CHAPITRE XVIlf
De 15St a MSC.
Uicppe se déclare pour Henri IV. — Traité de Henri IV avec la reine Elisabeth d'Angleterre, en 1591.
Étal des provinces maritimes. — Fécamp et le capitaine Bots-Rosé. — Villan-Bram-as met pour
« ondilion & sa soumission qu'il sera faii amiral de Fram «• it la place de Otaries de Uoniaut, duc de Biron. — Lea gouverneurs des provinces maritimes se soumettent. — Honfteur.— Marseille. — Prise de Calait pur les Espagnol», en taM. — Traite de Vont os et édil de Nantes qui pacitieul la France. — Anéantissement dans lequel les guerres civiles ont laisse la marine du royaume. — Effort» de Henri IV pour relever la marine. - Premiers événements du régne de Louis XUI, jusqu'à l'époque oh le cardinal Bichelieu supprime l'amirauté et se fait nommer grand-maître de la navigation. — Nouvelle organisation de la marine.
Les projets ambitieux qui couvaient encore sous le simulacre de règne de Henri III, éclatèrent sans vergogne. Mercœur prétendit changer en souveraineté indépendante son gouvernement de Bretagne, et se faire reconnaître pour héritier des anciens ducs de celte province; Charles-Emmanuel 1er, duc de Savoie, prétendit à la Provence, sans compter ses vues sur le Dauphiné ; Frère Ange de Joyeuse se comportait en souverain indépendant dans le Languedoc; Villars-Brancus, pour la Ligue, tenait la plus grande partie de la Normandie; Honoré de Savoie, marquis de Villars, qui avait été un moment amiral de France après la mort de Coligni , pour les ligueurs aussi gouvernait en Guienne; la Picardie était envahie par les troupes des Pays-Bas espagnols; chaque province du centre avait son prétendant; et pour superfaîter tout cela, tandis que Mayenne, frère puiné du Balafré, convoitait le trône sans oser le prendre, Philippe H d'Espagne, se refusant à reconnaître la loi salique, qui interdit aux femmes de régner sur la France, il demandait l'héritage français pour l'infante Claire- Eugénie-Isabelie, petite— fille de Henri II par sa mère. Ce fut ce qui servit le plus l'héritier naturel, Henri de Bourbon, roi deNa-
varre, qui prit aussitôt le titre de roi de France, et se mit en devoir d'ajouter le fait au titre.
Dieppe, avec son gouverneur Aymar de Chattes, le même qui avait commandé la seconde expédition aux Açores, se déclara pour Henri IV, une des premières entre les villes de France; c'est là que le roi attendit et reçut les secours qu'Elisabeth d'Angleterre lui envoya contre les Espagnols et la Ligue. Saint- Valeri-en-Caux, dont il était aussi maître, lui fut d une grande utilité. Henri n'avait point trop à savoir gré à Élisahelh de ses services. Cette reine avait peur qu'une fois maîtres des provinces maritimes de la France sur l'Océan, les Espagnols n'en fissent un arsenal contre ses propres États, qu'ils menaçaient toujours d'un envahissement. Et pourtant elle mettait encore à prix ses bons offices; elle demandait à Henri de lui rendre Calais. Henri esquivait toujours, attendait des jours meilleurs pour refuser plus net. En vertu d'un traité signé à Greenwich le 25 juin 1595, Elisabeth, pressée par son propre danger, fit passer quatre mille hommes en Normandie, sous les ordres du comte d'Essex, et trois mille en Bretagne. Mais Henri IV ne voulut jamais s'en servir qu'à son gré, et sans consulter la reine d'Angleterre, qui ne cessait pas de demander des places de sûreté. Connaissant bien les Anglais, et soupçonnant les instructions secrètes qu'ils pouvaient avoir, il se servait d'eux en campagne, et ne leur confiait jamais la garde de ses villes. Cependant Henri IV, en passant du protestantisme au catholicisme, enlevait aux partis leur principal prétexte d'hostilités, et forçait les ambitieux à quitter leur masque. Lesdiguières châtiait tour à tour Charles-Emmanuel, qu'il forçait à retourner de Provence dans ses montagnes, et d'Épernon, qui abusait de l'autorité qu'on lui avait confiée dans cette province pour écraser le peuple et prétendre à ce que n'avait pu obtenir le duc de Savoie. Les Bretons ne secondaient point Mercœur dans ses projets d'indépendance ; pendant qu'il tenait les États de la Ligue à Nantes, le maréchal ri'Aumont commandait à Bennes pour Henri IV. Les habitants de Sainl-Malo, qui, en attendant la fin des troubles civils, s'étaient
