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Histoire maritime de France

laHa 4a Lenal. Gaam itmt Ut Pafl-Bu. — La Cil»l..^ne i,; .Ionn« .V U Fnnro. - ni .nu T«rragon«. — IKf;rlca4ér«Kh«i44U.— CaaipagM aarala 4e 16 V2.— l e niarquK de Brcié au caïueundoweal de U Balte 4e k ■idiicmaéc. — Cm-rre pour U con<|afU 4a BanMillon. — Combat util de B«reet»n«. — Confiai niftl 4a l*r Ja9> tel iMi^Caai|a4hi 4a Raauillaa.— Fea4aliaM BtritiaMt 4a Rickaliaa an te alla 4a Fiaaaa. — Cnlnpriiai a*- % lMiil(a^Pnt>te4« b talaw» finiiriH 4a flateUMMaflu.— Nm «araeaawan 4iteGndeteapaal4B teR» tiaiUM.— Pic'.ilii M rm une un Haalaaaal généMl pour U Ynncc aux Aniille*.— r i,Ti;n£n'--ni nlj de u flïtetfte fna> C«il4. — Éi ibliifcin-^nu d<i FmftU I b CnTine.— Situation dea éliMiMeaienl» frtiKâil ta Ceiu4i, itfti» Il IMllIt Samuel CUaincUiu. — Caiyiaiai frUftiiei d« la »6t« eceiiUnUle d'Afrique. — Fondelien 4a h «ahlto 4* flriil LHia a» 8*a4i4l.~Cifnai fa» calaMUf MadiiMcar.— Mart 4a BHheMaa at 4> Iwii IM.

fiioh^eut trouMé dan» m mtes projeis par la révolte de GosloiLd'Orléao», frère de Louis XIll, et de quelques grands seigneurs àn temps, eut promptement raison des rebelles. Le nombat de Caslelo^dari, au mois de septembre 1632, compléta sa victoire sur les mécontents de tonte espèce. Cest h la suite de ee combat que le jeune, le beau , le brillant, le yaleureux et intetané ÎQAiésbal Benri II de lb>ntmorenci, lâçbeme^t sacrifié

3 a ^'^*¥^f6i«çîî\J{{^TiMi^^^^

pnr Gaston d'Orléans, (juv r;i\,(ii (^y''"' dans la révolte, fut fait [iriMJiniii'r, après avui^'trt'ujA^ i^Vnrr>. puis jeté dans les prisons de Leetourc, puîflMi^B^M|'i KliktuM', où il fut jugé le 30 noveinbn; 1032, et dwcapil^jnfWryaiè jour. Il n'était encore >que dans sa tnMit('-si:{»lièni(' ai||ig|^IV!nu'lieu sYlail montré bien sévère, Louis Xlll liien ti\Ujiljfl^5]i'^imlique. Gaston d'Orléans bien mt'pri>al)l(' , dans c^^Uiu iriiL:(/fii!(i de celui qui avait été le ^rnier des amiraux de l'^irM^l^-^ '

Une alliance avait ('lé eonlr»Tciée en iO.U, avec le célèbre roi de Suède Gustave- Adolphe , ( ônlro Ferdinand H d'Autriche, empereur d'Allemagne, qui alors opprimait les protestants; cette alliance achèverait au besoin de d<^monlrer que Richelieu, dans ses traités comme dans ses guerres, mettait les intérêts polititjues du pays au-dessus de tous autres et de ses propres sympathies. Après la mort de Gustave-Adolphe , I» traité fut renouveh- avec la reine Christine, sa fille, le 15 avTil 1633, à Ueilbrooi plusieuEi des cercles d'Allemagne y entrèrent.

Plusieurs marins français avaient profité de l'alliance avec la Suède pour aller, avec l'agrément de leur gouvernement, servir dans la marine de ce pays, qui était en grande et méritée réputation. Parmi eux se distinguèrent deux Dieppois, Abraham I)uquesne père, et son fils, destiné à tant de gloire, qui portail le même prénom que lui, cause d'erreur et de confusion pour la })luparl des biographes inallenlifs, lesquels n'ont généralement fait du père et du lils qu'un même homme (2). Abraliam l)uquesne fils dut à ses progrès surprenants ainsi qu'a une iuln'i'idité cl à un sang-froid supérieurs à sa jeunesse, d'être ap|)elé, dès Tàge de dix-huit ans , à servir dans sa patrie , en qualité de capitaine, sur un bàlimont,de guerre. Le père et le tils furent alors obligés de se séparer. Pendant que le premier était chargé d'aller chercher en Suède et de ramener un convoi, le second était nommé au commandement du Neptune, de deux cents loiiaeaux, pour servir dans la guerre qui était près de s'ouvrir.

Richelieu, outre ses alliances avec le Nord contre la maison d'Autriche, empècli<iil, dans le même temps, la Hollande d'entrer en accommodement avec le gouvernement austro-espagnol des Pays-Bas. Enfin, le gr.uid cardinal, après avoir concentré toute» les forces de la iiance, déclara, en mai 1635, une guerre ou*

vertê à làmaison d'Autriche, t|int dans les Pays-Bas et TADemagne qu'en Espagne et en ItaUe. r . >f .

Une flotte espagnole de ving(4eux galères, cinq vaisseaux ronds et autres Mtimenls, commandée par le duc de Femandinez et le marquis de Santa-Cruz, ^nt attaquer, près des côtes de Pro*

i.9ence, les petites liés de Lérins, ^inte>jifarg\|erite et Saint-Honorat, qui servaient de pieuse retraite à des religieux de Tordre de Saint-Benoit, et que, pouç cette raison, Ton avait né^gé de garantir. Les Espagnols fr*en emparèrent sans coup férir, et, par les « ïedontables fortifications qu'ils s'empressèrent d'y élever, ne lardèrent pas à en faire comprendre Timportance.

L'année suivante, une armée ennemie, forte de plus de trente mflle hommes, entra dans la province maritime de Picardie, 7 jeta. d'abord une grande terreur qui se répandit jusqu'à Paris, «I s'y empara de plusieurs places; mais après premier mo-

)|jient.de»surpriiie, efle fut repoussée et rqetée des points qu'eOe occupait.

% Richelieu en profita pour pousser activement la guerre en Italie et sontenir vigoureusement le choc du côté de l'Espagne. La Méditerranée devint le théâtre de plusieurs événements considéliibles*

fjcs prélats jouaient' alors un grand rôle dans la marine de Krance; car le clergé du pays, s'inspirant de son prince le plus éminent, semblait revenu aux premiers temps du moyen âge, où les mêmes mains qui bénissaient et qui portaient la (grosse faisaiont le geste du commandement militaire et portaient bravement la lance. Le plus étrange de ces personnages, déjà célèbre ' par ses querelles avec le duc d'Épernon, gouverneur de Guienne, était Henri d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, queVon a précédemment vufigurer au siège de La Rochelle. Depuis ce siège, il s'était senti entraîné, autant par ses penchants que par son désir de plaire au cardinal, vers la marine ; il en avait fait une étude théorique qu'il était prêt à mettre en pratique. Henri de l^orraine, comte d'Harcourt, dit Cadet-La-Perle, ayant été choisi, en 1630, pour lieutenant général de la flotte chargée d'aller reprendre les lies Lérins aux Espagnols, l'archevêque de Bordeaux lui fut adjoint en qualité de chef des conseib du roi en l'armée marine, de directeur des subsistances, munitions, équi-

« HISTOinE.V\Bltm&

pagps, fortifications des places, etc. L'archevôque montra tout tic suite qu'il avait le pied marin, et que ce qu'il ignorait encore de la science navale telle qu'elle était de son temps, il ne tarderait pas à le connaître. Il allacha à sa personne le snvatit Georges Fournier, de la compagnie de Jésus, dont le livre d'Hydrographie est resté comme le répertoire, comme le monument le plus corn-*' plet des connaissances nautiques, de l'état naval moderne, jusqu'à la seconde moitié du dix-septième siècle.

De Beauvau, év{^quc de Nantes, fut, dc^on côté, revôlu de charges analogues à celles de l'archevêque de Bordeaux , sur les galères de la mer du Levant, qtii avaient alors pour g» ni ral le marquis de Ponlconrlai , neveu du cardinal-minisire. Pendant que Sourdis pr('sidait à l'armement des vaisseaux du Ponant dons la rade de Sainl-Martiii-de-Hé, Peauvau avait ordre de se rendre en Provence, et de faire arrêter tous les navires tant fnm^ais qu'élraiigers qu'il jugerait propres à êlre armés en guerre, pour les joindre à la flotte (|ui viendrait bientôt de l'Océan.

Cette tlolle, suivant les documents qui accompagnent la correspondance de Sourdis pid)\iée en 1839, se composait, outre six brûlots et douze flûtes, de trente-huit bâtiments de guerre, d'en général deux cents à cinq cents tonneaux, seize a Irenle canons, et cent A deux cents hommes d'équipage, non compris les capitaines, lieuleuants, enseignes et ofliciers mariniers; sauf un seul, le Navire du Roi ou Amiral, qui était de mille tonneaux, soixante canons et trois cents hommes d'équipage, non compris le> ofliiiers de marine et les officiers mariniers ou sous -officiers. Mais, selon un litre manuscrit reproduit par l'ancien archiviste de la marine d'ilamecourt, elle se composait de qnaranle-deux vaisseaux, de bix. brûlots, sept frégates et vingi-qualre flûtes. Sur vingt de çes dernic^^res i'urenl embarqués, outre des vivres et des provisions, cinq mille six cent soixaide et dix hommes. 11 paraît que c'était l'archevêque qui avait donné l'idée d'embarquer trois cents soldais environ sur chaque flûte, pour qu'on pût venir par le côté jeter ces soldats sur les vaisseaux ennemis que l'on attaquerait ou sur ceiix des Français qui seraient en danger. Les vaisseaux de l'escadre de Bretagne étaient, selon le dernier document cité, ie IKnviredu Roi ou l'Amiral f de o4 cunous, monté par ic comte d iiarcourl

Bfi FRANCE. 7

et l'archevêque, ayant le commandeur des Gouttes pour les assister sur leur bord; te Contre-Amiral , de ^16 canons, monté par le commandeur de Poiricy; Cygne, la Licorne^, le Trois-Roist le

Corail, le Coq, le Saiut-.Uichet, tous de 32 canons, capitaines de Lange, de Muiitigiiy, de Miranmont, Rigault, d) La Fayette, Piganeault; la Sainte-Genevièvt' , de 33 canons, commandée par le général Beaulieu ; la Perle, la Margneriie, r Hermine, du 20 canons chaque, capilaines Boisjoli, Guilaut, de Courson; fa Sainte-Marie, la Rose, le Petit- Saint- Jean, la Maffdelaine àHl^ ILWre, tous les quatre de 16 canons chaque, capitaines Porte- Noire, Poincy, Hanchu, Du Mé; la Sainte-Anne , la Sainte-Maf" guérite y t Aigle, la Levrette, te Neptune, le Griffon, de 12 canons chaque, ayant pour capitaines, selon l'ordre indiqué, Poutrinconrt, un neveu de Tarchevèque, le chevalier de Senanles, Daiivel, Diiquesne, et La Chesnaye. Les vaisseaux de l'escadre de Guienue étaient, suivant le même document, l'Europe, de 40 canons, bdlimenl vice-amiral de la flotte, moulé par de 3Ianti; le Saint-lours de Sauil-Jean de Luz, de 32 canons, capitaine Giron; te Liou d'Or, de 32 canons, capitaine lli aulieu père , (a Renommée, le Saint-Jean de Hollande, le Licuianant, t Espérance, le Lion de Honfleur, tous les quatre de 20 canons chaqne, capitaines de Coupeauville, Vallin, d'Arpenligny, Danerac, Beanlieu jeune; le Saint-I rançois , la Salamandre, ta Marguerite, de 16 canons chaque, capitaines Denis, Cazenac, de La Tulle; le Cardinal, la Frégate de Gascogne, [Ange, de 12 canons cliaijue, capitaines de La Rivière*Dansé, GalliToc- La-Gauché, Perroninse; te Saint- Louis de Hollande , de 20 canons , capitaine Treillebois.

On mit à la voile de Siùnt-Martin-de-Ré, le 23 juin 1636, après avoir longtemps attendu un vent favorable cl avoir mèraè • été ramené à ce point de départ. L'archevêque tint avec exactitude le journal de sa navigation et témoiirna jusqu'au bout de l'espril méthodique que Richelieu avait reconnu en lui. A[»rés avoir été arrêtée sept jours au cap Orlegal , et quelque temps enipéchéo par les vents contraires de doubler le cnp Finisterra, la iluui.; lit rencontre d'un bAtiment corsaire do Salé, amarinant un navire hollandais et chargé des richesses d'un bâtiment anglais coulé bas par lui. Le Ixltimenl corsaire fut réduit à se rendre avec les cent dix musulmans t^ui le moulaient , et amené à bord

• mSTOIRE MARITIME

du Navhe du Jlot, où Tarcbevèque, chargé du jugement des prises , le déclara bieo et dûment conquis,, et condamna ses aur dens possesseurs à ramer sur les galères de France.

L'aidieTéque, i cette occasiom manifesta l'intention d'aller réprimer les corsaires de Salé, port de Tempire de Maroc sur TAtlantique. Il fit durant toute sa navigation une foule d'observations judicieuses, et écrivit à Michelieu pour lui proposer d'en* lever à l'Espagne la Pointe de Yigo et les lies Bayona dépendant 4N 1a province de Galice, pour s'y fortifier. Aux approches du détroit de Gibraltar, on fit une nouvelle prise sur les corsaires de Salé. L'archevêque ayant heureusement passé le défait et relevé le mbnt Gibraltar (3), alla mouiller, le 17 juillet 1636, aux Iles Baléares. Ce même jour, on reconnut un vaisseau anglais armé de 24 isanons, et on lui envoya faire commandement d'amener son pavillon^ qu'il portait au grand mât. Gomme il ne se conformait pas à cet ordre, on l'y contraignit à coups de canen. L'archevêque, qui avait reçu à cet égard des inslructi<Ais-de Richelieu, ne relâcha ce navire qn'après jugement. Au bruit de^ déprédations des pirates turcs et algériens dans la Médijter^ ranée, il posa les bases d!une répression efficace de ces écumeurs de mer, déclarant que c'était une grande honte de «voir leur eilronterie et de n'y pas remédier quand la chose ëtait si facile.

Le 20 juillet , la flotte fut en travers du golfe de Lion, et r§rchevéque envoya donner avis de son arrivée au marquis de Pontcourlai, général des galères, et à de Beauvau, évêque de Nantes, intendant de la flotte du Levant, qui se tenaient à Marseille et qui avaient ordre de se joindre à la flotte du Ponant. Ici l'archevêque et le comte d'Harcourt éprouvèrent de grands embarras, que leur suscita la jalousie de Pontcourlai et du maréchal de Vitri , gouverneur de Provence. Ce dernier surtout s'emporta contre l'archevêque avec tjint de riolence qu'on Ait, peu après, obligé de l'arrêter.

L'archevêque et le comte d'Harcourt ayant été joints par Beauvau avec une partie des forces navales du Levant, mais voyant que Pontcourlai et Vilri leur faisaieirt perSre leur temps en pourparlers inutiles, se disposèrent à aller chercher Ui nuUe ennemie. Ils eurent arist le 6 septembre t qu'elle était dans le

DE FHANCë., 0

port de MonacOt sons les ordres du duc de Fernandinez, et résdluÂnt de lui livrer combat dans ce port même. Toutefois un coup de TQDt les eu empêcba , et ce ne fût que le 9 septembre, en la rade de Menton» qu'une affaire s'engagea. L'archevêque et le oomted'Harcourt canonnèrent, Urois beures durant, les Espagnols qui furent réduits à se retirer. Une autre fois on offrit la bataille aux ennemis, mais quoique le brave Cadet-La-Perle parût en pourpoint sur le pont du Navire du Roi^ en faisant un.grand bruit de toute son arliUerie pour les défier, ils la refusèrent La saison étant désormais trop avancée pour que toutes les dispositions nécessaires à l'attaque des lies Lérins fussent faites, Tarchevèquc et d'Harcourt, pour occuper leurs loisirs, dnglèrent sur Vile de Sardaigne, appartenant alors à T Espagne, y opérèrent une descente et se rendirent maîtres de la ville d*Oristano.

