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Les Anglais ne quittèrent pas pour cela le Havre-de-Cràce. Warwick déclara, au nom d Elisabeth, sa souveraine, qu'il garderait cette ville, jusqu'à ce que la place de Calais lui eût été remise en échange. La guerre contre l'Angleterre fut en conséquence proclamée, le G juillet 15G3. Le vieux connétable Anne de Montmorenci eut le commandement de l'armée chargée de reprendre le Havre. Le siège commença le 20 juillet; Warwick, quoiqu'il eût six mille de ses compatriotes avec lui, capitula dès le 28; et une Hotte de soixante navires, qui lui apportait des renforts, ne servit qu'au rembarquement de ses troupes.
Dans le trop court intervalle des guerres civiles de la France sous Charles IX, l'année 1565 fut témoin de la belle défense de Malte, contre les Turcs, par le grand-maître Jean Parisotde La Valette, de Toulouse. Bien que dans sa soixante-douzième année, et nedisposant que d'une poignée d'hommes, il força une innombrable armée musulmane à lever le siège qu'elle avait entrepris, et durant lequel le fameux corsaire Dragut-Rays, qui naguère avait joué un rôle si important dans les guerres de la France, trouva la mort.
Deux ans plus tard , en 1 507, la guerre éclatait avec une nouvelle force entre les catholiques romains et les huguenots. Quelque temps après la bataille de Saint-Denis , où fut blessé mortellement le connétable de Montmorenci , et dans laquelle l'amiral de Coligni faillit être pris , La Rochelle se donna aux huguenots et devint la place d'armes du parti dans tout l'ouest de la France. Parmi ses privilèges , qui en faisaient dès longtemps une sorte de république, La Rochelle comptait l'exemption de recevoir un gouverneur et une garnison royale. Aux mois d'août et de septembre 15G8 , l'amiral de Coligni , le prince de Condé et la reine Jeanne d'Albret, avec son jeune fils , Henri de Navarre , s'y réfugièrent. La mort de Louis Ier de Condé, à la bataille de Jarnac, le 13 mars 15G9 , plaça de nouveau l'amiral de Coligny à la tète des huguenots. Jeanne d'Albret mit son fils et son neveu sous sa direction. H obtint, le 8 août 1570 , une paix favorable à son parti. Mais celte paix était un mensonge : bientôt Charles IX lui-même autorisait
secrètement les Guises à faire tuer Coligni. Le 20 août 1572, l'amiral , comme préliminaire , était atteint de deux balles, Tune à la main droite, l'autre au coude gauche; et le 24 suivant, à une heure et demie du matin, la cloche du palais sonnait le massacre de la Saint-Barthélemi et celui de l'illustre vieillard.
Cependant La Rochelle continuait d'être le refuge et le boulevard du protestantisme en France. Le duc d'Anjou , depuis Henri III, fut chargé de réduire les Rochelais , au commencement de l'année 1573. Les plus grands seigneurs de France l'accompagnaient. La Rochelle ne composa qu'après une longue défense , et non sans avoir amené le duc d'Anjou à laisser aux habitants , avec leurs privilèges, la liberté de conscience. On eut, durant ce siège, une triste preuve de l'ingratitude des cours, à l'occasion du baron de La Garde. Ce grand marin , qui avait remporté tant de victoires navales, ce négociateur habile qui avait noué pour quatre rois successivement des alliances par eux désirées, fut arraché à son commandement et jeté dans une prison , comme accusé d'avoir laissé pénétrer, par mer, dans la place , quelques secours en munitions et en subsistances. L'affront Lui fut fait par le duc d'Anjou , en présence de toute l'armée. On ne lui avait pas même donné le nombre suffisant de vaisseaux pour établir sa surveillance, et, de plus, ses matelots, qui étaient, pour la plupart, protestants, avaient déserté par bandes, sans qu'il ait été en son pouvoir de les arrêter. Le duc d'Anjou, en entendant les murmures de l'armée, sentit, quoiqu'un peu tard, son iniquité, et lit remettre promptement en liberté l'illustre captif. Ce n'était pas la première fois que La Garde éprouvait l'inconstance et l'ingratitude royales. On se souvient de sa condamnation au sujet de la guerre des Vaudois et de la révision de son jugement en 1551. La paix de Catean-Cambrésis , en rendant ses services inutiles, l'avait ensuite replongé dans l'oubli , et même on l'avait destitué de sa charge de général des galères en faveur d'un favori. Elle ne lui avait été rendue qu'en 15f»f>, dans le feu des guerres civiles; alors chaque parti se disputait ses talents , sa valeur et son épée ,
