I. II
( >5C) 1794. Le 22 (12), nous passâmes à BniLî, où se AN m. trouve un supei be château ; ensuite nous bivouaquâmes sous Gross-Weisiing.
Aussitôt que le bataillon fut installé, je me transportai auprès du Rhin ; j'observai sa largeur et la beauté de son cours, dont j'avais souvent entendu parler. Je bus de son eau ; je m'en lavai les ,. mains, comme j'avais fait à Anvers , à l'embouchure de l'Escaut (i).
Le 28 ( 1 8 ) , le bataillon partit du camp , pour aller cantonner à Bruhl. Les habitants n'avaient pas souftcrt, n'ayant vu qu'un instant l'armée, et la ville s'était trouvée protégée par les sauve-gardes que les généraux y placèrent à cause du palais. JNous étions douze couchés sur de la paille, dans luie chambre, ayant recommandé de iaire du leu pendant la nuit, le froid étant très-rigoureux. La fille qui en était chargée , bourra tellement le poêle ou la chambre du stube , que nous faillîmes tomber en asphyxie. Plusieins en restèrent incommodés. Nous n'éprouvâmes de soulag-emeut
(i) Je me rappelai, en voyant ce célèbre fleuve, que les Germains s'y baignaient en toute saison , pêle-mêle , hommes et femmes, garçons et filles, sans que la pudeur de ces dernières en souffrît ; qu il avait servi maintes fois à la justiJication ou à la condaninatioji des Gauloises accusées d'adultère , en y faisant jeter , devant des témoins, leurs enfimts nouveaux-nés, liés et garottés. Si les enfants nageaient , ils justifiaient l'innocence de leurs mères; au contraire, s'ils allaient au fond, ils attestaient leur culpabilité , et elles subissaient la peine de mort , cliâtiinent réservé à leur crime.
que lorsque les fenêtres tureiu ouvertes, et que i-q: l'air eut été renouvelé. ^j^ m.
Le i*^' frimaire (21), le fourrier de la compagnie étant tombé malade , se transporta à l'hôpital. Le capitaine me désigna pour le remplacer. J'exerçai provisoirement ses fonctions.
Il est nécessaire de dire ([uelque chose du costume et des usages des habitants de ce pays. Les Allemands avaienf un petit bonnet à poil ; les cheveux plats sur les épaules ; l'habit avec la veste tirant sur le brun. Ils fumaient beaucoup j mettaient leur tabac dans des boîtes de cuivre , auxquelles les individus de la campagne attachaient un grand prix. Elles étaient gravées et représentaient un passage de l'ancien Testament ou de l'Histoire sainte. Les femmes nattaient leurs cheveux 5 les tresses en étaient traversées par une épingle d'argent d'environ six pouces de long sur trois lignes de large , arrondies sur le sommet de la tête. Par-dessus, elles plaçaient un petit bonnet maintenu avec deux agrafes fixées aux tempes. Elles portaient des camisoles de drap de couleurs tranchantes ; des tabliers j^lissés , peu larges sur le devant ; des jupons bordés en bas, les premiers dépassant les autres, de manière à pouvoir les compter; des souliers à hauts talons. Les filles de fermiers avaient, dans les jours ouvrables, une ceintm^e en cuir, garnie de clous de cuivre jaune méthodiquement placés , à laquelle pendaient des chaînes où se trouvaient attachés un couteau, des ciseaux, des clefs, un fusil à aiguiser ; c'était pour
( >58 ) 1^94. elles un objet de luxe. Les personnes riclies, des AK ui. deux sexes, se soumettaient aux modes françaises, qu'elles aimaient beaucoup.
Le 5 ( 25 ) , le bataillon partit de Brulil pour retourner au camp sous Gross-Weisling. Les froids devinrent très- vifs ; ils sont toujours plus forts auprès de la mer ou des fleuves , parce que l'eau produit de l'humidité qui , se condensant dans les airs, donne aux vents une plus grande intensité.
N'étant logés que sous des abris de paille, nous éprouvions toute la rigueur de la saison.
Le 6 ( 26 ) , nous occupâmes le village.
