CHAPITRE III
Tlreoti'o fi»il< t.i rrr'-nfi- lîMon* d'AntrirH* ti à\i miaittîre il llanrm. — Vn ti-ror\H <lne't]'llp«nien . H» d« l'sneicii , ctt utfuiiuai gautcriMur da Cuieime. — HmoUi <la ^rÎMient et in pcupi* dr. Bord«us. — Uu«tn d« Bordui» i^l Hc U Girsnde. •'GMiIroctian d« U riuJrlIe 4» LAmum* « Améai d« IHM «tdl MV 4h flwJe |»il..Cnlali «w h OmuM. Atti^act 4a (ird«-«èl* MiMiiw «min Im BnéM». à»»^ pw U» B«rA«bt« du chllM« éa Ltngwi , dMmdn p*r t« rffiioMrt é* ««K*». — Aitî«<« d« f «<ri4r« t«nl« da ewM*
«!u ()tii|rno'i. lÎAfi! ].i <»)rr'n^(*'. — riit;tljtt — Ji rrti»* fl mvfi lurmcjnfi d.i cij> Uinc LorilrUi* Cir»ut. — •
MU^tt par irrrc et fu eau de U RuUd<, par le d»e ff.fnoa. — l'rrini^r* paii clea Bsrdcliit arrc U rcin« Aiiaa dTAnlnelM «1 Uturn. Îam ftinen d« Coadd tt d« Cm/li M la doc de Ix^venlla aRMi «t «npriaaMil fvai4M da llMinit^L«|ifioc(M«4« Caadéi toi êm» AaBaniltoBatda u BochefaMaaU MiMufiaalàBiH'Hiu, — Iteiiaaf*n<««at ê» U gturra d* Batdatn «1 dt U GïiMidk. — In Etpagnoli •« mllmt da ettta |t««n«.-»L« prmc«M« i3' ('.iiiiitt' ^iri<[il>' le pcu|>le r on Ira le* ma^iklmlv — Trniuv-rat >1> I.t |;nii^f-<i- Af CMd« el de» âae% de BvulU» at d< RDciieraiie»ald.^AmTé« d« lamae-iBira, dit roi tt de MaiariBiuprit dt Bordaaut. — UefM dM BwdaWcda Nenaîr la cmt dm lairvHto^Gt^bala da Wto flflal Cwigii. Pîttrtea daH(a«i die^Éfcv- Btm, — JooTnno» d* la râ«atatiw barda laài». — Le ■aréchil da La llaillaiaia aatidft Bwdtaai. — S<a|iilJar ri la da* temnn diai I* ^erra de GitÎMM. — Lattre in danea da parlement da Bordeam awi dafltaa da pariaMol da Paria. — Sontcllu peii. — Lflrrc ilr l> nnn à B-'nlciiu. — rn;,'t>- i'<-s nl.is r ii lu'.iaiin.iiri-i fl r.pijl'jiciiBei aa
niliai de» ItwiMaa d« U Fronde. — Le prioce de Coode, |0BTera<ur de Cujcnae. — lienouTelletneal de la Koena a* «ila.— Lai BafacMlaUndaili aa Fiwtea yaf CiB<d.r-L» pttnsada CanM qaàMa la Manayawallir Ifamia da U Fronde. — Cand^re rouiean dat nooTaoeati ksrdeUi», — L«i Orrai ilel. — Dvreteala at la prUKa da Coati.— • Manin dani Berdeaut poor le prince de Coudé. — Bordeaul eal mcitatê par l'ariAi^ royal* de Wre cam^nMid^a par le duc dv (~.aa<lale, et par l'armée natale com:i m Jee par le <lu- <J« \rnA6m«, (rrand-iuiilrc de U nati^alun Eacadra da DoqaaaM. —Fia d« U fMrra da Cuteage.— ÈveaiaBkenti eUéncart pendant U Froade. ACaim da ftlilagaa al d*lUlia. — Priw da Catlal-fr4iaN.~ FtoMa da dac da Taadtaa.^ Buf lailt da ahataliar Paal «Ida Valliellr. — Alltano' du LoaiaXlT at da CcWMMl.'^DualMffM •aawim da* Aa^Ui». — Paix dea Pyrénen atM rKépafne. — Nourelle rétate aa PfOMaM»— iMiaZtT ifllN daa* MuaaiHa fit U haialu. — Protactu» acsttrdea parLaaiaXIf ktailn.— Caiwiinfiaiwld» eat i
le peuple accablé d'impôts Texatoires» et les officiers du parlement, desquels on retenait les gages, se plaignaient sans doute à bon droit des taxes de toutes sortes de Haxarin et des exactions de ses agents; mais les princes et les grands seigneurs de la cour ne furent guidés, dans cette nouTelle période^ie dissensions intestines* que par cet incessant besoin de turbulence et de révolte
qui, vieux levain de la féodalité, fut, il faut bien le reconnaître , à cùlù de belles et grandes qualités , un des caractère^ domiii.iuls de la plus haute noblesse de Fr^ince. Les princes et les grands seigneurs, saisissant avidement ruccasion, eurent bientôt changé les plaintes en révolte armée, et ce qui était une question d'intérêt public , se transforma , par leurs suius et leurs menées , en une question d'intérêt personnel. Le grand Condé lui-même n'échappa point à la contagion de la cour, et i'époque de la Fronde suiïit à Ûiettre une omln e sur sa gloire.