et il s'était rangé sous les drapeaux du roi. La Garde , malgré les regrets qu'on lui témoigna, à la suite du dernier affront qu'on venait de lui faire subir, résolut d'abandonner pour jamais les cours et d'aller suspendre sa glorieuse épée dans le village même où il avait reçu la naissance, et d'où il était parti comme pauvre valet de régiment. Ce fut dans son village du Dauphiné que , vieillard octogénaire, d'une douce société, plein de charme dans la conversation , et simple dans sa vie privée autant qu'il avait été magnifique dans la représentation, il termina ses jours, en 1578, laissant, dit Brantôme, plus d'honneur que de biens à son fils unique. Les Doria eux-mêmes ne l'avaient pas surpassé dans la hardiesse des manœuvres navales, et l'on cite de lui ce trait, entre autres, qu'un brouillard l'ayant fait une fois donner au milieu do la flotte d'André , beaucoup plus nombreuse que la sienne, il sut , non sans avoir distribué en passant un feu vigoureux et inattendu, se tirer d'un danger si imminent, et rentrer à Marseille sans avoir perdu la moindre de ses galères. Pour des hommes de mer, cela vaut une victoire.
Trois des fils de Henri II devaient, par un fatal arrêt du ciel, être infligés l'un après l'autre à la France. Le méprisable règne de Henri III compléta la perte de la marine française, positivement à l'époque où celle d'Angleterre, encouragée par Elisabeth, prenait une extension, une puissance qu'on ne lui avait point encore connue. Un joli petit bateau, bien coquettement peint, doré, attifé , entouré de rideaux, où les familiers étaient seuls admis, et avec lequel on se laissait aller en promenades galantes sur la rivière, voilà tout ce qu'il fallait, en fait de gloire navale, à celui qui avait insulté naguère le vieux baron de La Garde, et qui maintenant s'évadait comme un coupable de la Pologne, de peur que deux couronnes ne fussent imposées à la fois à sa tête efféminée. En 1576, pendant que La Rochelle continuait toujours à être le centre quasi républicain du parti huguenot, on proclamait la sainte Ligue des catholiques dans la province maritime de Picardie; elle s'étendit sur-le-champ au Poitou, gagna Paris, et trou-
bla bientôt toute la France. Elle eut pour chefs les Guises, qui y firent entrer Henri III, pour le tenir sous leur main , et le renverser plus à l'aise au moment qui leur semblerait opportun. Le jeune roi de Navarre, depuis Henri IV, et Henri, prince de Condé, son cousin, étaient les plus éminents personnages du parti protestant. En 1577, les ligueurs, commandés par Charles de Lorraine, duc de Mayenne, qui fut fait amiral de France un an plus tard, eurent de grands succès en Poitou. Ils s'emparèrent de Rochefort, qui était alors de peu d'importance, presque sans résistance. Mayenne vint, le 22 juin, mettre le siège devant Brouage. Les bourgeois de La Rochelle, qui voyaient la guerre se resserrer autour d'eux , avaient mis leur espérance dans la flotte qu'ils avaient armée, sous les ordres de Clermont d'Amboise, et avec laquelle ils comptaient ravitailler Brouage; mais les catholiques de Bordeaux en armèrent une de leur côté. 11 y eut plusieurs engagements entre ces deux flottes, le 26 juin, le 9 juillet et le 18 août 1577; enfin celle des huguenots, composée de petits bâtiments avec lesquels les Rochelais avaient coutume d'aller en course contre les Espagnols, fut presque entièrement détruite , et la ville de Brouage, n'ayant plus d'espérance d'être secourue, fut obligée de capituler. L île d'Oléron fut prise également, et La Rochelle était réduite aux abois, quand Henri III, une seule fuis honorablement inspiré dans sa vie, signa, au mois de septembre 1577, le traité de pacification de Bergerac, qui semblait devoir rendre, par sa modération, un long repos au pays. Ce traité conservait aux Rochelais tous leurs privilèges et donnait plusieurs villes de sûreté aux protestants.