créé une véritable indépendance dans leur ville, et avaient refusé d'y recevoir des troupes étrangères, se mirent, de leur propre mouvement, en 1594, aux ordres du roi. Villars-Brancas uiit à prix la reddition des places de Normandie, qu'il défendait naguère avec ardeur contre son souverain. Il demandait l'amirauté de France, dont Biron avait été investi en 1592; il voulait aussi, entre autres choses, qu'on lui donnât la ville de Fécamp, où commandait un capitaine des plus extraordinaires, qui avait nom Bois-Rosé. Ce capitaine avait pris Fécamp par un coup d'audace dont on trouverait difficilement le second dans l'histoire. La nuit était profonde; il s'était fait débarquer, avec cinquante hommes, au pied du rocher de Fécamp , qui n'a pas moins de cent toises de hauteur. Sauf à l'époque de la plus basse marée, époque qu'il avait choisie, où elle reste à sec quatre ou cinq heures durant, la petite plate-forme où on l'avait déposé avec les siens est ordinairement couverte de plus de dix pieds d'eau. C'était de là, et dans le court espace qui lui était assigné par la marée, qu'il lui avait fallu tenter la surprise de Fécamp. Deux soldats du fort, gagnés par lui, avaient suspendu solidement aune canonnière un gros câble garni de nœuds et de morceaux de bois arrangés en étriers. Avec cette aide, Bois-Rosé avait ordonné à cinquante hommes de procéder à la plus effrayante ascension ; et à peine lui-même, à leur suite, avait-il mis le pied sur les échelons du câble, que déjà la mer, recouvrant la plate-forme, avait battu le rocher avec fureur. En ce moment terrible, la tête avait tourné au soldat qui était monté le premier; le malheureux, sentant son cœur défaillir, n'avait plus eu de force pour continuer. Bois-Rosé en est averti ; de dernier qu il était, il passe sur la tête des quarante-neuf hommes qui le séparent du défaillant ; de son poignard il le ranime, le presse et le pousse en avant; et enfin il amène tout son monde jusqu'à la canonnière à laquelle était suspendu le cable, et entre dans le fort, qui, dans sa stupéfaction, ne cherche pas même à se défendre. Tel était le trait qui avait valu Fécamp à Bois-Rosé. Pour ne pas être ingrat envers un tel soldat, on lui
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donna, en dédommagement de sa conquête, 2,000 écus de récompense et une place de capitaine appointé. Yillars-Brancas eut la ville. Il eut aussi l'amirauté de France, en remplacement de laquelle la dignité de maréchal fut donnée à Biron; Brancas ne conserva sa nouvelle charge qu'une année, ayant perdu la vie au combat de Dourlens, le 24 juillet 1595. Auparavant il avait rendu à Henri IV Rouen, Pont-Audemer, Harfleur, le Havre-de-Grâce, tout le cours de la Seine et toute la haute Normandie. Honfleur seul, ou plutôt 1 écume du parti ligueur qui s'était retirée dans cette ville et en maîtrisait les habitants, opposa de la résistance; Henri IV fit assiéger et réduisit, au mois d'avril 1594, le parti qui s'y était fortifié.
Avant de faire sa paix avec Mayenne, Henri IV l'avait déjà faite avec le fils de Guise le Balafré, à qui il donna le gouvernement de Provence, et qui reçut pour lui la soumission des dernières places où le duc de Savoie avait laissé des garnisons. Marseille seule, depuis longtemps accoutumée à se gouverner, à se défendre par ses propres citoyens, comme une république, refusait d'ouvrir ses portes aux nouveaux partisans du roi. A cette époque, l'esprit qui paraissait avoir des tendances républicaines était le plus intolérant, le plus fanatisé ; c'était celui des deux partis extrêmes dans la Ligue et parmi les huguenots. Marseille était ensanglantée par deux ligueurs, le consul Casaulx et le viguier Louis d'Aix, qui s'étaient emparés du pouvoir dans une sédition par eux excitée. Ni d'Epernon, ni Lesdiguières, ni Guise n'avaient eu de forces suffisantes pour assiéger Marseille ; et quand l'un ou l'autre s'était approché des remparts, une foudroyante artillerie l'avait bientôt forcé à reculer. Les troupes du roi n'entrèrent dans Marseille, en 1596, que par surprise, et grâce aux liaisons entretenues avec le Corse Liberia, gardien de la porte royale, par un capitaine du nom de Beausset qui , sous la protection d'une garnison du grand-duc de Toscane, partisan de Henri IV, s'était retiré dans le château d'If. Ce château, bâti sous le règne et par les
1 Le château d'If fut construit en lois); le fort Notre-Dame de la Garde, en 1825, sous le menie roi.
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ordres de François Ier, sur l'une des petites îles de Marseille, à trois milles en mer, et dominant le port dont il est la défense, fut remis à Henri IV par le grand-duc de Toscane, en novembre 1 597, avec le fort de l'île Pomègues que ce prince avait fait construire.