Llannée suivante, Tarcbevèque et le comte procédèrent, dès le commencement du printemps , à Vattaque des tles Lérins , but principal de leur expédition. Georges Fournier, qui était sur la flotte , dit que les Espagnols les avaient tellement fortifiées, qu*il n'était pas uft espace ou une motte de terre où il n'y eût citadelles, retranetiements, redoutes ou fossés. Les vaisseaux français s'étaient approchés, le 24 mars 1637, jusqu'à portée de pistolet de rUe Sainte-Ifarguerite, la plus forte des deux, abattirent d'abord à coups de canon une partie des dehors et des retranchements ennemis, firent brècheà deux forts, puis ordonnèrent le débarquement. Quantité de bateaux chargés d'infanterie allèrent hardiment s'échouer sous le feu des canons et de la mousqueterie ; alors on vit les soldats se logeant sur la proue de leur bateau, tirer sans cesse et favoriser la descente des enfants perdus, qui les uns dressaient leurs échelles, les autres jetaient un pont volant; ceux-ci gravissaient sur la falaise ; ceux-là, ayant déj à gravi, tendaient une main à leurs compagnons et combattaient de l'autre main. Cen'étaientque planches, madriers, hottes pleines de terre que chacun portait. Pendant que les derniers parvenus sur les remparts démantelés se rallient et se tiennent en armes , ceux qui les ont précédés font à la bâte un logement avec des tonneaux; des sacs de sable, des fascines et autres objets semblables qu'ils ont montés. Tout le monde fait son devoir. Les Espagnols sont obligés, dans la journée même du débarquement, d'abandonner deux de leurs

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principales positions dans Tile Sainte-Marguerite. Les Frdnçais ^ employèrent eux-môiues le reste du mois de mars à se retrancher dans ia partie qu'ils avaient r<)conqui$e pour c(u'auctin événement 110 les en pùl venir déloger. Au commencement d'avrii, Pontcourlai arriva avec six galères. Les attaques furent reprises arec vigueur! L'archevôqué luttait de courage et d'habileté avec le comte d'Harcourt. Durant une trêve de deux heures* qui fui convenue pour enlever les morts de pari et d'autre» le comman* dant espagnol don Gonzalez de Crespo, ayant convié les seigneurs français h boire à ta santé des rois des deux nations en guerre , le marquis de Janson , avec quelques-uns de ses amis , accepta roffro courtoise; puis le combat recommença de plus belle. Quinze gahVes d'Espagne parurent, mais n'osèrent s'approcher à portée du canon de la flotte française qui leur interdit l'approche des lies. Les Espagnols, après avoir défendu leurs fortifications pierre à pierre, capitulèrent et rendirent Sainte-Marguerite le 12 mai. Le jour suivant, de Manti, faisant fondions de vice-nmiral, et le commandeur des Gouttes, à la tète des vaisseaux ronds, assisté des six galères de Pontcourlai , battirent de tous leurs canons l'Ile Saiot-Honorat , dont la garnison ennemie capilnla }\ son tour au bout de vingt-quatre heures. Le 15 mai lÔ37j il ne restait plus un seul Espagnol aux lies Lérins. Il revint beaucoup de gloire au comte d'Harcourt et surtout à l'archevêque, de celle expédition, qui fit apparaître pour la pro* mièrc fois, avec é liit , le jeune Duquesne» capitaine du Neptune, Pendant que l'intrépide marin se signalait au siège de Sainte- Marguerite, il apprit que son père venait d'è!re tué à bord de son vaisseau, par les Espagnols, en escortant un convoi de Suède en France; At>raham Duquesne jnm, de ce jour, une haine implacable à ceux qui lui avaient enleva ( ♦ cher objet de sa piété filiale qui avait dirigé sa jeunesse et deviné son avenir. Le général Beaulieu, qui commmdaiiia Sainte-Gcneviève, mourut à Toulon d'une fièvre chaude, au retour de celte expédition , dans un âge qui lui aurait permis, s'il eût vécu, d'entreprendre de nouveaux voyages et de courir à de nouveaux exploits.

Dans le courant de l'année 1638, Bichelieu donna des ordres pour qu'une armée française entrât en Espagne par le pas do Béhobie, et pour qu'une flotte puissante en secondât les opérations.

Uigilizeo by ^OOgle

D£ FBAliCE. 41

' ^ L*arc(e?éque de Bordeaux fut qfaoisi'p^ur commander l'armée

^ DaYalc ; maïs, quelque diligence qu'il à la rassembler, il n*e& put venir èrbout assez tôt pour l'uliUté des troupes de terre* Le rendez-Tous était à Tile de Ré, où VarcheTéque attendait à la 4^ Ms Tescadre delà Méditerranée et des vaisseaux de 'Hollande pour les joindre aux forces qu il avait d^à. En attendant son éé*

' part, rarc|ievéque détacha sept gros vaisseaux, sous la conduite du steur de Treillebois, pour aller porter aide à Tannée de terre qm venait de s'emparer du bourg et du port du Passage en Bis-

:^^ye, avec plusieurs galions et autres navires qui s'y trouvaient Le 29 juillet, le gros dé la fioUe, fort de trente-quatre autres vaisseaux , appareilla de Ré , entra bientôt dans le golfe de ^s* cogne , débarqua deux mille hommes au Passage pour en garder le port et le bourg, et emmena quatre des galions pris à rennemi, après avoir sacrifié le jreste.

J^elf août arriva l'arrière-gaide, forte de onxe vaisseaux $ et le 13 seulement parut, aux cris d'admiration » aux applaudissements de toute la Hotte • le superbe vaisseau lê Couronne, por*

^nt )B*iic^amiral de Raiîllt* De mémmre d*hofflme» on n'avait rieii vu de comparable. Ce vaisseau * dont on paria longtemps* que boaiMoup d'auteurs contemporains ont célébré» et que Ton \int visiter de tous les pays voisins, avait été construit à Ja Roche- Qemard, en firelagne, par un IMeppols nommé Chark» Morien.

«Su quille seule aviSt cent vingt pieds de long, et ehaeun se disait avec admiration que les salles et galeries du Louvrelui cédaient en largeur. La hauteur de son grand mât était de deux cent seize pieds , } compris les mâts de hune et de perroquet avec le bâton de pavillon. Son riche pavillon n'avait pas coûté moins de que* torze mille écus, somme incroyable, surtout si l'on se reporte à Tépoque. La maîtresse ancre pesait quatre mille huit cent cinqoante-cinq livres. Le corps du vaisseau lui-même était estimé peser quatre millions de livres et pouvoir en porter autanL Dans les deux jets de voiles dont il était assorti, fl entrait six mille aunes de toile. Comme on avait reconnu Tinconvénient de trop rapprocher les canons les uns des autres, et l'impossibilité où Ton était dans ce cas de les tirer tous à la fols, on n'avait percé

t Couronne que de soixante et douze embrasures de bouches à u , distantes de onze pieds les uttés des /autres. Ce qui surpre-

« IIISTOIUE MARITIME

nait surtout dans ce bel* édiflce floUanl» c'est que son énorme volume ne l'empêchait pas d'être un des meilleurs voiliers qui jamais se fût vu. Cinq cents matelots d'élite le montaient,, outre

les pilotes, maîlres d'eipiipap^es et autres préposés.

ia flotte française, quand toutes ses forces furent réunies, se trouva composée : 1° de trente-huit vaisseaux de France, à savoir : ta Couronne, de deux mille tonneaux et cinq cents hnmmes d'éqnipage, montée par de Launay-Razilli ; le .\(ivire du Hoi, de mille tonneaux et trois cents hommes d'équipage, monté par le commandeur des Gouttes; /a Heine, de six cents tonneaux et deux cent quarante-cinq hommes, capitaine Danerac; la Vierge, de six cents loiuieaux et de deux rmi quaraute-cinq hommes, capitiiine du Mé; le Cardinal, dépareille force, capifninp de Coupeauville ; /c Triomphe, la Victoire^ le Saint- Louis, le Trois-linis, la Fortitve, f f^nrop/', (ousies six de cinq cents tonneaux et deux cent cinq hommes chaq 110, rapilamesde Cat-u, Contenant. Treillebois, Baptiste, qualifié capitaine de la compagnie des pardes de r.ircheveque de Bordeaux, Cazenac et Monligny; le Triton, de qualr^ cents tonneaux et cent cinquante-cinq hommes, capitaine Villemoului;/ejPf/?if on, dépareille force, capitaine Dunieuillet; leCyynet le Coq f ta Licorne, le Corail, de cinq cents tonneaux et deux cent cinq hommes chaque, capitaines de Cangé, Cliastelus, La Ctiesnaye et Porte-Noire; tÉmérillon, de trois cents tonneaux et cent vint^t-( inq hommes, capitaine de Morsay; te Saint-Charles, de quatre cents' tonneaux et cent cinquante -cinq hommes, capitaine Sainl-Flienne; ir Dnii/ilim, de pareil]e force, eapitaine Boisjolij la Perte, la Jlcnotnrnce, f intendan ! , le '^amt-Jean, la Magdetaîne, touscinq de trois cents tonneaux ^ t ( lui vingt-cinq hommes chaque, capitaines La Roullerie, Daniel, de Contlans, Abrahanji Duquesne et de Senanles; te Turc, de deux cents tonneaux et cent hommes d'équipage, commandé par Guiton , l'ancien maire et amiral de La Rochelle; le Sainte François, ta Marguerite, filer' mine, le i\eptnne, l Espérance , te Petit^Saint-Jean , de deux cents tonneaux et cent hommes chaque, capitaines Régnier, La Treille, de Ligniéres, chevalier Paul, chevalier Garnier, Razel, de Broq; la Fréffate du ffàvre, suruouimée le Turc, de cent luuneaux et soixante-six hoannes, capitaine Clerisse; ta fioyale, de ccul tonneaux et qualre-viugl-deux hommes • capitaine Savigny ;

Ut Cardinah, do cent tonneaux el quatre^viitgts hqiaiiBes, capitaine ,Baronnic ; 2* de trois vaisseaui frétés en SdUande : te tton, de quatre cents tonneaux, à quatifttiiUe cent livras par mois; ^Nassau et h Itèanie, de trois cents tonneaux chaque, ^frétés à raison de quatre mille deux cents Hvres les deux ; 3* de huit brûlots t /e Sfiitil-totitt d'Olonne, capitaine Bruii; le Sotdl, capitaine Jamin ; t Amitié de Bmnbourg, capitaine Des Ardenji ; CQurs^ , capitaine de Haiba; te ChaBseur^ capitaine ColiD; 4a Fwtvm^ ^ capitaine Molé; U Smnt^Sébastîenf capitaine Martin; le Saint' ^' Gaudfi d*Honfleur, capitaine Vidant; 4* de six Çlùte^ frétées et d*un navire-hApttal; 5* enfin de h Régate de Brest, de eent tonneaux, et du FUbetde Brest , desôiXante tonneaux, capitaine Fourchant. Le maître des requêtes Âmelot de Beaulieu, président du grand conseil, était intendant de l*armée navale qui se rendit - incontinent devant Fontarabie, dont l'armée de terre lEusait depuis quelque temps le siège.

On détacha d*abord de la flotte une petite escadre t soûs le commandement de Tancien maire et amiral huguenot Guiton, pour conduire el équiper à La Rochelle les prises fûtes an port du Passage; puis huit gros vaisseaux,' quelques fifttas et deux I, brûlots, pour tenir la mer sous les ordres du chevalier de Hontigny, remplissant les fonctions de contre-atniral dans Tarmée « rnavâle. liontigny, officier renommé pour son courage et son expérience, était chargé de ne lien laisser sortir de Saint-Sébastien, ^ place voisine de Fontarabie, et d*approclier le plus près qu'il ppuRaitjde Gatari pour en sonderla rade et reconnaître si la flotte, dans le cas où cela serait nécessaire, y aurait un mouillage convenable. Le cardinal de La Valelle qui , de* concert avec le prince ^ Henri de Bourbon, commandait Farmée continentale, ayant mihnifesté l*intenlion de faire brûler plusieurs bâtiments français échoués sous le feu de Saint-Sébastien, dans une position presque désespérée, Tarchevêque y mit énergiquement obstacle, et dépêcha sur-le-champ, pour la conservation de ces navires, plusieurs ofQp ders, entré lesquels Duquesne et le chevalier Paul, qui réits» sirent à les relever et à les sauver.

Honltgny ayant découvert à son ouest quatorze galions et quatorze frégates d'Espagne, poussés d*un bon vent et marchant de front en bel ordre, en donna aussildt avis, par un coup de on*

u mSTOir»K MAHITIME

non, à tous les navireg de son escadre qui se tenaient un peu éloignés ics um des autres pour faciliter leurs découvertes, et en même temps dépêcha une patacbe à Tarciievéque. L'amirul espagnol, don Lepez, ne chercha point k combattre i'escadre de Montigny et alla se ranger dans la rade de Gatari.

Ausiïitôt Tarchevéque tint un conseil et recueillit l'avis de ses officiers, particulièrement ceux du vice-amiral de Launay-UazilH, ' frC're du commandeur de Malte , marin cl navigateur émincnl, du . contre-amiral deMontigny, du commandeur des Gouttes, capitaine du vaisseau-amiral « du cnpitaine Giron, célèbre par ses ^ voyage» au long cours, du chevalier Paul, et de Duquesne à peine encore dans sa vingtième année, mais en qui le génie tenait lieu* d'expérience. Le résultat de ce conseil fut que Tarchevèque partit avec dix de ses meilleurs vaisseaux et cinq brûlots seulement pour aller attaquer la flotte espagnole dans la rade même do Gatari oh elle s'était fortifiée , laissant la garde du canal de Foiitarabie au vioe^aDWAl de Laimay-Hazilli, ainn qu'au reste de l'armée.

Après avoir eu à essuyer quelques jours de temps contraire, l'archevêque arriva ji peu de distance de Gatari. Le capitaine Giron monta sur un chélif hnganlin, et, en cet équipage, osa donner la chasse aux pinasses et chaloupes de rennemi.

Cependant l'aniiral espagnol, dont les gros gaHons étaient pro- ^ tégés par les batteries de la côte qui commandaient toute la rade, • se croyait inallaquable , et les nuilelols de sa flotte défiaient et ^ insultaient par mille sii'llements, gestes, brocards etmoquerie^, • ceux de la flotte française qui rongeaient leur Irein, d'autant plus tristes et mornes qu'il ne leur venait pas le moindre vent en aide. Tout à coup voilà qu' uu frais inespéré soufde de la mer ; quelques , ondes blanchissent au loin, la houle croît, et fait rouler avec mojesté les vaisseaux de l'archevêque; le vent semble assurer îa victoire. D'un commun avis, l'attaque est décidée; chacun se rend à son bord; la joie rayonne sur tous les visages, personne ne songe ù dîner, quoiqu'il soit onze heures. Les prières À Dieu étant faites et les ordres donnés , on vit aussitôt P Europe, Vun des meilleurs voiliers de la flotte, qui portait Monligny, ieCygne^ capitaine de Cangé, (a Licome, capitaine La Chesnaye, Ic Coq^ «afHtaine deChasielus» ta Vierge f capitaine Uu Mé, et /a ior*

tùnc, eopitaine CazenaC'S'aTancftr si près des galions espagnols qnp9 du mousquet « ils pouvaient choisir leur ennemi. Suivirent cinq brûlots, POurs, la Forime^ te Chasseur y le Saint-Louis d' donne, et le Soleil, commandés (Mif les capitaines de Matha, Molé, Collo.Brun, iamin, soutenusdes chevaliers Paul / de Senantes, Lignières, Garnierei de Boisjoli, ayant derrière eux le ohevalier de Gooikns, le baron de Nacé et Duquesne, pour donner assistance à ceux qui en auraient besoin, le lieu étant si étroit qu'il était impossible de combattre de front en plus grand nombre. L'Europe ayant lâché sa bordée, les autres Timitèrcnt pendant que rartîllerie des vaisseaux ennemis et les batteries de la cdte leur répondaient. Il y avait un demi-quart d'heure que ce tonnerre faisait entendre son fracas au milieu d^une fumée si épaisse qu'elle empêchait de se voir, quandun vent d'arrière porta dans la ilolte e^agnole deux brûlots. Ceux-ci, pour s'attacher À elle« n'eurent pas besoin de beaucoup d'efforts de la part des gens qui les conduisaient et qui purent se retirer promptement dans leurs chaloupes, après avoir jeté lesgrtppins et allumé leurs artifices. Le feu sort à grosses bouffées par tous les sabords de ces brûlots, saisit les galions d'Espagne, s'attache à la proue, gagne les cordages, et en un instant les environne de flammes. Un cri lamentable et plein d'horreur s'élèvedes vaisseaux embrasés, tandis qu'une consternation universelle s'empare de lajfoule qui bordait les rivages voisins. L'horreur redouble : un troisième, un quatrième, un cinquième brûlot, arrivant l'un après l'autre, allument d'autres feux et changent toute la flotte espagnole en une forêt qui brôle, sans laisser sur elle, à.qui que ce soit, l'espoir du salut. Les bouffées de flammes sautaient souvent de fort loin d'un bord à l'autre -, d'autres fois elles s'élevaient jusqu'au sommet des mâts» et alors les pavillons et les mâts de huniers, tombant dru et menu, imitaient véritablement le fracas d'une forêt violemment agitée pur la tempête. Les soutes à poudre éclatent, font sauter ponts et tiliacs, avec un bruit inexprimable* et portent Jusqu'au del des fumées de toutes couleurs. Spectacle déchirant, mênivf pour les Vainqueurs! Les Infor lu nés Espagnols courent éperdus de proue h poupe, criant, hurlant , sous la pluie de charbon de feu qui leur tombe d'en haut avec des pièces de voiles en lambeaux « tandis que lu mitraille et les boulets les poursuivent encore* Leur propre

f6 ' HÏSTOIRR MARITUfE '

auion s'allume ol foudroie ceux qui. essayent H»^ les secourir. La plupart sont jetés en l'air, el, à moitié brûles, retombent dans les eaux pour y être étouffés. Trois mille soldats de clioix pr'rireiit, et presque tous de celte cruelle manière. Le galion amiral, sur lequel se trouvait le brave don Lopez, était encore sain et entier k l'abri d'une montagne, faisant jouer son <iriillerie et se défendant avec acharnement contre le vaisseau du capitaine Du Mé, quand, au frémissement de la foule qui, sur le rivage, tantôt levait ses mains vers les cieux , tantôt les abaissait sur ses genoux et exprimait ses tortures intérieures de mille façons, on vit un nouveau brûlot, t Amitié , commandé par le sieur Des Ârdens, se diriger, d'après Vordre de rarchevOque, sur ce seul reste à peu près d'une flotte naguère si majestueuse. Le brûlot, battu à la fois de l'artillerie des vaisseaux de don Lopez et de celle de la côte, se trouva d'abord iuri en peine; il eut son gouvernail coupé. Des Ardens, désespérant du [ mu voir aborder l'amiral esp.miiui < l Je lui jeter le grappin , met le ieu à sa propce chaloupe, la conli inl au vent qui la pousse près d'une barque ennemie qu'elle embrase. Celle-ci était voisine du vaisseau-amiral qui bientôt jette des ilamraes, sans qu'on sache posilivemeiit si elles sont causées par le brûlot de Des Ardens ou [)ar les bordées toujours bien nourries du vaisseau de Du Mé. Le feu du galion de don Lopez s'étend à tout ce qui l enviroiiae^ de la m^r, l'in- Lciidie passe sur la terre; il gagne une grande parlii' de la ville prochaine ; la montagne sous laquelle l'amiriiil ennemi s'abritait, s'allume comme un volcan. Elle brûlait depuis six heures déjà» que le feu , irrité par les eaux onctueuses de la îner, s'acliarnait eiierne j iisque sur la quille des vaisseaux.et ne faisait plus d'eux en totalité que des tisons qui couvrirent les Ilots et portèrent à plus de dix lieues de là des témoignages de ce désastre (4). Le capitaine de Cangé, s'était héroïquement comporté dans celle bataille, où l'on avait vu les vaincus se conduire eux-mêmes en héros, et parfois, en tombant, s'envelopper dans h'urs pavillons en guise de suaires. Le chevalier Paul, l'un des plus <îraiids marins de ce temps, ne s'était pas mf)ins bigniili''. Duqursur ,ivaii fait ici, comme auparavant, comme ilepuis, cMmine toujours, e.xploiis el merveilles. Telle fut celte importante atlaire du 2i août lt«3ti en rade de Gatari ou Guetarîa, en Biscaye.