Le souvenir de la glorieuse lutte de François Ier avec Charles- Quint vivait pourtant encore dans cette déplorable époque, et quand un peuple était opprimé par les héritiers de l'empereur, c'était toujours vers la France qu'il se tournait, comme par instinct. Les Pays-Bas appelèrent le nouveau duc d'Anjou, frère de Henri 1H, à les délivrer du joug espagnol. l'n faible effort eût pu, dès lors, en grande partie rattacher les Pays-Bas à la France;
mais l'impuissance était dans les veines de tous les derniers Valois. Le duc, proclamé protecteur de la liberté belge et flamande, passa en Angleterre pour consulter la reine Elisabeth sur ce qu'il avait à faire ; en bonne Anglaise , elle dut lui répondre qu'il n'y avait point à songer sérieusement à rendre à la France les provinces maritimes des derniers ducs de Bourgogne.
Cependant, si la haine de la tyrannie étrangère et l'amour de l'indépendance ébranlaient la puissance de Philippe II dans les Pays-Bas, d'un autre côté, dans la péninsule même hispanique, il gagnait autant au moins qu'il était menacé de perdre ailleurs. Après la mort de don Sébastien, roi de Portugal, et le court règne de son successeur, le cardinal Henri, Philippe II se fit précéder d'une armée et entra bientôt lui-même dans le second royaume de la Péninsule, pour y recevoir une nouvelle couronne. Son concurrent, don Antonio, vint débarquer à Calais au mois de juin 1581. La mère de Henri III, Catherine de Médicis, qui avait tout d'abord élevé des prétentions pour elle-même sur le trône de Portugal, prit fait et cause pour le concurrent expulsé. L'autorité de don Antonio était encore reconnue dans six sur neuf des îles Açores. Catherine, qui, au milieu de la détresse de ses fils et de celle de leur royaume , avait amassé une immense fortune , donna à son protégé un secours de soixante-quatre navires qui furent rassemblés et armés à Bordeaux, et de cinq mille huit cents hommes de débarquement. Le commandement de cette flotte, qui portait le prétendant de Portugal , fut remis à Philippe Strozzi. Plusieurs grands seigneurs de France, entre autres Charles de Cossé-Brissac et Jean de Beaumont, s'étaient engagés avec empressement dans cette expédition militaire, que l'on regardait alors à la cour comme fort lointaine et aventureuse. Le 15 juillet 1582, Philippe Strozzi vint débarquer à l'île Saint- Michel, dont il s'empara, et où don Antonio se fit proclamer roi. Le prétendant portugais fatigua les soldats français qui l'avaient accompagné, en les obligeant à lui servir de cortège dans les pompes ridicules de son inauguration en miniature; il ne laissa au chef
de la flotte française ni loisir, ni hommes, ni argent, pour se préparer à la lutte qui approchait sérieusement. Les navires de l'expédition manquaient de vivres frais, d'eau même, car ils n'avaient point commencé à s'en pourvoir à l'île Saint-Michel, lorsqu'ils furent avertis que le marquis de Santa- Cruz, au nom de Philippe l\\ son maître , s'avançait avec une flotte imposante de gros vaisseaux. Strozzi ne pouvant, faute de provisions, éviter par une longue navigation un ennemi si redoutable, résolut daller à sa rencontre, et de tenter en pleine mer une fortune que le hasard, ami de l'audace, pouvait seul lui donner. Il fit rembarquer à la hâte tout son monde, et atteignit la flotte espagnole à deux lieues en mer de Saint-Michel. Don Antonio s'était fait prudemment déposer à Terceire. La bataille s'engagea le 25 juillet; elle dura cinq heures avec un acharnement extrême ; mais enfin les gros vaisseaux eurent raison des petits navires , la flotte de la flottille : les Français furent battus. Philippe Strozzi et Beaumont prouvèrent, par leur