Dans la Bretagne, Mercœur, tout en commençant à entrer en négociations, cherchait à perdre le moins de terrain possible, pour obtenir, sinon sa souveraineté, de grandes conditions de fortune. Les Espagnols, à peu près sa seule espérance maintenant, se montraient beaucoup plus préoccupés d'eux-mêmes que de lui. A défaut de la couronne de France, Philippe II, au point où Henri IV avait poussé les choses, se serait contenté, pour sa fille, du duché de Bretagne qui était en dehors de la loi salique, si on ne tenait pas compte des actes par lesquels il avait été rattaché, sous Louis XII et sous François l'r, au domaine royal. Les Espagnols, peu satisfaits de la situation du Blavet, aujourd'hui Port-Louis, que Mercœur leur avait livré, s'étaient emparés de la langue de terre qui sépare la baie du Douarnenez de celle de Brest, et y avaient poursuivi, avec tout le mystère que pouvait admettre une pareille chose, la construction d un fort dans une formidable position appelée Crozon. S'ils eussent mené leur œuvre à fin, le fort de Crozon les aurait peut-être rendus maîtres de Brest et du Conquet. Menaçant pour les Français, il ne l'aurait pas moins été pour les Anglais, en favorisant tout projet de descente chez eux, et en servant à ruiner leur commerce avec la Bretagne. Les deux peuples s'étaient donc réunis avec ardeur pour enlever à leurs communs ennemis le poste où ils s'étaient établis et qui n'était pas encore complètement fortifié. Le maréchal d'Aumont avec près de quatre mille Français, et le général Norrisavec deux mille Anglais, après avoir emporté d'assaut le fort Crozon, au mois de novembre 1 594, en avaient passé la garnison au fil de l'épée.
En revanche, le 9 avril 1596, les Espagnols, soutenus par des corps italiens et allemands, vinrent, à l'improviste, investir Calais qui était alors en mauvais état de défense. Henri IV, ne pouvant encore nulle part disposer de grandes forces à la fois, fit tout
au monde pour introduire des secours dans la place. Montluc, Belin, Saint-Puul, s'embarquèrent tour à tour à Saint-Valeri-sur- Somme, puis à Boulogne; mais toujours ils furent repoussés par les vents contraires. A la fin, un nommé Matelet, bravant les lames avec obstination, se fit débarquer à Calais avec quatre ou cinq cents soldats; mais on eût dit que 1 énergie de ces hommes s'était complètement usée dans la lutte contre les vents et les vagues: car ils furent les premiers à parler de capitulation. Henri voulut encore avoir recours à Elisabeth, pour qu elle l'aidât de sa puissante marine dans une occurrence si grave pour tous deux. La reine mit de nouveau pour condition à ses services le retour de Calais à l'Angleterre, ou du moins la nécessité d 'y souffrir garnison anglaise, quand une fois elle aurait fait lever le siège de la place. C'est alors que Henri IV fit répondre avec une noble fierté, mêlée d'indignation à peine contenue» que, s'il devait être dépouillé, il aimait mieux que ce fût l'arme au poing et par ses ennemis, que par ses amis. Le 17 avril 1596, la ville de Calais capitula, et le 27 seulement du même mois, les Espagnols se rendirent maîtres du château.
Ce succès fut le dernier des ennemis de Henri IV. Dès le 22 mars 1594, il était entré dans Paris; au commencement de l'année où la ville de Calais fut prise, il avait fait son traité avec Mayenne, le plus éminent des chefs de la Ligue, traité dans lequel était entré Honoré, marquis de Villars, pour son gouvernement de Guienne. Mercœur, quoique le dernier de tous les princes français, avait aussi fini par se démettre de ses prétentions, moyennant le mariage de sa fille avec César de Vendôme, fils légitimé de Henri IV, à qui furent donnés le gouvernement et l'amirauté de Bretagne. Philippe II, dont les principales espérances reposaient dans les querelles intestines de la France, fit, à son tour, sa paix avec Henri IV à Vervins, le 2 mai 1598. La paix de Vervins remettait les affaires du royaume en l'état où les avait laissées le traité de Cateau-Cambrésis, sous Henri II. La ville de Calais était rendue à la France. L'édit de Nantes, publié dans le même temps, acheva,
par les garanties qu'il donnait aux protestants, la pacification du pays. Henri IV n'eut plus qu'à affermir dans ses mains le royaume qu'il venait, non de conquérir par les armes, comme on l'a trop dit, mais par les plus habiles négociations et par un grand esprit de tolérance. Grâce à lui, la France venait d'échapper à une nouvelle dissolution féodale, appuyée sur l'étranger.