DE l'UANCK. 47

* L'archeyéquu écrivit, de la rade même où il avait remporté la victoire, cette leltte qui témoigne de sod caractère fier et martiâl : r

« Je ne serais pas digne de tenir la place de Son Éminencc , si favais su les ennemis si près do moi sans les combattre. Ils Tont été par la grâce de Dieu et la valeur des capitaines qui commandent lesTafsseaui du roi, de telle sorte que de quatorze galions et trois frégates rassemblés de Dunkerque à la Corogne et de ceux qui étaient sortis du Passage chargés de trois mille hommes de piedqu*iis menaient ù Saint^Sébastien» il ne reste plus ni hommes ni vaisseaux en état de pouvoir nuire au service-du roi, tout ayant été brûlé, à la réserve 3'un qui est échoué, tout percé de coups de canon et qui ne servira jamais. Pour les hommes, ce qui a pu échappa de l'eau et du feu est -sans armes, sans habits et sans coeur, de sorte que vous pouvez vous assurer que vous voilà délivré d'un secours de terre, et l'armée du roi de ce valeureux don Lopez , lequel ne devait pas s'attaquer aux armes de Sa Majesté pour couronner les grandes victoires qu'on disait qu'il avait obtenues autrefois. »

 peine Richelieu eut-il reçu le rapport de la bataille de Gatari» qu'il adressa à l'archevêque les plus triomphants éloges.

• Monsieur, lui écrivit-il, je ne saurais vous témoigner la joie que j'ai de la victoire que vous avez remportée sur les ennemis. C'est un effet de votre cœur, de votre activité et de votre bonné conduite. J'espère que ce succès sera suivi de plusieurs autres et par terre et par mer, et je vous conjure de faire tout ce que vous pourrez à ce qu'il ne soit pas seul... J'écris à MM. de Goûtes, Monligny, de Cangé, et je vous prie de témoigner aux sieurs de Chastelus, de Cazenac, duMé, La Chesnaye, Boisjoli, Senantes, Lignières, Garnier, Paul, de Conflans, Macé etDuquesne, l'entière satisfaction que j'ai de la façon avec laquelle ils se sont comportés en celte occasion, et les assurer de mon affection. J'enverrai h tous les capitaines des brûlots» des chaînes d'or et des lettres de capitaines entretenus. »

Une lettre de compliment du roi lui-même accompagnait la dépêche de Richelieu, qui insistait en outre d'une manière pressante pour que la flotte secondât de tous ses efforts le siège de Fontarahie.

18 flfSTOItlE MAtilTtMË

Malheiireiiscinent la niuï^intelligence qui se mit enlre les chefs des forces ussiL'geiiiites et le mauvais vouloir du cardinal de La Valclle, lils de d'^penion, pour rarchevètiut', firont /M-houor celte entreprise. En vain Sourdis en pcrî>onue étant il-scendu à terre à la tèle de la marine, fil tous ses efforts pour rallier rannce ; il eut son cheval tué sous lui, et ne put que montrer de nouveau sa valeur et sa fermel»'*. Après la défaite, il recueillit le» ùi bns de rarm^l-e; remonté sur ses vaisseaux , il toloja 1 l ^pagne, prèl à balayer toute escadre qui ferait lUOQtre de l'iiiquiéler, et vint mouiller cii l rance.

Richelieu ne voulant [joint enlever la flotte de rarclievèipie k l'Océan, où elle pouvait redevenir d'un moment à l'antre nfilo, donna des ordres pour qu'une autre flotte de quinze gal< Tes, diihuit vais>eaux ronds et trois brûlots, se tînt continuellement dans la Méditerranée, pour inltiioiiiprc les communications entre l'Espagne et l'Italie, où k guerre se poursuivait toujours, et aussi pour cliat] I [ s corsaires algériens et tunisiens qui, mettant à profit les divisions des puissances cUrélieniies , ne connaissaieal plus de bornes à leur insolence et à leurs déprédations. Richelieu donna le conmidiidenieni des vaisseaux ruuUs sur la Méditerranée au comte d'IIarcourt, et, à celte occasion , lit un règlement pour ii.xer les droits et prérogatives, tant du lieutenant général de la flotte pour le grand-mallre, que du général des gajères dont la charge avait été conservée lors de la suppression des anniaiats. Ce règlement portail, entre autres choses, que dans toutes les armées navales du roi composées de navires, vaisseaux et galères ensemble, lurque le ^r.tnd-maîtrc de la navigation n'y pourrait être en personne , le commandemeul serait dévolu au général des galères, à moias que le lieutenant général pour le grdiid-maîlie n'eût commission expresse de sup[)léer celui-ci ; que si les galères se retiraient par événement de la flotte, k commauidem^^iit supième reviendrait au liculcnuriL général du grand-iualtre , q.uaml bien même le général des galères serait resté auprès de lui; et qu'enlin le lieutenant général crnumauilcrait tous vaisseaux ronds et g^dères iiidisliuctemenl eu i absence du générai des galères.

En celle circonstance, le comte d ilarcourt ayant reçu commission de suppléer le grand-maître qui lut déléguait ses pou-*

Toirs, le général des galères parut peu satisfait d*aTotr le second rang, et montra d'abord peu d'empressement è obéir. Ses lenteurs empéçhèreftt là mise à exécution d*u n projet d*atiaque conçu fai Richelieu contre les États barbaresques de la.côle nord de l*Afri<{ue. Hais le eardinal reprocha si vivement à Pontcourlai , Urtrt s<»|nevett qu'il éf^t, son peu d*aclivité en cette oecaâon, ^ Ê^-d eut hâte de rentrer en grice par quelque grand éï^loif natal.

..^Fendant que la comte dffiarconrt, se tenant depuis quelqfoe fefflps sat tles d'Hyères, avec ses vaisseaux ronds , formait ie dessem d'aller surprendre sur leurs ancres» ving(*huit vaîsseaiax espagnols sortis da Port-Hahon pour se rendre à Barcelone, et sfen trouvait empêché paf les vents contraires, Pontcourlai ^ut avis que quinze galères d'Espagne et de Sicile étaient passées enllalîe, chargées de trois mille ciilq cents soldats d*éHte. B résolut de les sume, partit, le 26 août 1638, du goifé de Saint- Tropez, et fut forcé de relâcher à Tilla-Franca, où il apprh que tes galères qu'il cherchait étaient dans le port de Yado , n'ayant point déposé leur infonterie à terre. Pontcourlai, qui avait d'abord eu le projet d'une attaque par surprise , se voyant découvert , cingla onvertement'siir les ennemis. Ceux-ci sortir^t dû' port de Vado en ordre de bataille et allèrent se placer entre ce^ort et Savone. La nuit approchait ; Pontcourlai remit son attaque au len» demain, septembre. Les deux armées navales se tinrent jusqu'à la poiale du jour prêtes à combattre. Eeâ galères de France firent alors voile vers Gènes pour gagner le vent. Celles d'Espagne et des Siciles firent, dans le même but, une manœuvre analogue, et l'oA passa ainsi trois heures à se disputer le vent, en présence d*ùnè mnltit'ude de cnrieux accourus sur' la côte.

Les deux escadres, toujours tirant vers (iênesf, se tA>uvèr«nt enfin à lia portée du mousquet. Le nombre dés galères était égaf êi parl^et d'autre, et de part et d'auti^ elles étaient disposes de lat^ême manière i quatorze contre quatorze, partagées en deui divisions de chaque cdlé, et ayant en plus leur capilane an milieu d'elles. Chacun pouvait choisir son adversaire. La Qmwrdet ga-« lère-capîtane de France, sur laquelle était Pontcourlai qui n'agis-» sait pal^moins de la main que de l'esprit, ayant abordé la eapî-< «fanep ennemie, ne fit jouer son canon qu'à la pfirtée du pistolet j

20 tnSTGlUE MARITIMI":

mais ce fut a?cc tant d'adresse que, du premie^ coup, colle-ci

eût toutes ses pièces dérnonl(5es et tous ses artilleurs luOs. Pendant que la capitaue française avait l'éperon enferré dans celui de Ui capitane hispano-sicilienne, les aulrea galères des deux escadres s'engageât dnt les unes contre les autres. La Vinceguerre, qui pov» tait le nom de son capitaine, aborda et emporta ime galke ennemie. La Patronne de France prit fa Patronne de Sicile, mais non sans avoir perdu son vieux et YaiUant capitaine de Montolteu qui, depuis quarante ans, tenait la mer. La Cardinale enleva la ' Patronne réale (V Espagne. Cette conquête lui a?ait aussi coûtébien cher : la Cardinale avait VU tomber pour ne plus se relever son capitaine des Roches, son lieutenant et presque tous ses officiers ; un volontaire, le jeune chevalier de Margallet, avait été réduit à les remplacer, et s'en était dignement et valeureusement acquitté. La Richelieu , plus heureuse, ne perdit que son lieutenant, en prenant la ^am^-Fmncisgue À l'ennemi. Surfitguebonnc, capitaine d'Aiguebonne, une mort eut lieu, déplorable entre i<julcs : pendant que cette galère était aux prises avec la Sainte-Marie-d' Espagne y le jeune baron de La Garde, pelit-ûls de l'illustre général des flottes de François V et de ses trois successeurs, et qui déjà marclinit h grands pas sur les traces de son aïeul, f u t tué en s'élanea n U\ Ta bordage . LaSaint^Marie-d' Espagne fut néanmoins emportée. Peiulant ce temps, on voyait le capitaine d*une galère nommée /a Valùciiet combattre comme un lionmalgié les soixante et dix ans qui pesaient sur sa tète, aller successive* ment à l'abordage des bâtiments ennemis , en prendre, en couler plusieurs, puis à son tour abordé de droite, de gauche, par l'arrière, par l'avant à la fois, refuser obstinément de se rendre, et, at^int de douze coups de feu , ne pouvant plus se soutenir, se ^aire atlarher à son m<1t, continuer de commander, d'exciter les siens, et de soutenir le choc de quatre galères ennemies, jusqu'À ce que sa vie se fût écoulée avec la dernière goutte de SOQ sang. Ce YÎeiliiird, type vraiment sublime et néanmoins peu rare de rhonneur français dans des âges de notre marine nationale beaucoup trop oubliés, se nommait Cosme de Valbelle; il était le descendant d'une famille qui faisait remonter son origine aux premiers comtes de Provence et aux anciens comles.de Marseille, et qui, dQ, père en filst Avait donné.À la France une série de marins va^u-

DE FRANCE. Sf

reux^i dévoués, commandant presque (oujoDrs des galères construites et armées àleurs frais. Près du vieux Yalbelle, connu long-* tettips, comme un homine de PlutaïquOt* arec le'sumom de Val- IwIlerAncien, son fils, Ïean-Baptiste de Valbelle , enfant h peine dans sa neuvième année, faisait alors sa première campagne, et donna Texemple du plus étonnant sang-froid au milieu de la poudre et des boulets et jusque dans Tabordage. Après avoir été témoin de la mort sublime de son père, il fut fait prisonnier avec Jean-Pbilippe de Valbelle, son frère, qui servait en qualité de lieutenant sur le même bâtiment et qui mourut longtemps après . d'une blessure reçue à la tête dans cette journée. Les Français avaient Tavantage, mais leur victoire n'était pas assurée; les deux capitanes, par le triomphe Ott par la ruine de Tune d'elles, de* valent fixer déGnitivement le sort des armes. Elles se battaient toujours, depuis plus d'une beure que Pontcourlai avait commencé Tabordage. Leurs ponts étaient couverts de blessés et de morts. Au nombre de ces derniers, on comptait parmi les Français beaucoupde personnages de distinction, entre autres le sieur de Querville , capitaine au régiment des galères, qui s'était distingué à la prise des lies Lérins , et surtout le chevalier de Félix Luxembourg , qui commandait à la proue, et qui , nonobstant ses blessi^s, s'était tenu ferme à son poste jusqu'à ce que, peu à peu, perdant ses forces «avec sdn sang, il se fil soutenir par deux Turcs de la chiourme, et expira en commandant encore. Pontcourlai et donRodriguez de Yelasquez, qui remplissait la charge de général des galères à bord de la capitane ennemie, se cherchaient et se mesuraient dans la mêlée, sachant que, de kuir mort A Tun ou à Taulr^, dépendait l'issue du combat. Six fois don Kodriguez se présenta l'épée à la main en face de Pontcourlai, et six * lois la victoire demeura incertaine. EntinRodriguez reçut un coup oui lui ût rendre l'Âme. La victoire était dès lors à Pontcourlai et aux Français. Les ennemis, voyant l'étendard de France arboré sur la capitane d'Kspagne. s'échappèrent en désordre vers Gènes, emmennnt trois galères françaises , mais en laissant six des leurs à la place. Pontcourlai (5) revint triomphant à Marseille, ie 13 octobre 1638 ; les six galères de l'escadre hispano-sicilienne, dont il s'éUiit rendu maUre, suivaient en état de captives, avec leurs bannières, guidons et étendards traînants; taudis qu'au

n HISTOIRE NARITIMË

contraire Peseadre victorieuse était pavoisée 4e bas en haut, et avait revêtu toutes ses parures de UiiQ, •

bans ce glorieux combat» les hommes de la chiourmc, malheureux forçats qui ramaient sur hs galères dont ils empruntali-nt leur nom de gqtériens, avaient pris une part généreuse et inattendue à l'action. Au fortde J*abordagc, on en avait vu s'agjtcr dans leurs chaînes, se dresser sur leurs fers et battre de leurs avirons Icsl^spagnols et les Napolitains. Ahl c'est que ces hommes à la tête entièrement ^asée, enchaînés La plupart du temps tout nus et six par six à leur banc, tandis que , pour la manœuvre de la galère, il leur fallait, dix, douce et jusqu'à vingt heures du- ' rant, pousser le lourd aviron, allonger tous les muscles de leur corps ; ces hommes qui pour toute boisson avaient de Teau , qui pour toute nourriture recevaient trois onces de biscuit par jour, et, de deux joursPun seulement, une soupe de trois onces de fèves cuites avec un quart d'once d'huile, de peur qui , commB on fmt des chevaux dressés À la course, trop d'aliments ne nuisissent à leur agilité; ah! c'est que ces infortunés qui tombaient exténués sur leur banc de misère, etdontlegcomile« ou maîtres de chiourme essayaient de relever la défaillance A coups de fouet jusqu'à ce que mort s'ensuivit, et qu'ils pe fassent plus bons qu'à être jetés à la mer sans autre cérémonie; c'est ique ces victimes de temps encore à demi barbares et toujours si peu à regretter lorsqu'on les examine à fond, n'étaientpas tous , A beaupoup près, des criminels comme on pourrait l'imaginer aujourd'hui; c'est que leur cœur, que l'esclavage le plus odieux n'avait point eu la puissance de dépraver, leur rappelait sans cesse ce qu ils avaient été et les . rendait parfois, dans l'ardeur du combat, A toute l'énergie de riiomme libre. Les uns étaient desTurcs et des Maures ; ils étaient simplement punis delà peine du talion; les chrétiens faisaient de leurs prisonniers mahométans ce que les mahoroétans faisaient de leurs prisonniers chrétiens. Le crime de beaucoup d'autres avait été dans leur religion, et combien ne devaient-ils pas se sentir prêts à frapper de la seule arme qui leur restât les Espagnols et les Siciliens fanatiques! Parmi eux se trouvaient encore du pauvres Français protestants, condamnés pour hérésie, et qui, n étant pas de race noble ou riche, avaient tout d'abord été jetés dans la chiourme, puis oubliés dans les Iraitcs

entre. les grands seigneurs. Il y en avait eu un grand nombre 80118 le8 règnes des prédécesseurs de Henri IV ; nul doute qu'il n'y en ait eu sous Louis XIII, el , chose désolante à reconnaîlref il y en eut même sous Louis XIV. El puis, à quelque culte qu'il appar- Ua^» mt^meau culte catholique romain le plus pur, lé pauvre soldat *^s à la guerre revenait de droit à la cfaiourine, ai elle avait besoin d*tiommes.

Au mois de mai de Tannée suivante, 1639, l'archevêque partit encore de laxade de Saint-Marlin-de-Ré , avec sa flotte, forte de quarante vaisseaux de guerre, vingt et un brûlots et douze flûtes chargées d'artifices et d'infanterie pour les descentes. Il alla provoquer sur les côtes de Galice les flottes espagnoles qui, à son arrivée, s'enfoncèrent dans leurs ports. Ayant fait rencontre d'un vaisseau anglais, il le chargea d'aller porter de sa part un défi dans les formes à l'amiral espagnol; mais il ne reçut point de réponse, et ne put venir à bout défaire sortir l'ennemi, quoiqu'il fil à dessein de fréquentes descentes dans son voisinage. Les temps contraires ayant forcé l'archevêque de venir mouiller à Belle -Isle-en-Mer, il en repartit bientôt; et, sur l'avis qu'il y avait neuf galions espagnols en rade de Santona, près de Laredo, en Biscaye, il s'y rendit en toute hAte; mais sept de ces galions avaient déjà pris le large. Les deux autres, de mille à huit cents tonneaux chaque , (Maienl retirés dans un amas de sable sous le fort Santona et déli'iidiis par plusieurs batteries et deux mille hommes bien retranchés. L'nrchevêque, brCllant de faire oublier le malheur de Fontarabie, dont il n'avait point été la cause, descend à terre et attaque snccessivemenl la place de Laredo et celle de Santona, qui sont toutes deux emp'»rt<'cs a la pointe de IV'pée, avec l'appui d(; quelques vaisseaux, frégates et chaloupes. Duquesne ayant eu ordre d'aborder les galions restés en rade, et s'étant intrépidement pré^culé à l'attaque sur quelques chaloupes armées, eut la m;lchoire rompue par un coup de mousquetade au menton. Il n'en mourut pas toutefois, et des d"ti\ galions qui étaient en rade de Santona, l'un lut brûlé, rfoifre pris.