Les troubles civils gagnèrent s urtout*deux -provinces maritimes de France :. la Provence et ia Guienne. Dans la Provence, où ils eurent un caractère moins grave, c'était une querelle entre le parlement d'Aix et le gouverneur, le comte d Alais, qui y avait donné lieu. Toulon tint le parti du comte d' Alais qui trouva long-
■ temps un asile dans les murs de cette ville contre les mécontents. En Guienne, il y avait longtemps que le peuple se plaignait des impôts, et que le parlement de Bordeaux présentait d'inutiles remontrances au roi au sujet des gouverneurs que l'on donnait à la province. Toutefois, le prince de Condé, nommé gouverneur de Guienne, à la suite de la disgrâce du vieux duc d'Épernon et du duc de La Valette, fils de ce dernier, semblait faire exception à la règle et ne pas trop mécontenter les habitants, quand, d'Épernon étant mort dans son château de Cadillac où il s'était retiré à son retour de l'exil, le duc de La Valette qui pnt alors le nom de son père, après avoir acquis les bonnes grâces de Mazarin, être rentré dans les faveurs royales , fut à son tour pourvu de ce gouvernement. Le nouveau duc d'Épernon avait les défauts de l'ancien, sans en posséder les qualités. Il laissait douter de son courage; mais on ne voyait que trop qu'il marchait de pair avec Mazarin pour pressurer la nation par toutes sortes d'impôts odieux. Il commença par soulever le mécontentement des marchands de vin, des cabaretiers et du petit peuple, par des taxes de toutes sortes; pu'.:. , yne disette de blé venant à désoler la France et une partie de l'Europe en 1648, il n'en autorisa pas moins, moyennant
• finances secrètement reçues par lui , des négociante accapareurs à transporter en Espagne les blés du Bordelais. La population justement indignée s'assembla et s'opposa violemment à ce transport. Le purlemeal de Bordeaux avait déjà donné des téiOftoigoages
«I * ttlSTOltlE IIARItlME ^ ^
de méconte&teinenl au nouveau duc d'Épenioiietà Kazarin, ou publiant un arrêt dVjUiiciK avec le parlemeiU de Paria quVélait ou- Tertemeni opposé au ministre ; il rendit un autre arrêt poHiique pour int^ire UenléTement desjriés, eTle Conseil, ayant approuvé les moti& sur iesqoeb le pariemenl s*était appuyé, envoya à Tamirauté de Guîenoe une^claratida qui révoquait Tautorisation obtenue par d'Épernon sur un faux exposé de la situation. Le duc n'épargna dès lors aucun moyen de rendre suspecte au roi la fidélité du parlement et du peuple de Bordeaux} il montHi ceux-ci prêts il donner la main aux mouvements de Paris qui se prononçaiefit de plus en plus, et se fit autoriser 4 élever, à Liboii^ne, une citadelle à Taiide de laquélle, devenantVnattre de la Dordogne, comme il Tétait «Iéj& ie la Garonne par son château de Cadillac, il réduirait msément les Bordelais en leur coupant les vivres. Ainsi affamer, d'une mamère ou d'une autre, 1q peuple « dont on lui avait donné la gaode, tel était le rêve Cavori de cet odieux gouverneur.
Le parlement de Bordeaux voulut s'opposer 1 l'érection de la nouvelle citadelle et au séjour dans Libourne et aui- environs» des troupes que d'Épernon y retenait à leur retour de la Cat«^ iogne, de l'Italie et de Flandres. Il ordonna une assemblée des bourgeois à raétel-de-ViUe. Les écoliers, les clercs de proeu^ . reurs, esprits turbulents» enclins k l'opposition et au bruit, les artisans et la multitude de ces gens qui ne cennaîssfint que k souffrance, attendent toujours quelque chose, ne fût-ce quifun changement de posidon momentané pour leur corps endolori, se rendirent tumÂiltueusementà rappel fait par le parlement à la bourgeoisie. Le parlement, tout en essayant de contenir leur fougue, (ïemanda l'union de l'assemblée avec lui, et, séance tenante, il fut décidé que la garde du chAteau du Hâ et d'autres postes de la ville serait enlevée aux partisans du duc d'Épernon* Il ne fallait pas , pour le moment, penser à occuper de même la Château-Trompette, dont le commandant, nommé du Hauffiop^ GC montrait intraitable et mena^nt. Le duc d'f^^t mon i^j^ pru* dent» quant à lui, de se retirer à son château de Cadillac, d'où il fit harceler et piller les environs de Bordeaux par des dé' tachements de soldats. Cette aggravation de vexations aigrît de plus en plus la popubition; tous les corps s'unirent contre d'fi-
peraottc II fiit lësola qu'on neitoaii «ur pîed les ancienne» Compagnies bourgeoises et qa*àn en lésait de tiouTeUes. IL f^^ ensuite formé trent^-sii eokfipagnies ou régiments d'ensem)^lé vingt mitte bommes environ effectifs. Mais le corieia de ces levées» c'est qu'on mitii leur téte, ëh qualité de eolgnéls, des gens de robeSt'des conseillers môme du parlement de Eordeaux. Les conseillers Despagnet et Desbordea furent &its commandants du cbAteau du Hâ, dont on mura les portes et que Von fit barricader. ^Masts le même temps, on travaillait da^ Bordeaux à Tarmement «d'une escadre sous le commandement du chevalier Pichon, et à la formatiôii^d'un corps de troupes, qui pût tenir U campagne sans trop dégarnir IfiviUe. Du reste, des deux cdtés» J^emoniales etparlementistes» on se déclarait bons et loyaux serviteurs* du roi ; il tfes'tfgissait que de s'enleodre sur la manière de le servir.
Les hostilités ouvertes avaient commencé ; ke Épemonbtes s*étaient rendus mallresdu cbéteau de Vaires, sur la Dordogne» qui aDDurteoait à la IftfaiUe de Gourgues; le marquis de Chambûet avait été pommé général des Bordelais et pressait la levée de nou* Telles troupes pour le patlemMUf quand le marquis d'Argenson vint èr Bordeaux « au mois d'avril ^^^9 1 pour 7 négocier la paix au nom du roî< Malbeurettsement d'Epemon fit obstacle à ce dessein en continuant à élever la citadelle de Lil^ume. Le peuple s'ameuta pour qu'on le eoaduistt au siège de k nouvelle place , et, obéissant à cet entraînement» le marquis de Chambaiet ordoivM queiottt fût près pour donner l'assaut le jour suivant. Toutefois il dut suspendre son ordre, à k nouvelk qu'il eut que les Épcmonistee étatealaH petit port de Bmnne i il envoya deux Irégates pour s'opposer àleur pamage; mak eÛes' échouèrent; un combat eut lieu, dans lequel le marquis de Cbambaret perdit k vie, et où des oonseilkts ao parlement furent tuée, blessée oit pris. Au nombre d» ces derniers ae tnouvèreot k conseiller Andraut, à qui kdue d'Épemondil : « Honaiettr, on vous a pris^ k pique àk nain ; c'eal dans cet état que je veux vous présenter au loi », et le P. Bonnet* euié de Sainîe^'Bulalk de Bordeaux , dont ks partisans de Miaxarin disaient qne « son église était une halle pour assembler le» lacUeux, aen cotfeesioanal et sa ehaiie une mine contre l'autorité rojafe, aè kngue un (^ve pour mettre en pièces k gouveniMaeiit et aen piasliftèie im ma-;
a ' HISTOIRE MARITIME
gasin de toutes sortes dVmes. » Complélcmenl victorieux dans oelte affaire, d'Épernon s'empara des canons de ses ennemis , qu'il lit pointer contre Fescadre de Bordeaux^ la plus grande partie de celle-ci levaTancreet se sauva dès que la marée le lui permit; le resfe qui était échoué et à sec fut pris.
k ta suite de cet événement , le pariement laissa voir des dispositions marquées à traiter de la paix, etrarehevêque de Bordeaux, Maiimflien de Béthune, fort attaché au fond au parti de la cour, te seconda dans ce but» D*Épenion put même, à diverse^-* reprises, rentrer de sa personne dans la ville, que sa couardise * naturelle loi faisait aussitôt abandonner.