mort, combien ils avaient valeureusement disputé la victoire avec des forces si peu proportionnées à celles de l'ennemi. Des soixante -quatre navires envoyés aux Açores par Catherine de Médicis, il n'en revint en France que dix -huit, sous la conduite de Brissac. Pour avoir un prétexte d'exercer sa cruauté , Santa-Cruz déclara que les deux couronnes de France et d'Espagne étant en paix, il ne pouvait voir dans les prisonniers qu'il avait faits que des corsaires; et il les traita tous comme tels, accordant aux gentilshommes la faveur d'avoir la tête tranchée, et faisant pendre les autres jusqu'au dernier. Quoique Brissac eût pris don Antonio à Terceire et l'eût ramené avec lui , Catherine ne renonça point encore à sa guerre particulière avec Philippe II : elle fit équiper à Dieppe, sous les ordres d'Aymar de Chattes, une nouvelle flottille, qui débarqua, le 11 juin 1585, deux mille cinq cents Français à Angra, dans l'île de Terceire, où don Antonio avait laissé un vice-roi. Les fautes réitérées de ce vaniteux et absurde personnage réduisirent Aymar à la dernière détresse avant même qu'on l'eût attaqué. Aussi tout
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ce qu'il était permis à celui-ci d'espérer et tout ce qu'il obtint quand Santa -Cruz, à la tête dç dix mille soldats, vint pour le combattre, ce fut une capitulation honorable pour lui et les siens. On le ramena avec eux en France. Les Açores furent, par suite, entièrement soumises à Philippe II. C'était bien le temps pour la France d'aller perdre ses derniers navires, épuiser ses derniers marins au service d'un don Antonio! Henri III d'ailleurs ne voyait rien de tout cela : il était en paix avec Philippe II et l'Espagne.
En 1585, quand la guerre civile se renouvela, les ligueurs voulurent s'assurer de Marseille et de Bordeaux ; mais ces deux villes importantes furent pour l'instant préservées. Une tentative fut également faite par le duc d'Aumale, au nom de la Ligue, pour surprendre Boulogne-sur-Mcr et remettre ensuite cette place aux mains des Espagnols. Le prévôt de la maréchaussée du Boulonnais, nommé Pierre Vêtus , était gagné ; il devait s'emparer de la porte et la livrer au duc, qui s'approchait avec un corps de cavalerie. Raimond de Bernai, qui commandait au nom du roi, fut heureusement averti à temps. Il arrêta Vêtus entre les deux portes de la ville, reçut d'Aumale à coups de canon, et les Espagnols n'eurent point la position maritime qu'ils convoitaient à peu de distance du royaume d'Angleterre, contre lequel Philippe II avait projet de diriger bientôt toutes ses forces navales. Peu de temps auparavant, Henri III, qui, malgré son inertie d'esprit, ne pouvait plus se dissimuler les projets des Guises et de la Ligue contre lui-môme, avait reçu avec assez de noblesse, malgré les protestations de l'ambassadeur d'Espagne, les envoyés des Pays-Bas maritimes, venus pour lui offrir, au nom de leurs compatriotes, de reconnaître sa souveraineté et de se soumettre à lui sans aucune réserve, s'il les voulait ouvertement protéger contre la tyrannie de Philippe II. L'occasion avait été belle de rendre à la France son inûuence sur les provinces qui tenaient encore à elle par plus d'un lien, et même de les lui attacher peut-être pour toujours. Mais, après un quart d'heure quelque peu ferme et royal, Henri III avait reculé devant la crainte de paraître s'allier
avec des protestants, de soulever plus ouvertement contre son autorité le parti de la Ligue, il avait reculé devant sa propre ombre enfin ; et la France était restée enserrée de tous côtés par la vaste monarchie espagnole, qui semblait n'avoir plus qu'un mouvement à faire pour l'étouffer.