Il y avait quelques habitations d'apparence, dans l'une desquelles logeait le quartier-maître. Son épouse profitant d'un bel après-midi , ouvrit l'un des côtés d'une fenêtre de sa chambre, pour considérer la majesté du Rhin , sa rapidité , ses bords riants et fertiles. Elle contemplait le nombre infini de villages, de hameaux et de maisons Là is rà et là dans la plaine qui se déroule à la vue. Elle regardait attentivement les sept montagnes du duché de Berg, couronnant la rive droite du fleuve , et connues sous les noms de Drachenfels , Wolkenbourg , Stromberg, Lœwenbourg, la plus élevée, qui a en hauteur 1,896 pieds du Rhin, JNider ou Nonenstromberg , OEhlberg et Ilemmerich. Il s'y trouve encore des débris et des traces d'anciens châteaux , qui annoncent la tyrannie des chefs de ces familles illustres, formant une ligue, pendant les i5'"% i4"^" et i5™" siècles. Ces dominateurs, à l'aide de leurs soldoyers, mettaient
alors à contribution les deni'ées qni naTÎguaient 1794. au pied de leurs forteresses ^ ou ils dévalisaient^ an m. les paisibles marchands qui voyageaient sur les routes à la vue de leurs redoutables donjons. Le paysage produit un site tout-a-fait pittoresque , et présente à l'imagination un aspect aussi agréable que romantique. Tandis que la dame était en admiration , il y avait eu face un poste de pandoures. • La sentinelle, quoi qu'à une distance fort éloignée, et paraissant hors de portée , tira un coup de carabine qui vint casser , à hauteur de la tcte , un carreau du panneau que cette jeune personne avait laissé fermé. Les morceaux de verre , en tombant , la contraignirent à s'éloigner ; de sorte qu'elle ne voulut plus occuper cet appartement. La balle avait encore suffisamment de force pour la tuer ou la blesser grièvement , puisqu'elle alla ensuite frapper dans le mur , où elle lit un trou profond. Le mari prenait plaisir à en montrer l'empreinte, pour prouver jusqu'à quelle distance on pouvait être atteint par le plomb de l'ennemi.
Le 1 4 ( 4 décembre ) , nous partîmes de Gross- Weisling pour Cologne.
Le i5 ( 5 ) , nous nous dirigeâmes sur Neuss.
De cette commune , on voyait le palais incendié de l'électeur palatin (i).
Ce superbe édifice est dans Dusseldorf ; on raconta que le général français , arrivé sur la rive
(i) Les journaux du temps , les géograpliies' modernes et les ouvrages qui ont traité de la guerre de la révo^ lution, n'ont aucunement parlé de cet incendie.
( i6o ) 1794. gsuche du Rhin, après la bataille d'Aldenhoven, Ax 111. (t), imposa des coiUiibiuions à la Tille, qui refusa de les payer. Il lit, pendant la nuit, tandis qu'il y avait un grand bal chez l'électeur , avancer des obusiers , et ayant mis en peu d'instants le iéu au bâtiment, la musique et la danse cessèrent bientôt. Le 16 ( G ) , nous couchâmes à Crevelt. Le 17 ( 7 ) , nous passâmes à Gueidres , et la compagnie à laquelle j'appartenais, prit son cantonnement au village d'Issum. Nous allions à cette ville chercher les vivres, tous les deux jours pour la viande, et tous les quatre jours pour le pain.
Durant notre séjour dans ce cantonnement , mon capitaine me Ht établir un registre portant toute la composition de sa compagnie , les détails de l'habillement, de l'équipement , de Tarmement, de la solde et des vivres , ce qui me mit bien dans son esprit. Il s'occupa de ce travail , pour être à même de rendre compte de sa gestion à la nouvelle organisation du corps, que l'on annonçait devoir être très-prochaine.
Le 21 (11), nous quittâmes ce cantonnement pour aller à Kapelen.
Le 5o ( 20 ) , nous allâmes coucher à Gueidres, où le corps se réunit.
Le i^*^ nivôse ( 21 ) , le 5°'^ du Nord fut embrigadé avec le i^"" bataillon de Navarre, 5"'^ régiment d'infanterie , et le 2"^*^ du Finistère , qui formèrent la 9'"'' demi-brigade de ligne. Les compa-
(1) Elle eut lieu le 11 vciKlemiaire ( 2 octobre ).
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guics étaient tiercécs ; il n'y eut de changé que i^g^. les pompons qui se trouvaient ronds et plais, an m. Chacun des bataillons avait sa couleur ; chaque compagnie un numéro brodé sur une p/ièce de drap , en or pour les officiers et sous-officiers , en laine pour les soldats et tambours.
La compagnie dont je faisais partie fut la a™*^ du second bataillon (i).
L'embrigadement eut lieu du t^"" au 9 nivôse (21 au 29 décembre); on ne le termjiia qu'à cette époque. Chaque détachement retourna en cantonnement.
La demi-brigade se trouva attachée à la division du général Lcfebvre (y) , formant l'avantgarde de l'armée de Sambre et Meuse.
(1) Ce corps était commandé par les CC. Cardon, clief de brigade.
Leloutre , chef du i*"^ bataillon.
Augros , chef du 2""® idem.
Bonuemaille , chef du 3™'' idem.
Chapui , quartier-maître.
Lucl , adjudant-nnjor.
Cuvelier , chirurgien-major.
La 2"^ comp* du 2""" bataillon avait pour officiers , lesCC.
Payen , capitaine.
Dewez , lieutenant.
Debonnet , sous-lieutenant.
Derode, sergent-major.
J'étais, comme caporal, immatriculé sous le numéro d'ordre 1 ^1^0.
L'effectif de la a""^ demi-brigade était estimé montev à cnviion 3, 000 hommes.
(2) ÏMort maréchal de France et duc de Dantzig.