Hais la cour ayant pris ouvertement parti eontre le parlement, le duc se montra plus intraitable que jamais; les négociations fiirent rompues, et, cettefois, il quitta Bordeaux, en menaçant de n*7 revenir qu'avec une armée royale , pour Tassiéger'dans les r^es. En attendant, il Tinquiéta, autant qu'il put, par terre et par mer. Le marquis de Lusignan qui , depuis la mort de Chagtobaret, commandait dans Bordeaux pour le parlement et les bourgeois, s'embarqua, au mois d'août 1619, avec cinq à six cents bonmies, pour aller combattre quelques troupes du dnt qui avaient opéré une descente au Tourne, k trois Êeues de la ville, avec intention d'eAlever trois à quatre galiotes bordelaises à l'ancre dans ce port. Lusignan conmianda le chevalier Thibaut, avec deux galiotes, pour reconnaître l'ennemi. Les Bordelais ayant rencontré lestroupesded'Épmon, il y eut un combat qui força celles-ci à renoncer à leur dessein. Un autre parti d'Épernonistes étant ensuite allés à Portets, pour observer les Bordelais, Lusignan résolut de les attaquer à leur tour, et, traversant incontinent la rivière, il entreprit une descente sur ce point, ravant-garde de l'escadre bordelaise était commandée par La* motte-DelaSfGalihert et Bichon; le marquis s'était réservé le commandement du reste des navires, sur lesquels on distinguait le chevalier Thibaut, le jeune Duvigier, Suand, Geridos, un autre Bichon et Lamotte-Sauv^;e. Cette escadre étant allée droit à l'ennemi, fe feu fut très-vif des deux côtés. Les Bordelais avaient un grand avantage sur les Épemonistes qui, n'ayant point da canons, furent, par suite, obligés d'abandonner le bord de la rivière et de se retirer dans leurs retranchements i puis» la
descente de leurs adversaires a*éiant opérée sans plus de difficultés, ils décampèrent au milieu de la nuit. Pendant ce temps, ceux d'entre les Épemonistes qui étaient restés de Taulre côté de la rivière , croyant n*avoir plus rien à craindre du marquis de Lusignan, avaient repris leur premier projet de s*emparer des galiotes restées dans le port du Tourne; mais le chevalier Tbi*- 'baut, expédié aussitôt pour s*y opposer, se rendit maître du port et délogea pour le moment Pennemt de son poste. Peu après, le duc d'Épernon partagea ses troupes en deux corps qui devaient côtoyer la rivière pour se rendre à Bordeaux; Tun s'établit denouveau au Tourne, tandis que l'autre occupait Beautiran. Ce fut micore une occasion pour Tescadre bordelaise de se montrer. Lusignan ayant fait monter huit à neuf cents hommes sur deux frégates, deux galères et dix galiotes, munies de canons et de pierriers, retourna au Tourne, où les Épemonistes, au nombre de deux mille hommes d*infanterie et de cent cinquante chevaux, l'attendaient rangés en bataille à quelque distance du rivage. Il fit tirer quelques volées de canons contre eux; mais son artillerie ne pouvant les atteindre, un stratagème lui rint en aide pour les fiiire approcher; il débarqua à la tête de cent vingt mousquetaires qui l^s attirèrent à un combat, et, pendant qu'aux prises avec eux, il les engageait le plus près possible du bord de l'eau» l'artfllerie de ses navires causa de si grands ravages dans leurs rai^ qu'ils furent contraints de céder le champ de bataille*
Ces succèis relevèrent le courage des Bordelais. Le parlement eh profita pour ramasser de l'argent, dont sa cause avait grand besoin. Il voulut d'abord piquer de générosité les plus aisés d'entre les bourgeois; mais ce moyen n'ayant pas réussi, il usa d'autorité, fit risiter les caisses des receveurs et des banquiers, taxa k bourgeoisie, ce qui devait la tourner contre lui, et vint à bout de réunir une somme assez considérable pour poursuivre la guerre.
Sur les entrefaites, cm apprit dans la ville insurgée qu'un
(^rd<Hïô(e, nommé Honstric, était entré dans hi rivière avec
huit oavîres et quelques barques , et qu'après avoir ravagé les
côtes du Médoc et de la Sainlonge, il se proposait de venir i
Bordeaux même et de mettre pied à terre aux Chartrons, pen* ni* %
(t5 ntSTOlBE MAliiTIME
dant que le duc d'ÉpernoU ferait une enlreprise sur le fanboofg Sainl Seurin. Le parlement rendit plusieurs orrM» cotltreMomitric, qu'il (luuliliait de pirate, et ordonna de lui oonrir sus; ce qui ne l'enipêchora pas de continuer ses ravages.
Les partisans des Bordelais se grossirent en raison de la pro- Ionisation de la lulle. Le marquis de Sautebœuf . qui avait servi comme g<^néral dans les troupes do duc de Parme et avait le grade de maràchal de camp des armées du roi, vint à leur secours aMC quatre cents chevaux et fut invesU do commandement des u oupos de la ville, le marquis de Sainte-Croix, fib du maréchal d'Ornano, Lusignan le père et U Motte-tfHautefisrt y vinrent aussi. Mais ce qui laisse trop voir que la cause sérieuse fie cpttc lutte s'effaçait devant des considérations mesquines, et que le p n pie, pressuré dlmpôts, n'était dans Vesprit des grands qu'un moyen dont on se servait, c'est que le comte de Commmge. qui tenait pour d'Épernon, ayant envoyé une lettre au parlement, perlant eu suscription : A Me8êie*mdeia ewtr du parlement de liordcaux, et non à Messeigneur», le parlement la lui retourna, avec mépris , sane l'ouvrir j oc qui rompit toute négociatio n
Le Château-Trompette, qui était encore occupé au nom du duc et qui depuis longtemps avait se» canons braqués sur la ville, commença à tirer, le W août 4649, causa de grands d/g Us et tua beaucoup de monde. D'autre part, Monslnc, malgré tous les arrêts du parlement , ne cessaU de piller et de ravager les environs. Les Bordelais envoyèrent pour combattre, une escadre commandée par le chevalier Thibaut, qui le força à mettre le feu à son navire et à se sauver, dans une chaloupe, à la céte du Médoc. Le navire toutefois fut arraché en partie aux flammes» et on en tira Vartillerie pour laftiîre servir au sxôs^e du Chttleau- Trompette, dont le feu contmuel donnait ù la ville Taspeet d'ut» monceau de ruines. EnBn,, vivement pressé par les troupes du marquis de Swivebœuf , mais suHout par les bourgeois, qui ne voulaient pas, dit l'auteur des Mouvements de Bordeaux, qu'on pût leur reprocher de ne tenir leur liberté que de mains <Hrangèrcs . le Château-Trompetle capitula. Les Bordelais réduisirent ensuite quelques châteaux le long de la rivière, dans lesquels le duc d'Kpemon avait des garnisons 5 ils attaqn* renlenlre autres le château de Langon, où il y avait trois cents hommes du ré^
DE FRANGË. m
«]4e nwrtnst m des corps de France, dîMnt les bislorieBS de eauj, qui avait le plus de réputation. Sommée de se rendre* la garnjsoo répondit qne le régiment de marine ne se rendait ja-^ mais. «Sa défense en effet fut héroïque et digne d*une cause et d*un théâtre plus élevés. Après avoir fait perdre un grand nombre d*offiGÎers et de soldats à la petite armée du marquis de Sauve** bœuf, il obtint, par capitulation, de sortir vie et bague sauve, tambour battant et mèche allumée*