Philippe II , ce monarque redoutable par l'étendue de ses États, par son inflexible politique , par les généraux et les nombreuses armées qu'il employait, mais qui cependant n'avait pu réduire la France, même quand elle était le plus divisée, mourut peu de temps après le traité de Vervins. Depuis quelques mois déjà il avait fait cession des Pays-Bas à la même infante qu'il s'était proposé naguère d'imposer pour reine à la France, et il l'avait mariée à un archiduc de sa famille autrichienne. Henri IV dès lors fut considéré comme le plus puissant souverain de l'Europe; la France , d'autant plus redoutée sur le continent qu'on la voyait sortir toujours forte et compacte de ses crises intérieures les plus violentes, reprit le rang élevé que les trois derniers Valois lui avaient fait perdre. Henri fit rudement repentir le duc de Savoie de s'être mêlé aux guerres civiles de son royaume , d'avoir aspiré à la souveraineté de la Provence, et plus récemment encore d'être entré dans une conspiration contre lui : la conquête des États de Charles-Emmanuel 1er fut l'affaire d'une campagne; on lui en rendit une partie, pour mieux s'assurer l'autre. Mais si Henri IV se rendait respectable partout où son bras pouvait atteindre, l'anéantissement total dans lequel les guerres civiles de la Ligue et l'inertie de ses deux derniers prédécesseurs avaient plongé la marine, le laissait au caprice de la première puissance navale venue. Ses plus anciens alliés même, les Anglais, furieux sans doute que , tout en se servant d'eux, il ne leur eût point permis de reprendre pied en France, ne lui épargnaient aucune humiliation sur mer. On en put juger au mois de juin 1603. Élisabeth venait de mourir; Jacques Stuart, en lui succédant naturellement, réunissait la couronne d'Ecosse à celle d'Angleterre, qui était dès
longtemps en possession de l'Irlande par conquête; désormais toutes les îles britanniques ne formaient plus qu'un seul empire. I^s Anglais, qui, depuis le désastre de V Armada espagnole, et l'abandon de la marine en France, prétendaient ouvertement à la souveraineté des mers, n'étaient point gens à relâcher de leur orgueil en un pareil moment. C'est le cardinal Richelieu qui , pour émouvoir généreusement le cœur de Louis XIII en faveur de ses grands desseins , s'est chargé , dans son fameux testament politique, de rappeler l'injure subie par Henri IV. Il s'agissait d'une ambassade extraordinaire dans laquelle figuraient plus de deux cents gentilshommes français de renom , ayant le célèbre duc de Sulli à leur tête , et qui avait à la fois pour objet de saluer Jacques T à son avènement , et de nouer un traité dans l'intérêt des Provinces-Unies.
« Ce duc, dit Richelieu, s'étant embarqué a Calais dans un vaisseau français qui portait pavillon français au grand mât, ne fut pas plutôt à un canal , que rencontrant une ramberge , qui était pour le recevoir, celui qui la commandait fit commandement au vaisseau français de mettre pavillon bas. Le duc, croyant que sa qualité le garantissait d'un tel affront, le refusa avec audace ; mais ce refus étant suivi de trois coups de canon à boulets, lui perçant le vaisseau, percèrent le cœur aux bons Français; la force le contraignit à co dont la raison le devait défendre , et quelque plainte qu'il pût faire , il n'eut jamais d'autre raison du capitaine anglais, sinon que, comme son devoir l'obligeait à honorer sa qualité d'ambassadeur, il l'obligeait aussi à faire rendre au pavillon de son maître l'honneur qui est dû au souverain de la mer. Si les paroles du roi Jacques furent plus civiles, elles n'eurent pourtant pas autre effet que d'obliger le duc à tirer satisfaction de sa prudence, feignant être guéri, lorsque son mal était plus cuisant, et que la plaie était incurable. Il fallut que Henri le Grand usât de dissimulation en cette occasion ; mais avec cette résolution, une autre fois de soutenir le droit de sa couronne, par la force que le temps lui donnerait le moyen d'acquérir sur la mer. »
Henri IV commença à y travailler en effet; il fit faire des travaux dans les ports du royaume, sur les deux mers ; considérant toujours les Espagnols comme ceux contre lesquels il devait le mieux se, préserver pour le moment, et comprenant l'importance de Toulon, il fit agrandir l'enceinte de cette ville; il jeta les deux grands môles qui flanquent le port, et ordonna la construction des forts Sainte-Catherine et Saint-Antonin. Mais sa mort tragique, le 14 mai 1610, interrompit soudainement tous ses projets. Cependant, chose digne d'attention, ce monarque qui n'avait pas même eu le temps de donner à la France quelques vaisseaux de guerre, était parvenu, à laide de sa prépondérance continentale et des habiles négociations du président Jeannin, à fonder un nouvel État maritime, celui des Provinces-Unies hollandaises, en faisant admettre celles-ci, le14juin 1609, parmi les puissances indépendantes de l'Europe. Outre qu'il avait eu en vue en ceci rabaissement de la maison d'Autriche et d'Espagne, il avait sans doute songé à s'attacher, par la reconnaissance, un pays purement maritime, en attendant qu'il eût une marine à lui. Mais ce qu'il n'avait pu prévoir, c étaient toutes les peines que l'État créé par ses soins donnerait un jour à son petit-fils.