L'archevêque reçut de nouvelles congratulation'j pour ses récents succès. Quatre drapeaux, conquis par ses armes sur les ' Espagnols, furent portés en grande pom(>e et triompbdlemeot appendus dans la cathédrale de ik}rdeaux«

u HISTOIRE JMRITIME

La guerrn avec lu maison d'ÂuUiclic et d'Espagne s'i'laiU compliquée d une guerre civile et étrangère dans les souvcraiiielés de Savoie et de PirmoiU, et lu France ayant pris le parti de la veuve de fen Victor-Aiiiédée, sœur de Louis Xlll et tutrice des enfants mineurs de ce prince, contre les collatéraux raécoiiteiUs, le comlo (I Harcourl laissa, en octobre 1639, le commandement delallollc du Levant, au jeune marquis de Brézé, neveu, comme Pouleuurlai, du cardinal-ministre, pour prendre celui d'une armée de terre en Piémont. Il fit ravitailler Casai, et, avec un corps de huit mille hommes seulement, battit 'devant Oniers, le 20 novembre 1639, vingt mille Espagnols coruniaïuies jiar le prince Thomas de Savoie. Kn 1(140, le comte d'Uarcourt, apn-s avoir forcé le général espagnol, marquis do Leganez, dans ses lignes devant Casai, et s'ôtre mis par \h en mesure de faire le sit'i^e de Turin, battit pour la seconde fuis, le 1 1 juillet, ce général (jui était venu l'attatiut-r dans ses retranchements. On wt à cette occasioM une chose fort extraordinaire, laiidisque la citadelle était assiégée par le prince Thomas, maître de la ville, la ville était assiégée par le comte d'Uarcourl, et le comte d*lIureourt assiégé dans son camp par le marquis de Leganez. Le comte sortit victorieusement d'un double péril et entra dans Turin le 24 septembre 1640. Cet événement couvrit de gloire le comte d'ilarcourt; le fameux Jean de Wert, général des lrou[>es impériales, s'écria qu'il aiinerail mieux être Uarcourt qu'empereur. Le vainqueur revint un in(tmenl à la téte de sa flotte; assisté du marquis de Brézé, qui avait alors le commandement des galères, il s'assura de Villa-Franca, près Nice, en opposition à vingt-deux galères ilT'>pagne e("(lTt;die, qui s'approchaient dans le même but, tild'iuqinrl.iuics captures, et força les Géaoisà garder, contre leur gré, la neutralité, (^e tut là le terme des exploits maritimes du comte d'Har( ourt; désormais il ne servit plus que sur terre. 11 lut vivement regretté des maielots dont il s'était montré le père, à ce pomi <|ue, dans les moments de disette, il commençait toujours par eux et oubliait le soin de sa pro[^re table (6).

lin cette même année, le chevalier Paul, qui ne perdait pas de vue ses vœux frère de l'Ordre de Soinl-Jean^de-Ji rusah'm et qui ne voulait jias I tirt; de visite à Malle sans y payer .sa bii'Uveuue, enleva, dans sa route, un c rsûire algérien dont U lit

DK. FRANCE. S5

hoinmnge à Paul Lascaris Caslclaid , issu d<.'s empereurs d»; Cnlfslanliiio[)le et des comtes de ViiUemilh^, l\in dos çrrand-iîinîlrcs français qui, après La Cassière, de Verdalle, Aldf d Adrien Vignacourt, Antoine de Paule, avaient succédé par élecliun à Parisot do La Valette. La réception dont on honora le cbevalier Paul à Malle fut digne en tout de ses services passés et présents. Les annales do l'Ordre la consignent comme un événement. L'illustre maritt ne Lardqi pas à revenir prendre part aux guerres de la France.

L'ann(?e suivante, 1640, Brézé, décidé désormais à faire de la marine sa carrière de gloire, montra, ù côté des qualités d'un héros, celles d'un amiral. Chargé du commandamenl de l'armée navale du Ponant ou de l'Océan, il fit voile de La Rochelle avec trente bâtiments de guerre, dont neuf bri"ilots , dans l'intention d*arrèter et de combattre la flotte des Indes-Occidentales qui devait partir de Cadix pour la Nouvelle-Espagne. Les vingt et un vaisseaux ('laient l'Amiral, monUi par de Brézé ; le Vice-Amiral, monlé par du Mé^; le Contre- Ayniral, monté par le chevalier de Coiipeanville ; le Coq, le Faucon, l'Hermine; le galion l'Olivarcz, la Princesse^ le Dauphin, le Navire du lioi^ P ÈmériKon, le Co^ rail, le Cigne, la fJcorne, la Perle, un autre Faucon, la Renommce, la Fortune, r Fsjjagnol , la Madeleine et le Neptune, qui étaient commandés, dans l'ordre précité , par les uiliciers Porte- Noire, Dumenillet, Thibaut, Razet, Gabaret, Boisjoli , le commandeur et depuis grand-prieur de Goûtes, de Saint-Germain, Beauj)ré, de Fontanelle, de Lanos, de Vançai, de La Vergne, de Bellegrange, Cazenac, Saint-Étienne et Buzac.

Le 20 juillet, se trouvant à douze ou quinze lieues à l'ouest de Cadix, la flotte donna la chasse à un bâtiment anglais qui ne lui sembla pas suffisamment neutre , et qui se décida à amener pavillon , s'en remettant à la générosité des Français. Brézé prit de lui quelques renseignements sur Pétat et les projets des ennemis et le conserva jusqu'à plus ample examen.

Le 22 juillet, sur les sept heures du matin, on reconnut, à deux ou trois lieues au vent, la flotte des Indes-Occidentales qui faisait voile de Cadix, forte de trenfe^six galions, dont quatorze de quinze cents tonneaux, quatorze de mille à douze cents, et le reste de quatre à huit cents tonneaux. Aussitôt Brczé assembla

2P UISTOlilE MAiUTlHE

8CS vaisieaux, fil force de voiles sur les ennemis» et après un polit calage, le vent ayant lourné au sud-onesl el lui ayant donm'î ic dessus, ilriivira sur eux- Toutefois, la faiblesse du vi ni nu lui pf.'rmU P'isdqiesji^iiidre avant trois heures deraprès-niidi. L'amiral espagDo) élait à la tète de douze de ses plus gros bâtiments, et le reste dé s^l^jjppQ^e paraissait en posture de se battre courngi usemenL Ca' (jiie voyant, le jeune Brézé alla droit à l'amiral d'Espagne et lui présenta le côté à portée de pistolet «sàyant son^vice-amiral du Mé auprès de lui avec partie de ses vaisseaux, tandis que le chevalier de Coupeauville, son conlre aniiral, prenait les ennemis en arrière. Arèzé commença la bataille en faisaut un grand feu de toute son artftlerie sur l'amiral d'Kspagne qui , troué de toutes parts, fut obligé d'abandonner la partie. Profitant sans tarder de ce premier succès, Brézé ordonna qu'on s'approchât, et 8*approcha lui-même À portée de pistolet des plus gros galions espit* gnols, que l'on canonnaavec fureur et sans relâche, tandis que des brûlots étaient commandés'pour les aborder. Ceux-ci accomplirent courageusement leur mission, qui si souvent était suivie de mort pour leurs officiers et leurs équipages; iisjelèn ut les grappins sur quatre galions ennemis, parmi lesquels r«Mniral d'Espagne» déjà maltraité par Brézé, et y fixèrent l'incendie; deux des galions furent entièrement consumés ; l'amiral et le quatrième galion vinrent à bout d'éteindre le feu, mais non sana avoir perdu beaucoup de leurs hommes qui se jetèrent à l'eau dans le premier mouvement de la panique et se noyèrent ; davantage encore auraient péri de ce genre de mort, si Brézé, ému de compassion, n'avait détaché ses chaloupes pour en sauver le plus possible; il en recueillit ainsi trois cents. Vn cinquième ga* lion, dont les m-lts, les manœuvres et toutes les voiles brûlaient k la fois , présenta longtemps un effrayant spectacle : le feu ne cessa de le dévorer que quand il fut ras comme un ponton et ne laissa plus voir sur les flots qu'une masse inerte et impuissante. Cependant le vaisseau de Brézé , accompagné du Coq, monté par Porte-Noire , élail revenu à k charge sur Tamiral d'Espagne ; il allait Taborder, lorsque par bonheur il s'aperçut que le vaisseau espagnol était près de couler bas, et que, les grappins une fois jetés, celui-ci aurait pu l'entraîner dans son désastre. Kn effet ^ on entendît encore l'amiral tirer deux coups de canon de dé*-

tresse; puis il sombra, ainsi que deux Autres galions, êiiglouUssant avec lui le marquis de Cardeignas^ jCApitaioe-général j& l'infanterie de la Nouvelle-^spagae, m prélaide grande considération et une brillante élite de gentilshommes qni tous d'ailleurs avaient vaillamment combattu jusqu'à lafin. lÀ nuit étant survenue, l'ennemi» dont la perle s'élevait à cinq galions, de quinze seize tonneaux , évalués cinq ou six mille écus pièce, et à plus de qumze cents hommes, en profita pour fuir vent-arrière. Brézé, ' après avoir rassemblé sa flotte , compté ses propres perles, parmi lesquelles il avait à regretter quelques officiers et une partie des équipages de ses brûlots, mais pas un seul de se^ vaisseaux at peu de monde en somme , se répara À k hâte, et , sans attendre . que le jour fût revenu , reprît la poursuite des ennemis qui signalaient leur défaite par nombre de feux de détresse implorant du recours. Au lever du soleil, on les vit entrer dans la baie d^ Cadix. Brézé, bien qu'il ne fût accompagné que d'une'parlie de ses vaisseaux , les autres étant restés en arriéra en raison de leurs ayaries» opinait pour qu'on entrât k la suite de l'armée vaincuo, et pour qu'on l'achevât dans la baie méme^ pouls le conseil qu'il tint à son bord s'y opposa, et il se rangea à l'avis de marins tels ' que Porte-Noire, ancién et expérimenté capitaine breton , et 6a* baret, officier qui devait s'acquérir une belle renommée sous te règne de Louis XIV.

Toutefois, il tint à ce qu'on restât en présence des Espagnols , pour témoigner que les Français étaient maitri^ de la mer et interdisaient la sortie & l'ennemi. Quand sa victoire fut ainsi constatée, Brézé donna cours à son humanité n^uralle : piœ 809 ordre, les prisonniers lurent conduits à bord du bâtiment • anglais arrêté, pour y être tout d'abord biei) traités; le principal d'entre eux seulement, qui était neveu de l'amiral d'Ëspagpe, lui fut amené. Ce jeuoe homme s'était jeté tout nu à la nage pour je * sauver ; le Vainqueur en l'apercevant se sentit'douloureusemcnt ému; son premier mouvement fut d'envoyer chercher le plus beau de ses vêtements pour lui en faire prient; il accom^agni^ ce don d'un baudrier magnifique; et, après avoir adressé à son prisonnier quelques paroles oû la plainte ne ressemblait point à une insultante pitié, l'éloge du courage h l'orgueil du triomphe» il lui dit qu'il lui rendait la liberté ainsi qu'à ses compagnons

88 HISTOIRB MAniT^E

d'inforluyo , qu'iU pouvaient tous partir à l iuslant sur le navire anglais, et que, pour tout témoignage de roronnais«îanre , il le priait personnellement de convier son oncle, l'amiraUri^sj^agnev a 111 .nlrcT désormais plus d'humanité qu'il n'avait fait envers les prisonniers français.

Pendant ce temps, l'archevêque, soit qu'il se plût k essayer de son ai'nie naval partout, soit que Richelieu, en ministre prévoyant, voulût que ses amiraux fussent hons sur toutes les mers et s'y instruisissent, était substitué à d'Harcourt et à Brezc dans le commandement de la flotle de la Méditerranée. Il partit de Toulon, • vers la lin de juillet , pour aller cliercher les ennemis sur les cotes de Naples et de Sicile. Ayant oui dire que le duc de Fernandinez, amiral pour l'Espagne, était près de (lènes et répandait le bruit qu'il avait couru toute la mer pour combattre la flotte française, sans la pouvoir rencontrer, il lui envoya ce cartel assez curieux, surtout quand on songe au caractère du personnage qui l'adressait:

« Monsieur, si vous êtes allé chercher aux îles de Sainte-Marguerite les dix-huit galères que j'ai l'honneur de commander, avec pareil nombre, comme toute TltaUe le publie, je m'assure que vous aurez joie que je vienne pour vous en faciliter la rencontre. Les six vaisseaux qui les suivent ne vous doivent faire ombrage ; Cjjr on les peut tenir à distance en mer, ou les mettre en dépôt dans le port de Gènes. Que toute appréhension soit donc levée de ce côté. La générosité que vous professez, et la valeur que vous avez toujours fait paraître, et que j'honore à un haut point, m'ont fait^enir de deux cents milles d'ici pour tous donner cette satisfitction , et vous témoigner en ce faisant que je suis votre trèshumble et obéissant serviteur. >

Cette missive, dans laquelle la fierté se mêlait à l'ironie, imposa tout & coup silence aux jactances du duc de Fernandinez , qui n*eut garde d*accepter le défi, et n*osa même tenir la mer^

J^endant ce temps, Tardievêque entrait jusque dans. le golfe de Naples, enlevait un vabseau de guerre devant la ville, et, à la faveur d'une descente hardie qui retenait les troupes ennemies occupées sur la côte, prenait plusieurs autres bâtiments dans les mômes parages. Toutefois, le comte d'Alais, gouverneur de Provence , jaloux des nouveaux triomphes qu'aurait pu acquérir ce . prélat guerrier, empêcha la flotle du Levant, en la laissant dé-.

DE FRANCfi. ' S9

pourvue de soldais, de procéder aux attaques de Nice et de Yilla-Franca , attaques qui^ntraienl dans les plans de Richelieu pour celte année.

Les affaires du roi d*£spagne Philippe IV étaient en danger de toutes parts. Au mois d'octobre 1639, sous la conduite de Harperi-MartîiiTromp, leur amiral, les Hollandais, alors alliés fidèles de la France, qui les avait faits et qui les maintenait ce qu'ils ^îent, hattaient la plus belle des fk>ttes d'Espagne sur TOcéan, pendant que les armées de Louis XIU enlavaient une à une les Tilles de&Pajs-Bas.

D'un autre côté, dans la Péninsule eUe-même, le royaume de Portugal teconstituatt, en 1640, son indépendance, et, en.l641, . la Catalogne qui autrefois, on s*en souvient, avait fait partie du royaume de France, se donnait à Louis XUI, sous la réserve de ses privilèges.

Sur ces ehtrefeites, deux vaisseaux, commandés par les capitaines Paul et Banaut, et quatre galères montées par l«s officiers de Baume, Duplessis, Montreau et le jeune Yalbelle, enlevèrent, tous le canon des ftrts de Port-Vendres et sous, un feu bifn nourri de mousqueterie qui partait de la côte et des navires attaqués, deux galères et une granàe patache ennemies, chargées de munitions et de troupes. Valbelle, alors dans sa quatorzième année seulement, reçut une blessure dans cette affaire.

Peu après, l'archevêque détacha encore de sa flotte cinq vaisseaux^ commandés par les capitaines de Chastelus, Doquesne, Garnier; d'Aups elHaran, remorqués par six galères, aux ordres des capitaines de Terne, Saint- Jus, d'Aiguebonne, Duton, Gravezon et Duroret , poiir aller faire une exécution du même genre sur cinq galions espagnols portant du blé et des soldats, qui s'étaient mis sous la protection de l'artillerie de la place de Roses ; l'enlèvement des cinq bâtiments eut lieu, le 27 mars 1641, après une action très-chaude de part et d'autre.

Le duc de Femandinez, qui n'avait osé accepter le àj^ de l'archevêque, ayant fait rencontre, à la tète de vingt galères, de firois vaisseaux français, montés par les capitaines Boissis, Quelus et Maran, crut trouver lA une occasion facile de venger sa honte; mais, au contraire, ce ne lui fut que l'occasion d'une .tache de plus. à sa réputation^ car les trois vaisseaux, après une action

M HIStOiRE HAHiTIMÊ

«eharnée, fo^eèteat ces-Vingt galère» à lAoher prise et à m roli* fer déaerdve, •

Le maréchal de La Nothe-Houdancourt vint assiéger, par terre» an conneneement du mois de mai 1641 , la place de Tarragoue, à la prise de laquelle Richelieu tenait essenlieUemeot ; et rarche- TÔque, avec sa flotte, eut ordre d'en bloquer éCroitenient le port pour intercepter aux assiégés toute espèce de secours. Les 8 et 9 juin, il concourut très^vivemenl à Tattaque et à Voecupation 4u lok de Sato« Ce datait être la fin de la carrière et des eiploits militaires de Pillustre prélat. Tarragone paraissait sur le point de se rendre, el la garnison s*était même engagée à ne pas prolonger , la défense, si, dans dix jours, elle n*avait pas été secourue $ mari», le 3 juillet 1641 , uq grand conToi hispano-napolitain de quarai^ et une galères pleines de vivres et de soldats, parut inopinément devant la place. L*archevèque prit à la hâte ses disposîttons, partagea sa flotte en trois escadres et tomba sùrle convoi; ma» cehit-ei, isvorisé par k mer, qui contrariait vivement iee plans de l'amiral français, et réaol» à as sacrifier en partie pour sfkuver Tarragone, se précipita avec unô telle furie dans les intervalles de la flotte de rnn hevê^e, qu'après une perte de douze de ses galères brûrlées oit coulées bas et de plus de deux mille homsMS noyés, il vint à bout de iaire pénétrer dans le port le secours cpii suffisait à dégager U parole de la garnison vi»4-^i8de La Hothe-Uoudancourt. En vain Tarehevèque pressat^il le maréchal de ne pas se désespérer par ci contre-temps et de continuer le siège ; La Mothe-âeudaûcouvt le leva quelques jours après. La retraite de la flotte de l'archevêque , retraite dans laquelle se signala Duquesnepar^essus tous, fut des plus belles; altequé A plusieurs reprises par les flottes ennemies, il les repoussa toujours ; pas un de ses bAtiments, même des moindres, ne resta au poinoir des Espagnol»; tous furent ramenés à Toulon avee le sien, glorieux amiral que les boulets» par centaines, avaient troué» et dont 1^ mAls, ne se soutenant plus depuis longtemps que par artifice ^ tombèrent en entrant au port.