À la nouvelle que le comte du Boîgnon» en qualité de vkeamiral pour la cour, venait d*entrer dans la G^nde avec huit ' gros navires, tro» brûlots et seize galiotes, le parlement eipédia au marquis .de Sauvebœuf Vavis de revenir à Bordeaux avec ses troupeS' En attendant , on s*appT6ta à résister à l'escadre royale ' avec Tescadre berddaise, dont le commandement fut confié à Lamotle-Guionnet, XreîUc^is , qui Pavait eu un moment après le chevalier Thibaut, étant passé aux Épemonistes i Ricbon La Rodière en fut nommé vice-amiral. Le comte du Doignon, après avoir mouillé un moment au Bec^d*Ambez, s'avan^ jusque de* vani y^liers où U fit la revue de son escadre. Il avait son pavillon sur 6i iMn$, vaisseau de 54 canons et d'une contenance de huit cents tonneaux» qui portait trois cents matelots, six compagnies do cinquante hommes et deux cents volontaires. De son eùiéf Tescadre bordelaise , composée de VAmiral, dé 26 canons et deux cents hommes, capitaine de pavillon Blanchard* de la NiHrê'Damê^ de canons et quatre-vingts hommes, vice-amiral Ricbon La Rodièra et capitaine Vngmukt, d'une frégate de SSI canons et quatre-vingts hommes, capitaine Lahat, de trois flûtes, de 21 canons et environ quatre-vinf^ hommes chaque , six brûlots, seixe galiotes et deux galères^ s'était mise en mouvement pour fûre obstacle aux desseins du oonita* Les deux escodres, celle de du Doignon à la Baranquine, à une lieue et demie de Bordeaux, celle des Bordelais sous la château de Lermon , restèrent quelque temps en présence, à une demi-lieu<f l'une de l'autre. Le marquis de Sauvebmuf, qui était rentré dans la ville, forma deux compagnies de volontaires, se mit à leur tète dans des barques, joignit Tescadre de Lamotte-Guionnet, avmta sur tAmirait et fit prendre la résolution d*aller brûler, pour que l'emieaû ne s'en emparât paS|.une dee trois flûtes bordelaisee qui
ayaîent échoué sur le sable et qu'on 'déses[)4 rait de pou^^ sauver. Les brûlots n*étaiit pas disposés, on chercha à amuset les Épernonistes par des escarmouches. Giraut» capitaine bordelais, qui commandait la flûte échouée» iflit pied à terre avec sa compagnie, s'ajpprocha le plu s près possible de Tescadre du comte du Doignon et fit un féu meurtrier, à coups de fusils , sur tous ceux qui se montraient sur les ponts. D'autre part, de petites barques bordelaises harcelaient les vaisseaux du comte, faisaient leur décharge et quelquefois même tentaient Tabordage. Cinq des brûlots de Bordeaux étant enfin arrivés, on les commanda pour aller brûler la flûte de Giraut et, par la même occasion; les bâtiments ennemis auxquels ib pourraient s*accrocher; mais ceux qui les montaient, peu au fait sans doute du métier dont on les ohai'geait, mirent le feu beaucoup trop tôt; en- sorte que les traversiers du comte du Doignon les ayant cramponnés, les poussèrent, ceux-ci sur les bancs de sable, ceux-là sur le bord delà rivière, oû ils achevèrent de se consumer sans avoir endommagé les navires contre lesquels on les avait envoyés.
Alors le capitaine Giraut comprit qu'il n'avait plus aucun secours à espérer. C'était un jeune homme de vingt-deux ans, de beaucoup d'espérance, et surtout d'une bravoure. 4 toute épreuve. Forcément abandonné de ses compatriotes, il ne s'abandonna pas lui-même et résolut de périr plutôt que de se rendre, si on l'attaquait avant que son navire fût remis à flot par le retour de la marée, ce qui eut lieu en efiél. Le comte du . Doignon, quand la nuit fut venue, commanda pour cette expédition le capitaine de La Roche, avec huit grandes barques remplies de soldats et de volontaires, qui, côtoyant la rive, se trouvèrent proche de la flûte sur Uquefie Giraut était remonté, avant d'avoir été aperçues par la sentinelle. Toutefois Giraut, qui était sur le pont de son navire, jugeant qu'on voulait l'aborder, cria : ■ Qui va là? Bon quartier! » lui fut-il répondu. Il crut alors que c'était une chaloupe ennemie qui, égarée et se voyant sous le canon d'un gros bâtiment, demandait à se rendre ; mais son erreur ne fut pas longue ; car presque aussitôt il distingua une • quantité de mèches allumées et, dans le môme moment, une foule de gens qui l'abcnrdaîent en criant : « Tue! tue! • Le jeune .Giraut fait encore bonne contenance* rassemble ses gens sur te
pont, les anime au combat et s'élance à leur tête, une demipique il la main. De La Roche, son principal adversaire, faisant des efforts pour monter par les haubans du mât et l'ayant manqué d'un coup de pistolet, il se précipite sur lui avec toute la fureur du désespoir, le force à lâcher prise et le renverse dans le navire ennemi. Les gens de La Uoche, qui étaient déjà montés, ne furent pas plus heureux que leur chef; on leur fil de si rude^ décharges de mousquets et de canons chargés à mitraille qu'ils furent tous rejetés sur leur bord. Après cette retraite devant une seule flûte , le comte du Doignon renvoya La Rnche à une nouvelle attaque, mais celte fois accompagné de vingt-cinq barques ou galioles pour investir le bâtimenl de Giraut, avec ordre de passer tout son équipage au fil de l'épée et de n'épargner que ce ca[)ilaine. L'intrépide Bordelais, sans s'effrayer du grand nombre d'ennemis qui le menacent, les salue, dès qu'ils sont à perlée, d'une vigoureuse décharge qui lue ou mutile beaucoup de leur monde. La Hoche, sachant maintenant quel homme résolu il lui faut vaincre, avant de tenter de nouveau l'abordage, fil investir la flûte et couvrir son bord de grenades qui causèrent un affreux ravage parmi les gens de Giraut ; ce fut seulement après ce commencement d'exé- ^i^lion qu'il ordonna d'aborder. Giraut, resté presque seul sur • s^pont , court de l'un à l'auliL- bord, renverse et tue tout ce : qui'se présente devant lui. Enfin, près de se voir accablé par le Nombre, il songe à prendre le dernier parli (jue son désespoir lui jC: suggère, et, quoiqu'on lui offre, i1(î la pari du comte du Doignon, toules les conditions compatibles avec son honneur, il va mellre le feu aux poudres, afin d'ensevelir ses ennemis dans son désastre, quand l'un d'eux, s'apercevanl de son dessein, l'étend mort d'un coup de pistolet. Quel énergi(jue marin, quel grand homme de mer de moins peul-èlre, pour la glorieuse période marifime dans laquelle on allait bientôt entrer! Giraut méritait mieux que de périr obscurément dans une guerre civile de second ordre, en un coin des eaux de la Gironde. Son fn're (jui n'avait (jue quinze ans et qui se défendait encore, l'ayant vu tomber, rendit les armes el obtint pour lui et le resUi de ré([uipage une capitulation honorable. L'escadrille de La Uoche perdit dans celle action près de (luatre-vingts hommes. Un liislorien de Bordeaux assure que le comtu du Doignon les regrelia moia%
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que le brave Giraut» tant, dit -il, la valeur sait se fiiire admirer de ceuï-là même à qui elle est funeste.