L'assassinat de Henri IV laissait le royaume dans le vague d'une minorité, sur laquelle on peut croire que les vieux levains des partis avaient compté pour fomenter de nouveaux troubles. La régence de Marie de Médicis, veuve trop peu désolée de la perte de son époux, n'en fut point exemptée; ils ne cessèrent même pas à la majorité légale de treize ans accomplis du jeune roi Louis XIII. Il y eut rivalité, guerre et feinte réconciliation entre la mère et les ministres du fils.
Ces dissensions de cour étaient un exemple et un stimulant pour les partis. Sans autorisation, et même malgré la défense formelle du roi, les protestants, mal inspirés par Favas, La Force et Châtillon , s'assemblèrent par députations, à La Rochelle, le 24 décembre 1620; et le 2 janvier 1621, se refusant à écouler les sages conseils de deux de leurs vieux coreligion-
naires, Lesdiguières et Duplessis-Mornai, présentèrent à Louis XIII de hautaines remontrances qui furent repoussées. Les protestants, à cette époque, n'étaient pas plus tolérants que leurs adversaires; peut-être même letaient-ils moins : là où ils dominaient, l'exercice d'un autre culte que le leur était interdit. Ils appelaient réellement la guerre; on la leur fit. Forts d'une marine de commerce bien organisée, sous les ordres d'un de leurs concitoyens, nommé Guiton, homme habile et brave qu'ils avaient choisi pour amiral, les Rochelais entraient incessamment dans la Gironde, en ravageaient les rives jusqu'aux portes de Bordeaux, et, le long des côtes, poussaient leurs courses jusqu'à Bayonne. En 1621 , Razilli, marin et navigateur aussi brave qu'expérimenté, remplissant les fonctions de vice-amiral, fut envoyé contre eux; mais Guiton sut lui tenir tête, et cette année les succès comme les revers furent partagés. L'année suivante, on fit contre La Rochelle un armement plus considérable, à la tête duquel devait être le gouverneur de Provence, Charles, duc de Guise, fils du Balafré1.
L'amiral Guiton, sur l'avis du maire et du conseil de La Rochelle, se mit en mer pour empêcher la jonction des vaisseaux que l'on armait pour le duc de Guise dans la Méditerranée et dans l'Océan. Ayant laissé à son vice-amiral, nommé Macquin, le soin de garder la côte, il fit route pour la Bretagne avec vingt-deux voiles ; mais, sur la nouvelle que dix galères de Marseille, commandées par Philippe-Emmanuel de Gondi, comte de Joigni, général des galères de France, venaient d'entrer dans la Gironde, il revira de bord pour les recevoir à leur sortie du fleuve. Les galères de Marseille parvinrent à l'éviter, et l'escadre rochelaise, battue par une violente tourmente, rentra toute délabrée dans la rade «Je Saint-Martin-de-Ré. Les galères revinrent peu après dans la Gironde, y eou-
1 C'est le même qui, en 1026, se prétendait encore amiral de Provence , en sa qualité de gouverneur de cet ancien comté maritime dont ses aieux avaient été souverains. La maison de Guise était Issue de celle de Lorraine, provenant elle-même de celle d'Anjou a qui avait longtemps appartenu la Provence. C'est ce qui faisait dire au cardinal d'Ossat que Henri IV avait été bien imprudent de confier le gouvernement de cette province à un prince qui pouvait avoir sur elle de vieilles et ronret prétentions.
