CHAPITRE XXV
1794- Le 10 nivôse ( 5o décembre), après l'opéra- A.N m. tion de l'amalgame, le bataillon où je me trouvais occupait divers villages , non loin de l'abbaye de Closter-Camp.
Par accident, le feu prit à une maison éloignée dans la campagne. On n'en avait informé la troupe que par la générale. Les habitants ne s'étant pas prêtés à secourir les incendiés , on en demanda la raison au bourg-mestre. Il répondit que, dans ces cil-constances , on les instruisait par le son de la trompe (i) , ou par le bruit du marteau à cliquettes ; que ce moyen n'avait pas été employé , parce qu'il craignait que les Français ne le trouvassent mauvais , et qu'ils ne crussent que ce lût un signal de lalliement pour nuire à leurs projets. Le commandant s'étant fait expliquer ce procédé, ordonna qu'à commencer de la première nuit , l'ancien usage de la trompe aurait lieu.
( I ) Ce qu'en allemand on appelle Thiirnwachter ou • T^'ncht-Thurn ; r/est-à-dire, qu'un homme de garde montait la nuit dans le clocher pour faire le guet. Depuis onze hemes jusqu'à la pointe du jour , il e'tait obligé , après que l'horloge avait frappé , de répéter avec sa trompe la quantité de coups. Quand il s'agissait d'un incendie, ce surveillant l'annonçait aussitôt, en redoublant et multipliant les sous avec vitesse.
Nous allions à Giieldres cLerclier les vivres. i-c)/[. Etant obliges de traverser la plaine de Closter- am u . Camp , nous remarquions les retranchements qui avaient servi aux Français, du temps des guerres de Hanovre. Je connaissais TListoire du célèbre chevalier d'Assas qui y périt, en se dévouant, Tan 1760 (i).
Un jeune militaire n'a pas de plus grande jouissance que celle qui lui rappelle quelqu'action éclatante d'un de ses compatriotes, lorsqu'il se trouve sur lé heu où s'est livrée la bataille.
Ce qui m'a paru étonnant , en voyageant dans ce pays-là , et même depuis , c'était le mélange des religions. Je ne pouvais me taire à cette différence de prier Dieu. Ayant été élevé dans les principes catholiques, je croyais que, « hors de » l'église , il n'y avait point de salut. » Cependant j'ai remarqué que , parmi les juifs , les protestants , les luthériens , les calvinistes ou prétendus réformés, etc., dont je fréquentais souvent, par curiosité, les synagogues, les temples, les prêches, etc. ; chez lesquels je logeais toutes et quantes fois que l'occasion se présentait, il y avait de fort honnêtes gens , des êtres remplissant avec beaucoup de ferveLU" les devoirs de leurs cultes (2).
(1) Le Dictionnaire historique a consacvé un t»ès-bel aiticle à îa louange de ce brave , que Louis XV a récompensé dans sa munificence royale, en assurant une pension aux descendants de cet illustre guerrier.
(2) J'ai lu avec une attention scrupuleuse , les cérémonies , les mœurs et les coutumes reli^iicuscs de tous
jiç^^j. Le 17 nivôse (6 janvier), l'ancien 5"^'' du AK m. JNord rendit les comptes de sa gestion jusqu'à son embrigadement (t).
Le 21 (10), on réunit la demi-brigade à Gueidres. On délivra, pour la première fois , une certaine quantité de capotes aux compagnies qui étaient dans le plus grand dénuement.
On nous prévint de nous tenir prêts à nous appjoclier de la Hollande (2).
les peuples du inonde , en 1 3 vol. in-folio. Cet ouvrage immense m'a fait naître beaucoup d'idées sur la manière dont les nations rendent hommage au Créateur. Cet objet est trop délicat et trop abstrait pour en parler ici plus amplement.
(i) Pour régulariser les écritures du bataillon , on dressa le registre - matricule dans le village d'Issum , où s'était réuni l'ex-conseil d'administration.
A cette époque, le corps comptait 1,776 liomnies qui avalent figuré sur ses contrôles.
(2) Voici les cantonnements qui furent occupés par une partie, ou du 3"* du Nord^ ou delà 9"'", depuis notre départ de Gross-Wesling , le i4 frimaire (4 décembre), jusqu'à notre arrivée à Gueidres , le 21 nivôse (10 janvier).
Le i4 frimaire ( 4 décembre ) , quittant le village de Gross-AVeisling, pour aller loger a Cologne.