L'inexorable Richelieu , qui ne pardonnait pas une heure dlnsnccès, même A ceux qui naguère avaient le mieux mérité de lui» donna ordre à Tarchevéque de se retirer àCarpentras en attendant qu'on eAt instruit son affttire ; il lui assigna encore diverses autres

DE i^RANCfi. IN

MàaoDe^ei enfin il lui peroit àà choisir celle qui lui plairait dans le Comtat Venaissin, exceptant toutefois Avignon. Sourdis envoyaen vain sa justification à Richelieu, appuyée sur le tdmoigqpige de Duquesne, comme étant celui qui <tevMtj»Qduire le plps siérieux effet sur l'opinion du cardinal-ministra^^l^i.quHl arrive presque toujours dans la disgrlcoi-les repro^es et le» torts furent accumulés sur la personne de rarcheTè(pi|0£9i caractère pontifical luKmème ne fut point à Fabri ; bien phis, on en prit texte pour dite qu'il avait gravement manqué» «omme prêtre, en combattant pour la patrie^ de 8orj|flue dans lé mân^ temps oùl'on accutul^ Parîsl'archevêque de^raeaux den'avoir pasen dernier lieuporté les armesaveeâsses de succès, les mêmes ennemispeut-être, joints aux organes des Espagnols vaincus par lui , Vaccnsaient de s'en être trop rigoureusement servi. L'archevêque répondit à cetie attaque d'un autre genre par un mémoire tendant & pronver que de tout temp^ les préUits avaient pu prendre part 4 des expédi-^ tiooi guerrières, sans toutefois tremper leurs mains dans le sang de l'ennemi en un mot qu'iU«vaient pu s'exposer à selaire tuer» sans tuer ettX4Bême8 les autres (7); .

le cardinal étairen veine de conquêtes. H venait de recevoir» à titre de protectorat» pour Louis XUI» la principauté de Monaco» au nom du souverain de ce petit pays maritime d'Italie, que fatiguait la tyrannie espagnole. Il prépara la conquête 4uRou$siUon. A mesure que sa santé s'af&iblissaU, l'activité de son génie redoublant, n donna, en 1642» le commandement de la flotte française, dans la Méditerranée, à son neveu» le marquis défrézé, dont le père avait alors la vice-royauté 4e Catalogne pour la France.'

Chargé d'empêcher les Espagnols d'amener des secours pour la défense de Perpignan» Brézé, avec vingt-neuf vaisseaux et douie galkes, ces dmières co^unandées par le bailli de Forbin» fit voile des lies d'Hyères au mois de marde cette année' et coik* rut» Sttîvanl son habîUidey k b recherche des enneipis. Lei ayai»t découverts, il les pouisuivii ialrépidemeat» implacablement à eoups de canon» et enfin réussit» le 30 juin» A les forûsr d'aeeepler hi batailto A la hauteur de Barcelone.

Après avoir contraint les galères d'Espagne A sWoncer dans la gros de l'armée ennemie qui comptait qfMranle4iuit vaisseaux»

dont trois de 66 canons, Brézé, dont les habiles Ananœiivres avaient gagné le vent sur une partie decelle-ci» offrit on spectacle effrayant et superbe à la fois. Il ordonne, et son vaisseau-amiral arrive sur le§(Os même des vaisseaux et des galères d*£spagne; sans s'inquiéter sjfcfe^ suivi, il fend cette masse formidable en feisant un feu tmM^de ses'deux bords; il devient le point de mire de toule la flow^mèmiequi était restée un moment slupé* laite devant une telle* audace et qui maintenant encorfT n*osaît s'approcher. Trois brûlots sdnt délachés contre lui; mais it^ se consument inutilement sans endomuiagi): autre chose que son enseigne de poupe.

Cependant la flotte française, oik se signalait le chevalier Paul, tfvait perdu entièrement de vue le vAisseau de Brézé, et ne sachant ce qu'il avait pu devenir au milieu de la tempête de fumée, de soufre et de feu qui Tenveloppuit, elle était elle-même remplie d*efiroi et de stupeur, lorsqu'elle le découvrit qui avait percé victorieusement à travers toute l'armée navale d*Espagne etfai* sait des signaux pour qu'on vint à sa suite. Enflammls par un tel exemple, tous les bâtiments français forcent de voiles et de rames après leur amiral, et bientôt le rejoignent, la flotte d'Espagne séparée est mise dans une entière déroute; et, quoique la nuit vienne A propos pour la sauver, on lut enlève un de ses plus fol'ls vaisseaux avec quarante canons et quatre cents hommes. Le jeuifé Valbelle se signala encore dans ceUe bataille où il sauta le premier, la hache à la main, sur un des bAtiments ennemis, qui fut éhlevé à l'abordage; on donna, pour récompense de cette

. action, au marin de quinze ans un petit navire nommé le Persée, Le r' juillet, Brézé rejoignit la flotte ennemie et la battit de nouveau; mais, dans cette autre affaire, il eut à déplorer la perte du brave capitaine de Cangé qui donna un exemple beaucoup plus commun et plus ancien qu'on ne le croit dans la marine française. L'enseigne Bisson n*a pas manqué de prédécesseurs, sans que joda assurément diminue en rien sa gloire. De Cangé avait abordé un vaisseau de 66 canons et de douze cents hommes d'équipage et de troupes; déjà il l'avait réduit à demander quar-< tier, quand un des brûlots fronçais ayant accroché un autre bâtiment ennemi pour le brûler, et ayant été repoussé sur lo

' vaisseau de de Cangé en même temps que sur celui que ce cu|îf«

(aine se disposait à amariner, produisit sur le groupe, ainsi confondu, un embrasement immense. Après la perspective (F un si beau triomphe, de Cangé ne Toulut pas survivre à la perle de son propre vaisseau ; il ne demanda à personne, une résignation semblable à la sienne ; aù contraire, il procéda généreusement h rembarquement successif de presque tout son monde dans des chaloupes, et, malgré les instances de chacun, il resta sur son pont dansiino solitude héroïque; puis il sauta du même coupquele vaisseau que le roi et la pairie lui avaient confié, et avec lequel il s'était uni à la vie, à la mort; sa consolation fut de voir que la même catastrophe qui le perdtllt assurait la vicloire aux Français : car deux vaisseaux espagnols sautèrent aussi, et le reste se retira.

Brézé poursuivit les vaincus jusque sous le canon de Tile de Minorque, et leur enleva cinq hiUinients de charge. Le jeune Valbclle, monté sur son navire iePcrsce, ayant rcnconlré un bâtiment espagnol plus fort que le sien, et s'en étant vu vigoureusement attaqué, s'approche de lui, sans tirer un seul coup, lui jette les grappins, l'aborde; suivi de tous ses volontaires et soldats, il saute dessus, s'en rend maître après un combat acharné, et le conduit à Toulon. Vers le même temps, il fit encore plusi»'urs prises considérables, qui ne contribuèrent pas peu à sa grande fortune.

Brézé concourut, avec sa flotte, à la prise de Collioure , de Port-Vendres et de tout le RoussiUou, dernier présent fait par Richelieu à la Franqp.

A cette époque, l'archevêque Sounlis obtenait, non sans peine, l'absolution du pape pour iwvw pris une pfirt active à la guerre, et se faisait autoriser par ilicheiieu , le 4 décembre 1() i2, à retourner dans son dioc'sc, où il fut tout entier désormais an soin de ses ouailles. Moins heureux à la ûn de ses jours, le vieux duc 'l i I mon , après nvoir été naguère obhVé de faire amende honorable, à genoux aux pieds de Tarchevèque, devant la porte de réghse, pour les injures et les violences quMl avait commi i s envers ce prélat, s'était néanmoins vu bientôt après dépouillé de ses gouverficnients et réduit à passer en Angleterre, avec son fds, le duc de La Valette, à la grande satisfaction de ses anciens gouvernés.

. Cependant, sous la prolectiou de lUclielieu, la plupart des eu* ii:. «

34 HISTOIRE MAAlTiMË

* ireprises coloafeatrices des Français commençaient à prospérer. Après bien des traverses, /la il ronue pour les Français de SainU Christoplic uneespèce de siècle d'or, durant lequel ils connurent la prospérité, et songèrent à coloniser sérieusement dans plu« sieurs autres Antilles (8). Ils avaient ▼olonlairemcnt abandonné Saint-Eustachei parle défaut d'can, et les tles d'Anligoa» de Saint-BRrlb(''lemy et de TAnguille. Mais ils n'avaient point renoncé à Saint-Martin oti ils colonisèrent à côté dés Hollandais. Un lieutenant de d'Esnambuc , nommé Lolive, qui était Tun des ^ plus riches propriétaires deSaint-Chrî^tnnlie, fit visiter, sous mnin, la Dominique, la Guadeloupe et la Mariinique qui n'avaient pas encore été occupées, depuis leur découverte faite par Christophe Colomb, les deux premières en 1 193 , et la dernière en 1502. On lui parla si avantageusement de la Guadeloupe par* ticulièrement, qu'il parlit aussitôt pour la France, afin d*aller traiter de celte île avec la compagnie, en dehors de d'Fsnambuc. A son arrivée à Dieppe, en 1634, il s'associa A un gentilhomme nommé Duplessis, qui préparait un petit armement pour les Antilles; puis ils se firent autorisfr l'un et l'autre par la compagnie que Richelieu constitua le 12 février 1635, à commander de concert, pendant dix ans, dans celle des trois tles oi!i ils s'établiraient, moyennant la redevance du dixième des produits, ils partirent de Dieppe, le 25 mai 1635, sur deux bâtiments, emme->. nant cinq cents engagés pour trois ans, plusieurs familles de colons et quatre missionnaires de l'ordre de Saixit-Domi nique, munis d'un bref du pajpe Urbain VIII. L'expédition aborda à la Martinique, le 25 jum ; mais ayant trouvé cette île trop coupée de précipices et trop infestée de serpentSt elle fit voile pour la Guadeloupe, dont possession àit prise, au nom du roi de France, le 28 juin 1635. Lolirc di^barqua, aveck moilié de son monde, h ' ' la pointe nord-ouest de l'île , et y bâtit à la hâte un fort, sur la rivière appelée depuis du Vieux-Fort; il donna à ce poste le nom de Saint-Pierre, en l'honneur de la fête de cet apôtre qui avait lieu le lendemain de la prise de possession O iplessis, débarqué aussi, s'établit un peu plus à gauche, sur la rivière dite du Petit* Fort.

D'Esnambuc, à la nouvelle de l'expédition^âe Lolive, se rendit, vers le milieu de l'année 163$, en compagnie de eeat hommes

DE FRANGÉ. 3ft

Lien décidés eid*eii Inrave officier, son parent, nommé DufKmt, à In Mardnique, en prit possession au nom du roi, sous Tautorilé de la compagnie, et y jeta, sur le-bord de la mer, les fondements du fort et de la ville de Saint-Pierre de la Martinique. Dans les . . deui Iles nodvellement colonisées par les Français, on eut à faire ' « la guerre aux indigènes, qui étaient Caraïbes comme à Saint* Christophe- Elle neiloYaii finir que par Texpulaîon totate de ces sau?agà. {«orsque ceux-ci ne furent plus en nombre pour com* battre ouvertement, ils attaquèrent les Français en détail ; ito en tu i ront beaucoup à coups de massue ou avec leurs ilècbesempoisonuies; cl, ù lu faveur de la nuit, ils brûlèrent les cases et ravagèrent les plan laitons des colons. Dupont eut plus aisément raison des Caraïbes de la Martinique, que Lolive de ceux de la Cvttadeloupe. Il apportait à SaintrChrisîophe la nouvelle de ses succès, quand, jeté par une tempête sur les cdtes de Saint-Domingue, il y entretenu par les Espagnols et enfermé, durant trois ans, dans une prison. Un du Parquet, frère de celui qui ' était mort si glorieusement à Saint* Christophe, fut envoyé à la Martinique pour y remplacer Dupont. Vers ce temps mourut, à Saint-^iiristopbe, le vénérable d'Esnambuc, qui faisait bénir de tous son administration et qui, après avoir dompté les Anglais, élfit devenu , par sa sagesse, leur arbitre aussi bien que celui des Frsnçais. Le deuil fut général dans les deux colonies de Saint- Ciiristopbe ; mais les Français surtout pleurèrent cet homme de cœur et de bien , que Ton regarde à bon droit comme le père de la colonisation française aux Antilles. Duhald, son lieutenant , lui succéda, avec le titrr dfî capitaine général de Saint-Cliristopbd; tandis que Lolive était revêtu du même titre à la Guadeloupe, et du Parquet de celui de lieutenant général à la Martinique. L'administration de du Parquet dans celte Ile fut aussi favorable au développement de la colonie, que la tyrannie de Lo« ëve le fut peu aux progrès de celle de la Guadeloupe.

Dubald ayant été obligé de renoncer à sa charge à cause de sa mauvaise santé, Richelieu fit revêtir Longvilliers de Poincy, • chevalier de Malte , commandeur de Doysmont, chef d'escadre, de la charge de lieutenant général du roi pour toutes les lies françaises, et de celle de capitaine général de Saint-Christophe pour la compagnie. C'était un homme remarquable, mais de la

36 niSTOIUE MARITIME r

volonté la plus absolue. En se readant à Saint-Christophe, il passa par la Martinique et la Guadeloupe poory faire reconnaître son autorité. Lolire, aprcs avoir fait transporter sa colonie de la pointe nord-ouest de la Guadeloujio à la pointe sud, où s'était éleyé le Fort-Royal, et s'être rendu Tobjet de ranim'adversion de presque tous ses colons, était devenu aveugle; mais il n'en prétendit pàs moins se maintenir tiens toute sob indépendance devant le commandeur. Peu après, comme il avait eu Timprudence de passer à Saint-Christophe où était arrivé de Poincj, il y fut retenu prisonnier, et la compagnie envoya pour gouvemer.à sa place le capitaine Aubert. Relâché par de Poinby, Lolive renonça bientôt de lui-même au pouvoir et se renferma dans sa- riche habitation de Saint-Christophe. Âubert, homme à la fois ferme et loyal, gouverna la Guadeloupe avec succès, conclut une paix qui paraissait devoir être solide avec les Caraïbes, défricha de nouveaux terrains, améliora les cultures, et attira beaucoup de colons ; Ton vit venir par suite dans les ports de la Gi\adeloupe nombre de navires français et étrangers, pour y faire le Commerce. Mais le capitaine Aubert ne tarda pas à être supplanté \ par un sieur Houël, un des membres de la compagnie des îles, qui, à force d'intrigue et de crédit, se fit nomtjfier sénéchal et gouverneur de la Guadeloupe. Aubert, iniquement accusé par son rival , finit par aller se réfugier à Saint-Christophe , oii le commandeur de Poincy, dont Uouël méconnaissait Pautorité, rattacha à sa fortune.

Cependant, des aventuriers, en majorité normands et quelquesuns anglais, s'étaient approchés de VWe appelée Haïti par les naturels et llispaniola par les Espagnols. C'était là que Christophe Colomb avait autrefois fondé son premier établissement en Amérique. Les aventuriers, trouvant la côte septentrionale de cette tie, l'une des cinq grandes Antilles, presque entièrement abandonnée par les Espagnols, s'y instaurent. Le nom de ùoucaniers fut donné aux nouveaux colons, parce qu'ils se réunissaient après leur chasse pour boucaner ou sécher à la fumre, selon la coutume des sauvages, la chair des bœufs qu'ils avaient tués. Ils donnèrent è toute Tile espagnole le nom de sa ville capitale» et on ne l'appela plus généralement que Saint-Domingue.

Nombre de boucaniers, las de vivre de la chasse, se firent

f *^DE FRANCE. 37

bïênlùt corsaires, et tout ce qui tomba sous leurs mains, compatriotes ou non , devint \mr proie. Ceux qui changèrent ainsi do mfHior changèrent en même temps de nom. On leur donna celui de tlibusliers, on plutôt, comme on disait alors, de friboulicrs, du mot anglais /m^/'oo^^T, forban. Ils avaienteux-mèmes donné aux navires dont ils se servaient pour leurs courses le nom de fliùois, A huit lieues de Saint-Domingue se trouve une petite île que Christophe Cuiouib, en la découvrant, avait nommée la Tortue, à cause de sa forme. Les flibustiers, attirés par un huvre commode, et s'y croyant plus en sûreté qu'ailleurs pour leurs entreprises, en chassèrent les Espagnols dans le cours de l'amiée 1632, et en firent leur rendez-vous ordinaire.

L'un des plus fameux de ces hardis aventuriers était, ù cette époque, un certain Pierre Legrand, natif de Dieppe, dont les incroyables prouesses frappaient les esprits de surprise et de terreur. Une fois, n*ayant sur sa misériible embarcation que quatre canons et vingt-huit hommes, il n'hésita pas à courirsur le viceanural des galions espagnols; il l'aborda, et, pour mieux faire comprendre toute Ténergie de sa détermination, il donna 1 ordre de couler sur-le-champ à fond son propre navire. Les Espagnols, stupéfaits de tant d'audace, restèrent immobiles et silencieux; il semblait qu'ils se crussent sous le coup de quelque esprit de l'air, de quelque génie de l'enfer. Legrand passa au milieu d'eux, en les déiiauL du regard, descendità la chambre du capitaine, qui jouait aux cartes, lui mit le pistolet sous la gorge, et lui ordonna de ne pas bouger et de se rendre. Le vice-auiiral obéit j on consentit à le déposer, avec la plupart des siens, sur la terre la plus voisine, pour s'en débarrasser comme d'un poids inutile; et l'on ne conserva que le nombre suflisant de matelots espagnols, pour la manœuvre du galion si étrangement conquis.