lèrent bas deux vaisseaux protestants, et reprirent, avec les secours des garnisons de Royan et de Blaye, l'île d'Argenton dont les Rochelais s'étaient précédemment emparés. Le Blavet ou Port-Louis était le rendez-vous général de la flotte de Charles de Guise. Quand elle mit à la voile, vers la mi-octobre 1622, elle se composait du galion du duc, portant pavillon amiral, du grand galion de Malte, ayant à bord trois cents illustres chevaliers de Tordre, des dix galères de Marseille avec quelques autres navires de la Méditerranée, de dix-huit navires de Saint-Malo, enfin de huit navires équipés dans les ports de Guienne, et qui étaient commandés par un marin delà province, nommé Barrault. Le 26, Charles de Guise divisa son armée navale en trois escadres. Il donna l'escadre d'avant-garde à Timoléon d'Épinai de Saint-Luc qui, par la suite, devint maréchal de France; l'arrière-garde au sieur de Manti, et se réserva pour lui-même le corps de bataille. Ces trois escadres devaient combattre sur trois lignes, à deux câbles les unes des autres; et les galères du comte de Joigni avaient ordre de se trouver à la tête de l'armée navale avec un grand nombre depataches, espèces de grandes barques armées qui se conduisaient à l'aviron. Un calme qui survint fit différer l'attaque. Le lendemain, la flotte de Guise s'ébranla par un vent doux. Les galères, placées de front et soutenues par l'escadre d'avant-garde, se mirent en devoir d'attaquer la flotte rochelaise qui, à la vue de l'armée navale de Guise, avait appareillé de la rade de Saint-Martin-de-Ré. Elle se composait de trente-neuf vaisseaux inférieurs en grandeur à ceux de Guise, et ne portait que cinq mille hommes. On crut d'abord qu'elle se disposait à fuir; mais elle prit le dessus du vent, se partagea aussi en trois divisions, et accepta nettement la bataille, qui commença sur les trois heures de l'après-midi. Un terrible feu d'artillerie fil tout d'abord de part et d'aulre de grands ravages. Le navire U Postillon rochelais, monté de deux cents hommes, et commandé par Jacques Arnault d'Orléans, fut coulé bas d'un coup de canon qui brisa la pièce principale de son avant. Nombre de personnes de marque du parti huguenot périrent avec lui. De leur
côté, qualre capitaines protestants, Daniel Braigneau, Hélie-Thomas, Jaumier et Jean Arnault de la Tremblade, s'étaient en revanche attachés au grand vaisseau la Marguerite, l'avaient accroché et y avaient fait entrer leurs équipages. La Marguerite allait infailliblement se rendre, quand elle fut secourue par le galion de Malte, dont la grosse artillerie changea de face les choses. Les équipages rochelais qui étaient entrés dans la Marguerite furent taillés en pièces. Le capitaine Braigneau, à qui cet événement ne laissait plus, sur son navire, que vingt hommes de cent soixante qu'il avait auparavant, fit couper les grappins, déborda, et envoya demander des hommes à La Rochelle. Ici tout homme était soldat et marin ; le navire de Braigneau reçut bientôt tous les volontaires dont il avait besoin. Cependant Pavant-garde de Saint-Luc, qui soutenait depuis longtemps le choc presque à elle seule, était dans le pire état, et semblait menacée d'une perte totale. Charles de Guise voulut aller lui-même à son secours. On lui représenta en vain que pour sauver Saint-Luc, il allait se perdre, parce qu'il ne pouvait être suivi de son corps de bataille qui était sous le vent. Mais l'imminent péril de son avant-garde émouvait trop le duc ; il ne prit conseil que d'une générosité téméraire, et ordonna à ses pilotes d'arriver sur les Rochelais. Aussitôt ceux-ci, au comble de leurs vœux, abandonnent l avant-garde, et enveloppent en bon ordre le galion amiral dans son isolement. C'est alors que commença l'un des combats les plus furieux et opiniâtres dont on ait conservé la mémoire. Le feu du canon et celui de la mousqueterie, combinés ensemble et alternativement ménagés, produisaient l'effet d'un tonnerre continu. Les Rochelais jetèrent les grappins de deux de leurs brulôts qu'ils embrasèrent à l'instant dans les haubans du galion, et y fixèrent l'implacable incendie. Charles de Guise semble retrouver son sang-froid dans le désespoir de la défense. D'un côté, il fait éteindre le feu ; de l'autre, il fait repousser les assaillants qui le foudroient de toute leur artillerie. Il place Tavannes à la proue, Carse à la poupe, La Rochefoucauld au grand màt, et lui-même, le fils du Balafré, se trouvant partout, il