Après cette diUOlciîe exécution , le comte du Doigaon fit occuper et fortlQer une maison située pr(;s de Lcrmou sur le haut d*un rocher qui domine le quai d^ la Garonne; il établit aussi une batterie sur ee quai» à l'aide de laquelle il força les'navires .bordelais h. remonter un peu le cours du fleuve. Le marquis de • Sauvebœuf ayant voulu déloger les troupes du comte de cette'' position, en fut d'abord empêché; mais, dans une nouvelle attaque, il réussit. L'escadre royale intimidée alla relâcher au Becd'Âmbez et lit transporter ses morts et ses blessés à Blaye et à Bourg. Mais, parterre, tout réussissait alors à d'Éperqpn; il s'empara de Sainl-Macaire, Langon, Barsae, Preignac et Podensac. Les Bordelais Teurent ainsi de nouveau à leurs portes, avec une armée qui se grossissait chaque jour de troupes revenant de l'Italie, de la Catalogne, de la Flandre, et auxquelles on assignait leurs quartiers d'hiver autour de la ville insurgée.' Celle-ci ne tarda 4)as à être investie par terre, tandis que le comte du Doîgnon était invité À la bloquer du côté de l'eau.
Le parlement songen nlor^ •sérieusement à négocier la paix et envoya h cet effet, le 7 dicembrc, des députés au maréchal^pT"- PLessis-Praslin, qui se tenait à Dluye. Le maréchal se montrJlm intermédiaire peu accommodant, et, pour premières conditions, posa le maintien du duc d'Épernon dans le gouvernement m Guienne et le rétablissement du Cliateau-Trompette qui avait été démantelé. Par bonheur, les Bordelais eurent avis dans ce tempslà même que la cour commençait à se montrer moins défavorable à leur égard. Le duc d'Épernon n*en continua pas moins les hostilités et fit décider l'attaque, par terre et par eau, d*un poste appelé la Bastide, situé vis-à-vis de la ville de Bord^ux, de laquelle il est séparé par la Garonne , et où il y avait une cale ou petit port. Le passage de Bordeaux à cet endroit étant trùs-fréquenlé, la ville eût été fort incommodée de son occupation par les £pernonistes. Le marquis de Théobon Lusignan , père de celui qui avait naguère eu le commandement des troupes du parlement, fut sur-le-champ cnvové à la défense de la Bastide, qu'il fortifia de son mieux. Le t9 décembre, avant que 1r s !raeussent été achevés, ce poste fut vivement attaqué par les
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troupes de dMtpernon» qui rrdiiisirciU les assiégés à s'enfermer dans le fort. J.e loc>iii soiinu dans Bordeaux pour appuier les ' liabilaiils au secours de leurs frères. Les deux lils Lusignan, le marquis de (lliambarel, plusieurs conseillers au parlement et un grand nomltre de. volontaires se jetèreiil dans des barques, passèrent à la liaslide et eugagèrcul aussitùl un combat meurtrier avec les Épernonistes qui furent obligés de reculer. Leduc, qui éUiit sur une nioiila^iie, a clieval et spectateur de l'action, dépêcha au comte du Doignon pour lui demandeT du secours. A Tinslant, le (i i and- Jules , second vaisseau de l'escadre royale, commandé par le chevalier de L.tlande, a|)pareilla et mil u la voile, suivi de quantité di- Laleaux qui gagnèieiil le bord de la rivière du colé de la l>;i^lide; mais les chaloupes et les barques des % Bordelais, a iurce de les harceler, empêchèrent la dcsLeniL-; ut, après plusieurs tentatives, le chevalier de Lalande fut oLlii^c de rejoindre sou escudru. Se voyant déçu de ce côté et désespérant de pouvoir secourir le duc, le comte du Doignon tourna toutes ses forces contre Lîacalan; mais Grandchamp, à qui le marquis de Sauvebceul avait conlié la défense de ceptisle, repoussai • % plusieurs reprises les troupes que Ton faisait débarquer; et le cuiuie dut j)rendre le parti de faire retraite , après une perte de plus de quatre cents des siens. Témoin de la déroute que ses troupes essuyaient des deux côtés, et apercevant au milieu des *. fuyards h chevalier de Marin, en qui il avait une confiance parliculière : «Eh! monsieur de Marin, lui cria-t-il, où est donc l'honneur? — Monsieur, répondit cet officier, faisant allusion à rinaclion personnelle du duc, l'honneur est à la Bastide, où les généraux bordelais commandent en personne.»
An moment où la nouvelle de ce succès remplissait d'orgueil et d'espérance les habitants de Bordeaux, et où, d'autre part, ceuxci menaçaient d'appeler les Espagnols à leur secours, un envoyé ik/oi entrait dans leur ?iU6 pour y annoncer que la paix était Mie , à la sollicitation du prince de Gondé qui , dans la position la plus inconséquente, protégeait d*im câté le gouverneur de Provence contre le parlement d*Aix» et d*un autre cdté le parlement de Bordeaux contre le gouverneur de Gui^uie, ielon que son orgueil, son ambition et les flatteries qu'on lui adressait, le poussaient. Cette paii était austt honorable que possible pour les
Bordelais à qui on accordait, outre uiio amnistie complète et sans réserve, la démolition de la ciladelle de Libourne, réloigiu-uu'iit des troupes, la diminution des tailles, et l'oubli du passé, pourvu que le Chàleau -Trompette fut rendu cl qu'on mît bas les aruies.