Quoiqu'il redoutât la Ligue autant qu'aucun autre dans son royaume, Henri III signa encore un traité avec elle, au mois de juillet 1 585, juste au moment oùelle venait de tenter de livrer Boulogne à l'Espagne. On vit le duc de Mercœur, de la même famille que les Guises, frère de la reine et gouverneur de Bretagne, combattre, à la tête des catholiques de cette province, les protestants du Poitou et de la Saintonge, commandés par Henri de Condé. L'année suivante, 1586, la guerre s'étendit à la Gascogne, au Languedoc et à la Provence. Henri de Navarre s'enferma le 1er juin dans La Rochelle; il fortifia la presqu'île de Marans, et la défendit ensuite, jusqu'à la fin de juillet, contre l'armée chargée de soumettre la Saintonge aux princes de la Ligue bien plus réellement qu'au roi de France. Henri de Navarre sortit de La Rochelle le 24 août, pour aller gagner, le 20 octobre, la bataille de Coulras, où perdit la vie Anne de Joyeuse qui commandait pour la Ligue, et était amiral de France depuis 1582. En 1588, Henri III, forcé de s'échapper de sa capitale par les Guises et la faction dite des Seize, se réfugia en Normandie.
Le 6 août 1588, V Armada espagnole, si prématurément surnommée l'Invincible, mouilla devant Calais. Cette ilotte prodigieuse, et qui rappelait celle que l'on avait préparée en France pour le même but, la conquête de l'Angleterre, au commencement du règne de Charles VI, avait mis à la voile de Lisbonne, le 29 mai. Le 20 juillet, après avoir essuyé une violente tempête, elle était parvenue dans les eaux de la Grande-Bretagne. Suivie par les escadrilles de la ilotte anglaise, qui lui faisaient une guerre d'escarmouches et de détails, elle fut mise en désordre le 8 août, par des brûlots, et fit voile pour la mer du Nord; ce fut là que de nouvelles tempêtes venant en aide à ses adversaires, qui
DE FRANCK. 321 la harcelaient sans cesse et l'attaquaient à propos , elle éprouva
un dernier et complet désastre. Les temps étaient bien changés; les dangers ne venaient plus de l'autre côté de la Manche; le triomphe des Anglais, en cette circonstance, fut un bonheur, non pour la Ligue, qui s'intéressait peu à l'indépendance du pays, mais pour la France et son avenir. L'Espagnol, qui pouvait descendre au cœur du royaume des derniers et faibles Valois par tant de côtés à la fois; qui déjà même, à titre de protecteur de la Ligue, avait un pied et des troupes dans l'État; l'Espagnol, s'il eût encore ajouté à cela la conquête de l'Angleterre , n'aurait plus rien dissimulé vis-à-vis de la France : il l'aurait déclarée sienne par procuration. La ruine de Y Armada fut le signal de l'abaissement de lamaisond'Aulriche, qui, depuis l'avènement de Charles- Quint, et surtout depuis la mort de François l*r, avait rompu tout l'équilibre de l'Europe.
L'année même de cet événement si célèbre dans les fastes maritimes des nations, Henri III, après avoir flotté longtemps incertain d'un camp à l'autre, faute d'en avoir un à lui, et par suite de l'assassinat de Henri, duc de Guise, surnommé le Balafré, se jeta décidément dans les bras du roi de Navarre. Mais, le 2 août 1589, il périt à son tour assassiné, laissant le royaume à deux doigts de sa perte et menacé de tous côtés d'un démembrement.