Les flibustiers de la Tortue, s'élant grossis d'un certain nombre d*' I raneats et d'Anglais venus de l'île Saint-Christophe, et accueillant les plus hardis aventuriers de toutes les nations, étaliluent une sorte de gouvernement où chaque personne libre avait une autorité despotique dans son habitation, et chac^ue capitaine une souveranieté sur son bord, tant qu'il n'était pas révoqué de son coitimaiidement. l-n ltj38, les Espagnols, épouvantés de ce voisinage, vinrent avec une flotte uond>reuse pour s'emparer de la

38 HISTOIRE MAHITilTË n

Tortue. Comme ils avaient eu soin do profiler d'un moment où les flibiisliei's étaient en course sur nier, et hîs Jxuicaniers en chasse à SRinl-Doraingue, ils eurent aisi^menlraison du pru (rii;ibitanls qui ('(aient restés chez eui; ils les passèrent au iii do l'épée, ou les pendirent. Quelques-uns parvinrent pourtant ù se réfugier dans les bois et les raontagues, et les Espagnols ne hasardèrent pas à les y aller chercher. • ;

Après leur attaque de la Tortue, où ils négligèrent de laisser une garnison suffisante, les vainqueurs voulurent purger Saint- Domingue des boucaniers qui y étaient restés. Ils ne réussirent pas selon leur espérance, et, de plus, les flibustiers revinrent à la Tortue. La nécessité de se défendre contre rennenii commun engagea les aventuriers français à se choisir un chef. Parmi les Anglais qui s'étaient joiiiis à eux, il y en avait un, nommé Willis, qui passail ijt.iir iîormne de tète. Ce fui A liii(ju'ils déférèrent le coatmandnnt'iii ; niais ils eurent bienlùt lieu des*en repentir. Willis-'ulliia a lui autant qu'il put de h'hs de sa nation, et (jiiand les premiers qui Tavaicnl élu voulurent lui donner un remplaçant, il se moqua d'eux.

Le commandeur de Poiney, îieutenanl général des tl es françaises, instruit de ce qui se pass.iit à la Tortu^, chargea Lo Vasseur, un de ses officiers, a[i[>artenonl an calvinisme, et duipiel, pour cette raison, il n'était pas fâché de se déharrasst r, d aller prendre le conimnndemenl des aventuriers français; il l'investit, puurniieux Tenirager, du gouvernement de la Tortue, et, par une convention spéciale, garantit la liberté de conscience à lui et à tous ceux qui le suivraient. Le Vasscur assembla tout ce qu*fl put de protestants, parmi lesquels se Irouvèrent bient(M cinquante boucaniers de Sainl-Uomingue; il débarqua, au mois d aoùt 164! , à la Tortue, et envoya sommer Willis de sortir de llle en vingtquatre heures. Kpouvantés de tant d'audace, les Anglais obéirent sur-le-champ h la sommation, et Le Vasseur se mil eu possession d'un fort que déjà ils avaient construit. Le conquérant de la Tortue eut bientôt à se défipndre des attaques des Espagnols; mais il étail habile ingénieur autant que brave capitaine, et il sut si bien se fortifiiT et se battre, que ces étrangers, re poussés avec perle» n'osércnf plus, de son vivant, se montrer devant la Tortue. *

Eu 1 028, deux ans après que de Chaatoil et de Cbambot avaicut

deDiance. a/

commencé un établissement à .Sinnamari, un capituiue, nommé Lndeur, jeta A son Lour les^ôndemeûls d'une colonie sur les ■bords du Conaïuaiia. Quelques colons de cet endroit pa^scienl, en 1634, dans l'ile de Cayenne, qui peut avoir quatorze à quinze lieues de circonférence, et n'est séparée du couliuoût que par les eaux de la rivière du même nom qu'elle divise en deux brnnches. En 1637, ils y construisirent un fort, et un vdldge qui «Sevait devenir la capitale de la Guyane française. Peu de temps auparavant, une coiupagnie de marchands de Rolien, ayant obtenu le privilège du commerce de l'Orénoque et de l'Amazone, avait envoyé à la Guyane boixante-sii nouveaux colonst sous la con* duile du ca{^ta1ne Le Grand.

Le gouverneur qui avait succédé à Samuel Champlain danâ le Canada, ;i[ip<irlenait à l'ordre de Malte et se nommait Iluaut de MoiiUiia^rii. Ce fut sous son gouvernement que l'on créa, . . en 1637, rétablissement de Sillery, sur la rive sepleulrionale du Saint-Laurent, et, en 1040, celui de Montréal, dans l'Ile de ce nom. Un poste, que l'on appela Fort-Kicheiieu, lut élevé, daiis le même temps, a i'culrée de la rivière de Sorel. linÛn, au lieu dit des Trois-Hivières, où Cliamplain avait jeté quelques fondations, on établit un .mire poste assuz impor- •tant, dont les chevaliers de Li^lu de Champllours eurent successivemt iiL la garde. Des deux frères Razilli, Isaac et Claude, à qui avalent été conaédésdes droits sur i'Acadie, le premier était mort, en 1035, alors qu'il s'occupait à fonder Sci colonie du Port- I.ii'Hève. Un coiiUal, en date du 9 décembre 1038, fut passé avec Uicliclieu et coniirmé par arrêt du Conseil, du 20 mai IGiO, pour la formation d'une compagnie dite du Cap Nord, indépendamment d'unp iiniivelle compagnie du Canada établie, sous ranlorilédu cardinal , par édit du roi, donné au camp devant La iîuchuUe, au mois de mai 1628.

Le 2J juin 1633, Richelieu avait autorisé pour dix ans une association de marchands de Rouen et de Dieppe, pour faire le traGc aVec le cap Vert, le Sénégal et la Gambie, sur la cote occidentale d'Afrique, et, le 14 janvier 1634, une autre association, égal'inent pour dix ans, sous lê nom de compagnie de Guinée, l)0ur cuuunercer depuis Sîeira-Leone au cap Lopez. Comme preuve d« la ixaute protection qu'il accordait oia compagnies

10 HlSTOmcSlÀftlTIBIB

d'Afrique , on le ?if en?o} cr, sous les ordres de Rasilli, une escadre dans les, parages où ell^ faisaient leur commerce. La compagnie du cap Vert, Sénégal et 'Gambie jeta les fondemUitsdu premier établissement des Français au Sénégal , à quatre lieues dans le fleuve du même nom» sur une Ue ^e l'on appela Saint-Louis.

Chemin faisant, à l'entrée de la mer des Indes, les navigateurs renconkaient presque toujours, séparée par lecanal.de Mozam-» bique de la côte orientale du continent africain, la grande Ile de Madagascar ou de Saint-Laurent, à laquelle les Français, sous le règne de Henri IV avaient essayé d'imposer le nom dlle Daupblne, en l'honneur du dauphin, depuis Louis X1II,(9). Quoique le refoulement des sables, en s'opposant aux écoulements dans les mers, ait formé sur une grande partie du littoral de Hada* gascar, des marab où le luxe prodigieux de la végétation, activée par la chaleur et Thumidité, n'a d'égal que dans la putridité qu'y produisent hi décomposition des plcuites et la torpeur des eaux, les Français avaient rapporté de cette contrée, longue de deux cent quatre-vingt-cinq lieues, large* dans sa moyenne, de quarante, et dont le centre d'ailleurs, fort élevé au-dessus du niveau de la mer, est renommé pour sa salubrité, les idées les plus avantageuses. Elles donnèrent naissance à une compa - * gnie dont Richâieu protégea les commencements dans la dernière année de sa vie, et qui fut organisée par lettres patentes du 24 juin 1642.< Le capitaine Rieault en fut le chef. Le but de la compagnie était de coloniser à Madagascar et lies voisioes, pour s'assurer une large part dans le conunerce* des Indes-Orien* taies. Ce ne fut qu'en 1643, après la mort du cardinal, qu'elle envoya, pour cet objet, son. premier navire dans la mer des Indes (10).

Tel était, en substance, l'état politique, maritime, commercial et colonial de la France, que Richelieu léguait aux hommes capables de lui succéder. Malgré le triste temps d'arrêt de la régence d'Anne d'Autriche et des guerres civiles de la Fronde, oH devait retrouver un jour, pour les féconder, les germes répandus sur toutes choses par ce puissant génie qui avait si hirgement préparé les voies au siècle de Louis XIV.

Richelieu finit ses jours, le 4 décembre 1642, à i'ége de dn«

quante-huît an^ au milieu de ses succès. Le marquis de Brézi lui succéda» tout jeune encore qu'il était, dans sa haute charge de graud^mattre» chef et surintendaDt de la navigation et du commerce de France. À peine est-il besoin de rapporter qu*à Nicolas Potier d'Ocquesre avaient succédé Claude Bouthillier de Po3s, puis Léon Bouthillier de Pons, comme secrétaires d*État, chargés de. la mjarine du Ponant; et qu'à Le Beauclerc d'Achères avaient succédé Abel Servien, puis des Noyers baron dePangu, dans la marine du Levant. A moii^ de sjx mois de disai|ise, le 14 mat 1643» Louu XUI suivit au tombeau son grand mimstiOt dont l'ombre gouvernait et conquérait encore.

4« HISTOIRE MARITnHB

WlmAii 4a Inif HT flrfgwM d'Ail» rAotricta.— HUiUn it llmii>.— AIntoi Da^tm Mt i* «iHir «i

Su^dc. — San file d»B» la guirtL' tnlrr U Sii^Jo cl le Daaeuirrk. — Coiilinuilion de la gucrrr fte U BJÏKin d'Autriche-Eapagius. — Fciic de buiil>er<iuu (lar le ^rajid Condé. — Campagnei niralet da fnul-mtiKc U^illé-Urt-ic i-k dn cbaaalier Pnlt en 1643, (645 cl 1646. •'Friie el condiat ami de TcUinona. — Mariât Brriii. — Anne d'Au- Iwkci |nid< awHwaia «t «aniilmdaala de I» mvifuioB et «i «eaMaKa. — Gacm fMr an chepnn de MrdiMl — Cmif»|ttt aaïal* da naffebi} de la MeRIcfiie, ea I4M. ~ OccapiKoa de PiM-Leogane él de Piwill<t« per K'9 FrirKiii, — MiuioD de Da<iDe>De en Su' ili'. — Da>)U(*ne , chef d'etcadrc de I)unKrri|uv, — loturrcrliau de ^iutiiciW, à Na|>1«t. — EiCAdre du ehev^lK-r i'aubdcTinl Niplo, rn I6i7. - — Prrientioni et UdIoIitcs du duc df^ Cuite lur le roysiune de Naplea. — Caupagoe naïale d» ^. lierai dej plèrai DupIcMK de UicVUcu vl du clmnHar ItaU — liUfu de Câtili|MwTnhi de HaDiler aa de Wei Iphttia «I nifiiWMiiiiitofa de le r<f«Ui^a biUie.

Les minorité defaieot se succéder avec presque tous les rois de la braacbe de Bourbon. Louis XIV n'avait que quatre ans et demi à son avènement -au trône. Le Parlement de Paris rendit, le 18 mai 1643 , un arrêt qui déférait à la mère du jeune monarque, Anne d'Autriche, la régence et la tutelle sans restriction, contrairement à une déclaration du feu roi qui assistait sa veuve d*un Conseil et lui associait le duc d*Orléans comme lieutenant général de son fils. Anne d'Autriche choisit pour principal ministre le célèbre étranger Mazarin. Aussitôt ce fut un prétexte, parmi les principaux personnages de la cour, pour troubler la minorité ; mais ce fut adssi une cause pour la classe bourgeoise et marchande de la nation, s'appuyant par en haut sur les parlements, par en bas sur le populaitet de réclamer sa part de droits, comme elle avait sa part de charge. Tandis que la féodalité et le do'« maine royal s'étalent Uài la guerre au moyen âge, le Tiers-£tat,

9 DfiFRÂNCfi. 4$

suivi du pc^pulaire, avait cherché à passer entre les deux; il avait coilîc, au quatorzième siècle, du temps d'Élicnne Marcel, prévôt (les marchands de Paris, un dauphin de France d'un chaperon aux couleurs de la commune, prélude, quoique lointain, du bonnet rouge dont fut plus tard couverte la tète de l'infortuné Louis XVL Tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, n'ayant pas les moyens de se concerter, 46 formuler un système ; qu'il empruntât ici, par le contaclavec l'Anglais, la physio^ ^mie puritaine du huguenot et le earaclète républicain du maire Guiton; qu'il revêtit ailleurs, par le contact avec l'Espagnol, la croix du Ùgueur et le fanatique aspect du tribftnal des Seize, c'était touiour»lui, lêTien^Élat, ayant comme escorte le populaire, qui profitait des circonstances pour faire sa trouée et pour édifier peu à peu la prépoâdéiance de ceux qui étaient, par les impôts , les charges de toutes sortes, par les sacrifices et le travail, la Source vilale du pays, depuis que Tère féodale avait fini son temps. L'absolutisme unilaiie de Richelieu, comme jams le coup de mort porté par louis XI aux grands vassaux, avait encore concouru au progrès du Tiers-État, en en rapprochant toutes les nuances et en faisant cesser entre lui la confusion des langues; Louis XIY même y aiderait bieblM sans s'en douter. Cest pourquoi , Instruite par k succession des évé'^ nements» ce sont surtout les héritiers de la noblesse ou leurs adhérents qui demandant aujourd'hui on quasi retour aux vieux morcellements provinciaux, comme leurs pèies ravaient essayé, en fécondênt ks IrouUes dvils de la I^e et des dernières guerre» de leUgioa; troubles que le Tiera^iatt de son oêté, avait essayé k exploiter daitt un sens diamétralement opposé , quoique combattant souvent sous k même drapeau. La rnsnorité de Louis XIV lut une nouvelk occasion dont ni ki grands seigneurs m k Tier»»£kt ne pouvaient manquer de profiler pour kisser apura à km fenàuoces si dilfteeataaaatod, àiocs même qu'eUea s*altiakat en apparence. Mais, pendant que k haute noblesse de France ne réussirait à biie que des émeutes, symptômes de son entière décadence, les bourgeoistjleamarchattdsetkurs clients des rangs inféricHirs feraient un grand pas de plus dans k vok d'une févolutton générak, sigualéé d'abofd par des insurrecttons partkUes. On a trop considéré' l'époque de k Fmde au point d9

U HISTOIBE MARITIHB

Tue de k cour; ce n*est qu'à cette peispectÎTe qu'elle peut paraître pètîte et me^uine ; il ne sera phs difficile de le prouver, même dans un Uvie plus spéc:ial à la marine qu'à la marche politique des événements. Les faits arrivés , pendant les troubles de la Fronde» dans une seule des villes qui sont , par leur situation • du domaine de cet ouvrage , suffiront à cette tâcbe.

Les premiers moments de la minorité furent, à la surfiice , assez calmes à Tintérieur, par le £nt du principe d'aubrifé qui survivait encore à Richelieu, et qui avait cojasidérabiebent rapetissé les ambitions individuelles de la noblesse. On cabalait toutefob daiÀ les salons , en attendant qu'on pût agir dans la rue.

Pendant ce temps, Duquesne, voyant la marine négligée en France, profita de Talliance étroite qui existait toujours avec la Suède , pour demander à rej)rendre du service diains ce dernier pays qui était alors en guerre navale avec le Danemarck. Il partit en conséquence, avec l'agrément de son gouvàmement, pour la Suède où son père, qui s'était élevé, par ses seuls mérites, ^du métier de pilote au grade de capitaine de vaisseau, et même, selon quelques-uns, de chef d'escadre, avait laissé de beaux souvenirs. On l'accueillit comme un officier déjà en grande réputation, et on le nomma major-général , puis vice-amiral de la flotte qui eut à lutter, en 1644 , contre celle que le vieux et intrépide roi Christian IV de Danemarck montait en personne. La guerre avait éclaté inopinément entre les deux États du Nord; par ce motif surtout que Christian s'était obstiné à se faire médiateur entre le gouvernement de la reine Christine et l'empereur d'Aile* magne, et que la Suède trouvait cette médiation dangereuse. La flotte suédoise, forte de quarante-deux vaisseaux, commandée par Nicolas Flemming , qui devait s'entendre avec le fameux général de terre Torstenson, alla opérer un débarquement subit . dans nie de Femeren; mais à peine la descente était-elle opérée^ ' que le roi Christian arriva non moins soudainement avec son armée navale composée de quarante -([ualie vaisseaux divisés en quatre escadres. C'en eût été fait de la flotte suédoise, qui était alors dégarnie de presque tout son monde et dans le plus grand désordre, si celle de Danemarck l'avait iamnédiatemâit attaquée, sans lui donner le temps de se reconnaître; Torstenson lui-même eût été réduit à capituler dans l'tle où on l'avait débarqué, ou se

* Dp FRANCE. 15

ïù\ VI! laillé en piï^cos. Maisles Danois pcrdirenldesmom* nfspr<'v cieiix en (lélibrniliuiis, pendant l(!squels les Suédois remontùrent sur leurs vaisseaux , firent cesser la confusion et se rangèrent en bon ordre de bataille. Alors seulement l aciion s*engagea ; elle fut soutenue de part et d'autre avec nue égale vigueur. I.e vieux roi Christian, se tenant à la bdtterie d'en bas de son vaisseau la Tri' niiéy ordonnait et dirigeait lui-mt-me le feu , quaini il fut blessé à l'œil droit et à l'oreille gauche d'un éclat de bois soulevé par le canon suédois ; douze personnes tomb^^ent mortes à ses côtés du môme coup. A peu près au même moment, Tamiral de Suède, Nicolas Flemming, recevait au genou une blessure, des suites de laquelle il devait mourir. Cependant le roi Christian n'avait rien perdu de son ardeur; au contraire il s'animait des coups dont il était atteint; il continua à combattre jusqu'à ce que le délabrement de son vaisseau et de celui de son amiral eussent diminué l'énergie de ses équipages et de ses troupes. La victoire était restée incertaine ce jour-là ; chacun s'en attribua l'honneur.