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ordonne et combat ayant le feu sur sa tête, et, sous ses pieds, la mer prête à l'engloutir. Les amarres des grappins ayant été coupées, il fit prendre le large aux deux brûlots ; mais, par une fatalité terrible, le vent les jeta, aux cris de joie dos huguenots, sur la poupe du galion qui venait à peine de s'en débarrasser. Le feu devint alors un embrasement presque sans gradation. Rapide comme un serpent, il se glisse, monte ou descend le long des cordages, s'engouffre dans les voiles, en ressort plus furieux après les avoir partagées, déchirées en mille flammèches incendiaires, et déjà, comme trois torches colossales, menace de s'élever du bas en haut des môts. Guise, malgré les instances des siens, refuse de se jeter dans sa chaloupe et de se retirer. De nouveau il combat d'un côté ses adversaires, et de l'autre la flamme. Enfin quelques volées de coups de canon tirées à fleur dVau écartent une seconde fois les brûlots; et le galion amiral, après une lutte de plus de deux heures, rebute par une si indomptable résistance ses adversaires qui se retirent. Guise profita de cette retraite pour faire éteindre entièrement le feu mis à son vaisseau et réparer à la hâte ses plus indispensables agrès. Sa flotte l'avait cru perdu ; elle le revit avec transport. D'un autre côté, la bataille s'était engagée d'une manière générale entre les deux partis, et il y avait eu une mêlée des plus sanglantes. On ne se sépara qu'avec la nuit. Guiton, l'amiral rochelais, dont le navire avait été horriblement maltraité, s'était vu obligé de se retirer avant la fin de l'action. Quoique les huguenots eussent fait des pertes considérables, le résultat de la bataille du 27 octobre n'avait pas donné une entière victoire à Charles de Guise. Dès le lendemain, la mer étant calme, il donna ordre au général des galères d'arriver sur la flotte rochelaise dans la retraite qu'elle avait choisie. Macquin, vice-amiral huguenot, perdit la vie dans l'engagement qui eut lieu. Le soir du même jour, le marquis de Rouillac amena de Brouage huit vaisseaux de renfort au duc de Guise, qui arrêta une nouvelle et décisive attaque pour le 30 octobre ; mais une grande tempête, qui dura jusqu'au 6 novembre, l'empêcha d'exécuter son projet, et donna le temps d'arriver à la
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nouvelle d'une paix signée avec les protestants, le 22 octobre, à Montpellier. Le duc, à cette nouvelle, envoya à l'amiral rochelais un tambour avec ce bref billet : « Le porteur saura si les ennemis ne veulent pas obéir à la paix que le roi leur a donnée; oui ou non. » Guiton, ayant répondu qu'il n'avait pas entendu parler d'accommodements, allait se voir présumablement écrasé par des . forces infiniment supérieures aux siennes dans l'endroit où il s'était acculé avec sa flotte, quand heureusement une députation des habitants de La Rochelle vint apporter à Guise la reconnaissance de la paix que le duc de Kohan, au nom du parti, avait signée à Montpellier.
Il y avait peu de temps que la paix intérieure durait, et qu'on en proûtait pour reprendre le travail d'abaissement de la maison d'Autriche et d'Espagne, quand les deux frères huguenots Rohan et Soubise , voyant les forces de l'État engagées dans une lutte étrangère, crurent le moment favorable pour relever l'étendard de leur parti. Pendant que le duc de Rohan , encouragé par la catholique Espagne, se chargeait de mener les affaires des protestants dans les provinces du Midi, le prince de Soubise devait s'occuper de croiser avec une escadre sur les côtes de Rretagne, de Saintonge et de Poitou. Il se saisit d'abord, au commencementde janvier 1625, de l'île de Ré, et, après y avoir armé plusieurs bâtiments sous le prétexte d'un voyage de long cours, il se présenta tout à coup, le 17 du même mois, devant le Blavet, où se trouvaient sept grands vaisseaux équipés par le duc de Ne vers, qui avait un projet, du moins apparent, de croisade contre les Turcs, pour revendiquer l'héritage des empereurs grecs dont il était descendant. Soubise attaqua ces sept vaisseaux à l'improviste, entra le premier dedans l'épée à la main , et s'en rendit maître. Mais quand il voulut sortir du port, les vents contraires s'y opposèrent. Sur ces entrefaites, le duc de Vendôme , gouverneur de Bretagne, arriva avec 2,000 hommes, et l'assiégea dans le port du Blavet, dont la passe est fort longue et étroite. Au bout de trois semaines pourtant le vent changea; Soubise coupa à coups de hache la chaîne et
le câble qui fermaient le port, et en sortit avec se» prises, qu il amena à l'île d'Oléron, de laquelle il se rendit maître. Soubise n'atteignit pas son but, qui était de débloquer La Rocbelle; mais il entra, le \ \ juin, avec une flotte considérable presque entièrement formée de ses captures , dans la Gironde ; fit une descente dans le Médoc, et s'y empara de plusieurs places, que les troupes du roi lui firent bientôt abandonner. Les ravages auxquels il s'était livré causèrent, par de malheureuses représailles, le massacre de ses coreligionnaires à Bordeaux et à Toulouse. Le 6 juillet, Soubise obtint un succès naval, à l'aide d'une supercherie dont on aurait peine à lui faire honneur. La flotte du roi se composait à ce moment, en grande partie, de vaisseaux hollandais ; il engagea secrètement ceux-ci, sous la promesse de réciprocité, ù le ménager comme coreligionnaire; mais quand il crut l'instant favorable, il ne tint aucun compte de sa promesse, et tomba avec impétuosité sur toute la flotte du roi indistinctement. L'amiral de France, Henri n de Montmorenci, reçut ordre d'aller attaquer, avec une flotte de soixante-six vaisseaux , tant français que hollandais, celle des huguenots que Guiton commandait, pendant