Les guerres civiles du règne de François H, et surtout de ceux de Charles IX et de Henri III, ne permettaient guère de penser au riche parti que la France pourrait tirer d'établissements en Amérique. Cependant le même sentiment, la même idée politique qui avaient engagé l'amiral Gaspard de Coligni à seconder les tentatives des Français au Brésil, lui inspirèrent, malgré la fatale issue de celles-ci, de porter Charles IX à faire les frais d'une expédition vers les terres que Verazzani avait aperçues, et sur lesquelles les Espagnols n'avaient encore fait que des entreprises désastreuses. Le roi, ou plutôt Catherine de Médicis, sa mère, se laissa persuader, les uns disent parce que l'amiral lui cacha son but qui était de rendre toute calviniste la colonie projetée, les autres
vn HISTOIRE MAHITIMK
disent parce qu'elle vit en cela un moyen de se débarrasser de bon nombre de huguenots, gens qu'elle détestait en attendant qu'elle les fit assassiner. Coligni jeta ses vues, pour commander l'expédition, sur un ancien officier de marine, nommé Jean de Ribaut, natif de Dieppe, homme qu'il savait être bon huguenot. Ribaut partit de Dieppe, le 18 février 15G2, avec deux bâtiments; ses équipages étaient choisis, et il emmenait avec lui plusieurs gentilshommes de distinction à titre de volontaires. Il aborda à la Floride au mois de mai, et arbora les armes de France dans une île de la rivière Edisto ou Ponpon ; il y fit construire un premier établissement de défense, qu'il nomma Charles-Fort, en l'honneur du roi Charles IX. Il revint à Dieppe au mois de juillet 1 563, après avoir laissé pour chef à sa colonie un capitaine nommé Albert, qui ne sut pas convenablement la gouverner et se rendit odieux. Il fut mis à mort par les siens qui lui donnèrent eux-mêmes pour remplaçant un nommé Nicolas Barré, homme de prudence et de conciliation. Aucun secours n'arrivant de France, les colons résolurent de se rembarquer; mais ils ne prévinrent pas même ainsi leur perte. Leur navigation fut accompagnée d'abominables traverses; la faim enleva un grand nombre d'entre eux; les autres furent recueillis par un navire anglais.
Gaspard de Coligni, loin de reculer devant les obstacles de tout genre qui s'opposaient à ses projets de colonisation calviniste, y persévérait d'autant plus que la persécution redoublait contre les huguenots. 11 profita d'un moment où la cour était entrée, par ses soins, en composition avec ceux-ci, pour engager Charles IX à fournir de nouveaux moyens à ses essais d'établissement en Amérique. Charles lui accorda trois navires bien équipés, dont un ofllcier de marine fort expérimenté, nommé René de Laudonnière, eut le commandement. Le but primitif de cette expédition était de ravitailler Charles-Fort; mais on a vu qu'il n'était plus temps. Les trois navires firent voile du Havre-de- Grâce, le 22 avril 1504. Le 22 juin, ils abordèrent à la côte orientale de l'Amérique du Nord; puis, instruit sans doute du total
abandon de Charles-Fort, Laudonnièrc choisit, pour former un établissement, un lieu situé entre la rivière Saint-Marys et celle de Saint-Jean, à deux lieues à peu près de la mer ; il y fit construire une forteresse qu'il nomma la Caroline, toujours en l'honneur du roi Charles IX. Malgré l'habileté , les talents, le courage de Laudonnière, ce nouvel essai de colonisation ne fut pas heureux. Laudonnière se disposait à revenir en France avec son monde, quand, au mois d'août 1565, quatre bâtiments arrivèrent, sous les ordres de Jean de Ribaut. A peine étaient-ils mouillés au fort de la Caroline, qu'une escadre espagnole vint jeter l'ancre dans la même rade qu'eux, pour attaquer et chasser les Français. Le fort fut assiégé par des troupes de beaucoup supérieures en nombre à celles qu'il contenait; la garnison capitula honorablement; néanmoins les Espagnols, par une exécrable trahison, n'eurent aucun égard pour le traité, elles Français furent massacrés avec des circonstances atroces, malgré la paix qui régnait entre la France et l'Espagne. Laudonnière échappa et revint en France, grâce à son courage toujours présent; mais Jean de Ribaut, qui s'était aussi comporté avec beaucoup de valeur, fut écorebé vif. Les barbares Espagnols pendirent les cadavres de leurs victimes à des arbres avec cette inscription : « Ceux-ci n'ont pas été traités de la sorte comme Français, mois comme hérétiques et ennemis de Dieu.» Un simple gentilhomme gascon, nommé Dominique de Gourgues , se chargea d'aller laver dans le sang des bourreaux l'injure faite à la France. Parti de Rordeaux, le 2 août 15CT, avec trois navires, il débarqua près du fort de la Caroline qu'il surprit et enleva. Tous les Espagnols furent saisis et massacrés en représailles; à leur tour, ils furent pendus à des arbres avec cette inscription : « Je ne fais ceci comme à Espagnols, mais comme à traîtres et assassins. » De Courgues ne tenta point de coloniser; il revint en France , satisfait d'avoir vengé ses compatriotes et rasé l'établissement espagnol.