Magna suo veniat Meilino paiva Cipada, Atque Cocajoruin crescat casa bassa meorum ; Mantua Virgilio gaudet, Verona Catullo, Dante suo florens urbs tusca, Cipada Cocajo. Dicor ego superans alios levitate poetas, Ut Maro medesimos superat gravitate poetas.

Et ailleurs il a'écrie :

Nec Mei'linus ego, laus, gloria, fama Cipadae.

C'est à son épopée macaronique que B'olengo doit la réputation qu'il a conservée, et c'est elle qui doit nous occuper en ce moment, lorsque nous aurons d'abord fait connaître ce qui distingue la langue factice dont notre poète ne fut pas l'inventeur, mais que personne, avant lui, n'avait maniée avec autant de bonheur et appliquée à des productions d'aussi longue haleine. Ch. Nodier a eu raison de dire qu'il y avait dans les délicieuses macaronées de Folengo tout ce qu'il faut d'imagination et d'esprit pour dérider le lecteur le plus morose.

g 2. DE LA LANGUE MACARONIQUE.

La véritable diction macaronique consiste à ce que l'auteur prend les mots dans sa langue maternelle, et qu'il y ajoute des terminaisons et des flexions latines. Faute de s'être bien rendu compte de cette particularité, des auteurs, fort estimables d'ailleurs, sont tombés dans des erreurs complètes en confondant avec le macaronique le latin corrompu à plaisir et des langages hybrides, enfanis du caprice. Le pédantesque, qui amusa un instant l'Italie, a été aussi l'objet d'une confusion semblable, tandis qu'il est l'inverse du macaronique, puisqu'il soumet le mot latin aux formes du langage vulgaire ; la macaronée, au contraire, assujettit le mot vulgaire à la phraséologie et à la syntaxe latine.

Ces distinctions sont nécessaires à préciser, car pendant longtemps on a employé, dans presque toute l'Europe, un genre de comique qui consistait à créer un mélange hybride dépourvu de règles et fort éloigné de la véritable macaronée. « Dans celleci (ainsi que l'a judicieusement observé Ch. Nodier), c'est la langue vulgaire qui fournit le radical, et la langue latine qui fournit les flexions, pour former une phrase latine avec des expressions qui ne le sont pas, au contraire des langues néo-latines usuelles, et c'est l'expression qui est latine dans une phrase qui ne l'est point.

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