CHAPITRE XVII
De l»»t à 158t.
Décadence de la marine sous les. trois derniers Valois. — Gaspard de Coligni, amiral de France.— Guerre civile des catholiques et dca prolestants sous Charles IX. — La ville du Havro livrée, puis reprise aux Anglais. — La lU'chelle pendant les guerres civiles. — Siège de La Rochelle en 1573. — Disgrik-e et Un du baron de La Garde. — Proclamation d« la mainte Ligue, sous Henri 111. — La Rochelle, Brouage cl Bordeaux. — Traite rie Bergerac. — Les Pays-Bas s'adressent à la France , contre l'Espagne. — Expéditions navales aux Arnica, pour la succession de Portugal, en IMS et — Tentative (Kiur livrer Boulogne-sur-Mer aux Espagnols. — Les Pays-Bas mari lin) es offrent à Henri III de reconnaître sa souveraineté. — Henri de Navarre dans Le Rochelle. — L'Armada espagnole devant Calais. — Henri 111 se jette dans les bras du roi de Navarre. — Il meurt laissant la France voisine d'un démembrement. — Navigations et essais de colonisations des Français à la Floride.
La mort prématurée de François II fit perdre toutes les espérances qu'on avait fondées sur le mariage de ce jeune monarque avec la reine d'Ecosse. Les dix-huit mois environ de son règne s'étaient passés en rivalités intestines, en querelles religieuses et en complots. Une seule famille remplissait jusqu'alors un rôle honorable, celui de modérateur, au milieu de ces déplorables divisions civiles, dans lesquelles on vit tout d'abord figurer, d'un côté, les Cuises avec la reine-mère, Catherine de Médicis, et, de L'autre, Louis Ier de Condé, prince de la maison de Bourbon, issue de Robert, comte de Clermont, fils de saint Louis. Cette famille était celle de Coligni. L'amiral se faisait remarquer par l'impartialité, la sagesse de ses avis, par son désintéressement et son amour du bien public. Au physique, ce personnage fameux n'était ni bien ni mal fait, plus petit néanmoins que grand ; mais il avait une physionomie si heureuse qu'il ne fallait que le voir pour l'aimer ; et cependant son air était imposant et grave. Au moral, sans fard, sans fourberie, sage, mûr, avisé, politique, bon guerrier, brave censeur, comme dit Brantôme, pesant les choses, et esclave de l'bonncuretde la vertu; il était tel en deux mots, que, quand on le connaissait une fois, on ne pouvait se défendre de l'estimer, fût-on
même son ennemi. L'intolérance du parti à la tête duquel étaient les Guises, alliés aux Espagnols et évocateurs perpétuels de toutes les horreurs de l'inquisition depuis cette alliance, fruit du traité de Cateau-Cambrésis , finit seule par jeter ouvertement Gaspard de Coligni dans le parti protestant ou huguenot, comme on disait alors. Longtemps 1 amiral chercha à concilier les deux partis, sans s'attacher à l'un plus qu'à l'autre, ne voulant être que de celui de la France : sa modération fut le signal de sa perte. Les Guises n'eurent pas de trêve qu'ils ne l'eussent acculé chez leurs ennemis, puisqu'il ne voulait pas être l'instrument de leurs vengeances et do leur ambition. Un tel homme, s'il eût eu le loisir d'appliquer ses vues et ses talents à la haute charge dont il était investi, aurait infailliblement rendu d'immenses services à la marine. Déjà, on l'avait vu, à la fois pour soustraire des malheureux à la persécution et pour étendre l'influence commerciale et maritime de la France, faire des essais de colonisations lointaines, qui seront rappelés ailleurs. Combien il dut déplorer de voir ses fonctions s'effacer, s'annuler complètement dans les guerres civiles, et la puissance navale du pays, laissée si grande par François Ier, baisser, se perdre au point que la moindre des nations, ayant quelques vaisseaux à son service, fut libre bientôt d'insulter le pavillon français sur les mers !
La marine d'un empire n'a pas besoin de défaites pour s'anéantir : il suffit qu'on la néglige. C'est ce qui arriva sous le fatal règne de Charles IX, qui fut une suite de massacres et d'horreurs de part et d'autre. Encore si le pays avait été seulement déchiré par ses propres mains ! Mais, dans les guerres civiles, l'étranger, si on lui en laisse le temps, manque rarement d'intervenir ; il est comme les corbeaux : il flaire les cadavres, et s'abat dessus pour s'en disputer les restes. On vit tout d'abord, d'un côté, les Espagnols, et, de l'autre, les inévitables Anglais. La mémoire de l'amiral Gaspard de Coligni ne saurait être exempte de reproches à cet endroit. Après bien des répugnances qu'on lui lit à la lin surmonter, il eut, de concert avec Louis de Condé, recours à l'intervention