J^'amiral Flemming remit en mourant le commandement de la flotte suédoise à Charles-Gustave Wrangel , général-major de la cavalerie et chef de l'artillerie dans l'armée de terre. Il ne fut pas sans doute sans l'engager à éclairer son inexpérience navale des conseils de Duquesne; et ce fut très-probablement alors que celui-ci passa vice-amiral sur la flotte. Toutefois 1\ l 'vdiion de Wrangel aux fonctions d'amiral occasionna de grands murmures sur les vaisseaux , et il ne fallut pas moins que Tautorilé et la haute renommée de Torstenson pour les apaiser. Wrangel, qui était lui-même un général de mérite éminent, ne tarda pas à inspirer de la confiance à son monde, et, chacun imitant son ardeur, la bataille fut de nouveau présentée aux Danois. Mais Christian n'était plus parmi ceiix-ci ; le valeureux prince avait été obligé de se faire descendre à terre pour qu'on y soignât ses blessures; et l'amiral Ched, à qui il av.iii Itussé l'entière conduite . de sa flotte, n'osa accepter le combat. Christian , furieux de la honte qui en rejnillissait sur le pavillon danois, dcaiitua Tamiral Ched , et peu après le fit condamner à perdre la Iclc.

La flotte de Suède s'étant ensuite retirée pour se réparer, le roi de Danemarck en avait inféré qu'elle ne mettrait plus en mer de l'année j cl il avait fait passer le détroit du Sund à la plus grande

le HFSTOtnE MARItlMl^.

partie de ses troupes p ur les faire ap:ir sur un autre poi^il. Mais la floltc suédoise, comjtusée maintenant de seize gros vaisseaux et joirite à quatorze bàlimcnls hoIlari(lais, reparut tout à coup sons les ordres de Wrangel et de Duqnesne» le 24 octobre 1644, ù la hauteur de l'île de Femert n, où elle trouva celle de Danemarck qui ne montait plus qu'à dii -huit vaisst <nix et que commandait l'amiral Prosmond. Au moment où les deux armées s'ébranlaient pour pn ndre leurs dispositions de combat, une horrible tenipùlc ies força de jeter l'ancre et suspendit peadaul trois jours l'action décisive qu'elles méditaient.

Enfin les flots et les vents s'apaisèrent, et à la tempAte et à la foudre des cieux succédèrent aussitôt la tempête et la fuudrc des batailles. Les Suédois croyaient que, selon son liabilude, le roi Christian clait encore sur sa llolle, et ([u il la riuTiniandail en personne. Dans cette pensée, le conseil de guerre dé( ida, sur le bord de Wrangel, que l'on détacherait deux vaisseaux avec deux brûlots pour aller mettre le feu au vais> au fa Patience, amiral de Danemarck, et, en cas d'insuccès, pour l'aborder. Duquesne qui prol i.il !i liujnt avait fait celte motion, fut choisi pour en romnlir. J'oliji'f. 11 s'avance aussitôt avec les deux vaisseaux et les deux brûlots vers l'amiral danois, tandis que le reste de la flolle engageait le combat à dislance. La fierté de son moirvemenl entraîne malgré mj , pour ainsi dire, tous les vaisseaux des deux armées les uns vers l- s autres; les deux lignes sont rompues, la mêlée devient générale , et ce sont de toutes parts des duels de vaisseau è vaisseau. Mais le principal épisode de la bataille se passe là où combat Duquesne contre l'amiral de Danuinarck. Les brûlots ayant ét('' repoussés à coups de canon ou ayant manqué leur effet, Du(}uesne ordonne de Imet^r les î^rappins d abordage et s'allachc impitoyablement, plus redoutable que l'incendie, au vaisseau qu'il supposait être monté par Christian. Prosmond ne dt'ment point par sa contenance l'opinion des Suédois, et il soutient le clioc avec autant de valeur que si c'eût été son roi lui- , mémo qui se fût trouvé sur le pont. Cependant on s'est jeté en foule sui- son vaisseau; les moirsquets ne sont plus des armes assez expédilives; les demi-lances elles-mêmes deviennent embarrassantes ; on s'égorjïc avec le poienard, on s'élreint, on $*étou(fe atec des bras vigoureux ^ assaillants et assaillis roulent

bE FRANCE. W

Confondus et sanglants les uns sur les aulnes ; parfois on frappe un compagnon croyant frapper irti adversaire; la m»Mée csl au comble, inénarrnhîfs et rt priuiant Duquesne ladouun* d»» son . sang-froid magmiique. L»'5 Danois, on dignes fils des Scandiuaves, . ' se défendent comme des lions ; les Suédois, qui ne démentent pas iîon pins h même origine, n'emportent le pont que jurd à pied et en le couvrant de monceaux de cadavres mulilus. Duquesne croit s'apercevoir qu€ la victoire lui est assurée ; il veut faire cesser le carnage et offre quartier à l'amiral Prusniond. Mais Prosmond le rcluse, et déclare qu'il aime mieux périr les armes à la.raain que de survivre a la perte de son vaisseau. Force fut alors à Duquesne de pousser les siens dans le sans: et les cadavres; ils en eurent jusqu'à mi-corps, et le combat ne^iinit et Duquesne ne fut maître du vaisseau-amiral de Dnnemnrck que quand Prosmond et le dernier des Danois qui monlaieul ia Paii':'nce forent égorgés. En voyant leur vaisseau-amiral vaincu et cHn<iniié par les Suédois, les autres vaisseaux de Daneniarr k se senlirent pris d'un funeste découragement, qui bientôt se changea en panique devant la recrudescence d'ardeur que le succ^'S de Duquesne venait d'inspirer nu contraire à leurs ennemis. Sept vaisseaux danois, parmi lesquels le vice-amiral, seuls tinrent ferme encore, et se montrèrent dignes d'avoir été commandés nairuère • par Tmirépide Christian IV; le vire-?»miral ne céda qu'après avdir coulé à fond un des bAtiments hollantiais. f.e désastre de la llolta danoise fut complet; dix des vai^senux (pii lu composaient furent pris; deux, de 40 canons chaque, périrent dans les Ûammes, quatre autres sombrèrent h rentrée d'un des passages maritimes du Danemarck, appelés Grand et Petil-Belt; il n'en échappa que deux qui allèrent porter h Copenhague la nouvelle d'une si horrible défaite, danslaqnelie qii ritre mille homnn s avaient succombé. Les Suédois comptaient aussi un assez grand nombre do morts; maïs ils n'avaient à regretter, en dehors de leurs hommes, qu'un seul bâtiment hollandais. Ils ne surent pas tirer tout le parti possible d'une victoire dont Duquesne partagea, tout au moins, l'honneur avec Wrangel. Il ne tenait qu'A eux d'aller, par un débarquement, écraser l'armée de terre de Christian IV, ou de s'emparer de quelques-unes des îles du Dain niarck. Mais le temj^â (Qu'ils perdirent sauva iQur brave ennemi %ui> par rinlero

uiédiaire de La Tliuillerie, ambassadeur do France à Copenhague, conclu l un traité de paix avec le gouvernement de la reine Clirisline. La Suède y gagna, contre la restitution desi's récentes couiiuèles, Jenipllaiid, Hariidal'jii avec les îles de Gothland et d'Oesel, et reçut, pour assurance pi iidrinl viiiL'1-deux ans'^la proviuce de Hal- -f land. Cette favorable issue ulaiL due principalement à la victoire «-sde I)u(}uesne; personne ne le contesta. C'était ainsi que le Nor-' . mond Duquesne était allé montrer sur les mers de la Scandinavie, que le sang des descendants des hommes du Nord n'avait point dégénéré sur la terre de France. Peu après, sa patrie réclamant ses services, il quitta la Suède (1).

En effet, la guerre continuait de tous côtés avec l'Espague qui espérait dans les désordres de la minorité de Louis XIV pour ressaisir tout le terrain qu'elle avait perdu. Mais la fomeuse bataille continentale de Rocroi , dans laquelle le grand Condé , à l'âge de vingt-deux, ans, anéantissait, dès Je 19 mai 1643, l'élite de ses armées, lui prouva que sa grandeur n'était déjà plus que souvenir et fumée. Tandis que Turenne se couvrait de gloire, tantôt en Italie, tantôt en Allemagne, que le maréchal d'Harcourl se signalait en Catalogne et Condé partout, les Pays-Bas et plus particulièrement la Flandre maritime , furent le théâtre d'affaires importantes. Les Français prirent, en juillet 1644, la ville alors très-considérable de Gravehnes; leurs succès allèrent croissant en 1645, ob. ils enlevèrent aux Espagnols Mardick, position réputée aussi très-puissante à cette époque, et une grande partie de la Flandre française. Mardick, reprise dans PaoDéepar Pennemi, lui fut de nouveau enlevée en 1646. Le grand Condé, qui avait pris Fumes , mit le siège devant Dunkerque. H commença ses travaux le i 7 septembre ; et , malgré la difficulté de creuser des tranchées dans les sables mouvants qui environnent la place, et que le vent soulevait sans cesse , malgré les continuelles sorties de la garnison, il contraignit les Espagnols à capituler le 11 octobre. Condé laissa la garde de sa belle conquête au maréchal de Rantzau et vola à d'autres exploits.

Pendant ce temps, le beau-frère de cet illustre prince, Armand de Maillé de Brézé , qui avait été conûrmé dans sa charge de grand-mattre et chef surintendant général de la navigation et du commerce de France , et qui la remplissait eu héros , com*

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mandait une brillante armée navale dans la Méditerranée. Dès Te 9 août 1643, habilement secondé par le chevalier Paul , il alla attaquer l'armée navale d'Espagne et des Siciles dans la Méditérranée ef lui enleva six vaisseaux ; son succès eût été plus grand si le vent , devenu contraire , ne l'avait obligé à faire voile vers le cap de Gâta et à y mouiller. Le 3 septembre suivant, il livra de nouveau bataille aux ennemis, à la hauteur de Carthagène, et, quoiqu'ils eussent sur lui l'avantage du nombre, il brûla l'amiral de Naples ainsi que deux gros vaisseaux, et enleva à l'abordage le vice-amiral d'Espagne. Plusieurs autres des bâtiments adverses furent contraints d'amener, et les débris de la flotte hispano-sicilienne s'enfuirent en désordre , à la faveur de la nuit , dans le port de Carthagène, oà cinq bâtiments encore coulèrent bas, par suite de l'état dans lequel les Français les avaient mis. Il fut frappé à celte occasion une médaille dont la légende signiûait : Présage de r empire de mer» Ea effet, le règpoe de Louis XIV 4|jommençait.

En 1645, année de la mort du célèbre archevêque de Bordeaux, Henri d'Escoubleau de Sourdis (2), Brézé alla bloquer par mer la place de Tarragone, dont le comte de Plcssis-Praslin faisait le siéire par terre. Tant que Brézé resta devant le port, aucun vaisseau, aucune escadre d'Espagne n'osèrent se montrer. Les Français ayant été contraints d'abandonner leur entreprise afin. d'aller au-devant de l'armée ennemie ([ui s'avançait, Brézé ramena ses vaisseaux dans les ports de France, sans la moindre perle. En 1646, il aida, par unbiocus sévère, à la capitulation de Rosas.

L*année suivante enfin, il reçut ordre d'aller seconder par mer les opérations des Frarujais en Italie. Il avait fait travailler tout Phiver à Toulon pour Tarmement d'une flotte de trente-six vaisseaux de guerre, vingt galères, dix-huit brûlots et nombre de tartanes. Ayant reçu sur ses vaisseaux, avec six mille soldats, le prince Thomas de Savoie, devenu l'allié do la France après en avoir été rennemi, Brézé parut, le 20 mai 1646, à la hauteur de Monte-Argentaro , débarqua quelques troupes diins la province inférieure de Sienne que les Espagnols occupaient, s'empara rapidement de Telamone, Salines et Santo-Stefano ; puis vint mettre le siège devant UrbilellOt ville Mlle sur un lac, et qui

^ HfSTOtRfi MâRITlMg

ne lipntaii coTitirnjilt que par um langue de terre. C/étail le seul côté par où hi j Tii l'aHaquer, et ce fut n\i>>i par là que les Espa- ^uo\s porlèruiit leurs plus grands et pers<^v/Tants cllorls pour la défense delà place. L^ur longue résistance d iina \o temps au vice-roi de Naples d't^iivuyor une iluUe beaucoup plus lurle que celle des IVauçais au secours d'Orlnlello; cette flotte, commandée par don Antonio de Pimentel, pai ni devant îelaraone le i 4 juin. Aussitôt Brézé, sans se préoccuper de son infériorité iiunu'riipje, se met en devoir d'accepter la bataille. Ce fut une longue canon- '» nade qui dura trois heures , et peudaiii laquelle les Espagnols eurent soin de se tenir toujouri hors de portée de l'abordage, connaissant la supériorité de leurs adversaires dans œ genre de lutte. Néanmoins la victoire des Français semblait assurée, quand le chef de leur flotte fut emporté d'un bouhjt de canon qui le frapf^^ au milieu du ventre. Le grand-niailrc de la navigation, marquis de Maillé-Brézé , n'était encore que dans sa vingt-septième année. Brézé rentirmait une grande àme dans un potil^ eorps. Il était lent à tout, excepté à défaire Tennemi, cjir toujours il MUaquait dès qu il tlaiL cii présence. H en voulait surtout au yaisseau-amirnl, sans se mettre en peine que ses adversaires l'emportassent par le nombre et par la force des vaisseaux; il se flattait que tous auraient le même son que leur dkd. ( i i . il un homme qu'on n'eAt pas soupçonné capable de si grand» s choses, mus (jui néanmoins méritait une fortune plus superbe encore ([uu celle qu'il obtint, s'il est possible. Sa générosité en- Ters les gens du sa maison, envers les pauvres, envers sa sœur * même, épouse du grand Condé, avait quelque chose de royal et de simple à la fois, qui exprimait toute l'élévation de son cœur, aussi bien dans la vie privée que sur les champs de Lalaille (.1).

Le chevalier Paul et Duquesne étaient présents à la bataille de Telamone; le dernier, déjà couvert de cicatrices, y reçut une nouvelle blessure. Une tempête sépara les deux Hottes, força Pune à se retirer à Naples , et l'autre dans les porls de Provence. Peu après, partie de la tlolle française reprit la mer, mais ce fut pour recevoir Pinfeinlerie du prince Thomas, coptrawii [ irles maladies et par l'arrivée d'une formidable armée eiuicumu a lever le siège d'Orbitello, le 48 juillet 1646. Pour le prince, à la tùte de sa cavalerie, il s'ouvrit un pa;ssage , le sabre à la maiu, à travers

m PftANC& M

U Toscane. Le grand Coudé brigua vivemenl la succession de son beau-frère Maillc-Brézé; mais, à celte époque, lui et son père porlûienl 4)eauÉoup d'uinbragc à la riîine-régenlc cl au cardinal Mazarin, son miuislre favori. Anne d'Aulriclie crut imposer silence de ce côté à 1 amlalion du vainqueur de llocroi, en se faisaûl délivrer à elle-même des lettres palenles de grande-mai- ^ tresse et surintendunle de lu iiuviguliou et du commerce de v franco. •

Cétnit nne guerre d'inlrigue personnelle, plu loi qu'une guerre de qui'liiiie importance pour le pays, que Mazarin venait de faire du côté d'Orbilello, guerre qui avait eu bien plus en vue, quoique d'une maniire non avouée, le pape que l'Espagne, le pai)e des Élals duquel Orbitello était à vingl-sepl lieues seulement, et qui refusait un chapeau de cardinal au frère du muustre. Ce chapeau ■ IV lii déjà coûté bien cher à la France par la mort du jeune marquis de Bréz(^; mais Mazarin n était pas homme à abandonner, sans s'être assuré du triomphe, une guerre d'inliigue.

Il ch u v: a le marécKal de La M^illeraie d'une nouvelle expédition navtiie, dans ic uii^s iabie buL d tiiVayer lepape au sujet du fameux chapeau. La tlolle fut équipée à Toulon, ville qui, peu à peu, depuis que les vaisst.'aux de haut bord faisaient concurrence aux galères dans la Méditerranée, détrônait Marseille comme port de giijiie. La Meillcraie mit à la voile au commencement de septembre 1G46, el, après avoir pris, en passant, à Oncglia, port d'Italie, le maréchal du Plessis-Praslin, avec cinq mille hommes détachés du Piémont, il alla attaquer, dans le voisinaiifMlu pape , à la fois Pinnibiuu sur le coiiUneul, et Porto- L' uigune dans l'île d'Elbe , situées à quatre lieues en face l'une de l'autre. Piombino se rendit le 9 octobre; et Porlo-Longone liiiL jusqu'au 29, jour où Lcr Meilleraie l'amena à capituler. La llutle française fui immédiatement ramenée dans les ports de Provence. . L'Italie poussa un cri d'alarme en voyant les f rançais s'installer dans ses positions les plus centrales, et le pape en particulier s'empressa d'offrir à Mazarin tout ce qu'il désirait de lui.