Mais le parlement et les babitants de Bordeaux avaient pris goi\t à la guerre, et, comme on ne se montrait pas pressé de remplir les conditions de la dernière paix à leur égard, comme les troupes de d'Épernon et l'escadre du comte du Doignon ne s'éloignaient pas assez promplement, comme on ne détnolissait pas h citadelle de Libourne, ils reçurent à bras ouverts les partisans de Cuiidé, quand ce prince eut été arrîté par ordre de Mazarin et emprisonné à Vincennes pour cire ensuite .transféré au Hjîvrede-Grdce, avec le prince de Contiet le duc de Longueville. Claire- Clémence de Maillé, sceur du vaillant grand-maître de la na\igalion tuéà Telamone et femme du grand Coudé, accourut dans Bordeaux avec le duc d'Enghien, son fils, qui n'avait encore <|ue sept ans, les ducs de "Bouillon et de La iiocliefoucauld et nombre de grands seigneurs mécontents. Llle entra, le l*"" juin lOijO, dans la salle des stîances du parlement, tenant son enfant par la main, et se précipitant à genoux nu bout du bureau de la cour, avec son enfant, les yeux t<nit ^ ii l.UàHes, elle s'écria, au moment où on la relevait de cette aUiUide suppliante, «qu'elle venait se jeter, elle et son tils, entre les bras de la justice, et qu'elle priait la cour d'avoir compassion de son inforlun.'. Le parlement de Bordeaux la reçut avec attendrissement et déclara ([u'il la prenait sous sa protection. Mais la princesse cl les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, ne croyant pas que te soutien leur suffit, songèrent plus sérieusement alors à s'appuyer sur l'Espagne, que n'avaient fait les Bordelais qui, dernièrement encore, s'étaient montrés fort peu bienveillants envers le baron de Vatleviile, venu dans leur ville pour traiter des conditions d'un secours en argent provisoirement consenti par le roi d'Espagne. C'élaienl les princes françiiis mécontents qui se montraient , dans ce temps, le plus disposés à r'ouvrir le royaume à l'étranger, à l'Espagnol particulièrement ; l'Angleterre étant alors tro|) occupée par sa grande révolution pour se jeter dans les affaires du continent, car, le 9 février 1049, Charles I" avait eu la tète trancbée, par suite d'un arrùl rendu sous rinflueacc de ùuuiwel. Le^
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géoéraui du parti de la Fronde s*emparèreDt de lu Teste, et du port d'Arcachon , afia de £iciliter aux Espagnols une deac^ite dans le pays ; une première frégate d'Espagne entra dans le port de Bordeaux • à la grande Indignation de l'avoeal général latie ét au mécontenlement marqué des jurats, magistrats élus et spéqi|ux à la. ville de Bordeaux ^tenant lieu des consuls et échevins "des autres villes. Feu après les princes firent armer ce qu'ik purent trouver de navires et de chaloupes dans le port, sous le con^mandement du chevalier Desrivières, pour aller auKievant de Vois autres frégales étrangères chargées de quatre cent cinquante mille livres, et leur assurer le passage devant Bluye, où le duc de Saint-Simon tenait pour le parti royal contre la Fronde. En accomplissant sa mission « Desrivières rencontra un navire, commandé par le capitaine Labat, qui osa à lui seul patriotiqoement lui disputer le passage; Labat, après avoir vaHlamment comÎNittu, échoua son navire sur le sable et se sauva sur une barque avec son é<|uipage. Desrivières poursuivît sa roule, trouva les trois frégates espagnoles à l'embouchure de la rivière et les escorta jusqu'à Bacçlan. Hais, au lieu de quatre cent cinquante mille livres, elles n'apportaient que quarante mille écus. Don Ozorio qui amenait ce maigre tippui , vint secrètement dans la ville et dit à la princesse de Condé que son roi ne pouvait faire davantage avant de connaître à fond l'état des affaires des princes < les souverain^, ajoula-t-il, ne devant agir que conformément à leurs intérêts»; du reste, il promit beaucoup pour l'avenir, en raison des dispositions qu'il supposait aux Bordelais. Hais il eut bientôt lieu d'ôtre détrompé ; la parlement, qui ignorait une partie des intrigues de la princesse de Condé et du duc de Bouillon, qui n'était pas même au courant de la somme réellement expédiée , ordonna d'informer sur Farrivée de certaines frégales espagnoles dans le voisinage du port de Bordeaux, sous les apparences de bâtiments marchands, enjoignit de les arrêter avecceux qu'elles portaient, au besoin de courir sus, et spécialement de rechercher par la ville, un certain personnage qui n'était autre que don (^sorio, pour le mettre dans les prisons de la conciergerie de la Cour. Alors la princesse de Condé arooiila, souleva le peuple jusque dans ses couches les plus inûmes, répandant le bruit que la somme qu'elle avait re*
n BiSïOIAË MARlïlMË
çtto de la part du roi d*£spagne était bien celle que Ton avait primitiveinent aononcée, mais qu*elle la tenait en i^rre pour ne la distribuer que quand le parlement de Bordeaux se aérait montré plus décidément favorable à ses desseins » en rendant un arr<^t d'union avec les princes. Là parlement fut bloqué, assiégé, en partie envahi, par la multitude en armes* Ceux qui leeompo- «aient craignant d'être massacrés, et connaissant parfaitement la main, il y a quelques jours si humble et su[<[iliante, maintenant si audacieuse, qui poussait celte foule en délire, députa auprcs de la princesse de Condé pour qu'elle usât de son influence et Ht dégager le parlement. La princesse n*était [uis loin ; la comédie dont elle tenait les fils était près de se dénouer en san^nte tra-
* gédie, quand, la tête empanachée, Tépée passée en écliarpe au cdté, elle entra pour la seconde fois dans le parlement où ordinairement les femmes ne pénétraient pas. Là, avec une insolence railleuse, bien différente du ton qu'elle avait pris naguère en même lieu, elle dit aux magistrats troublés sur leurs sièges, mais qui cherchaient encore à sauver leur dignité : < Xe vois bien, messieurs, ce qui vous tient. Vous ne seriez pas fâchés que je fisse retirer la populace et que je vous sauvasse du péril qui vous menace; mais, la petite vanité gasconne vous empêche de m'en prier. » On ne lui répondit rien; mais, s'étant aperçue que quel* ques-uns, obligés de faire contre fortune bonne mine, se mettaient à sourire : « le vous entends, continua-t-elle. Hé bien, je vais faiire mon possible pour vous tirer d'embarras. » Au même instant, elle sortit; le peuple ne voulait point la laisser passer avant de s'être assuré, de sa bouche, qu'elle avait reçu toute sa-* tisfaction du pîirlement. Quand elle fut sur le perron, elle aperçut le jurât Pontac qui ordonnait de &ire une décharge de mous-
• queterie. Aussitôt elle se mit à crier : « Vive le roi et les princes ! » Puis, prenant un ton d'autorité, elle défendit aux deux par lis de tirer et ajouta, en s'en allant: « Qui m'aime me suive! » Tout le monde ne la suivit pas pourtant; une partie persista à rester dans le palais, et tira sur les jurats ; il fallut l'emploi de la force armée pour dissiper enfin cette multitude ameutée par l'épouse d'un prince du sang et les plus grands seigneurs de France (1). Et la nobleste de ce pays s'est étonnée dei^nis qu'il y ail eu des émeutee populaires» des insurrections, des révola-*
DE l'IlÀNCE.
lions! Mais c'est elle qui a ensciigné k les faire } seulement un jour est venu où le peuple en a voulu garder les profils pour lui.