que Soubise défendait l'île de Ré contre une descente du duc de La Rochefoucauld, de Saint-Luc et de Saint-Bonnet de Toiras , qui fut aussi, par la suite , maréchal de France. L'amiral Montmorenci, qui devait occuper le centre de son armée navale, voulut combattre à bord de l'amiral hollandais, pour le forcer, par sa présence , à ne point ménager ses coreligionnaires. François Faucon, plus connu sous le nom de commandeur de Ris, menait l'avant-garde, monlé sur une ramberge anglaise armée de vingt-quatre canons de fonte ; de Manti avait l'arrière-garde. La bataille s'engagea d'une manière terrible. Les protestants, bien inférieurs par le nombre, et en général par la force de leurs vaisseaux, se défendirent avec un désespoir qui laissa longtemps la victoire en balance. Le vaisseau la Vierge t un de ceux que Soubise avait naguère enlevés dans le port du Blavet, et qui était resté aux huguenots, se trouva enveloppé par quatre vaisseaux de Montmorenci, qui tenaient à
honneur de le reprendre. C'étaient le Harlem, vaisseau hollandais, commandé par le chevalier de Villeneuve; le Saint -Louis, commandé par le chevalier de Razilli ; le Saint-François, capitaine Kerquéser, baron de Jussé ; et l'Olonnais, capitaine Veillon , des Sables-d'Olonne. Les quatre vaisseaux du roi s' attachèrent à la Vierge, l'abordèrent, et les quatre capitaines, suivis de leur monde, passèrent sur le pont, l'arme au poing. Les huguenots firent sauter le tillac; de ce premier coup, nombre d'hommes déjà perdirent la vie. Razilli gagna alors le second pont, où les huguenots étaient retirés ; mais, au même instant , ceux qu'il voulait forcer firent de ce pont comme du tillac; il sauta avec un monde considérable. Cinquante soldats nouveaux se précipitèrent alors dans les débris du vaisseau, que les huguenots, retranchés dans tous les coins, continuaient à défendre comme des lions. Cinq ou six matelots, entre lesquels les nommés Bernicard et Durand de l'île de Ré, se cantonnèrent en dernier retranchement au bas du château de poupe, dans le magasin des poudres. L'un d'eux ayant crié: « Donnez la vie, ou vous ne tenez rien ! » il fut répondu : « Point de quartier I — Point de quartier, eh bien !... » Les matelots n'avaient point achevé , qu'un tonnerre épouvantable éclate par leurs mains; ils venaient de mettre la mèche à près de deux cent cinquante barils de poudre. Les quatre vaisseaux du roi avaient sauté avec le leur. Aux combattants des deux cultes, l'explosion avait fait un même trépas ; le flot roula, confondus et méconnaissables, les membres noirs et brûlés que la poudre avait arrachés de leurs corps. De tous les hommes qui faisaient naguère partie des quatre vaisseaux du roi, il n'y eut que le capitaine Kerquéser du Saint-François , et un gentilhomme du bas Poitou , nommé Chaligni, qui échappèrent. Le premier gagna une chaloupe à la nage, le second fut tiré de l'eau par les rameurs d'un canot. Le flux poussa sur la côte près de sept cents cadavres. L'amiral Guiton, après la défaite de sa flotte, fit échouer son vaisseau qu'il lui était impossible de conserver, et se retira à La Rochelle sur un esquif. L'île de Ré fut soumise; Montmorenci fit une des-
3io HISTOIRE MARITIME
cente à Oléron , qu'il reprit. Soubise passa en Angleterre. Une nouvelle paix lut signée, le 6 février 1G?6. Sa durée ne devait pas être plus longue que celle des précédentes.
Mais déjà un homme qui, sous une enveloppe débile, mûrissait une volonté plus énergique et persévérante que l'obstacle le plus grand; un de ces hommes si rares, qui savent soumettre et faire servir toutes leurs passions à une seule qui est leur but; un de ces génies politiques qui apparaissent de demi-siècle en demisiècle dans l'histoire d'un peuple pour en transformer à leur gré tout le mouvement, un ministre souverain qui, pour toute justice, n'entendait qu'un mot, la grandeur du pays dont il était la tète : déjà Richelieu était l'âme du gouvernement. Dans la dictature monarchique dont il se fit investir, il n'oublia point la marine; car personne autant que lui dans le royaume n' avait encore senti son importance; sa pensée était que l'empire de la mer avait été offert par la nature à la France. Pour n'être point gêné dans ses projets, il retira au duc de Vendôme, sous prétexte de mécontentement, l'amirauté de Bretagne; racheta, en 1626, du duc de Montmorenci, la charge d'amiral de France et celle d'amiral de (iuienne; les supprima Tune et l'autre, ainsi que les diverses vice-amirautés; puis créa pour lui-même la grande maîtrise et surintendance de la navigation et du commerce. Il divisa la marine en quatre escadres de vaisseaux, portant chacune le nom d'une province, à savoir : Bretagne, Guienne, Normandie et Provence , sans préjudice de l'escadre des galères de Marseille , où l'on entretint, mais à dater seulement de l'an 4636, une escadre de vaisseaux de haut bord. Un prévôt général de la marine et des armées navales du roi fut nommé, pour connaître des procès et jugements maritimes, des prises et faits de piraterie. Ces changements furent le signal d'une ère nouvelle dans la marine française.