Le i5 frimaire ( 5 décembre ) , à Neuss.
Le 16 ( 6 ) , à Crevelt.
Le 1 7 ( 7 ) , à Gueidres.
]je même jour, à Kapelen.
Le 2 1 ( 1 1 ) , à Closter-Camp.
Du i*"" au 9 nivôse (21 au 29 ) , on amalgama le 3"" du Nord.
Le xo ( 3o ) , on retourna en cantonnement.
Le 21 (lo janvier), la demi-brigade fut réunie àGueldtes»
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Le ^4 nivôse ( i5 janvier) , nous reçûmes l'or- inq"î. drc de partir de Gueldres , le soir , à marche for- an m. rée. Nous nous mîmes en route vers les 4 heures, par un temps excessivement mauvais. Il était tombé de la neige quelques jours auparavant; elle avait fondu, et la gelée reviut si forte, que les fleuves , les rivières , les canaux se trouvaient tellement pris , que l'on profita de ce froid pour faire pénétrer les armées républicaines en Hollande , afin d'en opérer la conquête.
Nous voyageâmes pendant la nuit. Le verglas fut si dangereux, que nous marchions sans bottes ou sans souliers pour nous garantir des chutes. Comme je remplissais les fonctions de fourrier, le tagnon (i) que je portais servait a me guider»
Le 2 3 (14)5 nous arrivâmes k Xanten, et nous nous dirigeâmes sur Calcar, où nous déjeunâmes chez un Français , qui était traiteur. On nous plaça dans les fermes aux environs de la ville.
Le 26 (t5), la compagnie à laquelle j'appartenais , fut logée dans le village de Till , sur la route
(1) Espèce d'étendard confié à cliaqiie fourrier, pour rectifier l'alignement dans les bivouacs et dans les camps.
( .66 ) 1^95. <ïe CIcves;noiis y restâmes quelques jours. Le AK m. froid était tellement dense, l'atmosphère si chargée de vapeurs, qu'on aurait cru que le soleil était éclipsé.
Pendant le solstice d'hiver qui avait eu lieu le i^'' nivôse (21 décembre), ainsi que depuis, on remarquait que le soleil se levait peu avant 9 hernies, et se couchait à 5 heures quelques minutes; mais dans cet intervalle , il semblait que nous étions dans une nuit éclairée seulement par la lune (i).
\ oici le rapport qui a été rédigé de la rigueur de la saison :
Bruxelles, le 7 pluviôse (2,6 janvier) (2). " Le froid qui est monté à plusieurs degrés de » plus que dans les hivers de 1740 et 1788, a
(1) A Paris, au solstice d'hiver, le soleil se lève à huit heures, et se couche à quatre j ce qui produit une difTJrence de presque deux heures avec la Hollande. La nature ayant re'parti ses bienfaits par égale portion , il a dû en re'sulter que , pour le solstice d'été , qui a eu heu en Hollande le 3 messidor an 3 (21 juin 1795), le soleil s'est levé peu avant trois heures du matin , et s'est couché à neuf heures quelques minutes du soii'. A Paris, il ne s'est levé qu'à quatre, et s'est couché à huit ; ce qui a donné les deux heures de compensation en moins, l'été, à Paris, et en plus, lliiver, pour la même ville.
(2) Cet article est extrait des jouraanx du temps j mais le Dictionnaire des batailles , vol. ^, page 223, dit: « En r> janvier 1795 ( an 3 ) , le froid étant- parvenu à 17 » degrés du thermomètre de Rcaumur ( 21 du centigrade),
»» déjà coûté la vie à plusieurs individus indi- inq^, M gènes de cette ville, de même qu'à quelques an m. » sentinelles républicaines qui ont été trouvées » mortes à leurs postes. »
Les soldats de la compagnie, qiii étaient Flamands, savaient tous patiner. Ils avaient tant d'agilité sur la glace , que j'étais flatté de recevoir de leurs leçons , afin de pouvoir les imiter. Je pris tant de plaisir à cet exercice que, du ma-
» les eaux de la Meuse et du Valial se gelèrent au point » de porter les charges les plus pesantes. »
Pour rendre ce rapport plus intelligible , on a cru devoir donner ci-après, l'explication du thermomètre de Reaumur.
Degre's. Chaleur. — Liqueur montante. — Esprit de vin. 80. Eau bouillante. EbulUtion.