Ainsi cou Iraint, le parlement de Bordeaux rendit, dans le courant du mois deiuillet f650, l'arrêt d'union avec les princes qui mil le comble à sa rupture avec la reine-mère et Mazarin. Dès lors, la princesse de Condé, le duc de Bouillon et le duc de La Rochefoucauld formcrent entre eux un véritable triumvirat qui futquelque temps maîlre de Bordeaux. Le parlement, moins son premier président du Besnet, rangé au parti de la cour, fut désormais l'esclave des volontés de celte dictature princière qjii poussait alors son voissean sur les bouillonnements populaires, qu'elle se flattait sans doute de pouvoir comprimer, quand elle croirait elle-même avoir satisfait son besoin de mouvement. La princesse de Condé put faire arrêter impunément ou forcer à s'expatrier ceux qui s'opposaient k son projet d'alliance avec les Espagnols.
Mais déjà le maréchal de La Meilleraie avait été mis, par Anne d'Autriche et son minbtre, à la tùte d'une petite armée dans la Guieiuie; on omionra bientôt la prochaine arrivée à Bordeaux du jeune roi en personne, de sa mhe et de Mazarin. Le parlement déclara par arrêt que le roi seul , sans troupes avec lui , serait reçu dans la ville; de plus, le premier président du BesneU l'avocat gs'néral Lavie et un jurât nommé Constant, qui s'eiaîent mis à la suite d(! la cour, furent déclarés traîtres à la patrie, et toutes communications avec eux furent interdites. La C(jur fut obligf'e de s'arrêter à Libourne, d'où elle alla ensuite à Bourg. L'irritation était extrême des deux côtés. Le maréchal de La Meillcraie ayant pris Voire, la cour, pour intimider la révolte, fit pendre le commandant de ce château, nommé Bichon, parce qu'il s'était trop bien défendu. Les Bordelais , par représailles, voulaient qu'on massacrât sur l'heure tons !ps prisonniers faits sur les Iroupes royales; il fallut, pour (aimer leur soif de venfreance, leur sacrifier au moins une victime ; ce fut un capitaine nommé Canot; on le pendit aussi par représailles. Le parlement ordonna nu deuil solennel en l'honneur de Bichon.
Le duc tie Bnuillon. qui avait nris le commandement en chef des troupes do Bordeaux, avait enlevé Caslelnau au (hic d'Épernon. Ct'lui-ci se proposait dùh reprendre; mais auparavant il voulut proiilcr du i'abseuce Bo.uiUoa et de k plupart de ses troupes
•76 inSTOIHE MARITIME
pour faire un coup de main contre un camp tMabli à Blanquefort, cl n'eut pas tout le succès que le petit nombre de ses adversaires lui pernieltail d'espérer. A la nouvelle qu'il s'avançait sur Borde-nix, une sortie des habitants eut lieu, leduc (îe Bouillon en tèlc, qui ro!»lii:ea àTiiire retraile. Mais, le 21 juin, ilavait fait occuper, sans coup férir, l'ile Saint-Georges, située à trois lieues au-dessus de Bordeaux, qui était un passade important pour les habitants de cette ville. Il parait que les princes lui avaient laissé opérer celte facile c<)nqui^lo, pour voir ce que dirait et ce (pie ferait le peuple, qui nionlra eu effet au>sitùl un grand dé^ir de chasser les ennemis de cette position. La Mothe-Uelas et le chevalier de Roquelaurc, chargés, avec quatre cents soldats et un parti de valeureux paysans d'iùilre-deux-mers , d'aller la reprendre, partirent dans la nuit du 20 juin, et arrivèreut, k travers des marécages, à l'île Saint-Georges, bornée d'un côté par la rivière et de l'autre par un ruisseau qui la st-parait de la tei n; ft*rme. Le 'il juin, à la pointe du jour, l'attaque eut lieu hu»|Hni''Liii'nl pour les Epernonisles, en présence de la princesse de Coudé et de nombre de dames qui étaient^ venues sur des barques se donner le passetemps de ce combat et encourager les troupes de Bordeaux de leurs regards, de leurs écharpes agitées et de leurs acclamations. Les hommes que d'Kpernoa avait laissés dans l'île, au nond)re de deux cents environ, ne lirent pas une longue défeuse ; ils demandèrent quartier et se rendirent à discréiiou. La reprise de l'ile Saint-Georges, en raison sans doute des nobles spectatrices qui y avaient assisté, défraya quelque temps les [)Orlrs et tous les bfaux esprits du pays; le curé Bonnet, de la paroisse Saiale-Lulalie, en fit une relation si ardente et en des termes tellement iusidlants pour les troupes du roi, que la princesse de duidé voulut interdire i\ l'avenir rim[»ression de sembl.ibles pièces qui aîiraient rendu sa cause irréconciliable avec celle delà cour, ce <pi'au foiid elle ne voulait pas. Les ducs de Bouillou et de La Rochefoucauld, à ladematide du peuple, niirenl dans l'île Saint-Georges une garnison de six cents hommes el y lirent construire un fort sur une pointe avancée dans la rivière.
A la suite de l'échec éprouvé |)ar les siens, le duc d'Éj)enion, pour s'en venger, [uircourut le Médoc , ravagea Ludon, .M.u .iu, Labarde, Caoteaac» Margaux et Assac, pui^ se présenta de vaut
Caslelnau qui se rendit à la première sommation. Mais, peu de jgurs après, le duc, qui voyait avec peine d'autres que lui donner des ordres en Gaienne, ayant refusé de venir s'aboucher à Blaye avec le maréchal de La Heilleraie et le duc de Saint-Simon, reçut ordirede la cour de se retirer & Loches, en Touraine. Cette disgrâce réjouît les Bordelais, mais ne les pacifia pas.
L'élection des jurats de Bordeaux avait lieu , chaque année ; le f** août. Le dernier jour de juillet 4650, le maréchal de La ITeiUecaie eilvoya ordre, au nonr du roi, de ne pas procéder à cette élection, sous pçine de la vie, avmt l'en^ de la cour dans la Tille; de peur que les nouveaux magistrats ne fussent nommés à la dévotion des princes mécontents. Cet ordre fut rejeté par le parlement et les bourgeois, et le lendemain on élut trois jurats : de Nort, gentilhomme, Tavocat Fontenel, auteur de Té^t intitulé Mouvements de Bordeaux^ et un citoyen nommé Quitaut. Le même jour. 1** août, le parlement de Toulouse rendait un arrdt d'union avec celui de Bordeaux.