Pendant ce temps, l'abandon dans lequel la régence d'Anne d'Autriche avait laissé la marine française, rédui.sail le gouvernemenl a se pourvoir de vaisseaux à l'étranger. llenri-Aupjuste du Lumcme, comte de BrieuDie, avait alors, dans ses attrdjuiiuua

5^ HISTÔllih MARITIME

de seci-ôtaire d^État, la marine du Ponunt, et Michel Le Tellier de CliavîUe avait, dans les siennes, la marine du Levant. Ni l'un ni l'autre ne paraissent guère s'être occupés d'amt'liorer ou seule» meut de maintenir ce qui leur était coniié. On se rappela les relations de Duquesne avec la Suède , et l'on envoya ce marin auprès de la wioe Christine pour faire l'acquisition de quatre vaisseatix avecleurs agrès, leurs canons et une grande quantité de boulets. Parti pour la Suède avec deux frégates, Duquesne trouva à son arrivée que le résident de France à Stockholm, nommé Chanut, d'avance instruit de l'objet de sa venue , avait déjà passé marché pour les vaisseaux; pour cent canons de fer et cinquante mille boulets. Le tout lui fut hvré A Dales, embouchure dans la mer, à dix-huit lieues de Stockholm. Mais il eut à lultrr ( nfre le mauvais vouloir de l'amiral suédois Runing, qui lui rdusait obstinément le nombre d'hommes nécessaires à la conduue des bâtiments achetés. 11 n'avait amené que soixante et douze matelots de Dunkerque; Runing ne lui en concéda que douze autres, à la condition encore de ne les garder que pendant la campagne, et il y ajouta deux pilotes pour conduire les vaisseaux jusqu'au détroit du Suud. Duquesne, pour suppléer à ce petit nombre, rassembla, avec son activité ordinaire, tout ce qu'il j>ut rencontrer de matelots et de soldats licenciés, et compléta ainsi, tant bien que mal, ses équipages. Comme il avait en outre mission d'amener, sur les vaisseaux achetés en Suède, cinq mille Polonais qu'il dtîvait pi endre à Dantziik, il avait d'avance dépêché une de ses frécales de ce côté. Il lit voile lui-même de Dales, au mois de juillet; mais presque aussitôt il fut assaiUi d'une tempête qui sépara ses vaisseaux. Durant six jours, son désespoir fut grand, car il croyait avoir perdu pour jamais /e Ji'//7//6'r, le principal des bîtliments obtenus à tant de frais; il le rbercha avec ardeur, et le trouva enfin échoué sur les côtes du Sundj Uiere* leva et vint à bout de le sauver, ainsi que les antres.

Duquesne, chemin faisant, eut occasion de montrer la fermeté de son caractère devant les alliés même de son pays. L'agi^t de Suède à Elsenenr, ne l'ayant pas reçu avec tous les égards cun- Tcnables, il s'en pi liiint ivec force, par l'intermédiaire du résident Chanut, i\ la reiue Christine qui, malgré toutes les supplication!»» piougca riûsoieut ageut dans la plus entière disgrâce*

0E FRâNCË. 63 .

La naTÎgatîoii ne fui pas tr&ublée depuis Elseneur, et 0tt<tuesne iniit, avec lés^^Vaisseaux achetés, jeter Fancre à^ieppe, sa vitle natale, oik se trouvait alors Louis XIV, mineur (i). Le gouyerne* men^de ce jeune roi ayant jugé à propos d'ajouter deux divisions BOUTelles à la marine (qui comptait déjà Tescadre de Bretagne, dont avaitété làit ohef GÛude de Razilli, seigneur de Launay, après le commandeur Isaac, son frère; Tescadrede Normandie, que commandait de Montigny; celle de Guienne , que commandait Du Mé , et celle de Provence qui avait pour chef le chevalier de Gatliiei^ de Montade fut nommé chef de Tescadre de Catalogne, et Duquesne chef derescadre de Dunkerque (5). Lerèglemenl qui fut Isit, cette année, pour la marine, plaça le lieutenant général des armées navales sous le commandant en chef de la flotte, dans la personne du grand-prieur, nagu^^e commandeur des Gouttes, pour les vaisseaux ronds, et du duc de Richelieu pour les galères (6).

En l'absence de Duquesne, les Français avaient trouvé une bien autre occasion de s'étabHr en ItaUe, qu*à propos de la querelle du chapeau de cardinal. Il n'y avait pas longtemps encore que le Portugal et la Catalogne s'étaient détachés de la monanjiie espagnole, quand, à peu de mois d'intervalle, deux insurrections s'étaient déclarées, l'une en Sicile, l'autre àlfaples. Deux hommes du peuple, l'un marchand de cuir, l'autre marchand de poisson, Joseph d'Alessio, à Païenne, et Mazaniello, à Naples, en étaient les diefe. Les insurgés UYaient paru disposés à s'appuyer sur la France.

An moment du soulèvement, et avant le retour de Duquesne qui n'eut lieu qu'Ma fin de l'année 1647, le chevalier Paul, chef d'escadre, dont la réputation ne connaissait point alors de rivales sur la Méditerranée, avait charge de protéger, avec une flottille, les dernières conquêtes des Français dans les eaux de la Toscane ' et en outre de surveiller les préparatifs que les ennemis pouvaient faire à Naples. Il partit de Pio-nbino, le l*' avril 1647, sur la nouvelle qu'il se passait quelque chose d'important de ce côté. ^ Poussé par un vent frais dans le golfe, il s'empara, jusque sous le môle de Naples, de plusieurs hâtiments à l'ancre. Le duc d'Arcos, vice-roi du pays, qui publiait sans cesse que les Français étaient assez occupés à conserver les positions qu'ils avaient nou- Tellement conquises sur la mer de Toscane, ne fut persuadé de

54 HUSTOlftË MARITIME ^

TarriTée de Tesydre du phevalier Paul^ tantla J^^ce de celui-ci avait été grande, qu'eu lui voyant iimai^ner ces dernières captures. Alors, accouru lui-même sur te môle, fl donna l'alarme, et disposa tout pour fjaire sortir six vaisseaux et dix galères^ avec tout ce que la yiQe possédait de plus vaillant dans la noblesse et la bourgeoisie. t.e lendemain, en effet, cette Qotte ayant cinglé du golfe, on crut dans Naples que Tescadre^française ne pourrait éviter une perte entière. Le chevalier Paul n'eut pas plutôt aperçu la flotte du vîce-rpi, q^'ilfit le signal 4e ralliement. Tous ses capitaines passèrent sur sop bord, et, chacun sMnspîranI de l'ardeur 4e son général, on eut bientôt résolu d'accepter le combat, malgré l'inégalité des forces. Le vent presque nul d'abord et très-dé&vorable aux Français, changea tout à coup et se ren- \ lorça de manière à empêcher les galères espagnoles, qui tout ^ l'heure remorquai^t à l'aise les vaisseaux de haut bord, de doubler rtie d'Iscbia. Le chevalier Paul ne proQta pas de cet avan« tage pour, échapper aux ennemis, mais au contraire il s'en empara pour arriver en |oute hâte sur eux. Il essaya 4'attacber deux brû- '« lots à autant de vaisseaux hispano-napolitains et d'aller à l'abordage du reste. Hais il ne put exécuter son dessein, les ennemis ayant reviré de bord aussitôt qu'ils s'étalent vus sous le canop des Français.

Le chevalier Paul dut se borner à poursuivre à coups de canoOi Jusque bien avant dans le golfe, la flotte que Ton avait envoyée pour rexterminer^ et que sa seule présence faisait fuir. Le viceroi cl les habitants de JNaples , témoins de ce combat, étaient à la fois honteux et consternés. Le duc d'Ârcos en\%a, le môme jour^ au général de ses galères, ordre de vaincre ou lâe périr. Le géné- « ral n'eut pas plutôt reçu ce couimaudemep^, qu'il fil tenir toute la nuit sa flotte au vent; et le lendemain matin; 4 avril, la mer étant calme, leii galères tr^fpèrent les vaisseaux ennemis bord à bord de ceux de Fraiice^ de part et d^aulre on s'envoya des volées d'artillerie ^ de mous<|^ueterie. Les galrres vinrent aussi canonnerf par l'arrière, les vaisseaux français. Le combat rocomraenca avec plus d'acharnement que la veille. Use renouvela ainsi cinq jours, depuis le matin jusqu au soir, finissant à toutes lesfois par un grand calme dont le3 galères espagnoles ne surent pas profiter. Après atoir tenu ses uùiaux allumés la nuit, en signe de déû, chaque

malin le cbevalier Paul recommençait Taction avec tant de courage et de bonheur, que, malgré la résistance des ennemis, il eût . ^remporté une célèbre victoire, s*il se fût levé tant soit peu de '^'^rent frais qui eût empêché les galères de remorjpier les Tais*- "seaux ennemis. La flotte de Naples eut tous les jours ce calnie favorable, jusqu'au 7 avril, qu'il s'éleva, suriesoir, un vent assez fort. Saisissant roccasiou, le chevalier se mettait ea devoir de recommencer la charge avec une nouvelle vigueur, lorsqu'il vit paraître une escadre de sept vaisseaux de guerfe, sui^e d'une galère, que le yice-roi de Naples envoyait pour ranfoieer hiflotte ennemie. Celle-ci se trouva ainsi porUe k treize vaieseaux el onze galères. Le -chevalier Paul jugea qu'il serait désormais plus que téméraire à lui de mettre ses six vaisseaux anx prises avec des forces st considérables, et crut, à bon droit, avoir émaié des preuves assez grandes de sa valeur pour pouvoir se retirer avec honneur. Profitant donc du vent , il rallia son escadre et s'éloigna en bon ordre. Les galères et les vaisseaux espagnols avaient été si fracassés pendant les cinq jours de combat, qu'on les avait vus, . fim^après l'autre, se mettre à labande, ou, en langage plus vulwjiti se coucher sur le côté pour se faire radouber, et que la llolfif IB'rtcmie, une fois rentr/e au port, fut longtemps sans en pouvoir sortir. Le chevalier Paul mi^ en usagft dans fM>tte occasion toutes lesTUses qui pouvaient se pratiquer, ol montra combien son expt^rîence dans la marine était grande. Aprîs avoir fait con* n^lre la supériorité de son courage et de ses talents, il témoigna de sa générosité, en renvoyant à iNaples tous ses prisonniers; il leur donna même de l'argent, au lieu de leurfair(î payer rançon.

Les Napolitains que l'on poussait à se foftner en république quasi-monarchique, à l'imitation des Provinces-Unies de Hollande, avec l'appui de hauts chefs miUlaires, comme avaient été pour les Hollandais les princes de la maison d'Orange-Nassau , résolurent d'appeler à leur tète Henri II , duc do Guise, pelitlils du Balafré , qui prétendait avoir d'anciens droits au trdne de Naples par îolande d'Anjou, duchesse de Lorraine, fille du roi ^ René. Guise se trouvait alors à Rome; i! se fîattail de réveiller chez les descendants de la noblesse d'Anjou, qui étaient encore puissants dans le roy uune insurgé, les vieux souvenirs de leurs

peuple; il araît imaginé un singulier moyen de salistaire ses vues secn^tes pour l'avenir et les nécessités présentes de sa position, en siiiuant riiisurrection de Naples du nom de royale-république. Du reste Henji II de Guise fil bravement comme avaient fait se» ' ancêtres, môme dans les plus mauvaises causes. Sans attendre les' secours que Pambassadeur de France à Rome lui promettait, il s'emBarqua à Fiumicino sur une petite felouque, avec une suite de vingt-deux personnes seulement, quelques milliers de pistoles qu'il avait empruntés et quelques barils de poudre. Une flotte^ espagnole qu'il rencontra ne lui til rien déranger k son projet ; il { issa tout près d'elle en plein nudi , comme s'il était au milieu de ses amis, et, au moment où celles-ci, s'apereevant qu'il changeait de direction, lirait sur lui de toute son artillerie, il abordait à Naples, le 15 novembre 1647. Guise eut fl'abord de rapides succès, et il en fût venu très-présumablemcnt à ses fins, s'il eût reçu les secours qu'il attendait de la France. Mais là on se souvenait dii rambilion démesurée de sa famille qui avait attisé le feu des guerres civiles de la Ligue , de lui-même, qui dernièrement encore avait cherché à entraver l'ét^iblissement de, la encede la reine-mère, et on hésita tout de suite à élever trop, un prince que l'on soupçonnait à bun droit, malgré ses protestations, de travailler beaucoup plus pour lui-même que pour la grandeur de la France et pour les libertés de ceux par lesquels il était appelé.

Armand de Vignerot Duplessis, duc de Richelieu, arrièreneveu du grand cardinal et alors général des galères , se présenta dans le golle de Naples, avec une flotte de vingt-sept vaisseaux et quelques brûlots; dirigé par le chevalier Paul, il attaqua, le 22 décembre 1647, à la hauteur de Castel-a-Mare , la flotte hispano-napolitaine, et lui fit éprouver des pertes en vaisseaux et en hommes. La nuit et un vent violent séparèrent les deux armées. Toutefois il paraît que le duc de Richelieu avait de secrètes instructions pour agir d'une manière peu décisive. Il n'apportait ni l'argent, ni les armes, ni les vivres que Guise avait demandés. Un de ses envoyés s'adressa à l'arquebusier Gennaro Ânnesse, qui avait succédé à Mazaniello à la tête du peuple napolitain, comme au véritable cbef des insurgés, et lui remit le peu de poudre qu'il araitiait appôrier à terre, quoique le duc de Guise

fût présent. Bientôt le général des galères» sans avoir rien entrepris de sérieux, fit Voile pour PortiHLongone, en VUe d^lbe, sous prétexte d'y faire de Pean. Le gouTerifement espagnol AiL]^fita pour leurrer les Napolitains de'fidies promesses de concessions,

^ et de paroles pleines de clémencfltrrUn nou^au TÎce»roi parvint à s*eiitendre ayec^les chefs des ijjsû^és qui' se plaignaient de la hailteur de Guise. L'arquebusier Gennaro Annesse lu»m6me s'engagea h ouvrir une des portes de Naples aux Espagnols, pourvu qu^on trouvât le moyen de retenir pendant ce t4mps le

jduc hors de la ville. Celui-ci pourtant paraissait encore loin d*avoir perdu toutes chances fajorables. A ce moment mênfte, le roj^pme entier de Naples était en révolution,. et les troupes et garnisons élrangères étaient dans la plus grande détresse. Mais la trahison He Gennaro fit'toût perdre en un instant. Le duc de Guise, apprenant que pendant qu'il était occupé à chasser les Espagnols de la petite lie de Nisida, on venait de leur livrer sa capitale, essaya, avec quelques Français, de se retirer par terre à nome ; mais, poursuivi et arrêté près de Capoue, il resta quatre ans prisonnier en Espagne.

Redevenus maîtres du royanme de Naples, les Espagnols foulèrent aux pieds leurs engagements; tous ceux qui avaient' marqué de quelque manière dans l'insurrection furent suppliciés, et Gennaro Annesse lui-même, qui avait li^ré et son pays et le duc de Guise, n'eut qu'an privilège, celui 'd'être réservé le dernier pour l'échafaud. On accusa Mazarin de n'avoir pas prolité des circonstances pour expulser dès lors les Espagnols de l'Italie ; mais on ne s'est pas assez demandé si les princes lorrains, par lesquels on aurait été obligé de remplacer ceux de la maison d'Autriche, valaient mieui, sinon pour la gloire, au moins pour les intérêts de la France. La famille de Guise, à Naples , n'aurait certainement pas accepté une simple vice-royauté-, elle qui avait osé^ porter ses vues jusque sur le trône de France; et* qui sait même sii enhardie par sa nouvelle fortune, elle n'eût pas pensé à oser quelque coup contre la Provence sur laquelle elle avait naguère encore prétendu. C'était en tout cas une sage politique de ne point refaire de ^nds vassaux; on avait appris, par une longue et cruelle expérience, ce qu'il en pouvait coûter au pays. Ce n'est pas assurément que l'on veuille louer ici le cardinal

m HISTOÏRE MARITIME

Mazariii de tuus ses actes comme ministre. La grandeur du pnys ne le pjmîoccupail qirnprès la sienne et celle de sa famille. 11 ne poMA'Oyajf .lux inlt^rùU ^e Ji'flat qu'après avoir pourvu à des iiilcr'M- !;ie<(|inns et égoïstes, et les services rendus par lui a hi France u étaient, pour ce per&onnage italien, qu'un moyeu de s'y maintenir nécessaire et puissant. En sa qualité d'élnuiger, il lui imiiorliiil peu d'atteindre le but qu'il se pntposail pur des Franyfljs ou i)ar d'antres. C'est ainsi (pie, tout li' temps quel'al- Uance offensive el défensive avec les Provinces-Unies dura étroite et forte, il ne se servit guère que des flottes hollandaises pour appuyer par mer les conquêtes qu'il faisait faire dans la Fl i'iiiie maritime, et que, trop confiant dans la durée du besoin (jne la nouvelle république pouvait avoir des successeurs de Jlenri IV, il négligea la marnie de France, laissant dépérir, sous ce rapport, l'œuvre de Kiehelieu.

Le peu qui restait de vaisseaux français était tout entier occupé dans la Méditerranée. Ces vaisseaux seccatdèrent vivement le nouveau vice-roi de Catalogne, maréchal de S( lanubere, q»iand il assiégea et prit d'assaui la place de Torlcse; mais ils ne pouvaient suflir<3 à tout. Mazarin eut lieu de s'm apercevoir, ainsi que du peu de fondement que l'on doit faire sur lesallianc( s les mieux acquises, quand , nonobstant les triomphes de la rraïuf» dans les Pays-Bas, en Aliemagne,'en Italie et en Espagne, la Ib !iande lit, sans l'attendre, sa paix avec ce dernier royauuK , à Munster, le 30 janvier 1648. Le traité de Minister entre le nà d'Espagne et les États de Holhuide reconnut d'une manière détinitive l'existence de la république batave; et le jour ne devait pas larder à venir où celle-ci se croirait plus obligée ou mieux <issurée par cimx qui avaient eu tant de jteine à la reconnaître, que par ia nation qui l'avait si fort aidée àse ùauit;r. Le 0 août iOiS, le roi de Suède et l'empereur d'Allemagne tirent leur trait»' dans la même ville de Munster en Weslpbalio. La France restuil seule engagée dans la guerre qui depuis longtemps agitait l'Europe. La paix qu'elle ûl aussi à Munster, le 24 octobre IGi^s, ne s'étendait qu'à la branche de la maison d'Autriv tic ijui était en possession de l'empire. L'Alsace , moins Strasbourg , fut alors cédée à la france.

La guerre continua avec la monarchie d'Espague qui envelop*

DE FRANCE. 59 pail toujours, de fait ou de prétentions, les Pays-Bas, moins la r(''publique des Provinces-Unies, la Franche-Coînté, la Lombardie et les Deux-Sicile?. Les trouble» de la Fronde, qui éclatèrent sur jL^entrefaites, en rendant au gouTeroement eipa{;noI toutes ses errances, réloigii|||{eai pour tOk imfi encore de négociions pacifiques. ' ^ ' • • ' .

m illSTOIRt MARITIME

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