Sur les entrefaites, le chevalier de La Valette, frère naturel du duc d'Épernon, s'était mis à bloquer l'tle Saint-Georges, dont il commandait le fort k l'aide d'une batterie placée du c6té de Cambe et qui tirait à travers la rivière ; il était même parvenu à s'emparer d'un coin de l'Ile et à s'y retrancher. Mais La Mothe- Delas et de Nort, lieutenant-colonel du régiment d'Enghien, qui commandaient dans le fort, l'attaquèrent dans ses retranchements ; il fut débit complètement et périt dans cette action. Vers le même temps, des partisans de Bordeaux, ayant & leur tète - Desroches, firent un coup, à Saînt-André-de-Cussac, contre les gardes de la^reine , qu'ils enlevèrent en grande partie.
La révolution de Bordeaux avait ses gazettes, dont la manière de narrer les faits n'était jptsS bien différente de celle qu'emploient aujourd'hui les journaux, le lendemain d'une insurrection triomphante. C'est un rapprochement assez curieux à foire. Le véri'" table Courrier bordelais^ apportani toutes sortes de nouveUes de I Bordeaux et de Loches (tel était'son titre), écrivait :
« Les soins qu'on prend à Bordeaux à préparer les dwses nécessaires à une légitime défend sont extraordinaires; on a basli.un fort au-dehors du faubourg Saint-Seurin; celui des Chartreux est parlailement bien retranché; les bourgeois et les
78 HISTOIRE VAtliTIMË
soldais soldoyez font souvent Texercice dans la place des Ch«r«* Ireiix r t témoignent tant d'adresse, de courage et de cœur, qu*oii peut dire , sans rodomontade, qu*il serait bien difticile de trouver de meilK ure infanterie dans tout le reste du royaume.
— < On équippe tousioun de nowreatix vaisseaux , quoyque nostre flotte soit, longtemps y a« en estât de ne craindre pas celle que ceux du party contraire voudroient nous opposer : pour les bien recevoir, on construit une galère de soixante-quatre ramest sur laquelle on prétend monter un coursier de vingt-cin^livret de JbflUes et quantité d'autres pièces de moindre calibre.
— « Le lra£Qc pourtant et le commerce në discontinuent point A voir les boutiques ouvertes, les artisans occupez à leur travail, Tabondance des vivres, les paysans aller et venir avec assurance des champs à la ville et de la ville aux champs, on diroit qu'il y a plus de cent ans qu'on n'y a parlé de guerre. »
En ce temps de la Fronde, les rôles s'intervertissaient à chaque instant dans les hauts rangs de la société, selon les pe^ tites passions des acteurs; te^ qui était à la léte d'un parti au* jourd'bui , «^0 voyait à la téte du parti opposé le lendemain. Le comte du Doignon» qui naguère commandait Teseadro royale contre Bordeaux, flottait entre la cour et le parti des ftrinci's mécontents, pour se faire acheter plus cher par l'un des deux. Pour rinstent, il cherchait à rendre sa position respectahl ' aux uns et aux autres, en se fortiûant dans Brouage où il avait amené son escadre. C'est ce qu'indique la correspondance du Véritable Bordelais»
— « On nous écrit de Brounge, dit cette gazell e , que le comte du Doignon continue sans relasches ses nouvelles foi^^iRratlons et que divers voyages que l'évéque de Xaintes a iails , de la cour A Brouage, pour l'obliger d'envoyer dee vaisseaux à Bordeaux ont élé inutiles. On adjoute une nouvelle qui n'est pas de moindre importance : que six grands vaisseaux de guerre équippez à Blavet, que oonduisait à Bordeaux le chevalier 'de Lalande, ayant esté rencontrez par des vaisseaux anglois que ce chevalier avoil asseï témérairement attaques , il y a eu un très'^rude combat entre eux, pendant lequel le GrwiA^Jules et deux autres navires ont esté coulés à fond; le vaisseau appelé la Lune a pris la fuite vers les o6tes de Portugal^ où la flotte angloise Ta suivy j les deux
Autres restonts sesontsaovee, k la faveur du veut, en hauto mer; et que le cberalie^de Labnde ayant esté prisr «votl esté traité en efcumenr de rifèr pnr les Anglois» qui lui ont lait cou[^r le col eur le tillae de leur admîral. *
A cea nouvelles, te Vériîabte Joumai de Bordeaux joint ces deuk autres, d^un style différent selon le sujet qu'elles traitent.
— « Le 37 d'août , le nommé Honstric, garde des costes, arriva devant Blayeet vint mouiller Tancre au Beo4'Ambez« avec quatre ▼aisseaux et seize pinasses; de quoy adverty, le duc de Bouillon fit partir le sieur de Barbantane pour l'aller recognoisire avec quelques galiotcs.
Le duc d'Espemon est depuis quelque temps à Locbes avec toute sa cour et son sérail : ce prince, après de si grandes vicloires quMl a remportées sur les Bordelois, se délasse nuiinlenant, sur les bords de PIndre. des travaux qu'il a eus en tant de rencontre et de batailles où il s*est trouvé (2). •
Après avoir essuyé un échec devant la Bastide» aux applaudissements de la princesse de Condé et d'un grand nombre de dames bordelaises qui étaient présentes ior des barques, comme lors de la reprise de llle Saint*6eorges, le maréchal de La Meîlleraie, qui passait pour être l'homme le plue habile de son temps dans l'art de réduire les places, mit le siège devant Bordeaux même, au commencement du mois d'octobre 4660* VouUint singer Richelieu devant La Rochelle et conduisant la reine-mère et le jeune roi, Louis XIV, le cardinal Hazarin vint au camp de Bordeaux , où La ■ Heilleraie d'ailleurs, en raison de la guerre qui se poursuivait au dehors et de la mulliplicîté des troubles intérieurs , n'avait pu réunir qu'un corps d'armée de sept mille hommes. <
Émule de mademoiselle de Montpensier qui, dans les même» troubles civils, pointait le eanon de la Bastille de Paris contre le§ troupes du roi, la princesse de Condé, environnée d*nne foule de i dames de Bordeaux, prit port à la défense, du haut des muraillea. | C'était le beau temps dé l'héiel Rambouillet, des romans de La Calprenèdc'lie d'UrM et de Mademoiselle de Seudéry ; ces dames s'essayaient à mettre en action h ClUie de cette dernière muse^ et la Garonne était pour^eltes le fleuYe du Tendie sur lequel on joûtaîtpour les beaux yeux et les couleurs de sa maili isbe. Rten ne iÉBoigne de cet esprit des dames de la noblesse d'arme et \